Le Durbar Mahila Samanwaya Committee [DMSC] (, français: « collectif de toutes les femmes inarrêtables ») ou simplement Durbar, est un collectif de du sexe au Bengale-Occidental (Inde).

Fondé le à Sonagachi, le plus grand quartier chaud à Calcutta, en Inde, avec une estimation de du sexe, 'Durbar' travaille à la défense des droits des femmes et des travailleurs du sexe, la lutte contre la traite des êtres humains et la prévention du SIDAA missionary enterprise Frontline, Volume 22 - Issue 08, 12 - 25 Mar. 2005. Le Durbar proclame que ses objectifs sont la remise en question des obstacles que les travailleurs du sexe ont à affronter dans leur vie quotidienne, qu'ils soient liés à leur pauvreté ou à leur ostracisme. Durbar dirige 51 cliniques gratuites pour les travailleurs du sexe à travers le Bengale de l'Ouest, avec le soutien d'organisations telles que la Fondation Ford et de la National AIDS Control Organisation (NACO), qui aident Durbar dans ses initiatives comme la mise en réseau, la protection des droits et la création de moyens de subsistance alternatifs pour les travailleurs du sexe.

Le groupe est ouvertement politique dans ses objectifs de lutter pour la reconnaissance légale de la prostitutionSex workers demand labour rights on May Day DNA India - Tuesday, 1 May 2007 17:52 IST, et une existence sociale stable des travailleurs du sexe et de leurs enfants. Ils travaillent pour la légalisation de la prostitution et cherchent à réformer les lois qui restreignent les droits humains des travailleurs du sexe. En 2013, Durbar, à travers locales, représentait plus de 65.000 personnes, environ 85 % de la population estimée de travailleurs et travailleuses du sexe au Bengale Occidental.

Histoire

Le (SHIP)

Le collectif trouve ses origines dans un projet de réduction des risques sanitaires liés au VIH mené par un institut de recherche de l'Université de Calcutta, l' (AIIH&PH). Ce projet est né en réaction à une étude réalisée par l'AIIH&PH en sur la santé sexuelle des prostituées du quartier chaud de Sonagachi, à Calcutta.

Cette étude, commandée par l'Organisation Mondiale de la Santé, portait plus spécifiquement sur la prévalence du VIH chez ces femmes. Contrairement aux attentes, et alors que Calcutta est un carrefour du trafic de drogues vers l'Inde et un des centres urbains les plus pauvres du monde, les prostituées de Soganashi sont bien moins souvent atteintes du VIH que leurs collègues des autres grandes villes d'Inde (prévalence d'approximativement 11 %, contre 50 à 90 % chez les prostituées de Mumbai, Delhi et Chennai), p. 3. Néanmoins, l'étude établit que plus de 80 % des prostituées sont atteintes d'autres infections sexuellement transmissibles, avec un taux d'usage du préservatif négligeable (moins de 1 %).

L'AIIH&PH met alors en place une mission de santé communautaire, le , ou SHIP. Le projet est initialement basé sur un modèle « plutôt standard en épidémiologie, » composé de trois éléments : la mise à disposition de traitements contre les IST via la présence de cliniques spécialisées et gratuites, une éducation et information sur ces maladies, et la promotion de l'usage du préservatif, . L'approche préventive est de type « » : il s'agit de recruter et former des prostituées du quartier à devenir des « pairs éducatrices », supervisées par des travailleurs sociaux, qui mettent elles-mêmes en place les actions de prévention auprès de leurs collègues. Le projet est copiloté par l'OMS et le Ministère indien de la Santé via la (NACO), avec des financements du NORAD américain et du DFID britannique.

Le programme est dirigé par le Docteur Smarajit Jana, épidémiologiste et chercheur en santé publique. Alors membre de l'AIIH&PH, il a par la suite travaillé comme coordinateur pour CARE et conseiller pour l'ONUSIDASmarajit Jana - Curriculum Vitae, sur The Global Fund.. Spécialiste de la médecine du travail et des questions de justice sociale, le Docteur Jana aborde la question des IST sous l'angle des risques professionnels, considérant les prostituées comme des travailleuses, un parti-pris alors novateur pour les services publics indiens de santé. Il lui apparait bien vite que le modèle adopté par l'AIIH&PH est incomplet.

vignette|right|Smarajit Jana, interviewé en avril 2011 pour .

Non seulement il est difficile aux prostituées de Calcutta d'imposer l'usage du préservatif à leurs clients, mais de plus il est difficile aux travailleurs sociaux de les sensibiliser à ces questions : leurs conditions de vie et de travail sont si difficiles et précaires que des préoccupations bien plus immédiates s'imposent à elles que le souci de leur état de santé à long terme. Avec une douzaine de « pairs éducatrices », les membres du SHIP font alors prendre au projet une nouvelle dimension, plus globale, visant à améliorer le contexte social dans lequel vivent et travaillent les prostituées de Sonagachi, à répondre à leurs besoins immédiats et à permettre leur empuissancement.

Une approche intégrée et participative

vignette|Des « pairs éducatrices » pendant une tournée de prévention dans les rues de Calcutta en 2011, filmées par .

Le SHIP évolue alors vers une « approche intégrée » qui vise à s'attaquer aux problèmes structurels qui rendent les travailleuses du sexe de Soganashi impuissantes à imposer à leurs clients le port du préservatif. Cette approche vise à s'attaquer non seulement aux causes internes à la communauté des travailleuses du sexe, mais aussi aux causes liées au fonctionnement général de l'industrie du sexe à Calcutta, et à celles provenant de la société de manière générale, . Le SHIP se donne comme but de s'attaquer aux causes de l'aliénation et de l'impuissance des prostituées de Soganashi, non pas en fonction d'un agenda imposé de l'extérieur, mais en fonction des besoins identifiés par les membres de la communauté, au rythme et avec les méthodes qu'elles estiment les meilleures. En s'attaquant à la fois à la revendication de leurs droits et à l'amélioration de leurs conditions matérielles, le SHIP ambitionne de créer un espace social et politique pour ces femmes parmi les plus pauvres et les plus discriminées d'Inde.

Les travailleurs sociaux du SHIP adoptent une approche pragmatique, s'éloignant des modèles théoriques connus et se basant sur trois principes clefs, : le respect des travailleuses du sexe, considérées comme des personnes égales aux autres citoyens, et du travail du sexe, considéré comme un moyen de subsistance et non pas une inadéquation morale à corriger ; la confiance dans les capacités des travailleuses du sexe à appréhender leur situation et à en comprendre les tenants et aboutissants ; la reconnaissance de l'agentivité des travailleuses du sexe, et de leurs droits en tant qu'humaines, citoyennes, et travailleuses.

Le SHIP se structure de manière horizontale, membres du staff et travailleuses du sexe sont traités sans distinction : tous participent ensemble aux mêmes réunions, mangent ensemble, et ont le même pouvoir décisionnel. Les travailleurs sociaux du SHIP s'impliquent tant dans le projet que les frontières du cadre professionnel sont souvent franchies : les pairs éducatrices peuvent leur rendre visite chez eux, sont invitées aux mariages, etc., p. 10.

Les actions du SHIP se diversifient : vaccination et soins gratuits pour leurs enfants, cours d'alphabétisation pour elles et leurs enfants, programmes culturels, militantisme pour leurs droits, lobbying auprès des pouvoirs publics, etc..

Fondation de Durbar et transfert de pouvoir

Les douze éducatrices formées par le SHIP, rassemblées dans le , s'établissement formellement en association en 1995 et prennent le nom de Durbar Mahila Samanwaya Committe (Durbar signifiant « indomptable »), un collectif entièrement composé des prostituées et de leurs enfants, et dirigé par des membres élues de la communauté.

La même année, elles fondent leur propre coopérative de consommation, , qui permet aux travailleuses du sexe de Soganachi de disposer d'un compte bancaire, elles qui jusque là ne peuvent gérer leurs finances que sur une base journalière, . En quelques années, Usha deviendra une des coopératives les plus puissantes et les mieux gérées du Bengale-Occidental, et la plus importante coopérative de travailleuses du sexe de toute l'Asie.

En , Durbar met en place ses huit premiers bureaux d'auto-régulation, instances communautaires qui luttent contre l'esclavage sexuel, le trafic d'êtres humains et la prostitution infantile. Il en existe aujourd'hui trente-trois dans tout le Bengale-Occidental. Le collectif s'ouvre aux travailleurs du sexe masculins et aux personnes transgenres, notamment aux hijras. La même année, les militantes de Durbar organisent la première conférence nationale des travailleurs du sexe à Calcutta, et publie un manifeste (The Sex Worker's Manifesto) qui deviendra fondateur dans le mouvement international de défense des droits des travailleurs du sexe.

En 1999, Durbar prend formellement la direction et la gestion du SHIP, y compris de l'ensemble des financements extérieurs et de la relation avec les organismes publics. Les anciens dirigeants du projet, comme le docteur Jana, deviennent des employés de Durbar.

Croissance et réplication

Après une visite à Calcutta en 2004, la philanthrope américaine Melinda Gates relate des rencontres avec des membres de Durbar et annonce des dons massifs de sa fondation pour la lutte contre le SIDA en Inde.

Une association est fondée sur le modèle de Durbar à Mysore, dans le Karnataka, avec l'aide du docteur Sushena Reza-Paul de l'Université du Manitoba. Cette association, baptisée Ashodaya Samithi, s'organise autour d'un restaurant, originellement financé par la banque mondiale, et dont les bénéfices vont à une maison de soins pour malades du VIH. L'Ashodaya Shamiti a, d'après la banque mondiale, « joué un rôle critique dans l'inversion de l'épidémie dans le sud de l'Etat de Karnataka »«», dans . Dans les quatre ans, le taux rapporté d'usage du préservatif augmente, les taux de prévalence de la syphilis, de la gonorrhée, de la chlamydiose et de la trichomonose uro-génitale diminuent significativement. Le taux de prévalence du VIH, qui était plus élevé à Mysore qu'à Calcutta passe de 25% en 2004 à 11,5% en 2009. Le nombre d'actes de violence rapportés par les travailleuses du sexe, majoritairement commis par la police, baisse de 84% en cinq ans. L'association fournit également un soutien aux malades du VIH, notamment dans leur rapport aux institutions de santé.

En 2012, les membres de l'Ashodaya Samithi sont plus de huit mille, et forment à leurs méthodes des groupes de pairs éducateurs d'autres pays, comme le Népal, le Bangladesh, le Mozambique ou le Myanmar. Nommée partenaire éducatif («») par l'Université du Manitoba, l'association annonce, en 2018, une campagne de distribution gratuite de traitements préventifs PrEP contre le VIH auprès des travailleurs et travailleuses du sexe.

Évènements notables

Victimes du scandale Saradha

Le est un scandale financier et politique indien centré autour de l'effondrement, en , d'une pyramide de Ponzi gérée par le consortium Saradha Group. Plus de 1,7 million de victimes y perdent leurs économies, et de nombreuses personnalités politiques, dont deux membres du Parlement, sont arrêtées pour leur rôle dans l'arnaque. Un certain nombre de ces victimes sont des travailleuses du sexe des quartiers pauvres, victimes faciles de par leur faible niveau d'éducationThe Telegram India, 2013.