La rafle du 26 août 1942 est une vaste rafle organisée en zone libre, survenue six semaines après la rafle du Vélodrome d'Hiver, à l'initiative du régime de Vichy après les exigences allemandes en matière d'arrestation des Juifs présentées pour la première fois le . À la suite des conversations, début juillet, entre autorités allemandes et françaises, le gouvernement de Vichy s'était engagé à arrêter apatrides en zone libre.
apatrides et leurs enfants sont arrêtés ce jour-là, puis transférés dans les semaines qui suivent vers le camp de Drancy, d’où ils seront déportés vers Auschwitz et, pour la plupart, immédiatement assassinés. apatrides déjà enfermés dans les camps de la zone sud les avaient précédés depuis les premiers jours d'.
Souvent passée sous silence, cette rafle est pourtant importante du fait de la responsabilité exclusive de la France quant à son exécution, au contraire de la rafle du Vel' d'HivAlain Michel, « 26 août 1942, la rafle oubliée ? », billet de blog dans Le Monde online, 21 août 2012, consulté le 11 janvier 2017.. et du fait du rôle qu'elle va jouer dans la prise de conscience d'une partie de la population sur la réalité des déportations, le régime de Vichy ne pouvant plus en dissimuler l'extension.
Contexte historique
L’année 1942 constitue une année charnière dans la mise en œuvre du génocide des Juifs par le Troisième Reich« 1942, des rafles à la déportation » , document co-édité par le mémorial de la Shoah et le ministère des Anciens Combattants.. Alors que l'extermination des Juifs d'Europe orientale est en cours depuis 1939 par divers moyens, dont l'action des Einsatzgruppen dès à partir de la campagne de Pologne, elle s'intensifie avec le début de l'invasion de l'Union soviétique en , avec les tueries de masse perpétrées par ces unités qui suivent l'Armée allemande dans sa progression.
À l’, les dirigeants nazis étendent progressivement à toute l'Europe de l'Est leur programme d’assassinat massif des populations juives. La décision de procéder à l’extermination des Juifs d’Europe par des méthodes pseudo-industrielles, prise au plus haut niveau au cours du second , est présentée et discutée en 1942, au moment de la conférence de Wannsee. Cette conférence, tenue dans la banlieue de Berlin le , est organisée et dirigée par Reinhard Heydrich, le directeur du RSHA, l'Office central de sécurité du Reich : Heydrich a été spécialement mandaté à cet effet par Hermann Göring. L’autorité de Heydrich s’étend alors à la quasi-totalité du dispositif génocidaire : de la poursuite des opérations de tuerie par balles à l'Est, des rafles au convoyage des déportés aux portes des camps d'extermination. Cependant, aucune accélération de la Shoah en Europe centrale et occidentale n'est mise en place à la suite de Wannsee. Les décisions concernant l'Europe de l'Ouest ne seront prises qu'au printemps 1942Saul Friedlander, Les années d'extermination, L'Allemagne et les Juifs 1939-1945, publication en anglais 2007, Editions du Seuil, , 2008, <ref>Florent Brayard, Auschwitz, enquête sur un complot nazi, Éditions du Seuil, 2012, Chapitre VI, Le silence qui suivit Wannsee, pp.231-260</ref>. Lors d'une conférence qui se tient à Berlin le 11 juin 1942, sous l'égide d'Adolf Eichmann, les préposés aux Affaires juives (Theodor Dannecker pour la France) des trois principaux pays de l'Europe de l'Ouest soumis à l'influence du Reich conviennent des contingents que doit fournir chaque pays dans le cadre d'une déportation massive des Juifs à l'Est de l'Europe.
Négociations franco-allemandes (juin-juillet 1942) À la conférence du 11 juin, le contingent fixé à Dannecker pour la France était de âgés de 16 à 40 ans (K 64). De retour à Paris, après consultation de ses supérieurs, Brigadeführer Carl Oberg, chef supérieur de la SS pour la France et son adjoint Knochen, Dannecker envisage une planification limitée à de la Zone occupée sur 3 mois. Cette planification exprimée quantitativement en milliers de personnes était importante pour la mise à disposition des trains nécessaires à l’opération. Désormais, le chiffre de en trois mois à partir de la mi-juillet est à la base de toutes les négociations franco-allemandes. A ce stade, les modalités pratiques des arrestations en zone occupée n’étaient pas encore fixées, mais dès le 16 juin, les SS approchèrent les autorités françaises pour obtenir la livraison de Juifs de la zone sud. Au conseil des ministres du 26 juin, le chef du gouvernement Pierre Laval fait état des demandes allemandes et évoque notamment l’internement de en zone libre. Que ce soit pour la zone libre ou la zone occupée, Laval déclare qu’il va donner une réponse négative. Indépendamment de ces négociations sur les arrestations de Juifs, le secrétaire général à la police René Bousquet menait avec les chefs des SS en France Oberg et Knochen des négociations sur l’autonomie de la police française en zone occupée. C’est à la fin d’une réunion sur les questions relatives à la police, tenue le 2 juillet à Paris au siège de la SS en France (au 72, avenue Foch) qu’est abordée la question des arrestations de Juifs. Bousquet expose alors la position de principe de Laval à ce sujet : pas de participation de la police française en zone occupée, alors qu’en zone libre, la police française arrêtera exclusivement étrangers. Finalement, toujours au cours de cette réunion du 2 juillet, Bousquet et Knochen jettent les bases d’un compromis : il n’est pas question pour l’instant d’arrêter les Juifs français, mais la police française participera à l’arrestation des Juifs étrangers en zone occupée. Ce compromis est en partie entériné au conseil des ministres du 3 juillet et totalement confirmé par Laval auprès de Knochen le 4 juillet.
À la suite de cet accord du 2-4 juillet, la police française effectua au mois de juillet un certain nombre d’opérations en zone occupée, notamment la plus importante de toute, à Paris, les 16 et 17 juillet, connue sous le nom de La rafle du Veld'Hiv. La préparation de cette dernière rafle a permis de préciser la notion de « déportabilité » : Ne sont sur les listes des personnes à arrêter que les « apatrides », c’est-à-dire ceux dont l’ancienne nationalité était allemande ou autrichienne ou polonaise, tchèque ou russe. Les préparatifs des rafles de zone occupée n’empêchent pas Dannecker se de préoccuper des trains qu’il pourra remplir avec les Juifs de la zone libre : il effectue une mission en zone libre, au cours de laquelle il visite les camps de Gurs, Rivesaltes, et des Les Milles et en revient déçu par le faible nombre de Juifs étrangers qui restent dans ces camps. Les de Gurs sont en grande partie des Juifs allemands qui avaient été expulsés du Palatinat en octobre 1940Michaël R.Marrus et Robert O.Paxton, Vichy et les Juifs, Calmann Lévy, 2015 (édition enrichie par rapport à celle de 1981), .
Les transferts depuis les camps de la zone libre avant le 25 août Heinz Röthke, ancien adjoint de Dannecker qu’il remplace à partir de la fin juillet, prévoit de faire partir 13 convois de en août, et autant en juillet. Afin de disposer d’une masse suffisante de juifs disponibles, il demande à Leguay, délégué de Bousquet en zone occupée, de faire en sorte qu’un premier contingent de arrive à Drancy, devenue la plaque-tournante des déportations vers Auschwitz. Bousquet, supérieur de Legay, rencontre Knochen le 29 juillet et s’engage à livrer apatrides de la zone libre avant le 10 août.
Les préparatifs pour organiser le transfert des Juifs des camps sont mis en branle dès le 29 juillet par l’adjoint de Bousquet, Henri Cado. Le 3 août, lors d’une rencontre avec Knochen, Laval et Bousquet confirment que les Juifs apatrides déjà internés en zone libre seront livrés entre le 8 et le 15 août. Quant à ceux qui ne sont pas internés, ils seraient arrêtés lors d’un « coup de filet éclair » après le 20 août. Il est alors question d’un total de pour l’ensemble de la zone libre, auxquels pourraient se rajouter hongrois.
Le premier convoi en provenance de la zone libre arrive à Drancy le 7 août. Il s’agit de embarqués à Gurs dans la nuit du 5 au 6 août ; le deuxième convoi arrive à Drancy le 9 août avec en provenance des camps de Gurs, Vernet, Récébédou et Noé, embarqués dans leurs camps respectifs entre le 3 et le 8 août. Le troisième convoi arrive à Drancy avec 782 internés provenant des mêmes camps que le deuxième convoi, mais aussi du camp des Milles et enfin, un dernier convoi constitué de des Milles arrive à Drancy le 14 aoûtSerge Klarsfeld, Le calendrier de la persécution des Juifs de France, T2, juillet 1940- août 1942, Fayard, 2001, .
Préparation de la rafle du 26 août Les enfants de parents juifs étrangers arrêtés lors de la rafle du Vel d’Hiv restaient bloqués dans les camps du Loiret après le départ de leurs parents ? Les services de Eichmann à Berlin n’ayant pas répondu à la demande des SS de Paris. Ce n’est que le 12 août que cette autorisation parvient à Paris et le convoi qui quitte Drancy pour Auschwitz le 14 août avec les Juifs adultes provenant des camps de la zone libre est le premier qui transporte aussi des enfants, ceux qui avaient été laissés dans les camps du LoiretSerge Klarsfeld, Le calendrier de la persécution des Juifs de France, T2, juillet 1940- août 1942, Fayard, 2001, .
Dès lors, il devenait envisageable d’inclure les enfants dans les rafles qui restaient à effectuer en zone libre. Le , l’adjoint de Bousquet, Cado, jette les bases d’une grande rafle en zone libre qui devrait se dérouler avant le 15 septembre en adressant aux préfets régionaux une lettre détaillée pour définir les catégories de Juifs « arrêtables » et celles qui seront exemptéesNote du , archivée , aux archives départementales du Puy-de-Dôme, citée par le Bulletin des Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation en Allier, consulté le 11 janvier 2017..
Les groupes visés sont les , qu’ils soient .
Ces rafles concernent tous les Juifs étrangers (Allemands, Autrichiens, Polonais, Tchèques, Estoniens, Lettons, Dantzigois, Sarrois, Russes) entrés en France depuis le ; parmi les exemptés figurent les anciens combattants et les femmes enceintes.
Tous doivent être déportés en zone occupée avant le , à l’exception de onze catégories de personnes protégées, notamment les plus de , les mineurs de moins de non accompagnés, les anciens combattants des armées alliées et leurs descendants, ceux ayant un conjoint ou un enfant français, ceux ayant un conjoint n'appartenant pas aux nationalités énumérées plus haut, ceux qui sont intransportables, les femmes enceintes, les père ou mère ayant un enfant de moins de , .
Le , les services du secrétaire général à la Police informent les préfets de la date de la rafle et imposent le secret absolu. René Bousquet, craignant probablement un nombre d’arrestations insuffisant, supprime alors cinq des onze exemptions énumérées dans la première note du . Désormais, seuls les personnes de plus de , les femmes enceintes, les parents d’enfants de moins de , ceux dont un conjoint est français et les intransportables, sont exemptésDétails donnés par le site Jewish Traces, « Les rafles du 26 août 1942, rafles oubliées », article publié le 26 août 2012, consulté le 11 janvier 2017..
Sur instruction de Laval, le , Bousquet accélère la déportation de ces Juifs en ordonnant aux préfets de régions de prendre personnellement la direction de ces opérations afin de . ..
Malgré le secret, des travailleurs sociaux de l'Union générale des israélites de France (UGIF), informés par Germaine Ribière. des mesures en préparation et admis dans les camps d'internement de la zone libre en secours aux familles, commencent à retirer les enfants, afin qu'ils soient exemptés.
Au moment du déclenchement de la rafle, quelque tirés des camps de zone sud ont en outre déjà été envoyés vers les camps de transit de la zone occupée au cours du mois d’.