thumb|300px|Régennes sur la carte de Cassinientre Appoigny et Gurgy
Le château de Régennes se trouve sur la commune d'Appoigny dans le département de l'Yonne, au nord de la Bourgogne, en France.
Propriété de l'évêché d'Auxerre depuis le et résidence fréquente des évêques d’Auxerre, ., détruit à différentes reprises, il est chaque fois rebâti somptueusement. Trois rois et un dauphin y ont été reçus.
Il est vendu en 1791 et totalement rasé à cette époque..
Le présent bâtiment est construit par , natif d'Appoigny, entre la Première et la Seconde Guerre mondiale. Il est depuis devenu une clinique. Les jardins sont recensés à l'inventaire général du patrimoine culturel. et sont visitables sur demande.
Toponymie
Les noms de Rigena, Regenna, Regius amnis ou Regeanne figurent sur différents documents..
"La transcription latine Regius Amnis, qui paraît pour la première fois dans un acte de 1145, est certes une fantaisie étymologique de clerc demi-savant au même titre que "Signum laetum ", pour Seignelay, "Sacrum Caesaris" pour Sancerre, ou "Tonitruum" pour Tonnerre. En réalité la forme ancienne est suggérée par une graphie de 1266 : Riganam, dans une ordonnance de saint Louis. Faute de témoignages plus anciens, l'analogie du nom de Migennes, commune voisine d'Appoigny, doit nous mettre sur la bonne voie : c'est Mitiganna, en 634, dans le testament de l'évêque d'Auxerre Vigilius ; Mitgana au IXe siècle, dans le sacramentaire sénonais de Stockholm ; Migana en 1161 et Migenne en 1543. Nous sommes donc portés à reconstituer pour le nom de Régennes la série inverse Régenne, Rigâna, Ritgana, Ritigana, série conforme par ailleurs aux lois de la phonétique romane... Ritigana ou plus anciennement Riticana (s.-e. villa) est un adjectif issu de la racine celtique ritu - , gué, à laquelle s'ajoutent un premier suffixe - ic - (cf. Avar-ic-um, Autr-ic-um) et un second suffixe - an-, qui a été employé, surtout au début de la colonisation romaine de la Gaule, pour la formation des noms de domaines. Il se pourrait donc que Rit-ic-os fût la forme la plus ancienne du nom de Régennes et qu'elle signifiât "le domaine du gué" : un gué, très anciennement utilisé, coupe la boucle de la rivière qui contourne Régennes.
Localisation Le château de Régennes est sur l'actuelle commune d'Appoigny à au nord d'Auxerre. Comme la ville d'Appoigny, il se trouve en rive gauche (côté ouest) de l'Yonne mais a l'avantage d'être presque entièrement entouré par une boucle de la rivière, très méandreuse à cet endroitChâteau de Régennes sur la carte interactive de geoportail.gouv.fr..
Le site commande un pertuis sur la rivière Yonne, d'une grande importance pour le passage des bateaux et le transport des marchandises, entre autres notamment le vin. dont l'implantation dans la région auxerroise remonte au . et, à partir du , essentiel pour le flottage des trains de bois du Nivernais à destination de Paris...
Autre caractéristique du lieu et élément de convoitise : il est extrêmement fertile. Appoigny, village immédiatement dépendant de Régennes à tous égards, est longtemps considéré comme « le jardin d'Auxerre et de Joigny ». Jacques Amyot, évêque d'Auxerre (1570-1593), offre au roi Henry III un chou si gros qu'il faut deux hommes pour le porter..
Histoire Fin de l'Antiquité et Haut Moyen Âge
Vers l'an 380 Régennes appartient aux parents de saint Germain ( évêque d'Auxerre 418-448), Rustique et Germanille. Voir aussi note en bas de cette page., dont il est dit qu'ils y ont été enterrés en grande pompe.. Léguées à l’église d’Auxerre par saint Germain, les terres demeurent la propriété des évêques d’Auxerre de 448 à la Révolution française.
Dès l'époque d'Aunaire ( év. 572-605), les sénonais font des incursions jusqu'à Auxerre et ravagent Régennes au passage.
Auxerre est prise par des pilleurs, probablement sarrazins (des visigoths sont aussi mentionnés), en 729 ou 732. Ils arrivent du sud, puisqu'ils prennent d'abord Mâcon, Tournus, Châlons, Beaune et Dijon. Mais alors qu'ils approchent de Sens, l'évêque Ebbon de Sens sort de la ville avec ses vassaux et attaque, les met en déroute et les poursuit jusque près de Régennes où les sénonais défont entièrement les sarrazins..
Le pertuis de Régennes Le pertuis de Régennes est une écluse à déversoir et un passage obligé sur l'Yonne pour les bateaux. Celui qui a la mainmise sur Régennes tient Auxerre en échec car il commande la navigation depuis et vers Auxerre.. C'est donc un point hautement stratégique lors de conflits.
Par ailleurs, avec l'introduction d'un péage c'est une source de revenus. Sur les voies d'eau les péages sont nombreux, puisque « le moindre filet d'eau était l'occasion d'une perception ».. L'Auxerrois, pays historiquement gros producteur de vin, en a fait passer par ce pertuis d'énormes quantités de barriques au cours des siècles.
Mais ce pertuis en particulier est essentiel pour le flottage des trains de bois de chauffage et de construction, radeaux d'environ de long sur de large faits de bûches soigneusement assemblées par des liens végétaux et qui, à partir du milieu du , descendent les rivières du haut bassin de la Seine depuis le Nivernais et le Morvan en général, à destination notamment de Paris où une ordonnance de 1415 sous Charles VI mentionne déjà un train de bois arrivé dans la villeLe train de bois arrivé à Paris en 1415 est peut-être venu d'un endroit en aval de Paris, ou d'une autre région en amont de Paris..
Car l'Yonne, qui vient du Morvan et du Nivernais boisé, n'est pas navigable en amont de Clamecy mais elle y sert de « chemin qui marche » pour le bois flotté depuis les forêts nivernaises, avec son premier train de bois arrivant à Paris le en provenance de Chasteau-Sans-Souef (aujourd'hui Châtel-Censoir)Châtel-Sans-Souef a l'honneur d'être le point de départ du premier train de bois de chauffage ayant flotté en aval sur l'Yonne et la Seine jusqu'à Paris [ ; et Flotteurs - Histoire sur lemorvandiaupat.free.fr], où il est arrivé le 20 avril 1547 [] mené par Charles Leconte, charpentier [] nivernais travaillant à Paris comme maître d’œuvre de l'hôtel de ville [Flotteurs - Histoire]. La palme de précurseur du flottage du bois a malgré cela été donnée par Clamecy [Flotteurs - Histoire] (qui se trouve en bord d'Yonne) en 1828 [] à Jean Rouvet, riche marchand de bois de Paris, pour avoir le premier fait flotter du bois sur la Cure jusqu'à Paris en 1549. Il est vrai que la Cure est nettement moins navigable que l'Yonne, qui est commercialement navigable jusqu'à Clamecy (en amont de Châtel-Censoir) ; mais Rouvet n'est pas le premier à avoir flotté du bois sur la Cure : il a repris le travail de Gille Deffroissez, maître de forges du Nivernais qui s'est ruiné dans sa tentative pourtant réussie de flotter du bois sur la Cure en 1546 [Flotteurs - Histoire]. Le commerce de bois, flotté depuis le Morvan jusqu'à Paris via l'Yonne et la Cure, a duré jusqu'au .. En aval de Clamecy elle est navigable, et c'est dans les environs de Clamecy que le bois flotté est assemblé en « trains » ; mais jusqu'à Régennes le cours de l'Yonne est souvent sinueux ou torrentiel, parfois les deux ensemble. Le flottage du bois sur un tel cours exige donc un apport d'eau au-delà du débit habituel, pour pousser ces grosses masses de bois vers l'avalFlotteurs - Un peu d'histoire sur lemorvandiaupat.free.fr.. D'où l'abondance de pertuis et d'étangs artificiels ou artificiellement agrandis, qui doivent accumuler l'eau pour, le moment venu, la relâcher par tous les pertuis de façon synchronisée sur tout le parcours du flottage de bois.. Or Régennes est le dernier pertuis en aval dont le fonctionnement est nécessaire pour faire avancer les trains de bois ; c'est aussi le lieu où ces trains de bois peuvent être couplés grâce à la largeur accrue de la rivière.. En 1568 ces trains de bois sont utilisés par l'infanterie catholique pour aborder Régennes tenu par les huguenots..
Le pertuis et les moulins de Régennes sont détruits vers 1738 car ils causent trop d'accidents, ..
Bas Moyen Âge Vers 1076, Robert de Nevers ( év. 1076-1084) repousse les sénonais hors d'Appoigny, leur enlève leurs prisonniers et fait bâtir à Régennes une première forteresse. Son successeur Humbaud ( év. 1087-1114) remet en état Appoigny qu'il fait aussi fortifier. À l'époque (an 1100), Régennes est appelé le clos épiscopal.
En 1145, saint Bernard (1090/1091-1153) établit les obligations de l’évêque envers le comte d'Auxerre pour le passage des mariniers au pertuis de Régennes.
Hugues de Noyers ( évêque d'Auxerre 1183-1206) embellit le château et commence le creusage de fossés complétés par des murs et quelques fortifications ; il entend faire creuser un chenal pour amener un bras de rivière à parachever l'entourage du site par des cours d'eau. Mais le comte de Champagne Thibaut III (1197-1201) s'y oppose manu militari et fait détruire quelque ouvrage commencé dans le but de fortifier l'endroit..
Guy de Mello ( évêque d'Auxerre 1247-1269) fait construire des murailles de clôture considérablement agrandies et une tour carrée très épaisse en forme de portique. Il fait surélever le château, et y fait de grands aménagements à l'intérieur, ainsi qu'à l'extérieur où il fait planter des vergers et creuser des étangs. Il fait aussi reconstruire les tours sises le long de l'Yonne, qui sont délabrées.. Les évêques d’Auxerre sont propriétaires de la rivière en aval du pont, et Guy de Mello le fait clairement comprendre quand il arrache les panneaux que les officiers du roi ont plantés sur la barre du pertuis pour marquer la souveraineté royale. Cela ne l'empêche pas de recevoir le roi saint Louis en 1265. ou 1266 à Régennes, d'où ce dernier envoie des lettres à Auxerre et à Paris le afin de faire reconstruire le pont d'Auxerre dont une partie a été emportée par la crue de 1265.. Saint Louis fait une seconde visite en , une halte sur son chemin vers l'Afrique. Deux autres rois s'arrêteront à Régennes : Jean II le Bon (1350–1364) et Charles IX (1560-1574) ; et un dauphin : le futur Louis XVIII (1814-1824).. Pierre de Mornay ( év. 1295-1306) meurt à Régennes le ..
Du temps d'Aymeric Guénaud ( évêque d'Auxerre 1331-1339), une sentence arbitrale prononcée le qualifie Régennes dhospice « quoique plusieurs siècles auparavant ce fut un château très fort ». ; les bâtiments se sont donc dégradés depuis les aménagements de Guy de Mello, sans que l'on en connaisse la cause.. Aymeric Guénaud se plaît toutefois assez à Régennes pour doter le lieu d'une première garenne..
Bien qu'il ne reste que trois ans en charge, Pierre de Villaines ( évêque d'Auxerre 1344-1347) prend le temps de fortifier et armer d'artillerie Régennes (et VillechaulVillechaul, de nos jours Villechaud, est à au sud de Cosne le long de la Loire (voir ). Construit par Guy de Mello (évêque d'Auxerre 1247-1269), Jean Germain (év. 1361-1362) doit le racheter pour 80 louis d'or afin de faire cesser une aliénation ; subséquemment, son successeur immédiat Pierre Aymé, évêque d'Auxerre 1362-1373, fait renforcer les fortifications du château (pour plus de détails, voir les articles sur les évêques cités).)..