vignette|Panneau d’entrée de village à Gassin.

La toponymie de Gassin est la description (étymologie, histoire, usage) des noms de lieux (toponymes), de voies (odonymes) et de cours d'eau (hydronymes) de cette commune provençale du département du Var. Les habitants de Gassin ont attribué au cours des temps des noms aux lieux qu’ils fréquentaient. Ils ont été inspirés par la géographie de ce territoire des Maures, les hommes qui le peuplent, leurs croyances, leur organisation sociale, les activités économiques et leur implantation dans l’espace. Suivant l’évolution de la société, de la langue parlée, des populations présentes, les toponymes ont évolué, se sont superposés, disparaissant parfois. Ils témoignent de la vie des hommes et de l’histoire du village. La toponymie de Gassin a été étudiée de manière détaillée par Élisabeth Ulrich-SauzeVoir bibliographie..

Les différents âges de dénominations des noms de lieux

Héritages anciens

Le territoire de la commune était habité au moins dès le néolithique« La station des Marres, Ramatuelle (Var)», Bulletin de la Société préhistorique française. Comptes rendus des séances mensuelles, tome 64, n°4, 1967. pp. 122-124 (lire en ligne).. Deux toponymes à l’origine ou l’existence contestées, ceux du village même de Gassin et du quartier d’Avignon, sont considérés comme pré-celtiques. Cependant, le premier est l’objet d’autres interprétations et le second, qui n’apparait qu’à une reprise, sur la carte de Cassini.

La colonisation grecque dans la région est à l’origine du nom Athénopolis, dont la localisation n’est pas certaine, identifiée sur la côte entre Cavalaire-sur-Mer et Sainte-Maxime et plus particulièrement dans le golfe de Saint-TropezPline l'Ancien, Histoire naturelle, III, 35 ; Pomponius Méla, Chorographie, II, 70 ; Brun Jean-Pierre, Aycard Philippe, Cazalas Gabriel, Lecacheur Pascal, Leguilloux Martine, Pálfi György, « La villa romaine des Platanes à Saint-Tropez (Var) », Revue archéologique de Narbonnaise, tome 30, 1997. pp. 203-217. (lire en ligne)., dans le secteur de cette ville, possiblement sur la côte gassinoise.

L’implantation romaine, attestée par la présence de villæJean-Pierre Brun, Carte archéologique de la Gaule, Var, 83/1, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1999, 488 pages., a laissé peu de traces directes. Le village, qui apparaît en 1056 dans un cartulaire de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille sous le nom de Bourrian (castri Borriani), disparaît dans les années qui suivent pour laisser la place à Garcin qui deviendra GassinCartulaire de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, Paris, C. Lahure, Collection des cartulaires de France, volume 8-9, Tome 1, 1857. (lire en ligne)..

La plupart des toponymes connus le sont par le provençal, qui se fixent en français avec les premiers cadastres. Ils désignent des éléments géographiques auxquels peuvent être attachés des noms de personnes ou des adjectifs : sources (Bonne Fontaine), trous d’eau (Gourbenet), pâturages (Pré Martel), rochers (Roucas de Casteou), etc.

Une partie de ces noms ont été francisés et demeurent compris aujourd'hui alors que l’orthographe et le sens d’autres ont changé (Val de Bois, qui aurait dû être traduit par Val du Loup).

vignette|La rue du Fort, qui fut la première rue du village de Gassin.

L’ère moderne

Avec la généralisation et les progrès de la cartographie, les noms de quartiers se figent. Seuls quelques noms connus apparaissent depuis le : ceux de la Gare, le bâtiment et la fonction ont pourtant disparu depuis la fin des années 1940, ou les Torpilles. Tous deux correspondent à une ère industrielle qui a peu touché le golfe de Saint-Tropez par ailleurs, son économie traditionnelle dominée par l’agriculture se muant en industrie touristiqueJuillard Étienne, « La côte des Maures. Son évolution économique et sociale depuis cent ans, étudiée dans la région de Saint-Tropez », Revue de géographie alpine, tome 45, n°2, 1957, pp. 289-350 (lire en ligne)..

L’exception est formée par les noms de rue et de quartier au village, qui subissent une profonde modification : la place du Saint-Esprit, la rue droite ou la rue du Marquat disparaissent, remplacées par la place de la mairie, la rue Longue ou la rue Centrale.

Les voies de communications se multiplient au et avec elles les noms de rue, de quartier, de lotissements ou de parcs résidentiels. C’est le cas avec la création de lotissements et de parcs privés et des noms de peintres au hameau de Gassin, de clubs de golf aux résidences du Golf, d’oiseaux à Sinopolis ou de plantes provençales au parc Oasis.

Les voies publiques sont l’objet à la fin du d’une dénomination officielle au village, qui se dote de plaques de rue. La construction du nouveau village par l’architecte François Spoerry est l’occasion de la création de plusieurs voies aux inspirations diverses : reprises de microtoponymes anciens (rue de Galembert), appellations utilitaires comme autrefois (rue des Écoles) ou hommage à des personnalités historiques (place Hannibal de Châteauneuf) ou moderne (rue Marie-Louise Raymond), toujours locales. À l’extérieur, une partie des noms de rue actuels a repris d’anciens noms de quartiers (chemin de Longagne, chemin de Bagary, chemin de Barbarie).

Ponctuellement depuis, des noms apparaissent, avec la construction de nouveaux ensembles, comme l’allée du Trident en 2016 aux Marines de Gassin. Certaines places publiques oubliées jusqu’ici sont également officiellement dénommées. Ce fut le cas des trois places à l’entrée du village baptisées en 2016 du nom de trois soldats gassinois du 15e Corps morts pour la France, faisant oublier les noms utilisés (parking de la Fontaine, parking Chapelle).

Géographie vignette|Le village perché de Gassin, vu du quartier Bertaud.

Le relief

Le caractère accidenté du territoire gassinois explique l’abondance d’oronymes.

L’origine discutée du nom de Gassin

Le nom du village de Gassin est l’objet de plusieurs hypothèses.

Une supposition répandue parmi les auteurs du Étienne Garcin, Dictionnaire historique et topographique de la Provence, ancienne et moderne, Draguignan, autoédition, 1835, 2 tomes., parfois modernes et largement répandue aujourd’hui.., est celle d’un dérivé du latin Guardia Sinus. Le nom du village lui viendrait de son rôle de « Gardien du Golfe ».

Le toponymiste Charles Rostaing propose comme origine la plus probable les racines indo-européennes kar (« pierre perchée ») et sen (« colline », « bâti sur un rocher ») commune à plusieurs villages provençaux : La Crau, Cassis et le Carso. Cela aurait produit GarcinRostaing, 1950..

Frédéric Mistral évoque l’origine latine Garcinum, qui a donné Garcin, Garci, précisant que le nom est attesté comme nom de famille en ProvenceMistral, 1886.. Élisabeth Ulrich-Sauze, auteure d’une thèse de l’École nationale des chartes sur les toponymes des cantons de Grimaud et Saint-Tropez, penche pour un nom de famille d’origine germanique, classant Gassin dans les noms de lieux d’origine indéterminéeUlrich-Sauze, 1969..

La même racine, ou le nom de Garcin/Gassin, a donné plusieurs toponymes dans le golfe de Saint-Tropez : l’ancien castrum des Garcinières, à Cogolin, Gassine, un hameau du Plan-de-la-Tour et Gassinière, ancien nom de quartier entre Gassin et La Croix-Valmer. À Gassin, près des Moulins de Paillas, existent également les Barri de Gassin. Il s’agit du plus haut point de la commune, à 322 mètres. Un oppidum datant de l’Âge du fer existait autrefois à cet endroit. Il a été détruit pour la construction d’antennes dépendant du ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire. Il s’appelle aujourd’hui le Radio PhareLes idées randos, 1er trimestre 2015, GIP Cannes-Bel Âge, p. 10 : (lire en ligne)...

alt=Angle de la rue Centrale et de la rue de la Calade à Gassin|vignette|Angle de la rue Centrale et de la rue de la Calade à Gassin.

Les hauteurs

Plusieurs toponymes ont été créés à partir de la forme du provençal colo, colline, du latin collis, ou avec le diminutif coulet. Tous ont disparu à part la Colle Bertaud, dans le nord de Gassin, colline qui descend vers la mer et le Château Bertaud au nord. Le toponyme est formé avec le nom de personne devenu nom de lieu. Les autres étaient également formés avec des noms : la Colle du Loup (colline descendant vers la Bouillabaisse, avec le nom d’animal), la Colla de Lunaut (avec un nom de personne), la Collo de Sanct-Tropes (avec le nom de lieu), la Colla de la Val (avec le nom commun géographique), Colletum et le Collet des Moulieres (avec le nom de lieu) ou un qualificatif : la Colle de Mallaval (dans le quartier des Gassinières, avec le nom Mallaval, formé de val et de mal, mauvais).

Le quartier de Coste Brigade était originellement connu comme Coste Bregade. Il désignait alors le versant de la colline allant du village à Barbeyrolles, jusqu’à la Berle Il a été repris comme nom aujourd’hui pour le chemin vicinal numéro un dit route de Coste Brigade. Le nom dérive de costo, « côte, penchant d’une montagne, rampe » et d’un dérivé du participe passé de l’ancien provençal albergar, « héberger, loger », connu comme nom de famille.

Les Cuguières désigne une colline à la frontière entre Gassin et Ramatuelle. Le sommet des Cuguières est les Barri de Gassin, où s’élevait autrefois un oppidum. Il s’agit du point culminant de Gassin, à 322 mètres. Le nom serait un oronyme dérivé, comme Cogolin, Cuguyon et Cuguillat, du latin cuculus (capuchon)Dauzat, Rostaing, 1963. et du provençal cuculhat (huppé).

L’Escaled est un quartier au sud du village, près de Ramatuelle ; il a donné son nom à la route de l’Escaled. Ce nom est un diminutif dérivé de l’ancien provençal escalo, « échelle, escalier, montée ».

Le quartier de Malleribes désigne une colline au nord de Gassin descendant vers la mer. Le nom vient de l’adjectif provençal mau, malo, « mauvais » avec ribo « côte escarpée ». Ce dernier a également donné Las Ribas, peut-être confondu avec le premier. Exposé aux vents et autrefois peu peuplé, le quartier est aujourd’hui urbanisé. La plage à l’extrémité nord du quartier a pris le même nom..

La Motte est un quartier situé dans l’ouest de Gassin et dont le nom vient de l’ancien provençal mota, « colline, éminence, tertre ».

La montagne du Peinier se trouve aux confins de Cogolin, Gassin et La Croix-Valmer. Ce site boisé abrite quelques ruines. Le nom dérive de pue, puey, via l’adjectif puat, « puy, colline isolée, sommet » avec l’adjectif -nier, « noir ». Deux autres quartiers ont porté des noms formés avec ce nom : Pueygros, nom de quartier aujourd’hui oublié, avec l’adjectif -gros, « gros, grand », et La Puada, avec l’adjectif puât dans le sens de « montée, roidillon, pente ascendante ».

Dans les vallées

Trois noms sont utilisés pour désigner les vallées.

La liste est longue des noms de lieux créés à partir de cros, « creux », désignant souvent un fond de vallée propice à l’agriculture. Seul le Cros de Martin, quartier situé à l’ouest du village sous le cimetière, dont le nom est formé avec le nom de personne, existe toujours. Les autres sont aujourd’hui oubliés : le Cros, utilisé seul et, avec les noms d’hommes, de saints et de lieux : le Cros de Galambert, le Cros de Johan, le Cros de la Berla, le Cros de la Bonne Font, le Cros de la Moute (aujourd’hui remplacé par Caruby ; voir la Motte), le Cros de la Roguiera, lo Cros de las Loboas (voir Val de Bois), Lo Cros de Mege, Le Cros de Saint-Martin, lo Cros de Sanct Sperit, lo Cros de Val Longanha, lo Cros de Villa Vielha (voir Ville Vieille), le Cros du Moulin de Verdagne.