thumb|upright=1.5|Edmund Spenser|alt= La strophe spensérienne est une strophe inventée par Edmund Spenser pour son poème épique La Reine des fées (), écrit entre 1590 et 1596. Elle est composée de huit pentamètres iambiques et d'un alexandrin final (un hexamètre iambique) selon un schéma de rimes croisées : ABAB BCBC C.

Historique

Ce schéma dérive d'une octave aux rimes disposées en ABABBCBC, appelé ottava rima en Italie, qui comprend huit hendécasyllabes et a été surtout utilisée par Le Tasse et L'Arioste. En France, Marot s'en est également serviPierre Villey, « Tableau chronologique des publications de Marot », Revue du , II, , Paris, 1920., et en Angleterre, Chaucer a repris dans Le Conte du Moine et la rime royale. qui lui ressemble, mais avec sept décasyllabes et une séquence de rimes en ABABBCC ; Shakespeare a lui aussi employé ce schéma dans Le Viol de Lucrèce., et Spenser lui-même l'a inauguré dans son églogue du (Le Calendrier du berger), VI, (juin), puis repris dans la strophe L'Automne de son Cortège des saisons (voir Les Saisons)..

Originalité thumb|upright=0.6|George Gascoigne, 1576.|alt= L'innovation qui lui donne son originalité consiste dans l'adjonction d'un alexandrin final rimant avec le dernier pentamètre. Cette idée a peut-être été donnée à Spenser par George Gascoigne qui venait d'utiliser l'alexandrin final dans Plaisirs princiers de Kenilworth () (1576).

La strophe débute par des vers à rimes alternées ; la rime plate apparaît au cinquième vers, alors qu'une pause ou un tournant de pensée se forme après le quatrième ou le cinquième vers, que cette rime plate vient souligner en marquant la fin de la première partie ou en unissant cette dernière à la seconde. Ensuite se succèdent à nouveau les rimes alternées jusqu'à la conclusion, à la fois marquée par une nouvelle rime plate et l'effet de final produit par l'alexandrin. Ce vers apparaît comme le plus saillant de la strophe : il la détache plus que ne le fait la disposition des rimes, sans cependant en faire une unité aussi distincte qu'un sonnet. De plus, c'est lui qui fait sentir la succession incessante et, par son retour régulier, crée un effet de berceuse dans le monde créé par le poète..

Michel Poirier tire la conclusion de l'usage fait par Spenser de la strophe spensérienne :

Jugements et usage

La strophe spensérienne a été jugée différemment selon les périodes. Le plus sévère critique est sans doute Johnson qui la trouve ; en revanche, Émile Legouis l'appelle ; Michel Poirier juge qu'elle morcelle le récit et tend à le faire avancer par bonds successifs.

thumb|upright=0.6|Juliusz Słowacki par Tytus Byczkowski.|alt= Si le schéma inventé par Spenser tombe dans l'oubli après sa mort, le le remet à l'honneur par plusieurs poètes romantiques ou post-romantiques. Parmi eux figurent Lord Byron dans Le Pèlerinage de Childe Harold (), John Keats dans La veille de la Sainte Agnès ( (1820), Shelley dans et Adonais ; de même, Sir Walter Scott dans , Robert Burns dans et Wordsworth dans , inclus dans les Ballades Lyriques de 1798. Enfin, Lord Tennyson l'utilise dans la première partie de Les Mangeurs de Lotus (), de même que John Clare dans Eric Robinson et David Powell, éds. John Clare. Major Works, Oxford, Oxford University Press, 2008 ..

thumb|upright=0.6|left|Jan Kasprowicz, 1901.|alt= En Pologne, les poètes Juliusz Słowacki et Jan KasprowiczWiktor Jarosław Darasz, Mały przewodnik po wierszu polskim, Cracovie, 2003, ., et en République tchèque Jaroslav Vrchlický ont eux aussi recours à la strophe, de même que le poète Willem Kloos au en HollandeIvor H. Evans, éd., Brewer's Dictionary of Phrase and Fable, New York, Harper & Row, 1981..

Felicita Hemans emploie une strophe similaire dans son poème Texte en ligne sur online., avec neuf vers, soit huit pentamètres iambiques et un alexandrin, rimant selon le schéma ABABCCBDD.

Notes et références

Annexes Bibliographie Edward Payson Morton, « The Spenserian Stanza before 1700 », Modern Philology, Volume 4, N° 4, . . . . . .

Articles connexes Edmund Spenser

Liens externes

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