Alexandre François Augustin Liautard est un vétérinaire français né le à Paris et décédé le à Bois-Jérôme-Saint-Ouen dans l'Eure. Diplômé de l’École nationale vétérinaire de Toulouse en 1856, il émigra aux États-Unis en 1859 pour exercer sa profession de vétérinaire praticien à New York jusqu’en 1900, date à laquelle il revint en France où il prit sa retraite. Le nom d’Alexandre Liautard est associé aux débuts de l’enseignement vétérinaire américain sous un statut privé. Liautard fut le fondateur et le doyen du New York American Veterinary College. Il participa à l’organisation professionnelle vétérinaire américaine et à la fondation de la United States Veterinary Medical Association, aujourd’hui American Veterinary Medical Association, dont il fut un moteur pendant de nombreuses années. Son nom est toujours cité dans la presse vétérinaire américaine comme l'une des personnalités dominantes de l'histoire de la profession pour en avoir forgé le standard professionnel et les missions, pour en avoir été le fédérateur, et en tant que fondateur de l’American Veterinary Review dont l’héritier est l’actuel Journal of the American Veterinary Medical Association (JAVMA).
Alexandre Liautard est honoré aujourd'hui, comme il le fut de son vivant, du titre de « père de la profession vétérinaire américaine ». Biographie Alexandre François Augustin Liautard est né le au de la rue Neuve-Saint-Augustin, aujourd’hui rue Saint-Augustin, dans le deuxième arrondissement de Paris. Il est le fils de Jean-François Liautard, entrepreneur de serrurerie, et de Charlotte Gabrielle, Héloïse Vives, née à Paris, et décédée en 1841 alors que le jeune Liautard n’avait que cinq ans. Alexandre avait deux sœurs. Son oncle maternel Étienne Gabriel Vives était vétérinaire militaire de carrièrePh. de Wailly et Lester M. Crawford : The life of Alexandre Liautard, Historia of Medicinae Veterinariae, 1978, 3:2, 47-49.
Études vétérinaires En 1851, Alexandre Liautard est admis comme élève à l’École vétérinaire d’Alfort. En 1855, son père meurt, et, cinq jours plus tard, Alexandre est renvoyé d’Alfort « pour une infraction très grave à la discipline » dont l’objet est ignoré. En outre, pour cause de maladie, il n’a pu se présenter aux examens de fin du premier semestre. Après avoir interrompu ses études quelques mois, il est admis à l’École vétérinaire de Toulouse où il termine sa quatrième année et obtient son diplôme en 1856Archives de l'École nationale, vétérinaire d'Alfort, Registre des étudiants : Alexandre Liautard.
Vétérinaire praticien à New York thumb|Alexandre Liautard en 1865 On ignore le contenu de ses activités entre 1856 et 1859. Sa fiche de récipiendaire de la Légion d'Honneur mentionne un service militaire de trois ans, ce que retient initialement Lester CrawfordL.M. Crawford : A tribute to Alexandre Liautard, the Father of the American Veterinary Profession. J. of the Am. Vet. Med. Ass, 1976, 169, 35-37 mais une enquête réalisée en France auprès du Service historique de l'armée de terreR.C. Gregory et J.C. Godfrain : Le bicentenaire des États-Unis et l'École nationale vétérinaire de Toulouse, Rev. Med. Vet.(Lyon et Toulouse), 1977, 128 (7) n'a pas révélé une mention de son nom. En outre le service militaire était alors de six ans et, en application de la loi Gouvion-Saint-Cyr, le recrutement avait lieu par recrutement ou tirage au sort. Le plus probable est donc que Liautard tira un bon numéro.
Il arrive à New York en 1859 où il s’installe et où il ouvre rapidement une clinique vétérinaire. La ville est alors en pleine expansion malgré la guerre de Sécession qui débute en 1861. Le développement est non seulement économique mais aussi universitaire ; quinze universités sont créées pendant cette période de guerre, dont Cornell, Swarthmore College et le MIT. Les esprits sont aussi très ouverts à la création d’écoles professionnelles.
Au début de la carrière de Liautard à New York, il y avait très peu de vétérinaires américains diplômés et tous ceux qui l’étaient avaient fait des études vétérinaires en Europe. Nombre de « horse doctors » étaient de simples maréchaux ferrants. C’est dans ce contexte que Liautard a su s’imposer à New York, malgré les difficultés inévitables d'une installation dans une culture nouvelle et l'acquisition d'une langue qui lui était étrangère. Il s'installe au centre de New York, au 215, Lexington Avenue. Simultanément, il acquiert le diplôme de docteur en médecine à l'University Medical College de New York, aujourd'hui New York University School of Medicine. L’activité qu’il déploya dans sa clientèle pendant les quarante ans de sa vie professionnelle aux États-Unis lui permit d’accéder à une grande aisance matérielle et même une fortune si l’on en juge par les acquisitions immobilières qu’il réalisa à son retour en France en 1900. Elle lui donna surtout les moyens de financer ses entreprises d’éducation et d’édition vétérinaires aux États-Unis.
Pour mieux faire ressortir l'étendue du marché qui s'offrait à la profession vétérinaire, Liautard publiait périodiquement, dans l'American Veterinary Review, des statistiques du cheptel américain, ainsi que des exportations de viande, qu'il confrontait à celles des principaux états européens et de leurs importations. Au sein des villes, le cheval occupait alors une place très importante liée à la traction hippomobile. Importance de la population équine aux États-Unis La fin du fut la période d’apogée du cheval. Le , longtemps vu comme le siècle de la vapeur et du chemin de fer, fut avant tout le siècle du cheval. Transport ferroviaire et transport hippomobile étaient complémentaires. Durant le Gilded Age la population équine des États-Unis est passée de 7 millions en 1860 à 25 millions en 1900. Les chevaux de ville n'en représentaient que 11 à 12 % mais leur importance dans le développement urbain a considérablement surpassé cette importance relative. En 1900, la densité moyenne de chevaux était de 426 par mille carré dans les 46 plus grandes villes des États-Unis, elle était de 500 à New York et à ChicagoAnn Norton Greene in the book Horses at Work- (Harnessing Powering Industrial America), Harvard University Press, Cambridge, U.S.A et Londres, 2008, p.179-214 (and notes). En 1900, vivaient et travaillaient dans Manhattan, à Chicago, à Philadelphie. En 1879, le New York Times écrivait : « New York must move on wheels, the whole population must drive...This is obviously a « stable city » Clay McShane et Joël A. Tarr : The Horse in the City. Living Machines in the Nineteenth Century, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2007, 242 p., .
Traction hippomobile dans les rues de New York, années 1880-1900
Vie familiale et retour en France . Alexandre Lieutard épousa, à New York, Emily Joséphine Stouvenel née de français émigrés à New-York. Leur fille unique, Marie-Louise, naît en 1864 à New York où elle est élevée. En 1890, elle épouse Octave Boyer venu à New York pour fonder une succursale de la Grande Maison de Blanc, un magasin de luxe bruxellois implanté à Paris dans le quartier de l'Opéra. Le magasin new yorkais implanté sur la cinquième avenue a disparu dans les années 1960. En 1900, quand Octave Boyer est nommé directeur de la Grande Maison de Blanc, à Paris, boulevard des Capucines, Alexandre Liautard prend sa retraite et rentre en France avec sa femme confinée à un fauteuil roulant du fait d'un ramollissement cérébral, sa fille et son gendre. Il semble que Liautard était trop lié à sa fille pour la laisser partir sans lui. Ils habitent un vaste appartement au quatrième étage d'un immeuble luxueux, 14, avenue de l'Opéra.
S'il n'exerce plus, il continue à développer de nombreuses activités. Doyen honoraire du New York American Veterinary College, il maintient une importante correspondance avec ses collègues américains depuis la France et continue d'écrire ses éditoriaux pour sa revue, l'American Veterinary Review. Il participe aux séances de la Société centrale de médecine vétérinaire qui deviendra, en 1928, grâce à Emmanuel Leclainche, l'Académie vétérinaire de France. Il en devient président en 1911. À partir de 1914 il soutient par son argent les activités de la Commission for Relief in Belgium initiées par Herbert Hoover (qui deviendra plus tard président des États-Unis), pour venir en aide à la Belgique occupée par les Allemands.
En 1911, il achète un petit château du , La Mare aux Cerfs, à Bois-Jérôme-Saint-Ouen, près de Vernon, dans l' Eure. C'est là qu'il meurt le à la suite d'une crise cardiaque.
Œuvre et réalisations Si Alexandre Liautard est encore méconnu en France, il est largement connu et reconnu dans le monde vétérinaire aux États-Unis comme une personnalité dominante de l'histoire de la profession vétérinaire américaine.
À l'occasion du anniversaire de l'American Veterinary Medical Association (AVMA), en 2013, un article du journal de l'association, le JAVMA, en date du , le présentait comme l'une des 12 personnalités de la légende de la profession vétérinaire américaine et lui consacrait la première des douze biographies de fondateurs publiées par le journal au cours de l'année :
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L'entrepreneur de formation vétérinaire, fondateur et doyen d'école vétérinaire thumb|Diagramme historique de la création des veterinary colleges dans l'État de New York, d'après Donald F. Smith, modifié Donald F. Smith : New York City's Five Veterinary Colleges, Veterinary Legacy, 2012 en ligne
Aux États-Unis (comme en Grande-Bretagne), contrairement à la France, les premières écoles vétérinaires ont été des entreprises privées. De même que les universités auxquelles elles se rattachent, beaucoup le sont aujourd'hui. Les premières écoles vétérinaires américaines reconnues légalement en tant que telles furent formées entre 1850 et 1860 à Philadelphie, Boston et New York. Aujourd’hui, l’, fondé en 1879, l' fondée en 1884, l’Ohio State University’s College of Veterinary Medicine fondé en 1885, et l'École de médecine vétérinaire de l'université Cornell, fondé en 1894, sont les quatre plus anciens établissements vétérinaires américains en activité. Pour mémoire, les écoles vétérinaires françaises de Lyon et d’Alfort ont été fondées respectivement en 1761 et 1765, l’École nationale vétérinaire de Toulouse a été créée en 1825 et inaugurée en 1835 et le Royal Veterinary College de Londres, dont un vétérinaire français diplômé de l’école de Lyon, Charles Vial de Saint Bel, fut le premier principal, en 1791. Le New York College of Veterinary Surgeons Les trois premières écoles vétérinaires américaines, de Philadelphie, Boston et New York, n’eurent pas de succès et furent de courte durée. Le , fondé en 1857 par un médecin, John Busteed (1815-1876)Site web Find a grave : Dr John Busteed, d'origine irlandaise, est considéré comme le véritable précurseur de l’enseignement vétérinaire aux États-Unis, mais son établissement dut fermer en 1859, faute d’un nombre suffisant d’élèves. Le Busteed n’abandonna pas son projet et réorganisa son école en 1862. Liautard était à New York depuis 1860 et déjà installé dans son immeuble au 205 Lexington Avenue. Sa notoriété devait déjà être bien établie et sa position suffisamment assise pour qu’il soit en mesure, par un arrangement privé, d’accueillir dans son immeuble cette école qui ouvrit en 1864. Il fit partie du corps professoral et poursuivit son activité de praticien dans des locaux qui restèrent sa propriété. Des médecins faisaient partie du corps professoral. En 1870, Busteed prit sa retraite et Liautard lui succéda en tant que président du corps professoral. La direction administrative de l'établissement était exercée par un collège directorial formé de notables de la ville, les (administrateurs). En 1875, des dissensions surgirent dans le collège des directeurs. Tous les professeurs donnèrent leur démission et suivirent Liautard qui fonda sa propre école : l'.