vignette|Femmes passant un test d'intelligence générale (Allemagne, 1931).

L'intelligence humaine est caractérisée par plusieurs aptitudes, surtout cognitives, qui permettent à l'individu humain d'apprendre, de former des concepts, de comprendre les situations et les représentations, d'appliquer la logique et la raison à toutes sortes de problèmes. Elle comprend la capacité à reconnaître des tendances, comprendre les idées, planifier, résoudre des problèmes, prendre des décisions, conserver des informations, et utiliser la langue pour communiquer.

En psychologie scientifique, l'intelligence a été investie par la psychométrie qui a donné naissance aux mesures de quotient intellectuel (QI). Depuis le début du , des milliers d'études ont été menées dans le monde, donnant lieu à des méta-analyses de grande ampleur. Ces méta-analyses ont donné naissance au modèle de l'intelligence fluide et cristallisée de Raymond Cattell et John L. Horn dans les années 1960, suivi du modèle à trois strates de John Carroll (1993). La combinaison des deux donne le modèle de Cattell-Horn-Carroll (CHC), où une faculté générale d'intelligence (facteur g) est prédite par plusieurs fonctions cognitives générales, elles-mêmes mesurées par des fonctions cognitives spécifiques. Les théories sur l'intelligence et les tests d'intelligence ont des applications très nombreuses en psychopathologie (déficience intellectuelle), éducation (comprendre l'échec scolaire), et orientation scolaire ou professionnelle.

Bien que très étudiée scientifiquement, il n'existe pas de définition claire de l'intelligence et de nombreuses questions restent posées. Ainsi, des théoriciens défendent qu'il pourrait exister plusieurs types d'intelligences relativement indépendantes (l'intelligence pratique, par exemple), mais ces idées ne font pas consensus chez les scientifiques. De plus, bien que minoritaires, certains courants de recherche remettent en cause les interprétations du facteur g comme indice d'une intelligence générale.

Les avancées technologiques de l'imagerie cérébrale, des neurosciences cognitives et de la génétique ont renouvelé l'intérêt autour des questions posées par les relations entre intelligence et biologie humaine. Elles ouvrent de nouveaux domaines scientifiques qui cherchent à relier les données de la biologie du développement cérébral et les modèles psychologiques et psychométriques.

Plusieurs grandes controverses scientifiques ont porté sur les interactions entre la génétique et l'environnement et leur impact sur le développement de l'intelligence ; les différences entre les groupes et entre les générations (effet Flynn) ou encore les relations entre santé physique et santé cognitive (ou épidémiologie cognitive), mais, contrairement à une idée reçue et ancienne (déjà présente dans l'antiquité par exemple avec Hésiode qui déplorait que les nouvelles générations laissent plus de place à l'oisiveté que les précédentes), l'intelligence générale ne décline pas dans la population générale : selon C. Gonthier (2022), cette impression est due aux tests sur la cognition qui n'ont pas été recalés en tenant compte de l'évolution de la culture générale..

Évolution vignette|Arbre représentant l'évolution des crânes des hominidés (musée national d'histoire naturelle de New York, 2017). vignette|Crânes humain (gauche) et néandertalien.

Le cerveau humain est le support de l'intelligence humaine. L'intelligence humaine, c'est-à-dire les systèmes motivationnels, affectifs, comportementaux et cognitifs humains, est le produit de la sélection naturelle. Le cerveau a évolué sous la pression sélective pour traiter des informations sociales et de l'environnement qui permettaient d'augmenter les chances de survie ou de se reproduire..

Un des grands avantages sélectifs de l'humain a été le développement de son cerveau, du langage et des autres fonctions cognitives complexes qui ont accompagné l'évolution du cerveau. Les anthropologues s'accordent sur le fait que les espèces Homo tardives ont développé un plus grand cerveau et des habiletés cognitives plus sophistiquées que les premières espèces Homo. Il est plus difficile de comparer entre elles les espèces Homo tardives. Ainsi, les origines et l'évolution de l'intelligence humaine chez les espèces Homo tardives restent l'objet de débats et spéculations chez les chercheurs spécialistes de l'évolution humaine.

Les anthropologues définissent l'« humain » comme appartenant à l'espèce Homo sapiens. L'intelligence humaine serait propre aux Homo Sapiens. Cependant, si les humains contemporains font partie de cette espèce, il est plus difficile de déterminer si les autres espèces Homo tardives font également partie de l'espèce Homo Sapiens. Tous les anthropologues ne s'accordent pas sur la question. Pour certains, la particularité des humains est d'avoir un cerveau large, une intelligence et une capacité de raisonnement proprement humaines, et toutes les espèces tardives à cerveau large feraient partie de cette définition. Sur la base de cette approche, les groupes de Néandertals font partie de l'espèce Homo Sapiens : ce sont les Homo sapiens neanderthalis. Selon une autre école de pensée, les Néandertals font partie d'une autre lignée et ne sont pas des ancêtres directs des humains contemporains. Ils forment donc une espèce séparée, les Homo neanderthalensis, quelle que soit leur intelligence.

Les recherches et les hypothèses sur la question reposent sur trois types de preuves indirectes. D'une part, la taille du cerveau et son développement chez l'enfant, extrapolés sur la base des mesures faites sur les crânes fossilisés. Il n'y a pas de consensus sur le fait que le développement du cerveau des Homo Sapiens aurait pris plus de temps à maturer que celui des Néandertals. D'autre part, la configuration du cerveau, également extrapolée sur la base des crânes fossilisés, indique que les Homo Sapiens ont développé un cortex frontal et des lobes temporaux et pariétaux plus importants que les autres espèces Homo. Or les aires temporales traitent et organisent les stimuli, la mémoire, le langage. Les aires frontales sont le siège de fonctions cognitives également complexes comme le raisonnement abstrait, le langage, la planification des comportements, et l'interprétation des interactions sociales. Il est donc possible de spéculer que ces fonctions cognitives complexes ont joué un rôle important dans l'évolution des Homo Sapiens et les différenciaient d'autres espèces. Enfin la troisième preuve indirecte de la spécificité de l'intelligence humaine des Homo Sapiens peut être inférée des fossiles liés à leur activité : le développement de leur outillage et leur créativité technologique. Les Homo Sapiens du Néolithique Supérieur semblent être uniques dans leur capacité à avoir inventé des technologies nouvelles et des styles culturels complexes. Il n'est pas certain que les H. neanderthalis aient fait preuve de la même créativité, bien qu'ils aient eu également des outils complexes.

La présence d'un langage chez les autres espèces Homo est également un objet de débats puisque le langage ne laisse pratiquement pas de traces archéologiques, sauf les aires de la parole marquant une zone spécifique du crâne.

Histoire de l'intelligence mesurée par la psychométrie et la psychologie scientifique Malgré un manque de consensus sur la manière de définir l'intelligence, elle devient un objet d'étude scientifique au début du , lorsque des tests sont inventés pour tenter de rendre cette notion objective par des observations empiriques. L'exploration scientifique d'une notion mal définie n'est pas nouvelle. Elle permet d'affiner la compréhension d'un terme vague, tout comme l'invention du thermomètre a permis de préciser la nature de la notion jusque-là subjective de température, une analogie que les psychologues reprendront souvent..

Précurseurs et tests du Des tests mesurant les habiletés cognitives et perceptuelles sont développés à la fin du , tests qui ne sont pas standardisés. Le scientifique britannique Francis Galton met au point des mesures dites anthropométriques vers 1885. À la même époque, le psychologue Wilhelm Wundt (université de Leipzig, Allemagne) monte un laboratoire de psychologie expérimentale qui va former les psychologues et fondateurs de la psychométrie James McKeen Cattell et Charles Spearman, qui eux-mêmes auront pour élèves Edward Thorndike et Robert Woodworth.. Ces quatre hommes jouent un grand rôle dans la naissance de la psychométrie, et sont tous des enseignants de David Wechsler dont l’œuvre très importante dans la mise au point de tests d'intelligence est détaillée ci-dessous.

Le psychologue américain James McKeen Cattell adapte les tests de Galton et les nomme « tests mentaux » (). Ces tests sont des précurseurs des futurs tests d'intelligence puisque les échelles d'intelligence utilisent de nombreux sous-tests. Certains de ces tests de la fin du sont réutilisés dans les tests ultérieurs avec des adaptations. Ainsi, le médecin français Édouard Séguin utilise des formes encastrables pour entraîner des enfants déficients sur le plan cognitif dans les années 1880. L'un des dessins de son test est repris et adapté par le psychologue américain Henry H. Goddard, intégré au test de Pintern et Patterson en 1917, et repris en 1939 par David Wechsler comme un des tests de performance de sa première échelle d'intelligence.

Échelle métrique de l'intelligence de Binet et Simon

alt=Portrait d'Alfred Binet|vignette|redresse|Alfred Binet L'échelle métrique de l'intelligence, appelée aussi couramment test de Binet et Simon, est le premier test qui tente de mesurer véritablement l'intelligence..

Alfred Binet (1857-1911) est un des pionniers de la psychologie du développement de l'enfant. Il fonde l'un des premiers journaux scientifiques sur le sujet, L'Année psychologique, en 1894. Il joue un rôle capital dans la mise au point de diagnostics de déficiences mentales permettant l'orientation d'enfants ayant des difficultés d'apprentissage vers des écoles spécialisées. Binet s'indigne du fait que le diagnostic d'un enfant peut différer en fonction du médecin qui l'a observé. Il est urgent et important sur un plan pratique, de mettre au point un instrument de mesure de l'intelligence qui soit objectif. Dans ce contexte, Binet avec la collaboration du psychiatre Théodore Simon, met au point en 1905 une « Échelle métrique de l'intelligence », couramment appelée « test de Binet-Simon ». L'échelle comporte cognitifs brefs arrangés par ordre de difficulté. Ces tests cognitifs s'inspirent de tests existants (par exemple la mémorisation des séries de chiffres) et de tests inventés par Binet et ses collaborateurs.

La première utilité pratique du test est de permettre d'orienter scolairement les enfants ayant des déficiences intellectuelles en mesurant leur potentiel intellectuel et éducatif.

En 1908, Binet et Simon révisent le test en groupant les tests en niveaux d'âge. Cette procédure appelée ensuite « échelle d'âge » assigne au participant un âge qui correspond à celui auquel la plupart des enfants réussissent le test. Par exemple, le sous-test des chiffres à mémoriser commence à un niveau correspondant à l'âge du sujet, puis des items plus faciles ou plus difficiles sont présentés en fonction de l'échec ou de la réussite du sujet. Le « niveau intellectuel » (ensuite appelé l'âge mental) est le niveau d'âge le plus élevé auquel l'enfant réussit le plus de tests.

Le psychologue allemand William Stern a mis au point la formule qui permet de calculer le quotient intellectuel ou QI qui définit l'intelligence par rapport à l'âge mental défini par l'échelle d'intelligence.

Succès et adaptations du test de Binet-Simon au début du