La condition des femmes à Cuba est liée à l'histoire politique et économique de l'île, elles jouissent de nombreux droits qui permettent leur accès aux soins de santé, à l'éducation et à la vie politique.

En avance sur les autres pays de l'Amérique latine, les autorités autorisent le divorce dès 1917 et les femmes cubaines obtiennent le droit de vote en 1934. Toutefois la majorité d'entre elles restent pauvres et analphabètes. Avec la révolution de 1959, la mise en place de mesures sociales pendant les décennies 1960 à 1980 favorise l'éducation et l'intégration professionnelle des Cubaines. La crise économique des années 1990 a cependant vu le retour de la division sexuelle entre travail salarié et travail domestique et le regain de la prostitution féminine au contact du tourisme.

De la conquête espagnole à l'indépendance Depuis la découverte de Cuba par Christophe Colomb, le , les femmes y subissent le code espagnol, considéré souvent comme rétrograde, la femme y est généralement vue comme « l’ange tutélaire de l’homme ».

Au , les femmes d'Amérique du Sud sont inspirées par les femmes européennes et découvrent le féminisme. Elles prennent conscience des droits des femmes et améliorent leurs conditions de vie.

En 1843, une rébellion d'esclaves, appelée , éclate dans la province de Matanzas, pendant l'. Elle est dirigée notamment par deux femmes, l'une appelée La Carlota, une esclave noire d'origine yoruba, et l'autre, Firmina.

Lors de l'insurrection nationaliste dite guerre des Dix Ans (1868-1878), les mambisas, Cubaines de toutes races et classes confondues (esclaves noirs affranchies, femmes de couleur libres, femmes de petits blancs, femmes taina (indigènes) et femmes appartenant à l'élite blanche), s'impliquent dans la lutte contre le colonisateur espagnol. De petites communautés dirigées par des femmes se forment dans les montagnes de la partie orientale de l'île pour fournir de la nourriture aux insurgés, soigner les blessés, cacher armes et munitions. Ailleurs, d'autres femmes se chargent de rédiger des pamphlets, de lever des fonds, de faire passer armes et nourriture aux insurgés, se transforment en espionnes et messagères, voire affrontent l'ennemi au combat Teresa Prados-Torreira, Mambisas: Rebel Women in Nineteenth Century Cuba, University Press of Florida, Gainesville, 2005 : .

L'esclavage, instauré en 1511, est aboli officiellement en 1880 et dans la pratique en 1886.

L'égalité de droits entre Blancs et Noirs est proclamée en 1893.

La guerre d'indépendance est relancée en 1895 pour se terminer trois ans plus tard par la proclamation de l'indépendance le . Le prix de cette guerre (et de la tentative précédente, la guerre des Dix Ans) est très élevé pour les femmes : emprisonnement, exil, maris tués ou dans la clandestinité, mariages à vau-l'eau, enfants sans père. L'image de la mambisa sert d'icône nationaliste, souvent brandie pour rappeler aux hommes leur devoir patriotique Teresa Prados-Torreira, : ..

Le pays continue toutefois de fonctionner selon les lois espagnoles.

À partir de l'avènement de la République (1902) La Constitution de 1901, imposée par les États-Unis, ne change en rien la position juridique de la femme dans la société, les législateurs cubains qui ne reconnaissent pas l’oppression qu'elle subit, l’excluent de toute mesure politique et civile et continuent à la confiner à la fonction de maîtresse de maison, dépourvue de volonté et d’initiative propres.. Néanmoins, plusieurs mesures en faveur des femmes rendent Cuba très en avance au sein de l’Amérique latineRozenn Potin Cuba, paradis égalitaire? Gazette des femmes, 13 décembre 2012.

Le divorce est autorisé en 1917 . En 1918, le code civil espagnol régissant la société cubaine est finalement abrogéDominique Gay-Sylvestre, Être femme à Cuba: Des premières militantes féministes aux militantes révolutionnaires, L'Harmattan, 2006, 274 pages, (préface de Paul Estrade)..

En 1923, a lieu à La Havane le premier congrès féministe. En 1929 un salaire minimum pour les femmes est voté.

En 1934, grâce à leur ténacité, les femmes obtiennent le droit de vote sous la présidence de Ramón Grau San Martín. Toujours en 1934, une loi impose l'égalité du droit au travail pour les femmes.

L'année 1940 voit l'élection de Fulgencio Batista à la présidence de la République et l'adoption d'une constitution démocratique reconnaissant le principe égalitaire. est alors punie par la loi.

Dans les années 1950, sous la seconde présidence du dictateur Fulgencio Batista (1952-1959), l'île devient un haut-lieu de débauche et de corruption : on la surnomme le « Bordel des Caraïbes ». Le centre de la prostitution à La Havane est La Rampa, entre l'ancien Hôtel Hilton, rebatisé Habana Libre, et le quartier VedadoSami Tchak, La prostitution à Cuba : communisme, ruses et débrouille, L'Harmattan, 1999, 162 p., ..

Des milliers de femmes rejoignent le mouvement d'opposition à la dictature lancé en 1953 : elles espionnent, transportent des armes, voire se battent. Un bataillon de treize femmes est même créé, le « Peloton féminin Mariana Grajales »Horizons nouveaux est & ouest, vol. 6 à 7, : .

À partir de la victoire de la Révolution (1959) La rébellion nationale triomphe le .

Le nouveau gouvernement met en place un régime de sécurité sociale et instaure un Code du Travail. Comme les femmes ne représentent que 12 % de la population active et leurs rémunérations sont, pour le même travail, inférieures à celles des hommes, toute discrimination sexiste est interdite par la loi.

Le voit la création, par Vilma Espín, l'épouse de Raúl Castro, d'un mouvement féminin autonome, la Fédération de femmes cubaines (FMC) (Federación de Mujeres Cubanas). Une campagne d'alphabétisation massive des femmes est engagée par la FMC en 1961 . Dans les campagnes, sont alphabétisées.

Cuba devient, en 1965, le premier pays d'Amérique latine à légaliser l'avortement.

La même année, les résolutions 47 et 48 prises par le ministère du Travail définissent respectivement les postes susceptibles d'être occupés par les femmes et ceux considérés comme dangereux pour leur constitution physique. Jugées trop restrictives et discriminatoires par la FMC, ces résolutions finissent par être annulées.

En 1972, la sociologue Est-allemande Monika Krause-Fuchs fonde le Groupe national de travail de l'éducation sexuelle (en ) pour coordonner et développer des activités de formation et de sensibilisation auprès des professionnels et de la population.

En 1973, se tient le second congrès de la FMC.

L'année 1975 voit l'adoption du Code de la famille et l'année suivante celle de la constitution socialiste.

À partir de 1977, le Groupe national de travail de l'éducation sexuelle est chargé des tâches de formation de thérapeutes et éducateurs sexuels, en portant une attention particulière aux personnes transgenres et aux conseils et thérapies pour les dysfonctionnements sexuels. En 1989, est fondé le Centre national de l'éducation sexuelle (), qui succède au Groupe, intensifiant le travail de recherche et de formation professionnelle qualifiée dans le domaine de la sexualité..

Le rôle de la Fédération des femmes cubaines thumb|Le logo de la Fédération des femmes cubaines représente Vilma Espín. La Fédération des femmes cubaines est créée dès 1960. Vilma Espín, épouse de Raúl Castro, en assure sa présidence jusqu'à sa mort en 2007. La FMC (Federacion de Mujeres Cubanas) compte plus de 4 millions d'adhérentes et dispose d'antennes dans presque chaque quartierHector Lemieux, La vie en société à Cuba, Ulysse, 2017, 36 p..

Lutte contre la prostitution

La prostitution, ou jineterismo, existe depuis l'arrivée des colons en Amérique latine en 1492. « Mal social curable », elle est le premier fléau auquel s’attaquent la FMC, le ministère de la Santé publique (MIN.SA.P.) et le ministère de l’Intérieur (MIN.INT) à partir du début des années 1960. Il s’agit de redonner aux prostituées leur dignité et de leur permettre, par le biais de la réhabilitation, de s’insérer pleinement dans la nouvelle société, grâce au travail productif et pour le bien de la collectivitéDominique Gay Sylvestre, Éradication de la prostitution à Cuba 1959-1967, Insaniyat. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, No 59 (Famille : pratiques et enjeux sociétaux), 2013..

Les « maisons d'orientation » La FMC ouvre des « maisons d’orientation pour la femme et la famille » (casas de orientación à la Mujer y la familia) pour les femmes et les familles des quartiers. Il existe plus de 175 maisons d’orientation, réparties sur les communes, occupant plus de (médecins, psychologues, sociologues, juges, pédagogues, etc.). Elles assurent, sur une base volontaire et bénévole, des consultations et des activités pédagogiques dans les quartiers.

À partir de la fin du socialisme réel en Europe en 1989 vignette|Salon de coiffure pour femmes à La Havane en 2011. Durant la « Période spéciale en temps de paix » (Período especial en tiempos de paz) — nom donné à la crise économique qui frappe le pays dans les années 1990 après la rupture des importations provenant de l'URSS — la prostitution se trouve renforcée du fait de l'arrivée du tourisme de masse et de la légalisation du dollar (jusqu'à son abandon officiel en 2004Dominique Auzias, Jean-Paul Labourdette, Cuba 2017, Petit Futé, 2017, n. p.). Nombre de jeunes filles, les jineteras, affluent dans la capitale dans l'espoir de gagner des dollars. Malgré les mesures prises par le gouvernement (amendes, renvois dans la famille, passages dans un centre de réhabilitation) et le concours de la FMC, chargée d'éviter les récidives, le problème persiste.

Les Cubaines ont du mal à subvenir aux besoins de leur famille, elles doivent se démener pour se procurer de la nourriture, des vêtements et des produits de première nécessité. Le rationnement, les coupures de courant ne facilitent pas la cuisine et le ménage. Du fait de la faiblesse des salaires, tant les ouvrières que les cadres peinent à payer leur loyer et leur facture d'électricité sans parler de leur nourriture. Le blocus américain réduit encore plus les possibilités de se procurer des articles ménagers et empêche les scientifiques d'obtenir les équipements indispensables à leurs recherches Candice D. Orbals, rubrique « Cuba », in Mary Zeiss Stange, Carol K. Oyster, Jane E. Sloan (eds.), Encyclopedia of Women in Today's World, SAGE, Volume 1, 2011, 2016 pages, : .

Situation au début du

vignette|Affiche des femmes LGBT dans les rues de Cuba, août 2015. La situation des femmes cubaines s'est améliorée depuis 1959 quant à l'espérance de vie, l'accès à l'avortement et à la contraception, à l'éducation, à l'emploi et à la vie politique. Toutefois les violences conjugales et la prostitution perdurent.

Espérance de vie

Leur espérance de vie passe de 61,3 ans en 1950-1955 à 73 ans en 1985-1990 et elle est de 76 ans en 2005 Martha Peciña, Les femmes cubaines à l’épreuve de la crise économique, Cahiers des Amériques latines, 57-58, 2008 (Dossier : un demi-siècle d'expérience révolutionnaire), : .

Avortement, contraception et fertilité Le droit à l'interruption volontaire de grossesse est légal et gratuit. Cuba est le premier pays d'Amérique latine à légaliser l'avortement en 1965. Dans les années 1990 il est comptabilisé , ce nombre est réduit à dans les années 2000 AFP L’Amérique latine à la traîne sur l’avortement Le Parisien, 5 septembre 2018.

Les méthodes contraceptives sont peu variées, le dispositif intra-utérin est la principale, elle L'avortement en Amérique latine et dans la Caraïbe CEPED, Décembre 2007. Pour réduire les avortements il est mis en place la pilule du lendemain en 2010 Cuba: la pilule du lendemain à 4 cents pour réduire les avortements La Presse, 6 novembre 2009.