Le convoi du , ou « convoi 77 », est le dernier. grand convoi de déportation de Juifs parti du camp d'internement de Drancy pour la gare de Bobigny à destination du centre de mise à mort d'Auschwitz-Birkenau.
Ce convoi, outre le nombre important de déportés et parmi eux d’enfants en bas âge, présente les caractéristiques de ceux qui ont été organisés dans l’urgence, face à la débâcle annoncée de l’armée allemande : les origines géographiques des déportés sont très variées (mais plus de la moitié est née en France) et certaines personnes (femmes de soldats, conjoints d'aryens, etc.) qui parfois ont été internées dans les camps satellites de celui de Drancy, dits « camps parisiens », avaient un statut qui les avait jusqu’alors protégés des « transports ». Mais c'est surtout l'attention particulière portée à la déportation des enfants par l'officier SS Alois Brunner qui caractérise le convoi 77.
Histoire
vignette|Camp de Drancy, août 1941 Le convoi est parti du camp de Drancy, le , soit dix-sept jours avant la libération du camp. Il a déporté , dont et nourrissons, entassées dans des wagons à bestiaux.
Il est arrivé dans la nuit du et la « sélection » est immédiatement pratiquée. La date officielle retenue pour la mort des déportés qui ne sont pas entrés dans le camp de concentration pour le travail est celle du .
À la fin de la guerre, le , seuls de ce convoi ont survécu ; 847 ont été exterminés dans les chambres à gaz dès leur arrivée.
Noms de déportés vignette|Ida Fensterszab-Grinspan, Française déportée à 14 ans à Auschwitz dans le convoi 68 et rescapée, lors d'une rencontre avec les élèves de l'école qui porte son nom à Sompt (Deux-Sèvres). Se trouvent notamment dans ce convoi : Edma Levy-Valensi () la mère d'Éliane Amado Levy-Valensi, la résistante Yvette Lévy (), qui survivra, la résistante Régine Skorka-Jacubert (24 ans) et son frère le résistant Jérôme Skorka (20 ans), témoins au procès de Klaus Barbie (dont les parents, Jacob Skorka (53 ans) et Slatka Skorka (50 ans) sont déportés dans le convoi et le frère Léon Skorka (14 ans) est déporté par le convoi ), Jankiel Fensterszab (46 ans), père d'Ida Grinspan (déportée par le convoi à l'âge de 14 ans) (sa mère, Chaja Fensterszab (44 ans), est déportée par le convoi ), le résistant Jean-Guy Bernard (27 ans), époux de la résistante Yvette Farnoux, déportée par le convoi (elle survit, lui meurt en route), Gérard Klebinder (30 ans), époux de Edith Klebinder (30 ans), déportée dans le convoi , qui témoigne au procès Barbie, Claude Bloch (15 ans), témoin de la Shoah, Yvette Gutman (15 ans), dont le frère Simon Gutman (18 ans) (survivant) est déporté dans le convoi , dont le frère, Mordka Gutman (20 ans), est déporté par le convoi , dont le père, David Gutman (43 ans) (survivant), est déporté par le convoi , dont le frère, Szrul Gutman (14 ans), et la sœur, Chana Gutman (17 ans), sont déportés par le convoi , dont le frère, Isaac Gutman (9 ans), et la sœur, Bella Gutman (7 ans), sont déportés par le convoi , Jacob Hopensztand (10 ans), dont le père, Abram Hopensztand (46 ans), est déporté dans le convoi et dont la mère, Szyfra Hopensztand (36 ans) est déportée dans le convoi , Joseph Menahem (âgé de 50 ans) et Julie Menahem (40 ans), les parents du résistant Freddy Menahem, Léo Cohn, un des grands leaders des Éclaireurs israélites de France, s'occupe de l'instruction religieuse et le sauvetage d'enfants juifs, Denise Holstein (17 ans), survivante et témoin, accompagnant les enfants dont elle était monitrice, dont Simone Goldberg, et dont les parents Bernard Holstein (53 ans) et Juliette Holstein (41 ans) ont été déportés dans le convoi , Salomon Passy (65 ans), grand-père de Victor Perahia (11 ans), survivant et témoin (déporté avec sa mère, Jeanne Perahia (35 ans), dans le convoi et dont le père Caleve Perahia (41 ans) a été déporté par le convoi ), Abraham Fridman (16 ans) survivant de la Shoah. Marco Adato (42 ans), né en Turquie, envoyé immédiatement en chambre à gaz. les époux Fanny et Sigismond Luzatto, grands-parents par alliance de Philippe Bouvard..
Enfants Alois Brunner, le commandant du camp de Drancy, pressé par l’avancée des troupes alliées depuis le débarquement du et aidé par la confusion qu’entraîne l’attentat raté contre Hitler le , en profite pour poursuivre jusqu’au bout sa folie meurtrière. Il tient à ne laisser aucun enfant juif derrière lui et procède à des rafles là où il est sûr de trouver les enfants : dans les maisons d’enfants et les homes de l’Union générale des israélites de France (UGIF) de la région parisienne, ou ceux dans lesquels elle les avait placés, et qui n’avaient pas dispersé les orphelins ou enfants isolés dont l’organisation avait officiellement la garde.
Plus de (dont et âgés de ) sont arrêtés, emmenés à Drancy puis déportés dans le convoi . Parmi eux se trouvent les 20 petites filles de l'orphelinat de Saint-Mandé et leur directrice, Thérèse Cahen, qui les accompagnera dans la chambre à gaz.
Composition du convoi La majorité des déportés sont nés en France (55 %) : 35 nationalités sont représentées, dont – outre les Français (y compris algériens) – les Polonais, les Turcs, les Soviétiques (notamment Ukrainiens) et les Allemands, pour les plus nombreuses.
Le nombre des enfants déportés est important (324) : 125 sont âgés de moins de .
La plupart sont nés en France et viennent des maisons de l’UGIF, après avoir parfois transité dans des camps en province (Angoulême, Lyon, Pithiviers ou Beaune-la-Rolande), et leurs parents ont déjà été déportés avant eux.
UGIF vignette|Localisation des bureaux de l'UGIF en 1942 La loi du crée l’Union générale des israélites de France (UGIF), sous la houlette du Commissariat général aux questions juives (dirigé par Xavier Vallat) et sur l’instigation de la Gestapo. Elle officie aussi bien en zone occupée qu’en zone libre. Son rôle est « d’assumer la représentation des Juifs auprès des pouvoirs publics, notamment pour les questions de prévoyance et de reclassement social. » Tous les Juifs de France, français ou étrangers, sont obligés de s’y affilier. Pour assurer son fonctionnement et payer l’amende du milliard réclamé par les Allemands, elle est chargée de prélever une taxe annuelle sur tous les Juifs âgés de plus de , alors que les biens et entreprises juifs sont saisis et que les Juifs n’ont plus le droit de travailler dans de nombreux secteurs (fonction publique, presse, enseignement, etc., notamment depuis la loi du , édictée selon la volonté de Pétain).
Sa mission officielle étant l’assistance, le sort des enfants juifs dont les parents avaient été arrêtés lui est confié. Pour cela, l’UGIF ouvre des « maisons d’enfants », des homes d’enfants et des écoles professionnelles où résident aussi les adolescents. Si certains enfants ont été placés là par leur famille, la plupart des pensionnaires des maisons gérées par l’UGIF sont enregistrés à Drancy auprès des autorités allemandes. Ils sont désignés sous le terme « d'enfants bloqués ».
Responsabilité de l'UGIF
Chargée de la supervision du camp de Drancy et de ses camps satellites, de l’hospice de Picpus, etc., l'UGIF apporte une aide aux internés sans ressources et doit équiper les déportés en couvertures.
Plusieurs survivants ainsi que des chercheurs et des historiens se sont interrogés sur la responsabilité de l’UGIF dans la déportation des enfants, non seulement du convoi , mais d’autres aussi.
À la Libération, des voix se font entendre pour demander des comptes aux membres survivants de l’UGIF. Un jury d’honneur a été organisé, qui a statué sur la non-responsabilité de l’organisation. Certains témoignages mirent en lumière le fait que l’UGIF a abrité « un vaste réseau de Résistance illégale ».
Sort des déportés du convoi 77 vignette|Yvette Lévy, déportée à 18 ans et survivante du convoi 77. Sur les qui arrivent à Auschwitz, plus de la moitié, dont les enfants, sont immédiatement dirigés vers les chambres à gaz. et sont sélectionnés pour le travail.
Parmi les hommes sélectionnés, au moins 75 seront envoyés le dans le camp de concentration du Stutthof, près de Gdansk en Pologne, puis transférés, en , en Allemagne, dans les camps annexes de Hailfingen/Tailfingen, d'Echterdingen et à Dautmergen (Schömberg), Ohrdruf et même en Alsace, au camp de concentration de Natzweiler-Struthof. Depuis ces camps, des détenus sont transférés au camp de malades et de la mort de Vaihingen sur l'Enz. Quelques-uns ont été déportés vers Bergen-Belsen.
À la fin de la guerre, le , seuls ont survécu aux travaux forcés, aux sévices, aux expériences pseudo-médicales nazies et aux privations : et . Les récents travaux d'Alexandre Doulut et Sandrine Labeau permettent d'arriver à ce chiffre, à une personne près. La liste des déportés de ce convoi est disponible sur le site de l’association Convoi 77 ainsi que plus d'une centaine de biographies.
Chronologie du convoi 77 D'après les travaux de l'historien allemand Volker Mall, et les récits de rescapés, la chronologie pour certains déportés, est la suivante : 31 juillet 1944 : départ de Drancy de , hommes et enfants. 3 août 1944 : arrivée à Auschwitz-Birkenau (Pologne). sont envoyés dans les chambres à gaz. sélection pour le travail : 291 (matricules B-3673 à B-3963) ; (matricules A-16652 à A-16834). 26 octobre 1944 : au moins envoyés au camp de concentration du Stutthof (matricules B-3675 à B-3955). : arrivée à Stutthof (Pologne). , selon Régine Skorka Jacubert, le même jour que la sélection de départ des hommes, un grand nombre de femmes furent sélectionnées pour un convoi en direction de Weisskirchen-Kratzau, pour travailler dans une usine d'armement.
envoyés au camp annexe de Hailfingen/Tailfingen? (Allemagne) 20 détenus envoyés dans le camp annexe d'Echterdingen (Allemagne). deux détenus envoyés sans doute au camp de Dautmergen (Allemagne). un détenu envoyé au camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Alsace), peut-être vers le Kommando Offenburg. et sq. : des détenus malades du camp d'Echterdingen sont transférés au camp mouroir de Vaihingen/Enz-Dachau. : des détenus d'Echterdingen envoyés au camp d'Ohrdruf, puis vers celui de Bergen-Belsen (Allemagne). : libération d’Auschwitz par l’Armée rouge. : plusieurs détenus du convoi envoyés à Vaihingen/Enz – : des détenus envoyés au camp d'Ohrdruf, puis vers celui de Bergen-Belsen. : évacuation du camp de Vaihingen/Enz vers Dachau. : libération de Vaihingen/Enz par l’Armée française : deux détenus malades. : libération de Dachau par l’Armée américaine : quatre détenus.
Association Convoi 77 : pour la mémoire et l’histoire du convoi 77 Afin de perpétuer leur mémoire et de connaître et faire connaître l’histoire des enfants, des femmes et des hommes qui ont été déportés par le convoi 77, une association est créée le à l’instigation de Georges Mayer, fils d’Alex Mayer, survivant du convoi 77« Les familles et amis des déportés du convoi 77 », Annexe au Journal Officiel de la République française, lois et décrets, annonce , page 5167, 75, Département de Paris. Date de la déclaration : 15 octobre 2014.
Laïque et apolitique, l’association est constituée des familles et des amis de déportés, et de quelques-uns des survivants du convoi 77. Convoi 77 est ouverte à toutes les personnes qui souhaitent participer ou soutenir son projet de travail historique et de transmission de la mémoire de la Shoah, et se situe dans la lignée du travail immense de Serge et Beate Klarsfeld, qui en sont les références.