thumb|Ruines de l’Université de Nâlandâ, dont la destruction en 1197 est une étape importante du déclin du bouddhisme en Inde.

Le déclin du bouddhisme en Inde, là où il est né, a eu lieu pour diverses raisons telles que les conflits sectaires au sein du bouddhisme, la perte du soutien public et royal, l'évolution de la situation socio-politique, le développement des religions indiennes concurrentes telles que l’hindouisme et le jaïnisme et les vagues d'invasions par des peuples venant d'Asie centrale qui touchent les Indes.

Le bouddhisme se développe aux Indes pendant les siècles qui suivent la mort de Bouddha. Son développement est accéléré par la conversion et le soutien du roi Ashoka, qui règne sur l'empire maurya au avant notre ère. Il s’étend même au-delà du sous-continent indien, en Asie centrale et en Chine. Par la suite, on observe un déclin constant du bouddhisme aux Indes durant le millénaire, mais il continue de bénéficier d’un soutien financier et institutionnel sous l’empire Gupta ( - siècle) et la dynastie Pala ( - siècle)...

Des moines chinois qui traversent la région entre le et le , comme Faxian, Xuanzang, Yijing et Song Yun, décrivent le déclin du sangha bouddhiste, dans le nord-ouest du sous-continent indien ; notamment à la suite des invasions des Huns blancs, qui sont suivies par les raids des Turco-Mongol. Le bouddhisme disparaît de la quasi-totalité du sous-continent avec la conquête musulmane des Indes et ne subsiste que dans les régions himalayennes, le sud des Indes et sur l'ile de Ceylan (Sri Lanka)..

En dehors de l’Himalaya et de quelques endroits isolés, le bouddhisme a pratiquement disparu des Indes à la fin du . Ces derniers temps le bouddhisme connaît un renouveau dans le sous-continent indien en raison de l’influence de personnalités et d'hommes politiques, comme Anagarika Dharmapala, , B. R. Ambedkar et Tenzin Gyatso, le Dalaï Lama.

Antiquité

Période durant laquelle vit Siddhartha Gautama dit « Bouddha », voit non seulement les débuts de l'urbanisation des Indes, mais aussi ceux des États centralisésRichard Gombrich, A Global Theory of Intellectual Change. Harvard University Press, 2000, page 205. .. La réussite de l’expansion du bouddhisme est liée à la croissance économique de l’époque, ainsi qu'a l'organisation politique des royaumes, qui grâce aux débuts de la centralisation peuvent amener des changements au sein de la société civileRichard Gombrich, A Global Theory of Intellectual Change. Harvard University Press, 2000, page 184..

Le bouddhisme se propage à travers les Indes antiques et bénéficie d'un soutien étatique de la part de divers régimes régionaux. Ce soutien se poursuit durant tout le millénaire av. J.-C.Randall Collins, The Sociology of Philosophies: A Global Theory of Intellectual Change. Harvard University Press, 2000, page 182.. La consolidation de l’organisation monastique met le bouddhisme au centre de la vie religieuse et intellectuelle des IndesRandall Collins, The Sociology of Philosophies: A Global Theory of Intellectual Change. Harvard University Press, 2000, page 208... Pushyamitra, le premier souverain de la dynastie Shunga, construit de grands stupa bouddhistes à Sânchî en 188 av. J.-C. History of India By Sir Roper Lethbridge.. La dynastie des Kanva, qui succède aux Shunga, voit quatre rois bouddhistes monter sur le trône.

Le roi Pushyamitra et la dynastie Shunga Les preuves historiques concernant les éventuelles persécutions du bouddhisme durant l'antiquité sont soit absentes, soit non fondées. En effet, les écrivains de l’époque coloniale ont utilisé des histoires folkloriques/mythiques pour reconstruire une partie de l’histoire ancienne des bouddhistes.

Ainsi, le Divyavadana, une anthologie de récits mythiques bouddhiste sur la morale et l’éthique qui fait régulièrement intervenir dans ses histoires des oiseaux et des animaux parlant, a été écrit vers le . Dans l’une des histoires, il est mentionné la destruction de stupas et de viharas à l'époque du roi Pushyamitra. Historiquement, ce Pushyamitra serait le fondateur de l'empire Shunga et aurait donc vécu 400 ans avant l'écriture du Divyavadana. Des fouilles ont permis de retrouver des restes de stupas à Deorkothar, dont l'état suggère une destruction délibérée.

Si ces découvertes semblent valider le récit du Divyavadana au sujet de Pushyamitra., il est en réalité difficile de savoir si ces stupas ont vraiment été détruits pendant le règne de ce roi ou une période plus tardive et l’existence même de violence religieuse entre hindouistes et bouddhistes dans les Indes antique est contestéeAkira Hirakawa, Paul Groner, A History of Indian Buddhism: From Sakyamuni to Early Mahayan, Motilal Banarsidass Publ., 1996, , ... Finalement, on ne sait pas quand les stupas de Deorkothar ont été détruits ou par qui ; et les récits du Divyavadana sont considérés par certains érudits comme des sources historiques d'une valeur douteuse. Ainsi, l'historien Moriz Winternitz a déclaré que «les légendes [du Divyāvadāna] peuvent difficilement contenir quelque chose ayant une grande valeur historiqueAndy Rotman (Translator), Paul Harrison et al (Editors), Divine Stories - The Divyāvadāna Part 1, Wisdom Publications, Boston, , Introduction, Preview summary of book.. » De même, l’historien Paul Williams considère que les théories sur les persécutions, la date présumée du nirvana de Siddhartha Gautama (400 av. J.-C.) et le règne ultérieur de Pusyamitra, telles que décrits par les écrits du bouddhisme Mahasanghika sont « "les plus farfelus de tous les arguments et n'a guère plus de valeur que n’importe quelle autre discussion.. » Bref, les polémiques sur la responsabilité ou la non-responsabilité de Pushyamitra dans ces destructions de stupas et de viharas sont loin d'être closes et le débat loin d'être apaisé.

Selon d’autres chercheurs, les rois de Shunga auraient été plus cléments qu'on ne le pense envers le bouddhisme et auraient contribué à l’édification du stupa de BharhutAkira Hirakawa, Paul Groner, A History of Indian Buddhism: From Sakyamuni to Early Mahayan, Motilal Banarsidass Publ., 1996, , .. Une inscription présente à Bodhgaya, dans le Temple de Mahabodhi indique que le temple est un « Don de Nagadevi la femme du roi Brahmamitra. ». Une autre inscription se lit comme suit : "Don de Kurangi, mère des fils en vie et épouse du roi Indragnimitra, fils de Kosiki. Le don vient aussi de Srima duPalais royal« Old Buddhist Shrines at Bodh-Gaya Inscriptions » By B.M. Barua, The Indian Historical Quarterly, Vol. VI, No. 1, MARCH 1930, ..".

Ces interprétations diverses peuvent également s'expliquer par une évolution de l'attitude des souverains Shunga vis-à-vis du bouddhisme ; mais là aussi le débat loin d'être clos et/ou apaisé

Les causes du déclin Différents facteurs ont conduit au déclin du bouddhisme. Dans l'Inde ancienne, quelles que soient l'obédience religieuse de leurs rois, les États traitent généralement les sectes et religions importantes de façon relativement impartiale. Ils font construire des monastères et des monuments religieux, donnent des terres Randall Collins, The Sociology of Philosophies: A Global Theory of Intellectual Change. Harvard University Press, 2000, pages 180, 182. ou les revenus de villages pour l'entretien des moines, et exemptent de l’impôt. Le plus souvent les dons sont le fait de personnes privées, riches marchands ou parents de la famille royale, mais dans le cas du bouddhisme le haut patronage de l'État est particulièrement important en raison de son haut niveau d’organisation.

De nombreuses inscriptions sur plaque de cuivre en Inde, ainsi que des textes Tibétains et Chinois, suggèrent que dans les royaumes hindous, sauf durant les guerres et les interrègnes, le patronage des monastères bouddhistes et du bouddhisme globalement continue depuis le début de notre ère jusqu'au début du millénaire.... Les recherches et les traductions de textes bouddhistes en tibétain et en sanskritCes textes ont été conservés dans les monastères tibétains., suggèrent que durant une bonne partie du millénaire, dans l’Inde médiévaleAinsi qu'au Tibet et en Chine. les moines bouddhistes conservent leurs propriétés après avoir rejoint un monastère et restent activement impliqués dans le commerce et toute autre forme d'activités économique...

Conflits internes et compétition entre les différentes sectes bouddhistes Au début de son expansion, le Bouddhisme est divisé en de nombreuses sectes, chacune avec sa propre version des textes canoniques et toute prétendant être la seule à véritablement respecter les enseignements du Bouddha. Selon Lars Fogelin, les textes ayant le même titre reflètent tout le spectre des différences entre ces sectes, certaines étant minimes et d'autres étant assez importante pour que l'on puisse considérer qu'il s'agit d'écrits n'ayant rien à voir entre eux grands mineurs et certains tant qu’elles sont différentes de travaux...

Le deuxième concile bouddhique, qui a lieu aux alentours de 380 av. J.-C., se conclut par le premier schisme du Sangha, la communauté monastique bouddhiste. Après avoir en vain tenté de modifier la Vinaya, un petit groupe d'"anciens", c'est-à-dire les Sthaviras, rompt avec la majorité Mahāsāṃghika pendant ledit concile et fonde la secte SthaviravādaSkilton, Andrew. A Concise History of Buddhism. 2004. , 64... Ainsi, quelques siècles après la mort du Bouddha, les désaccords concernant les textes du Vinaya, le code disciplinaire des moines, sont devenus tellement importants, que le sangha bouddhiste connaît plusieurs scissions, chacune augmentant la compétition pour le recrutement des moines et le soutien financier, tout en multipliant les versions différentes du bouddhisme.. À l’origine, ces schismes sont causées par des disputes sur les codes disciplinaires monastiques des différentes fraternités. Mais, vers l'an 100, si ce n'est plus tôt, les schismes du sangha sont également causées par des désaccords doctrinaux trop importants.. Ces conflits internes au bouddhisme sont mis en évidence dans des textes par l'usage des termes « Hinayana » (le petit véhicule ou véhicule inférieur) et « Mahayana » (grand véhicule ou véhicule supérieur). Au cours du millénaire, le bouddhisme évolue vers une séparation en deux grands courants de pensée : le Theravada et le Mahayana.

Selon Akira Hirakawa et Paul Groner, les grandes écoles confessionnelles du bouddhisme que sont le Theravada, le Sarvâstivâdin, le Sammatiya et le Mahasanghika, sont toujours florissantes au , comme en témoignent les textes chinois laissée par le pèlerin Yi Jing. Mais les textes Indiens de ces écoles n’ont pas survécu jusqu'à notre époque et on connaît mal les sectes bouddhistes du milieu et de la fin de l’époque médiévale.. Ainsi, même s'il trouve le bouddhisme indien florissant, Jing parle de baisse de la discipline et de l'indulgence envers les plaisirs terrestresPar plaisirs terrestres, il faut comprendre la nourriture abondante et riche, le sexe et l'argent. pratiqué par des moines bouddhistes à l’intérieur même des monastères. Il note aussi que les membres de la secte bouddhiste Mahayana commencent à se demander pourquoi seuls les moines bouddhistes peuvent atteindre le nirvana et non pas tout le monde y compris les bouddhistes laïcs.

Compétition avec l'hindouisme et le jaïnisme