thumb|right|Le dieu Neptune, l’un des emblèmes de la légion sous l’empire

La Legio XI Claudia Pia Fidelis (litt : légion XI loyale et fidèle à Claude) était une légionLe nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de Gemina désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat (). de l’armée romaine, levée par Jules César en 58 av. J.-C. en même temps que la Legio XII Fulmnata en vue de sa campagne contre les Helvètes. Dissoute en 45 av. J.-C., elle fut reconstituée en 42 av. J.-C. par Octave dans le cadre de la guerre civile entre les membres du triumvirat. Elle porta alors le nom de Legio XI Actiaca (litt : d’Actium; en souvenir de la bataille du même nom); son surnom de Claudia Pia Fidelis (en abrégé LEG XI CPF) lui fut donné sous l’empereur Claude alors qu’elle était stationnée à Burnum en remerciement pour avoir mis un terme à la tentative d’usurpation du gouverneur de Dalmatie, Scribonius.

Durant la première Année des quatre empereurs (69 apr. J.-C.), la Legio XI Claudia se rangea du côté d’Othon, mais fut simplement renvoyée dans les Balkans par Vitellius après sa victoire sur Othon. Vitellius ayant à son tour été remplacé par Vespasien, la Legio XI Claudia fit partie du corps expéditionnaire commandé par Quintus Petillius Cerialis pour mettre fin à la révolte des Bataves.

Elle fut ensuite cantonnée à Vindonissa (aujourd’hui Windisch en Suisse) où elle exerça surtout son activité dans le domaine de la construction routière. Elle développa également un nouveau modèle de forteresse en pierre, beaucoup plus solide et permanent que l’ancien modèle en bois, destinée à assurer la protection de ces routes et la défense du limes (frontière) À l’origine, le mot limes (pl : limites) désignait une route empruntée par les légions aux confins de l’empire et des territoires barbares. Ces routes suivaient généralement des accidents géographiques (fleuves en Europe comme le Danube et le Rhin, déserts en Afrique et en Égypte). Il en vint à désigner les tours de garde érigées à intervalle plus ou moins réguliers le long de ces routes et permettant de contrôler l’accès au territoire impériale. Sous Hadrien, on construisit même de véritables murs le long de cette frontière en Rhétie, en Germanie supérieure en Numidie; le plus célèbre demeura celui de Bretagne. Finalement, avec la création d’une armée affectée spécifiquement à la garde des frontières (limitanei), il en viendra à désigner la frontière elle-même.. Trente ans plus tard, elle fut déplacée vers Brigetio en Pannonie inférieure où elle participa à la campagne de Trajan en Dacie (101-106).

Bientôt cependant, et certainement avant 114, elle fut transférée en Mésie inférieure, à Durostorum près du delta du Danube où elle demeura jusqu’à sa disparition. Là encore, elle démontra son savoir-faire dans la construction de routes. S’étant ralliée dès le début à Septime Sévère, elle participa à sa campagne contre l’Empire parthe qui se termina par la capture de Ctésiphon en 198.

À la suite de la réforme de l’armée par Dioclétien, certaines de ses unités (cavalerie) furent intégrées dans l’armée mobile de l’empereur (comitatenses) et furent envoyées en Hispanie, pendant que d’autres étaient intégrées dans la garde impériale (legio palatinae). Le reste des troupes demeura à Durostorum pour protéger la frontière (limitanei).

Comme pour les autres légions levées par César, l’emblème de la Legio XI devait être le taureau. À partir d’Auguste, on voit apparaitre le dieu Neptune Le Bohec (1993) ., quoique l’on retrouve également la louve romaine accompagnée des jumeaux Romulus et RémusLendering (2002) para 21..

Histoire de la légion

Sous la république

thumb|left|Campagnes de César durant la Guerre des Gaules

En 58 av. J.-C., Jules César dut faire face à la menace provoquée par la migration des Helvètes vers le sud du Massif central, mettant en danger la province romaine de Gaule narbonnaise. Ne pouvant faire face à cette menace avec la seule légion présente en Gaule, il appela en renfort trois légions déjà existantes en Italie et leva deux nouvelles légions en Gaule cisalpine: les légions XI et XIIJules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 10, 3.. Après avoir vaincu les Helvètes, César prit le chemin de la Gaule belgique avec ces deux légions pour mener une campagne qui lui permettra de soumettre progressivement la plupart des peuples de la GauleJules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre V, 38-51.. Il est probable que la Legio XI (qui n’avait pas encore de cognomen [surnom]) ait également pris part en 52 av. J.-C. au siège d’Avaricum (aujourd’hui Bourges en France) et au siège d’Alésia (que l’on situe dans la ville actuelle d'Alise-Sainte-Reine en France)Lendering (2002) para 2. contre Vercingétorix. Par la suite elle participa en 51 av. J.-C. aux côtés des légions VII, VIII, VIII et XI à la répression des ultimes révoltes en Gaule contre les Biturges et les Bellovaques ayant à leur tête le Bellovaque Correus et l’Atrébate CommiosCassius Dion, Histoire romaine, XL, 42-43; Aulus Hirtius, De Bello Gallico, VIII, 6-10..

Ayant ainsi soumis la Gaule, César marcha sur Rome alors que commençait la guerre civile entre lui et Pompée en 49 av. J.-C. La Legio XI l’accompagna dans cette marche après quoi elle fut stationnée en Apulie. L’année suivante, elle prit part à la bataille de Dyrrachium (victoire de Pompée) et à la bataille de Pharsale (avantage décisif de César). Après la victoire de Munda en 45 av. J.-C. qui marqua la victoire finale de César, la légion fut dissoute et les vétérans installés à Bovianum Undecumanorum (aujourd’hui Bojano, province de Campobasso en Italie)Lendering (2002) para 3..

Elle devait être reconstituée en 42 av. J-C. par Octave., le futur empereur Auguste, lequel avec Marc Antoine et Lépide avait formé le deuxième triumvirat, et préparait la campagne contre les Républicains établis en Orient. Elle fit partie des vingt légions engagées par les triumvirs lors de la bataille de Philippes (oct. 42 av. J.-C.) à la suite de quoi elle retourna en Italie, aider Octave à réprimer une révolte qui avait éclaté à Perugia (aujourd’hui Pérouse). Le triumvirat s’étant divisé les diverses parties de l’empire, Octave avait hérité de l’Italie et s’était vu confié la délicate mission d'assigner des terres aux vétérans des guerres civiles. Il se heurta dans cette tâche aux intérêts de la noblesse locale conduite par l’épouse de Marc Antoine, Fulvie, et au frère de ce dernier, Lucius Antonius, lequel après quelques affrontements avait fini par s’enfermer dans la ville de Pérouse. Après la chute de cette ville, Fulvie dut divorcer d’Antoine alors que Lucius Antonius fut envoyé gouverner une province en HispanieCosme (2005) ..

thumb|right|La bataille d’Actium et la disposition des forces en présence.

Les relations entre les triumvirs qui avaient renouvelé leur association en 37 av. J.-C. se détériorèrent rapidement et bientôt Pompée, réfugié en Sicile après la bataille de Munda, se trouva en position de menacer les approvisionnements en blé de Rome. La XI Claudia était probablement sous les ordres de Marcus Vipsanius Agrippa lorsque celui-ci fin à cette menace en 36 av. J.-C. lors de la bataille de Nauloque Cosme (2005) ..

Pendant ce temps, Marc Antoine était parti en Orient où il organisa une grande campagne contre les Parthes qui se solda par une déroute en 36 av. J.-C. Vivant en Égypte avec Cléopâtre, il rompit définitivement avec Octave. La Legio XI Claudia, à nouveau sous le commandement de Marcus Agrippa participa à la bataille d'Actium en 31 av. J.-C. qui confirma la victoire finale d’Octave. Nombre de vétérans feront graver sur leur monument funéraire le fait qu’ils avaient participé à cette batailleLendering (2002) para 6..

C’est l’époque où apparaissent les premiers cognomen (surnoms ou qualificatifs) donnés aux légions. Déjà, à la suite des batailles de Mylae et de Nauloque, la légion sœur s’était méritée le nom de Legio X Fretensis (litt : légion X des détroits) ; c’est probablement à la suite de celle d’Actium que la légion XI se mérita celui de Actiaca (litt : d’Actium).

Sous les Julio-Claudiens

Devenu, en janvier 27 av. J.-C. « Auguste », Octave était maintenant le véritable maitre de l’État. La Legio XI fut envoyée en Illyrie où elle devait rester près d’un siècle. On ignore où elle fut initialement stationnée, mais, à la suite du désastre de la forêt de Teutoburg en 9 apr. J.-C. qui amena une réorganisation des forces en Europe, la légion fut stationnée à Burnum (aujourd’hui Kistanje en Croatie) sur la côte dalmate avec la Legio VII. Elle fut surtout employée à la construction de routes, élément essentiel du développement économique de la région. On trouve des traces de sa présence à Salona (aujourd’hui Split en Croatie), capitale de la province, ainsi que dans nombre d’endroits dont Gurdum où fut cantonnée une unitéLendering (2002) para 7..

Lorsque le gouverneur (legatus Augusti pro praetore) de la Dalmatie, Lucius Arruntius Camillus Scribonianus (Scribonien) se proclama empereur en 42, tant la légion XI que la légion VII demeurèrent fidèles à l’empereur Claude () et s’insurgèrent contre leur commandant qui fut forcé de s’enfuir dans l'île d'Issa où il se suicida; ceci valut une première fois aux deux légions le surnom de Pia Fidelis (litt : loyale et fidèle). Vers le milieu du , des vétérans de ces deux légions recevront des terres à Aequum (Čitluk dans la Fédération de Bosnie-Herzégovine)Keppie (2000) ..