Le Borinage est une région belge située en Région wallonne dans la province de Hainaut, à l'ouest et au sud-ouest de la ville de Mons, à l'extrémité ouest du sillon Sambre-et-Meuse. C'est un ancien site minier de grande importance au et au début du . L'exploitation de charbonnages de taille considérable fit du Borinage un des berceaux de la révolution industrielle après l'Angleterre et une des régions les plus prospères d'Europe avant un déclin inéluctable qui amena le chômage et la misère. Aujourd'hui, le Borinage est une région économiquement sinistrée.

Historique L'exploitation des mines dans le Borinage remonte à une époque très ancienne. D'après l'inspecteur des mines C. Payot-Descharmes, autour de Mons, vers l'an mil, il existe de nombreuses mines de charbon. À cette époque, la houille est exploitée par les fourfeyeux (fouilleurs). On ne creuse pas de puits car les veines affleurent. Dès que l'exploitation présente des difficultés, on remblaye les excavations et on recommence à un autre endroitPAYOT-DESCHARMES C. (1826), Guide du mineur et des concessionnaires des mines, dans la recherche et l'exploitation des mines de houilles en général et en particulier des mines du ci-devant Hainaut français (département du Nord).

Au , l'exploitation est déjà très active dans la région, comme le prouve un acte daté du Cet acte porte les signatures de Wautier, abbé de Saint-Ghislain, Julienne, abbesse de Sainte-Waudru, Jean d'Havré, chevalier et maire de Quaregnon, Bauduin de Hennin-Liétard, sire de Boussu, Jean Durpent, chevaler et Bauduin de Dour. En vertu de cet acte, le nombre total des puits est limité. On ne peut pas travailler de la Pentecôte à la mi-septembre (fête de la Sainte-Croix), en raison des travaux agricoles.

C'est dans le sud du bassin, à Frameries, Pâturages, Wasmes, Dour et dans le bois de Boussu que les premières exploitations sont signalées, à cause de l'affleurement des veines. La propriété des mines est un privilège de la Haute justice. Le seigneur a le pouvoir, dans son domaine, d'extraire la houille par lui-même ou par convention.

La houille est portée à dos de mulet depuis les fosses pour être embarquée sur de petits bateaux sur la Haine puis l'Escaut. Parallèlement, des carrières et des fours à chaux sont en exploitation au Bois de Boussu et dans la vallée du Hanneton. Cela est dû à la superposition de couches de calcaire et de grès dévonien avec celles de houille. Cette coexistence des deux industries dure jusqu'au .

En 1619, les archiducs Albert et Isabelle promulguent des chartes fixant la nature du droit de charbonnage, pour le seigneur et les concessionnaires. C'est l'apparition du droit perpétuel et inamovible du concessionnaire, tant qu'il remplit les charges de sa concession.

vignette|redresse|Machine de Newcomen au Bois de Boussu dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert : Détail explicatif de la machine du bois de Bossu proche Saint-Guilain, en la province du Hainaut autrichien, pour élever les eaux par l’action du feu .

Au début du , l'industrie houillère prend de plus en plus d'extension, mais seules les têtes de veines sont exploitables. Il n'est pas possible de creuser à cause de l'eau.

La « machine à feu », invention de Thomas Newcomen, révolutionne l'industrie minière. L'eau qui envahit les puits peut être pompée. On peut extraire le charbon à de plus grandes profondeurs. On connaît notamment la machine du Bois de Boussu, inaugurée en 1747, décrite dans l'Encyclopédie de Diderot et d'AlembertDétail explicatif de la machine du bois de Bossu proche Saint-Guilain, en la province du Hainaut autrichien, pour élever les eaux par l’action du feu, Encyclopédie, article FEU .

À partir de ce moment, on ira chercher le charbon à des profondeurs de plus en plus grandes : en 1790, la plus grande profondeur des puits ne dépassait pas ; en 1820 on arrivait à ; en 1838 la moyenne était de , mais certains puits dépassaient ; en 1866 il y avait des fosses ayant plus de de profondeur. À sa fermeture en 1960, le charbonnage du « Rieu du Coeur » à Quaregnon est celui qui enregistre la plus grande profondeur atteinte dans le Borinage avec mètres.

Les lois abolitives de la féodalité de 1793 et l'occupation française placent les mines boraines sous la loi du , qui fonde le droit minier en France. Les concessionnaires antérieurs à cette loi deviennent propriétaires de leurs concessions sans formalité préalable. Il se constitue alors dans le Borinage une grande quantité de petites concessions, de formes très irrégulières, constituées parfois de groupes de veines superposés qui s'enchevêtrent.

Entre 1822 et 1829, la production va plus que doubler dans la région, passant de à 1,26 million de tonnes, ce qui représente plus que la production totale de la France et l'Allemagne à l'époque. Le Borinage exportait son charbon principalement en France et en FlandreAdriaan Linters, Architecture industrielle en Belgique, Industriële architectuur in België, Industria architecture in Belgium, Pierre Mardaga, Liège, 1986, .

La nécessité de descendre toujours plus bas et le coût grandissant des appareillages d'extraction et de surface amènent, dans la deuxième partie du et au , des fusions de sociétés toujours plus importantes telles que la S.A. des Charbonnages Unis de l'Ouest de Mons, la S.A. des Charbonnages du Levant du Flénu ou la Compagnie des Charbonnages belges.

vignette|redresse=1.2|Paysage dans le Borinage, vers 1890 par Constantin Meunier, Musée d'Art McNay. En 1840, on dénombre 32 charbonnages et 109 puits en activité. Vers 1870, il n'y a plus que 26 charbonnages et 70 puits. À la même époque, l'extraction progresse de tonnes à tonnes. La population des communes ouvrières triple entre 1816 et 1876. La réputation des mines belges s'étend à l'Europe entière en raison de l'excellence de l'outillage et de l'organisation du travail grâce notamment à la division du travail au fond qui se généralise.

En 1920, on compte 17 sociétés exploitantes qui emploient . L'ensemble des concessions couvrent une superficie ha. La production totale est de tonnes Marcel Capouillez, Les charbonnages du Borinage, Grand Hornu, 1994, pp 16-17.

Après la Seconde Guerre mondiale, commence la construction de l'Europe. La Belgique signe en 1951 le Traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (C.E.C.A.) qui la solidarise avec la République fédérale d'Allemagne, la France, l'Italie, les Pays Bas et le Grand-duché de Luxembourg.

vignette|redresse|Frameries : chevalement du charbonnage du Crachet-Picquery. L'ouverture des frontières, en faisant baisser les prix de revient du charbon et le coût élevé de la main-d’œuvre entraînent une diminution sensible des recettes des sociétés charbonnières. Malgré une aide de la Communauté européenne et de l'État belge, ces sociétés doivent se résoudre à diminuer leur production. De nombreux puits sont fermés.

L'insuffisance de rentabilité des veines trop minces et trop accidentées va provoquer la fermeture de toutes les mines boraines et la ruine de toute la région qui fut très longtemps la plus industrialisée du pays. En 1957, sur employées dans le Borinage, travaillaient dans l'industrie du charbon. Seules travaillaient dans les services, alors qu'en Belgique dans son ensemble, 49 % étaient employés dans le secteur tertiaireAlan S. Milward, The European rescue of the nation-state, Routledge, London, 2000, p. 41 .

Des études effectuées en 1959 et 1961 estiment que la majorité des mines doivent fermer. Certaines, qui ont entrepris des travaux de modernisation très coûteux, sont encore rentables et pourraient être conservées (Vedette, Crachet-Picquery, etc.). Ce n'est pas le cas. Le , le Siège des Sartis à Hensies, dernier charbonnage du bassin encore en activité, ferme ses portes.

Deux sites majeurs du patrimoine minier du Borinage sont l'objet d'une reconversion remarquable : le Grand-Hornu, rénové et restauré par un architecte de Hornu, Henri Guchez, accueille le Musée des arts contemporains de la Fédération Wallonie-Bruxelles (MAC's) et, à Frameries, le Crachet-Picquery abrite le Parc d'aventures scientifiques et de société (PASS), sur un projet architectural conçu par Jean Nouvel.

Les principaux sites d'exploitation Baudour En 1899, la S.A. du Charbonnage de Baudour veut entreprendre l'exploitation du gisement houiller dit du « Comble Nord » en creusant à partir de la surface, non pas verticalement mais bien en plan incliné, deux galeries à grande section dans le bois de Baudour. L'acte d'achat, à la famille de Ligne, des terrains nécessaires aux accès, puits et bâtiments, est signé le et confère à cette société la propriété d'exploitation d'une contenance de . L'idée originale, de creuser des tunnels inclinés à Baudour, provient de la structure géologique profonde : les terrains improductifs à la houille du Tertiaire, du Crétacé et du Wealdien (appelés « morts-terrains » par les mineurs), réputés très aquifères ! , recouvrent les schistes et les grès du houiller renfermant le charbon. Le , un coup d'eau se produit au fond d'un des deux tunnels à de l'entrée soit à la verticale. Cette venue d'eau était en réalité une source d'eau chaude à 51 °C. La Princesse de Ligne fit exploiter cette source qui avait des propriétés thermales particulières. Elle créa au château un centre de thermalisme et d'hydrothérapie qui s'appela « Radio institut ». Il était alimenté par cette source baptisée Source Elisabeth. Le charbonnage est définitivement fermé le .

Bernissart Dès 1735, on creuse à Bernissart une quinzaine de fosses pour y extraire du charbon. La concession concernant l'exploitation des gisements situés sous les communes de Blaton, Bernissart, Pommeroeul, Ville-Pommeroeul, Harchies, Grandglise, Stambruges et Péruwelz ( ha) est accordée à la S.A Charbonnages de Bernissart par arrêté royal le Exposition universelle d’Anvers, 1885, « Notice sur le charbonnage de Bernissart (Hainaut) », Renaix, Imprimerie-Lithographie de Vandendaele, 1885, PHENIX (UMONS), consulté le 21/1/2017, http://biblio.umons.ac.be/public/bv/?p=3281. La proximité de voies de communication favorise le développement de cette exploitation : les canaux de Mons à Condé, Pommeroeul à Antoing et de Blaton à Ath, la route de Mons à Tournai, les chemins de fer de Blaton à Ath et Hainaut-Flandres.

On dénombre cinq puits d'extraction : : « Négresse ». Il est exploité entre et . Peu profond (), il sert ensuite d'aérage du puits Sainte-Barbe. : « Moulin » ( - ). : « Sainte-Barbe ». Creusé en 1845, il est mis en exploitation en 1849. Il atteint une profondeur maximale de et sera définitivement fermé, à cause de plusieurs inondations en 1921. En , le mineur Jules Créteur découvre une énorme quantité de fossiles datant du Crétacé. Il s'agit d'une des plus importantes prodigieuses découvertes de la paléontologie moderne. On extrait, non sans mal, trente squelettes complets d'iguanodonsLes Iguanodons de Bernissart, Institut royal des Sciences de Belgique, Bruxelles, 1978. avec plusieurs os de squelettes incomplets et des plantes fossiles, transférés au Muséum des sciences naturelles de Belgique. Aujourd’hui, il existe à Bernissart un musée de géologie, le « musée de l’Iguanodon »Le musée de l'iguanodon de Bernissart, rassemblant une impressionnante collection de minéraux et de fossiles. En minéralogie, il semble s’approcher de l’exhaustivité. : « Sainte-Catherine ». Ce puits est mis en exploitation en 1864. Il n'atteindra qu'une profondeur de 280. Plusieurs fois inondé, on le ferme définitivement pendant la Première Guerre mondiale. est créé en 1874 pour y installer un ventilateur à force centrifuge.