Le théâtre gallo-romain de Vieux est un édifice pour les spectacles du site archéologique de Vieux-la-Romaine, l'antique , située à environ au sud de Caen., dans le département français du Calvados, en Normandie.
Le site de Vieux a fait l'objet de fouilles archéologiques organisées depuis la fin du . C'est cependant dès la fin du que la célèbre base de statue connue sous le nom de marbre de Thorigny y est découverte. Les fouilles permettent de confirmer qu'il s'agit bien de la cité romaine d', capitale du peuple des Viducasses, fondée au et dont l'apogée est datable des . Pendant cette période, la cité se dote d'une parure monumentale dont un édifice pour les spectacles, témoignage de l'adhésion des populations locales au mode de vie romain.
Le déclin de la cité est rapide, celle-ci perdant son statut de capitale administrative à une date inconnue antérieure au tout début du . Un processus de ruralisation à l'œuvre ne permet plus de distinguer l'ancienne cité des autres installations humaines de la plaine de Caen dès avant la fin de la dynastie mérovingienne.
Fouillé au milieu du par la Société des antiquaires de Normandie, l'édifice est redécouvert lors de fouilles au début du mais ces derniers travaux sont superficiels et ne renouvellent pas les apports du , qui restent la base de notre connaissance de l'édifice. Bien que non visibles, les vestiges sont présents à très faible profondeur et une butte marque leur présence à très peu de distance du parking visiteurs du musée du site.
Localisation vignette|gauche|redresse|alt=Plan de la cité|Plan simplifié d'.
La commune actuelle de Vieux se trouve à environ au sud-ouest de Caen, à de la Manche, sur le versant de la rive nord de la Guigne, un affluent de l'Orne.
L'édifice de spectacles, au nord-ouest de la cité antique, sur , se situe à du lieu-dit actuel « Le Jardin Poulain » et à l'est du château de la Palue. La zone correspond aux de la lors des fouilles du milieu du . Le secteur est celui du faubourg nord-est de la ville antique selon Antoine Charma, mais aussi Dominique Bertin.
Dans le même secteur de la cité antique se situe la maison à la cour en U, demeure urbaine plus modeste que la très riche Maison au grand péristyle de Vieux-la-Romaine et qui a fait l'objet d'une présentation soignée à la suite de la fouille. La maison à la cour en U comporte à la fois un atelier et des boutiques en façade.
Histoire Histoire ancienne du site Cité des Viducasses vignette|Carte des cités et capitales romaines dans le nord-ouest de la France actuelle durant le Haut-Empire. , capitale des Viducasses, l'un des peuples de la Gaule lyonnaise, qui occupe l'actuelle plaine de Caen, est fondée au . Le territoire des Viducasses a été estimé à . La présence du sanctuaire gaulois de Baron-sur-Odon est peut-être à l'origine du choix du site. Selon Dominique Bertin (1948-1986), historienne et archéologue, . La ville connaît un essor monumental important vers 120-140 avec en particulier un bâtiment public dans le « Champ des Crêtes » et peut-être le théâtre, avec en parallèle une augmentation de la qualité de l'habitat privé. La cité a pu bénéficier du privilège de l' qui la dispense d'un impôt foncier et du statut du droit latin, signe de la selon Pascal Vipard, qui lui aurait donné par rapport à d'autres communautés voisines.
vignette|gauche|alt=Maquette de la colonnade et de la galerie d'une maison antique.|Maquette de la colonnade et de la galerie de façade de la Maison au grand péristyle, vue du nord.
La ville croît au avec le développement d'un faubourg. Après son apogée aux et plus précisément sous la dynastie des Sévères, elle est très touchée par les troubles qui affectent l'Empire romain au . L'apogée a pu être datée de la période allant des derniers Antonins aux . L'habitat est principalement constitué de torchis et de bois, sauf les habitations plus luxueuses telles que la maison au grand péristyle.
Le déclin commence au début du . Les constructions nouvelles s'arrêtent, en relation avec des élites locales et peut-être un déclin démographique. On constate la disparition des manifestations d'évergétisme de la classe dirigeante. Au , le nom de la cité est désormais selon l'inscription du Marbre de Thorigny découverte en 1588, référencée . La ville à son apogée couvre la superficie de et sa population peut atteindre ou . T. Sennius Solemnis y a exercé des charges civiques et religieuses sur une vingtaine d'années entre 220 et 238, dont les missions de . La ville a livré une preuve du rattachement à l'éphémère Empire gaulois: un autel à Mars dédié entre 263 et 267.
vignette|alt=Carte des cités au Bas-Empire|Carte des cités au Bas-Empire.
Le secteur oriental de la cité n'a plus d'activité à la fin du , en relation avec . Les quartiers périphériques ne sont plus restaurés. Un artisanat de tabletterie se maintient cependant, mais l'archéologie constate un niveau de vie plus modeste sur le site de la du Bas de Vieux au début du . Après les destructions, la cité se rétablit toutefois au début du avec un pouvoir local, mais ne se voit pas dotée d'un rempart, comme les sites de Jublains ou Corseul. Des travaux de voirie sont cependant réalisés dans la cité. Le des années 289-325 correspond à un accompagné d'une . La cité fusionne avec Bayeux et disparaît vers 400, Pascal Vipard évoquant une perte de ce statut au cours du mais une attestation administrative vers 400, la perte du statut étant peut-être liée selon lui aux réformes administratives de Dioclétien. L'événement peut être aussi datable de la création de la Lyonnaise seconde entre 364-388. La fusion est peut-être liée à une volonté d'. L'absence de rempart pourrait être liée selon lui à cette transformation administrative. Bayeux devient par ailleurs un évêché.
vignette|gauche|Reconstitution de la demeure d'époque carolingienne fouillée à Vieux au musée du site.
Même si le site de la ville reste occupé, une partie non négligeable de la population semble partir s'installer dans d'autres entités urbaines ou dans des domaines ruraux, la désertification du site au profit de Bayeux ou des domaines ruraux étant contrebalancée par une occupation aux . Les nécropoles fouillées non loin de Vieux ont laissé apparaître une augmentation de la population, peut-être liée à l'abandon du site central. Le site reste toutefois un lieu de peuplement et le christianisme s'y installe aux : il a en effet livré de rares témoignages épigraphiques paléochrétiens. À partir du , le village est constitué autour de deux lieux de culte d'époque mérovingienne pour un total de trois églises créées aux . Dès la fin du , rien ne distingue le site de l'ancienne cité romaine des autres sites connus d'habitat rural de la région.
Histoire du quartier du théâtre vignette|alt=Vue de ruines d'une habitation|Maison à la cour en U, dans le quartier antique du théâtre. Le quartier du théâtre reste mal connu au début du . Le quartier périphérique de la cité est celui des artisans ; c'est également le lieu où ont été retrouvées les ruines du théâtre. Le secteur était surtout occupé par des bâtiments à pans de bois.
Un premier édifice de spectacles est bâti à la fin du - début du . Le théâtre est peut-être édifié lors de la phase de construction des années 120-140. Quelques dizaines d'années après, il est transformé en édifice à arène, afin de pouvoir accueillir des spectacles d'amphithéâtre. Un demi-cercle est ajouté à l'.
vignette|gauche|redresse|alt=Socle avec des inscriptions latines repeintes en rouge|Copie du socle au musée archéologique de Vieux-la-Romaine.
Cette transformation a peut-être lieu au milieu ou à la fin du . Pascal Vipard évoque une transformation entre le deuxième et le dernier quart du . Cette transformation a fait disparaître la plupart des structures du premier théâtre. Le secteur de l'arène a peut-être été modifié, car un mur témoigne de transformations. Les transformations avaient peut-être comme objet de rendre le site capable d'accueillir des .
Le théâtre trouve un dans la plus grande inscription découverte sur le site. Titus Sennius Solemnis prêtre de Diane, Mars et Mercure, mentionné sur la pierre dénommée marbre de Thorigny, a dépensé en l'année 238, pour quatre jours de spectacles. Des combats de gladiateurs sont évoqués pour Vieux, d'autres spectacles étant donnés à l'amphithéâtre des Trois Gaules. Antoine Charma en 1855 est très prudent sur la restitution de l'inscription.
Histoire du site depuis la fin de l'Antiquité Le théâtre est abandonné à la fin du , peut-être à la suite d'un incendie. Les fouilles ont livré du bois carbonisé à l'emplacement des gradins et également des clous. L'incendie a peut-être eu lieu après l'abandon de l'édifice.
Pascal Vipard estime à partir des découvertes numismatiques et note l'absence de monnaies au , si ce n'est une monnaie de Valentinien Ier.
vignette|alt=Gravure ancienne d'un fragment de frise à motifs végétaux|Fragment de frise du théâtre, gravure du milieu du .
Les ruines sont alors utilisées comme source de matériaux, et un four à chaux est installé. Des éléments lapidaires à relier à l'édifice de spectacles, des fragments de frise taillés en sarcophage, sont retrouvés dans les fouilles de la nécropole d'époque franque du « Grand Champ » au . Cette exploitation des ruines de décor du théâtre comme couvercle ou cuve de sarcophage est sans doute du . Le décor de colonnes et d'entablement est en effet réutilisé dans la nécropole. Une borne milliaire de Constantin est également utilisée comme couvercle de sarcophage. À partir de cette époque a lieu la .
Le théâtre reste utilisé comme carrière aux . Sept monnaies de billon d'époque médiévale sont trouvées par les fouilleurs. Les ruines de l'édifice restent cependant présentes dans le paysage durant une longue période.
Redécouverte du site vignette|gauche|redresse|alt=Plan moderne, localisation les différents sites de Vieux-la-Romaine : théâtre gallo-romain, forum, deux maisons et musée|Plan moderne de l'ensemble du site de Vieux-la-Romaine.
Découverte du théâtre au Le site archéologique de Vieux est fouillé dès 1702 par Nicolas-Joseph Foucault et Antoine Galland ; à cette époque, les thermes sud sont explorés. D'autres thermes de la cité sont fouillés vers les années 1730. Arcisse de Caumont pense vers 1840 que le théâtre était au sud-ouest de la ville, dans le site appelé .
Le théâtre a été fouillé au , plus précisément en 1852-1854 par Antoine Charma de la Société des antiquaires de Normandie. La société savante effectue en tout trois fouilles importantes sur le site archéologique outre celles du théâtre, Arcisse de Caumont fouille les thermes du Champ des Crêtes en 1839-1841 et un autre édifice thermal est fouillé sur la même parcelle en 1859-1864.
La population avait remarqué la pauvreté de la végétation sur le site, et la Société des antiquaires de Normandie profite d'un changement de propriétaire pour négocier financièrement et la possibilité d'y effectuer des recherches archéologiques. La société savante fondée par Arcisse de Caumont vote de subvention pour ces recherches, puis une autre somme de . La somme totale engagée par la société savante se monte selon Antoine Charma à . La population locale, , est engagée sur ces chantiers. L'édifice est selon Christian Pilet.
Les vestiges dégagés sont enterrés après que les fouilles ont permis de lever un plan de l'édifice. Le site précis de l'édifice est oublié peu à peu, et sa localisation longtemps problématique. Le problème est lié à une mention vague du site précis par les inventeurs du site, .
Protection des vestiges et travaux depuis la fin du vignette|alt=Photographie d'un champ avec une butte à l'arrière-plan et un bouquet d'arbres|Site du théâtre en 2021 : il est situé précisément face au parking en haut à droite.
Une photographie aérienne est prise par l'I.G.N. en 1947. Une série de sondages réalisés dans le « Jardin Poulain » en 1972 ne permettent toutefois pas de le localiser .