Olga de Amaral, née le à Bogota en Colombie, est une artiste visuelle connue pour ses œuvres abstraites à grande échelle réalisées au moyen de fibres et couvertes d'or ou d'argent.
En raison de sa capacité à concilier les préoccupations locales avec l'évolution de la situation internationale, elle est devenue l'une des rares artistes d'Amérique du Sud internationalement connue pour son travail de la fibre au cours des années 1960 et 1970.. Elle est considérée comme une figure phare de l'abstraction de l'Amérique latine d'après-guerre..
Elle a développé un langage unique avec une diversité du vocabulaire du tissage, de la peinture et de la sculpture en se basant sur la tradition précolombienne.
Biographie Jeunesse Olga Ceballos Velez naît à Bogota de parents originaires du département d'Antioquia en Colombie. Elle grandit dans une famille religieuse traditionnelle avec 5 sœurs et 2 frères dans un quartier traditionnel de Bogota dans une atmosphère familiale chaleureuse et sécurisante, entretenant une relation privilégiée avec sa mère aimante et attentionnée..
Formation et débuts Après avoir terminé ses études secondaires, elle obtient, en 1951-52, un diplôme en conception architecturale au à Bogota.
Elle travaille ensuite pendant un an comme directrice de la faculté de dessin d'architecture de cette école. En 1954, elle se rend à New York, aux États-Unis pour étudier l'anglais à l'Université Columbia. À partir de 1954, elle déménage et étudie l'art de la fibre à Cranbrook Academy of Art à Bloomfield Hills, Michigan. L'artiste chérit cette période de son éducation et la considère cruciale pour son développement artistique postérieur :
À Cranbrook, elle rencontre Jim Amaral et ils deviennent des amis proches.. En 1955, après un an à Cranbrook, elle retourne en Colombie et s’intéresse à l’artisanat, aux techniques et aux traditions du tissage colombien qui seront pour elle, tout au long de son œuvre, une source inépuisable de création. Elle se passionne pour la découverte des vêtements blancs et noirs des Indiens arhuacos ou de la gamme variée des paniers en fibre végétale des Indiens de l’Amazonie.. Elle commence à confectionner des textiles décoratifs pour ses amis architectes.
Mariage et famille Pendant ce temps, Jim Amaral est dans la marine américaine, sur une base aux Philippines. En 1956, il se rend en Colombie pour voir Olga, initialement pendant quelques semaines. Peu de temps après, ils se marient et s'installent à Bogota. Ils auront deux enfants, Diego et Andrea.
Carrière Sentant qu’elle avait épuisé les ressources du métier à tisser, elle se tourne vers la technique du tapis au point noué, puis très vite découvre le métier de haute lisse.
À cette époque, Jack Lenor Larsen, un designer textile, visite la Colombie et l'atelier d'Amaral. Il s'intéresse aux tapisseries d'Olga. Leur relation professionnelle et artistique sera cruciale dans la reconnaissance du travail d'Olga de Amaral à l'international dans le monde de la tapisserie contemporaine. En 1965, elle fonde la faculté des textiles de l'Université des Andes de Bogota et y enseigne.
En 1966-1967, la famille Amaral réside à New York. Olga de Amaral rencontre Eileen Vanderbilt du World Crafts Council et devient sa représentante pour la Colombie. Avec la collaboration de Jack Lenor Larsen, elle expose ses tapisseries à New York en 1967, enseigne à la Penland School of Crafts en Caroline du Nord et à la Haystack Mountain School of Maine. Après leur retour en Colombie, le couple se rend à Popayán et dans la région de Tierradentro. Plus tard, Olga visitera le Pérou comme représentant du World Craft Council (WCC).
Lors d'un passage en Irlande pour participer à une conférence du WCC, Olga rencontre Lucie Rie, une céramiste britannique qui lui donne l'idée d'insérer de l'or dans les tapisseries. Au début des années 1970, les Amaral s'installent à Barcelone puis à Paris. Ils visitent la Grèce, l'Italie, les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse, la Suède et l'Angleterre. Ils établissent des contacts avec les centres d'art européen. Ils vivent quelque temps en Europe, puis retournent à Bogota, visitent différentes régions de la Colombie, puis reviennent en France, au milieu d'expositions, de travail et de nouvelles amitiés. Un autre voyage important pour l'artiste est son voyage au Japon.
Distinctions 1973 : bourse Guggenheim 2005 : nommée Artist Visionary (« Artiste visionnaire ») par le Museum of Arts and Design de New York 2008 : co-présidente honoraire de l’Initiative au développement d’audience multiculturelle du Metropolitan Museum of Art de New York.
Art Soucieuse principalement de la couleur et de la structure, Olga de Amaral crée des œuvres recouvertes d'or et d'argent, ce qui leur confère une dimension très différente de la tapisserie traditionnelle et qu'elle considère comme des . Leur présence sculpturale révèle les antécédents de l’artiste en conception architecturale, tandis que leur finesse technique lui a valu une grande renommée. Des pièces richement texturées, comme les séries Pozos Azules et Soles Rojos évoquent les paysages naturels de la Colombie ainsi que les objets anciens en or précolombiens. De loin, les pièces à base de lin, de coton ou même de crin ressemblent plus à des mosaïques scintillantes qu'à des tapisseries. En réalité, des carrés en forme de tesselles sont nichés entre des brins de fibres recouvertes à la main de peinture gesso et de feuilles d'or....
Malgré la présence de motifs géométriques, de Amaral dit qu'elle est animée par l'émotion et ne pense pas beaucoup aux motifs lorsqu'elle prend un crayon pour faire ses premiers croquis.
Depuis le début, les œuvres d'Olga de Amaral redéfinissent nos notions d'unité, de concept, de représentation et d'expression personnelle. Elle explore et revisite les idées, les techniques et les processus, à la recherche de variations subtiles et complexes au sein de son propre processus artistique. Elle est une figure importante parmi un groupe d'artistes dispersés dans le monde entier qui déconstruisent et repensent la structure, la surface et le support de la peinture en ajoutant des dimensions sculpturales et des matériaux atypiques..
D'abord classées comme tentures murales bidimensionnelles et figuratives, à la fin des années 1960, ses œuvres sont entrées dans les genres de la sculpture, de l'installation, de l'art abstrait et conceptuel :
Olga de Amaral cherche sa propre identité en se basant sur la culture Colombienne. La façon dont l'artiste intègre les matériaux, les fibres naturelles et artificielles, la peinture, le gesso et les métaux précieux (feuille d'or et d'argent principalement), à travers le processus et les techniques artisanales, renvoie à l'art préhispanique de la Colombie, les traditions de tissage indigènes, et l'héritage baroque colonial espagnol, apporté au Nouveau Monde par les colons catholiques.. Ces cultures avaient en commun d'attribuer un grand pouvoir expressif au visuel, tout comme le travail d'Olga de Amaral incarne un contenu visuel et tactile
Le fil, la couleur et la lumière déterminent l'aspect visuel et métaphorique des œuvres d'Olga de Amaral.
Œuvres L'œuvre de Olga de Amaral se caractérise par diverses séries, chacune avec une essence ou une technique particulière qui englobe nombre de variations complexes développées tout au long de sa carrière. Les titres de ces séries de de Amaral révèlent les thèmes de ses tissages: Alquimias, Cestas lunares, Lienzos ceremoniales, Montañas, Tierras, Riscos, Umbras, Stelae, etc. Comme l'a souligné Amparo Osorio :
Premières œuvres La première période de l'œuvre d'Olga de Amaral est caractérisée par des tapisseries relativement traditionnelles, mais présentant déjà la recherche d'un langage individuel. Elle travaille alors principalement avec de la laine, du coton ou du lin filés à la main et teints. Des couleurs vives et des combinaisons audacieuses et l'exploration de la structure et des limites du tissage caractérisent certains de ses premiers travaux de petite dimension de cette période..
À la fin de cette période, elle abandonne le concept de base du tissage de tissus (l'opposition entre chaîne et trame), en ne conservant que la chaîne (sous forme de tressage) et en la laissant flotter librement. La forme complète ou le volume souligné dans la composition des pièces de cette période, les font ressembler à des sculptures de fil.. Cependant, durant la prochaine décennie, la surface plane réapparaît dans l'art de Amaral. Les tentures massives appelées Muros tejidos (murs tissés), des remparts solides construits à partir de laine et de crin raides, ont fait leurs débuts lors d'une exposition personnelle au Museum of Contemporary Crafts de New York en 1970..
Les années 1970 Muros Avec Muros Olga de Amaral rompt avec des motifs géométriques prévisibles et les remplace par des rythmes qui engagent l'œil dans l'œuvre. Ainsi, elle décide de fabriquer ses propres fils dont certains atteindront l’épaisseur du poignet ! L’œuvre, tenture imposante de fibres épaisses et voluptueuses se détachant du mur, devient mur de tissage qui donna la série « Murs tissés » dont chacun pouvait mesurer jusqu’à 5, 50 mètres de haut sur 3,50 mètres de large et peser cent kilos.
Fragmentos Completos Dans la série Fragmentos Completos (1975), elle utilise pour la première fois l'or qui va devenir sa marque de reconnaissance. Elle utilise également des fibres comme le luffa, le gaïac (plantes diverses) et entrelace des bandes pré-tissées préalablement enduites de plâtre, de gesso, de pigments puis peintes d’or et d’argent, ce qui permet de dissoudre la géométrie imposée par la structure rigide de la chaîne et de la trame. Cette innovation technique lui donne beaucoup plus de liberté avec la surface finale des œuvres que les fibres colorées. « "La couleur est un langage commun à toutes les cultures. La couleur m'aide à me distancier de la surface pour ajouter des significations différentes à la tapisserie. ».
Les années 1980 Cette période se caractérise par une expérimentation enthousiaste et l'introduction de nouveaux matériaux. Lors de sa visite au Japon pour une exposition au musée national d'art moderne de Kyoto, Olga de Amaral continue d'explorer l'utilisation de l'or et du gesso inspirés du kintsugi, l'art japonais de réparer la poterie cassée avec de l'or. Elle continue également d'explorer les possibilités de structure. La filtration de la lumière et de l'air à travers les constructions tissées deviennent des acteurs majeurs. Dans les années 1980, Olga de Amaral commence les séries suivantes : Riscos, Tejidos policromos, Tierras, Tablas, Entornos, Cestas lunares, Lienzos ceremoniales, Alquimias et Montañas.
Riscos Le titre de cette série fait allusion aux falaises. Les bandes verticales segmentées font également allusion au quipus inca (khipus/nœuds parlants) . Les quipus étaient faits de fils colorés ou de fils de coton/ fibre. Les pièces de la série Riscos sont principalement des formes rectangulaires s, elles créent un sentiment de mouvement, un effet presque cinétique. Les œuvres de cette série sont strictement conceptuelles ..
Lienzos Ceremoniales Le titre de la série Lienzos Ceremoniales commencée en 1986 fait référence aux vêtements de cérémonie. Chaque pièce est d'une couleur forte et profonde qui émerge de la surface de fond unifiée. Cette série explore la manière dont les images émergent d'une surface tissée et la création d'un sentiment de profondeur. Les superpositions de couches de fil créent un jeu aérien de lumière qui relie cette série aux problèmes artistiques d'Op Art.
Cestas lunares