Le cheval de Saxe (également appelé cheval de Basse-Saxe, cheval de la dynastie des Guelfes ou cheval de Westphalie) est un motif héraldique. Il représente le peuple saxon, l’ancien duché de Saxe et les entités politiques qui s’y rattachent, avant tout celles appartenant aux Guelfes. C’est aujourd’hui le motif du blason du Land de Basse-Saxe. Le cheval de Westphalie avec sa queue dressée, est le motif du blason traditionnel de la Westphalie et constitue aujourd’hui, sous celle forme un élément du blason du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. La région néerlandaise voisine de Twente et le comté britannique de Kent portent également ce motif sur leur écusson actuel.
Le cheval de Saxe n’est pas lié à l'Électorat de Saxe dans les régions de l’Est telle que la Saxe, la Thuringe et la Saxe-Anhalt. Le nom de ces territoires trouve son origine dans la chute de Henri XII de Bavière dont le titre de Duc de Saxe a été attribué à la maison d’Ascanie puis à la maison de Wettin. Ces dynasties avaient pris part à la conquête de régions slaves de l’Est, emportant leurs armoiries le long du cours de l’Elbe. Les colonisateurs, population mixte germanophone, se nommaient effectivement « saxons », revendiquent le motif du cheval de Saxe, mais plus pour eux-mêmes. C’est pour les différencier que les termes de « Haute-Saxe » et de « Basse-Saxe » ont été créés.
L’écusson de la Basse-Saxe, et plus particulièrement de la « Westphalie », est composé d’un cheval blanc, en plein saut, sur fond rouge. Dès son apparition au , il a été considéré plutôt comme un symbole populaire, régional que comme le signe d’un règne dynastique, c’est-à-dire plutôt un symbole du pays et de son peuple que de la famille souveraine des Guelfes. C’est ce qui fait sa popularité qui s’exprime encore aujourd’hui à travers l’art populaire. De nos jours, son impact en tant que symbole d’identité régionale n’est plus comparable qu’avec celui du blason bavarois comportant des losanges blancs et bleus provenant de l’écusson de la maison de Wittelsbach.
L’origine dans l’ombre de l‘histoire Depuis sa première apparition dans les sceaux et blasons au cours de la deuxième moitié du , le cheval de Saxe est considéré comme symbole ancestral saxon. Depuis cette époque, il est utilisé comme instrument politique pour exprimer une revendication du pouvoir et l’identité anglo-saxonne. Il s’agit cependant manifestement d’une référence archaïsante à une tradition qui n’a en réalité jamais existé.
Aucune référence pré-héraldique Les saxons étaient un rassemblement de peuples germaniques de l’Ouest, probablement formé au et dont l’existence est prouvée à partir du . Les tribus des Chauques, des Angrivarii et des Chérusques qui se sont alliés aux Saxons vivaient au dans le Nord-Ouest de l’Allemagne actuelle et à l’Est des actuels Pays-Bas (voir Bas saxon).
Par la suite, vers la fin de l’Antiquité et au début du Moyen Âge, après un mouvement massif d’extension de population, des d’origine non-saxonne mentionnent et décrivent des Saxons en tant que pirates sur la mer du Nord, mercenaires romains, plus tard colons en Grande-Bretagne et païens à christianiser de force à la frontière du royaume des Francs. Aucun de ces auteurs ne donne la moindre indication concernant le cheval en tant qu’animal ou symbole tribal ou encore en tant que étendard des saxons. Les découvertes archéologiques de cette période ne donnent aucun indice non plus. On trouve certes des représentations d‘animaux sur des objets de la vie quotidienne de cette époque, mais elles représentent surtout du gibier tel que des cerfs ou des sangliers. On trouve aussi des représentations de chevaux, mais il n’est pas possible d’en déduire que le cheval symbolise la tribu. vignette|Le baptême de Wittekind d’après une esquisse d’Alfred Rethels, élément des Karlsfresken (1847-1861) dans la mairie de Aix-la-Chapelle (reconstruction photographique de 2000). Au , alors que la dynastie saxonne des ducs Ludolphides régnait sur le territoire Est du royaume des Francs sous le nom d'Ottoniens, puis d’empereurs de ce que l’on appela plus tard le Saint Empire Romain-Germanique, alors dénommé « Teutschen Reich », le moine saxon Widukind de Corvey écrivit la première « histoire des Saxons », cette fois vue de l’intérieur (res gestae saxonicae). Il y raconte, pour la première fois sous forme écrite, l’origine des Saxons et des récits historiques et généalogiques, contribuant ainsi de façon déterminante à la création d’une identité saxonne. Le « cheval de Saxe » en tant que symbole tribal n’apparaît cependant pas non plus dans ses récits.
L’hypothèse du symbole du cheval provenant de la période pré-héraldique voire de traditions préhistoriques des Saxons ne se fonde que sur quelques indices qui ont probablement fait l’objet d’une interprétation a posteriori.
Des souverains ayant des noms de chevaux Les “noms de chevaux” des deux légendaires chefs de tribu saxons Hengist et Horsa, sont considérés comme une preuve que le cheval était un symbole de puissance pour les Saxons. D’après la légende, ces chefs furent, au , les premiers souverains saxons des îles britanniques, dans la région de l’actuel comté de Kent.
Ce qui frappe au premier regard est la concordance avec les armoiries du comté anglais de Kent. L’utilisation d’un cheval qui se cabre comme symbole du Kent ne date cependant que de 1605 (dans une représentation de Richard Verstegen dans son ouvrage Restitution of Decayed Antiquities). Ce blason est officiellement attribué au comté de Kent en 1933. vignette|Le blason de la région de Herford avec le cheval noir de Widukind.
Le cheval blanc de Widukind D’après une tradition ancienneTout d'abord chez Conrad Bote : Cronecken der sassen. , Widukind, duc de Saxe et adversaire de Charlemagne au aurait eu sur son étendard un cheval noir qu’il changea en cheval blanc après sa conversion au christianisme. Une autre version raconte que Widukind aurait reçu de Charlemagne un cheval comme cadeau de baptême.
Le souvenir du cheval noir de Widukind avant l’ère chrétienne persiste dans quelques régions de la Westphalie, comme sur le blason de l’arrondissement de Herford. Dans l’église collégiale de Saint Dionysisus à Enger se trouve une tombe considérée comme celle de Widukind. Le blason de ce comté, un cheval noir se cabrant sur un fond blanc, exprime les liens que la population de Westphalie entretient encore aujourd’hui avec son ancien chef païen. Mais ces histoires aussi sont des légendes apparues plus tard et ne reposant sur aucune preuve datant de l’époque qui a précédé l’apparition du cheval dans l’héraldique. vignette|Décoration de pignon, commune de Wedemark près de Hanovre.
Des têtes de chevaux sur les frontons Un autre signe de l’importance du motif du cheval dans la région de (Basse-)Saxe est la décoration typique des “maisons-halles de l’Allemagne du Nord” (maison de Basse-Saxe). Ce type d’architecture comporte, pour se protéger des intempéries, des “planches de pignon” ou “bordures de pignon” sur les côtés du pignon des toits de chaume typiques pour la région. Elles se croisent au faîte de la construction qu’elles dépassent d’un demi-mètre. Généralement, des têtes de chevaux sont sculptées aux extrémités de ces planches.
Le cheval blanc d’Uffington vignette|Vue aérienne du cheval blanc. Le cheval blanc d’Uffington est également cité dans la discussion pour établir l’ancienneté du cheval de Saxe. Aussi bien le très ancien cheval blanc d’Uffington que les imitations qui suivirent ne peuvent toutefois être considérés comme des preuves de l’utilisation pré-héraldique du cheval de Saxe en tant que symbole tribal ou objet de culte.
Le motif se trouve sur le flanc de White Horse Hill dans le comté d’Oxforshire et est considéré comme le plus ancien géoglyphe d’Angleterre. Il s’agit du dessin stylisé d’un cheval taillé dans la végétation et creusé dans le sol, rendant visible la couche de craie sous-jacente . Les contours sont formés par des fossés de 3 mètres de large et de 60 à 90 centimètres de profondeur. La silhouette de cheval mesure 107x37 mètres.
L’âge de ce géoglyphe est controversé. Traditionnellement, il est mis en relation avec les envahisseurs anglo-saxons de la Grande-Bretagne au et avec leurs chefs à demi mythiques Hengist et Horsa. D’après une autre tradition, il n’aurait été créé qu’au , en hommage à la victoire du roi Alfred le Grand contre les Danois.
Des mesures plus récentes datent le cheval d’Uffington de l’âge du fer ou même de la fin de l’âge du bronzeTimothy Darvill: Prehistoric Britain from the Air. . D’autres géoglyphes de chevaux blancs sur les collines du sud de l’Angleterre sont quant à eux considérés comme bien plus récents. La majorité d’entre eux sont considérés comme des imitations tardives du cheval d’Uffington, datant des Morris Marples: White Horses & Other Hill Figures..
Des armoiries attribuées ultérieurement Bien que, dans les premiers siècles de l’histoire saxonne, il n’existe pas de référence au cheval de Saxe, il est devenu courant plus tard, après le développement de l’héraldique, d’utiliser des blasons pour représenter cette époque précoce. Justement à l’apogée de l’héraldique, à la fin du Moyen Âge et au début des temps modernes, il était presque inimaginable de représenter un souverain sans armoiries.
C’est ainsi que l’écusson du cheval de Saxe a été attribué à des seigneurs morts bien avant le développement des blasons, tels que le duc Widukind ou le premier roi saxon de la Francie orientale, Henri ainsi qu’à ses successeurs, les empereurs de la maison des Ottoniens.
Les traditions ainsi antidatées ont gagné en noblesse, ce qui était utile aux clients des artistes qui étaient souvent des utilisateurs contemporains de la tradition héraldique.
Première apparition historique et signification Le plus ancien témoignage de l’utilisation du cheval sur les blasons et sceaux est le sceau d’une pièce officielle émise par le podestat Gottfried I de StadeJusqu'à maintenant le sceau datant de 1361 et appartenant à Albert II du Saint-Empire est considéré comme preuve la plus ancienne "entretemps, le sceau est considéré comme pièce officielle du souverain Godefroid de Stade." Christian Weyers: Das Sachsenroß. Biographie eines Hoheitszeichens. In: Archiv für Diplomatik. Bd. 54, 2008, S. 99–146, hier S. 112. entre 1186 et 1201. Sa première utilisation en tant que sceau de la famille de Guelfe est une empreinte du sceau d’Albert de Brunswick-Grubenhagen datant de l’an 1361. Le diamètre du sceau est de 3,5 centimètres et son bord portait l’inscription suivante: SECRETU[m].ALBERTI.DVCIS.IN.BRVNESWIC. (français: “Sceau secret d’Albert, Duc de Brunswick”) Au centre est représenté un cheval en marche qui ne lève que le sabot antérieur droit. Il est naturellement impossible de faire une description des couleurs d’un sceau. L’empreinte est conservée aux archives du Land de Basse-Saxe, dans la ville de Wolfenbüttel, sous le numéro 7A Urk 94.
La plus ancienne représentation en couleur de l’armoirie du cheval de Saxe provient de l'armorial des premiers (“Codex Seffken”) de Basse Rhénanie en l’an 1379/1380. Un cheval également en marche est représenté sur le bouclier et la décoration du casque est constituée d’une tête de cheval. Elle est désignée comme “l’ancienne armoirie de Brunswick”. Brunswick, ancienne résidence de Henri XII de Bavière, était considérée comme la capitale du royaume des Guelfes.