Lusine Tréfimétaux est une partie subsistante d'une ancienne usine métallurgique située à Dives-sur-Mer, dans le département français du Calvados.

L'usine, installée en 1891, selon l'historien Jean Quellien. L'usine reste ouverte pendant environ un siècle, l'activité s'étant maintenue jusqu'en 1986. L'histoire de la ville et celle de l'usine au sont étroitement mêlées, tout en s'inscrivant dans les grands événements de l'histoire économique et sociale de la France.

Les bâtiments sont détruits très vite après la fermeture, sauf l'édifice de bureaux et le beffroi, inscrits comme monument historique en 2007 et considérés désormais comme . L'ensemble a fait l'objet d'une vaste restauration au début des années 2020, abritant après la vaste réhabilitation achevée en l'école de musique intercommunale ainsi que le Centre national des arts de la marionnette. En 2026, c'est l'esplanade qui est réhabilitée afin d'offrir avec la médiathèque un pôle culturel d'envergure.

Localisation

Le monument est situé dans le département français du Calvados, à Dives-sur-Mer à l'entrée du complexe désormais dénommé Port-Guillaume. À l'époque de l'usine, l'édifice est situé à l'entrée du complexe industriel.

Historique Un site emblématique de l'histoire de la métallurgie dans le Calvados

vignette|alt=Carte postale ancienne avec vue aérienne sur une usine bordant la mer, une voie de chemin de fer et une ville| Vue générale des usines au début du .

Eugène Secrétan avant 1890 vignette|gauche|alt=Portrait ancien d'un homme adossé à un meuble|Portrait de Pierre-Eugène Secrétan dans les années 1880. La volonté de construire des usines en dehors des sites urbains avait comme objectif de limiter les concentrations de populations ouvrières.

Le futur site de l'usine dénommé , composé de marais et de sable, est vendu par la propriétaire à des investisseurs en 1870, puis revendu à la commune qui procède à une nouvelle transaction en faveur d'Eugène Secrétan.

L'usine est créée en 1891 par Pierre-Eugène Secrétan (1836-1899). Autodidacte, il dirige la Société industrielle et commerciale des métaux qui s'occupe de plomb, cuivre et étain et est composée de six sites pour un total de . Ruiné par une spéculation en 1889 dont il est rendu responsable, il décide de se relancer. En 1874 il fournit en cuivre la cartoucherie de Jules Gévelot et en 1878 il donne plusieurs dizaines de tonnes de cuivre à Auguste Bartholdi lors de la réalisation de la Statue de la Liberté. Auguste Bartholdi réalise un buste de lui en 1879.

Il acquiert des usines et des quantités de cuivre importantes, la spéculation entraînant un krach dit . Condamné à six mois de prison, il sort six semaines après, mais perd ses biens, propriétés et collection d'art.

Nouveau projet et choix d'installation à Dives Il s'associe avec des partenaires anglais, dont l'ingénieur Elmore, de Leeds, pour produire des éléments de cuivre, des tubes de cuivre, selon un procédé nouveau, par électrolyse au lieu du procédé de galvanoplastie qui donnait des résultats médiocres. L'entreprise Elmore's French Patent Copper Depositing Cy limited est fondée et Secrétan en est le directeur.

Pour la nouvelle activité les entrepreneurs ont besoin d'un site proche d'Angleterre d'où sont issus le métal brut et également le combustible, le charbon. Secrétan hésite entre Trouville et Dives.

Pierre Secrétan achète au sud de l'estuaire de la Dives, le mètre carré, le prix modique, la proximité d'un port et d'une voie ferrée ayant emporté sa décision. La municipalité était intéressée par l'installation, la commune n'ayant pas intéressé d'investisseurs dans le domaine balnéaire du fait d'un cordon littoral insuffisant, se trouve alors dans une situation économique complexe ; en effet la ville et son port végètent. Le site est localisé dans une zone humide et un canal parallèle à la rivière contribue à l'asséchement.

La ligne de chemin de fer de Dives à Mézidon, permettant le lien avec la ligne Paris-Caen-Cherbourg, existe dès 1879.

Les travaux débutent en 1891. Les bâtiments comportent les cuves d'électrolyse, un atelier d'étirage, une fonderie, outre une centrale thermique à charbon qui est acheminé finalement par train du fait du tonnage trop faible du port. Les aménagements du port resteront sans suite, du fait de l'envasement et de l'ensablement de l'estuaire.

La production est de qualité du fait des méthodes utilisées. Sortent de l'usine des feuilles de cuivre, des barres et des tubes.

vignette|gauche|alt=Carte postale en noir et blanc d'une usine|Le beffroi de l'usine Tréfimétaux sur une carte postale de la fin du ou du début du .

Transformation de la petite ville La transformation de Dives en cité industrielle et ouvrière est une .

Outre les ateliers et les bureaux, dont le beffroi, le complexe comprend des bâtiments d'habitation destinés au personnel (ouvriers, contremaîtres) et au propriétaire. L'entreprise comporte une centrale thermique fonctionnant à la houille parvenant sur place par le port de Trouville puis le rail, la ligne Lisieux-Mézidon. L'installation de l'entreprise dénote dans un contexte voué au tourisme balnéaire depuis le Second Empire, en particulier Cabourg et Houlgate.

La production industrielle débute en avec environ 30 tonnes par mois, mais la première société n'ayant pas assez de capitaux et l'augmentation du capital du printemps 1892 échouant, elle est liquidée dès 1893 et remplacée par une autre société dirigée par le même Secrétan et française, la .

vignette|alt=Carte postale ancienne figurant une sortie des ouvriers d'une usine|Sortie de l'usine vers 1910.

L'usine qui accueille environ 300 ouvriers se voit dotée d'une première cité ouvrière au sud-ouest, comprenant une trentaine de maisons et des réfectoires. Le paternalisme est pratiqué. Le logement est un problème dans la ville du fait d'une trop faible capacité d'accueil. En 1896 des logements destinés aux agents de maîtrise sont édifiés ainsi qu'une nouvelle cité ouvrière d'une trentaine de logements, Nouméa, bientôt détruite du fait de la croissance des ateliers. En 1897 une centaine de logements est édifiée, puis encore 120 en 1900, un peu plus loin de l'usine. Aux intersections des rues sont édifiées des maisons de contremaîtres. Il n'y aura jamais plus de 270 logements, et la carence en logements aboutit à des solutions palliatives dont la transformation en logements des réfectoires. Les problèmes de logement génèrent sous-location et déplacements car de nombreux ouvriers vivent hors de la ville. Les cités ne comportent ni trottoirs, ni système d'égoût ou d'eau courante, avec une pompe destinée à une cinquantaine de logements. Les familles nombreuses et les tailles des maisons généraient une promiscuité. En 1913 un programme de logements localisés à l'ouest de la ville est lancé, avec un effort qualitatif même si les bâtiments abritent quatre familles.

vignette|gauche|alt=Carte postale ancienne représentant l'entrée de l'usine|Entrée de l'usine, carte postale ancienne.

La ville est séparée de l'usine pendant quelques années, le canal de dessèchement et des champs les séparant. La municipalité s'inquiète des changements profonds occasionnés par la croissance de l'usine, la querelle se cristallisant autour des charges relevant de l'une ou l'autre, dont les dépenses d'éducation qui augmentent fortement. Même si les recettes de la commune ont augmenté, les flux financiers vont plutôt vers l'enseignement libre que les écoles laïques. La vie politique locale s'articule entre , mais le rôle des ouvriers dans la vie publique sera minoritaire même si en 1904 la moitié des candidats travaille à l'usine. La voirie, l'alimentation en eau ou les eaux usées du secteur des cités ouvrières sont négligées tant par la municipalité que par l'usine. L'eau doit être prise au puits et le linge doit être lavé à proximité du canal. L'usine achète des sources en 1909 et la commune les reprend en 1915. La ville crée le service des eaux en 1953. Les cités sont alimentées en eau par des pompes situées aux extrémités des rues. L'eau courante arrive dans les cités dans les années 1950.

Le canal devient un égoût à ciel ouvert, source d'infections ainsi une épidémie de diphérie en 1904 ou de dysenterie en 1921.

Croissance démographique vignette|alt=Carte postale ancienne figurant deux barres d'immeubles et des habitants entre les deux|La cité Saint-Pierre sur une carte postale ancienne. La construction du complexe industriel entraîne une croissance démographique très rapide de la commune. De habitants en 1886, puis en 1891, puis en 1905, la population passe en une vingtaine d'années à environ habitants. L'usine construit de nombreux logements pour le personnel. Le personnel, d'abord issu de la localité et des journaliers agricoles pour les missions les moins qualifiées, et les rôles les plus qualifiés sont confiés à des personnes issues de régions davantage industrialisées.

Avec de longues journées et un travail difficile, l'entreprise a du mal à fidéliser ses ouvriers, avec des départs d'un agent sur deux en quelques années ; elle décide donc d'employer des personnes issues de contrées plus lointaines. En 1911 deux tiers des ouvriers viennent de Basse-Normandie, 14% de Haute Normandie et Bretagne, 20% des autres départements. Les personnes sont essentiellement des hommes jeunes, et il y a peu de travail pour les femmes. En outre des ouvriers viennent de l'étranger : Maroc, Russie, Pologne, Italie, Algérie, Portugal. Au tout début les Marocains sont affectés aux constructions des bâtiments et à la pose de pieux dans le sable. Ils sont logés dans une cité localisée dans l'usine, Nouméa, avec également une mosquée. Les Polonais sont allés en Normandie jusqu'aux mines de Soumont et à Colombelles. Les infractions relevées par l'inspection du travail de 1895 à 1909 ne concernent que trois fois Dives, avec cependant des motifs graves car il s'agit de dépassements des horaires de travail et de non-respect des repos pour les ouvriers de moins de 18 ans.

Nombreuses pendant la première guerre mondiale, les femmes sont minoritaires à la fin de 1978.

Des années 1890 à la veille de la première guerre mondiale l'effectif passe de 300 à ouvriers. L'effectif des ouvriers atteint , logés dans des cités ouvrières bâties à proximité. L'effectif passe à en 1917 puis dans les années 1930.

L'usine passe de à .

Les cités ouvrières sont bâties de 1891 à 1914, les plus anciennes ayant disparu. Il s'agissait de maisons jumelles pourvues d'un jardin. Les cités sont localisées en face de la cité historique avec comme frontière un canal d'assèchement. Outre le fait de s'attacher la main d’œuvre, les cités offrent un avec cave, jardin et espace habitable. De nouvelles cités sont bâties au sud, les cités blanches et les cités rouges. Les logements sont mis à disposition des ouvriers avec la contrepartie d'une retenue sur leur salaire. La constitution des cités permet de densifier l'habitat. Les cités ouvrières possèdent dès le départ des toilettes. Dans les années 1930 l'usine de Dives loge 60% de son personnel, soit le double de personnel logé par des hauts fourneaux. Le canal de dessèchement des marais est . Des jardins ouvriers étaient situés à proximité des cités rouges et des cités blanches. L'usine est très présente dans la vie quotidienne des habitants des cités : travaux dans les cités, entretien des rues, collecte des ordures ménagères, dispensaires et également prise en charge pour transports et loisirs culturels. L'usine organise des colonies de vacances où elle rassemble les enfants des divers sites. La ville met en place des colonies après l'arrivée à la mairie d'André Lenormand en 1953. En 1899 l'usine crée la Fraternelle du Pays d'Auge, coopérative de production et de consommation. D'une centaine d'adhérents en 1900 l'effectif passe à 600 dans les années 1930. La Fraternelle ouvre une bibliothèque et une boucherie en 1917.

Histoire des entreprises, histoire de la population

1891-1914