Le théâtre gallo-romain de Lisieux est un édifice de spectacles de l'époque romaine daté du , situé sur la commune de Saint-Désir, limitrophe de Lisieux dans le département français du Calvados en région Normandie.

Un groupe de ruines localisées sur l'actuelle commune est signalé dès la fin du et identifié à tort comme l'emplacement initial de la cité romaine de . Les recherches récentes penchent désormais pour un quartier périphérique entourant un sanctuaire, comparable en cela à d'autres sites dont celui proche de dans le département de l'Eure.

Identifié dans le premier quart du , l'édifice de spectacles lui-même n'a cependant jamais fait l'objet de fouilles importantes et reste largement méconnu au début du . Le site est toutefois acquis pour la plus grande partie de son emprise antique par la commune qui l'abrite, ce qui le protège à partir des années 1980, décennie qui voit le classement de l'édifice comme monument historique et l'apparition de velléités de mise en valeur.

En dépit des faibles travaux réalisés sur l'édifice, il est cependant possible de dire qu'il appartient à la catégorie des théâtres à arène permettant l'organisation de spectacles variés, catégorie répandue en Gaule romaine. La date d'abandon de l'édifice n'est pas connue mais la destruction est peut-être due à un incendie, car les couches de destruction observées au par Arcisse de Caumont indiquent que le monument était au moins partiellement bâti en bois. Il utilise par ailleurs la topographie du site et un ruisseau était situé entre l' et le mur de scène. La présence d'un tel édifice dans la capitale des Lexoviens est un marqueur de la romanisation de cette partie de la Gaule lyonnaise.

Localisation

Localisation durant l'Antiquité vignette|redresse=1.2|Site antique de Lisieux. L'oppidum du Castellier, vaste de , est situé à au sud-ouest de Lisieux et est le , aux fonctions diverses, artisanales, commerciales voire religieuses. Les destructions du ont permis d'observer un .

La cité sous l'Empire romain est très mal connue, du fait de découvertes ponctuelles rendant difficile une et des conditions topographiques différentes des cours de la Touques et de l'Orbiquet. Les édifices de la cité antique sont méconnus, tant le que d'autres édifices publics qui n'ont pu être identifiés.

Le site de la cité antique est très étendu, les observations ayant suivi les destructions de la Seconde Guerre mondiale ont mis en évidence une configuration plus ou moins urbanisée . Le site du théâtre-amphithéâtre est localisé à l'est d'un vaste complexe dont il constitue l'unique vestige conservant .

Localisation actuelle vignette|gauche|alt=Vue d'un terrain accidenté avec des arbres et un ruisseau|Vue du ruisseau du Merderet derrière la du théâtre. L'édifice se situe au nord-ouest de la ville actuelle, route du Pré d'Auge, au lieu-dit les Belles Croix (en 1911), lieu-dit la Couture (aujourd'hui), à à l'ouest du centre-ville de LisieuxSur la feuille C du cadastre, parcelles 401, 402, 403 de 1911, ou parcelles 139, 140, 143 à 145 de 1984. Parcelle 26 aujourd'hui.., coincé pour sa partie postérieure entre le ruisseau le Merderet (parfois confondu avec la Tourette) et la départementale D45.

En 1985, les parcelles du site les Belles-Croix sont propriété de la commune de Saint-Désir et la rive gauche du Douet Merderet est propriété privée.

Histoire Histoire antique et médiévale La ville de Lisieux, nommée à l'époque romaine, est la capitale du peuple des Lexovii. Les vestiges de la parure monumentale de la ville, tant civils que religieux, semblent dater du selon François Cottin.

Le site appelé Vieux-Lisieux est un sanctuaire et non une agglomération, comme les travaux de Claude Lemaître ont pu le démontrer dans les années 1980. Ce vaste sanctuaire rural, comparable aux sites de Sanxay, Drevant, le Vieil-Évreux ou Berthouville, est peut-être utilisé dès l'époque gauloise. La superficie du site fait dire à Patrice Lajoye qu'il ne s'agit pas là uniquement d'un sanctuaire mais d'un secteur avec rues et quartiers. Pierre Jeanjean considère pour sa part que le secteur est celui de l'ancienne ville, d'une longueur d'un kilomètre sur . Le site du Vieux-Lisieux comporte un grand édifice entouré de portiques, un théâtre, un aqueduc, une pile maçonnée, un éperon surplombant le ruisseau du Merderet et des rues larges de à . Certains vestiges retrouvés au Vieux-Lisieux présentent des analogies avec des éléments identifiés comme des hostelleries à Sanxay et sont trop grands pour être des éléments d'habitation.

L'histoire de l'édifice et de son évolution dans l'Antiquité est difficile à préciser en l'absence de fouilles. Situé à à l'ouest de la ville moderne, l'édifice de spectacles est construit au ou au -, et de type mixte, fréquent en Gaule romaine, à la fois théâtre et amphithéâtre.. Les spectacles accueillis relevaient à la fois de la gladiature et du théâtre, outre des fêtes religieuses de tradition indigène. Les combats de gladiateurs ou de gladiateurs avec des animaux pouvaient avoir lieu dans l'. Un des deux aqueducs attestés à par François Cottin se trouvait au nord-ouest de la ville de Lisieux, sur le territoire de Saint-Désir.

Un tesson de céramique datable du a été découvert dans le mortier de l'édifice et à cette époque la cité . Les parties de l'édifice en bois ont dû être la proie des flammes car Arcisse de Caumont souligne une épaisseur de charbon et de . Les destructions semblent toucher la ville, selon François Cottin, vers le milieu de la seconde moitié du . L'édifice de spectacles a peut-être été restauré à la suite de ces destructions.

Le ruisseau traversant l'édifice à l'époque contemporaine était canalisé dans le passé, et d'un débit plus important selon Raymond Lantier. D'après Pierre Jeanjean, qui reprend les écrits de l'abbé Simon, le cours de ce ruisseau correspond aux anciennes entrées permettant d'accéder aux gradins .

Au siècle, une ferme est construite sur les structures du mur de scène avec des matériaux récupérés du théâtre..

Depuis le : redécouverte et identification du site Le site de l'édifice est découvert une première fois en 1770 et quelques sondages ont lieu, mais sans en comprendre l'importance, par l'ingénieur des ponts et chaussées Hubert. À l'occasion de travaux de voirie pour le tronçon entre Lisieux et Caen de l'actuelle départementale 613, l'ingénieur cherche du matériau de remblai et les habitants du lieu informent les autorités de la disponibilité de pierres taillées en quantité : Hubert découvre à cette occasion des arcades voûtées. Il découvre également des rues larges de à , des édifices et fait lever un plan général du site. Des fragments architecturaux sont alors retrouvés, ainsi que des monnaies de Vespasien, Titus, Trajan, Marc-Aurèle, Commode et Constantin. Hubert récupère de matériaux. Le mémoire qu'il en rédige est oublié jusqu'en 1802.

Le site avait été auparavant visité au par Nicolas-Claude Fabri de Peiresc à qui les populations locales avaient indiqué que se trouvaient sur le site de .

vignette|Louis Du Bois (1773-1855);portrait (physionotrace) de Fournier et Chrétien.

C'est Louis Du Bois qui, le , redécouvre les vestiges de l'édifice de spectacles et qui est le premier à l'identifier correctement. François Cottin indique que personne ne cherche alors à dater la construction. Des fouilles ont lieu également sous sa houlette en 1820 et il en dresse un plan. Arcisse de Caumont, à qui du Bois signale l'édifice , lui attribue une forme d'amphithéâtre. Le même ne considère pas invraisemblable que l'édifice ait pu accueillir des naumachies. La société des antiquaires de Normandie affecte des fonds aux fouilles de l'édifice, mais celles-ci n'ont pas lieu, vu la difficile manutention de la terre et le coût d'indemnisation des agriculteurs pour le dépôt des déblais .

vignette|gauche|Vue du site au début du .

Le site du théâtre est alors abandonné; il est à nouveau fouillé par messieurs Alexandre et Henri Moisy en 1874, mais les vestiges dégagés ne permettent pas de lever un plan de l'édifice.

Le site est couvert d'herbes et de pommiers au début du et un plan en courbes de niveau est alors levé. Après cette date, le site est laissé à l'abandon et une maison est construite dessus, reposant et comprenant de dans ses murs.

Le site n'a jamais fait l'objet de fouilles scientifiques, uniquement en particulier vers 1927 ou 1928 réalisés par l'abbé Simon, . Un des propriétaires a retrouvé des fûts de colonnes.

Des pommiers sont signalés sur le site au début des années 1970. Il est recouvert d'herbages ou de plantes au début des années 1980. Le site du théâtre gallo-romain est acquis par la commune de Saint-Désir en 1979 et bénéficie du classement au titre des monuments historiques le . Des travaux de restauration sont réalisés par une association de bénévoles en 1984-1985 sur les bâtiments d'habitation datés des . Un festival musical est organisé sur le site en , la question des fouilles éventuelles est ainsi posée alors que : les recherches risquent de mutiler l'édifice faisant l'objet d'une protection, et les murs dégagés risquent d'être détruits par une exposition aux éléments. Le site est toutefois menacé par les ; en 1995, un terrain de volley-ball est même envisagé sur les vestiges.

Description Site méconnu vignette|alt=Vue de ruines d'un mur parmi les végétation sur une photographie ancienne|Vue du mur de la scène sur une photographie ancienne. Le théâtre faisait partie d'un ensemble de constructions gallo-romaines réparties des deux côtés de la route du Pré-d'Auge (départementale D151), aux différents lieux-dits des Tourettes, des Fénèbres, de la Couture, etc, découvertes au . Louis Du Bois identifie le site comme celui d'un théâtre « classique » mais Arcisse de Caumont interprète l'édifice comme un théâtre mixte, lieu dans lequel pouvaient avoir lieu tant des spectacles théâtraux que ceux nécessitant une arène.

Le site n'a pas fait l'objet de fouilles et ses dimensions précises sont donc inconnues. Sur la rive droite du Merderet sont visibles dans les années 1980 des murs en petit appareil avec arases de briques.

La forme de l'édifice se devine par le relief du terrain, qui a été utilisé pour sa construction. En Gaule romaine, les théâtres utilisent le relief naturel dans la mesure du possible. L'édifice a conservé et a été évoqué l'espoir de la .

Configuration générale Les théâtres gallo-romains possèdent des plans divers et leur architecture, , dépend des ressources locales et les commanditaires ont pu faire réaliser tous les éléments nécessaires à un tel édifice de spectacles.

La forme une ellipse et comporte un important dénivelé. La partie supérieure, , devait comporter deux murs épousant la forme de l'édifice et servant à la circulation. Dans la on devait trouver des murs radiants. .

vignette|gauche|alt=Plan en courbes de niveau du théâtre gallo-romain du Vieux-Lisieux|Plan en courbes de niveau du théâtre gallo-romain du Vieux-Lisieux (nord vers le bas). L'édifice occupe le fond du vallon au bord du ruisseau le Merderet. L'hémicycle et les gradins s'appuient sur le flanc du coteau, tandis que la scène et ses dépendances se trouvent de l'autre côté du ruisseau, dont on a retrouvé les fragments.

vignette|alt=Vue générale du site du théâtre de Genainville|Vue générale du site du théâtre de Genainville. Les gradins étaient attribués selon : les premiers rangs étaient destinés alors aux prêtres, magistrats et citoyens, des espaces étaient en outre réservés aux femmes et aux esclaves. Les gradins sont signalés au début du sous une profondeur de à de terre végétale. Des sondages réalisés à la même date dans l' n'ont pas permis de retrouver des traces de maçonnerie. On ignore si les gradins étaient en pierre ou en bois, même si dans les théâtres liés aux sanctuaires les gradins étaient souvent . À Genainville des gradins de pierre ont été retrouvés.