La vallée des Usines est le nom donné à une partie de la vallée de la Durolle, principalement située sur le territoire de la commune de Thiers dans le département français du Puy-de-Dôme et la région Auvergne-Rhône-Alpes. Elle est connue pour son long passé industriel car on y exploita la force motrice de la rivière Durolle dès le Moyen Âge. Le milieu du marque le départ des entreprises vers les plaines de la ville-basse de Thiers.
À partir de , date d'ouverture du centre d'art contemporain du Creux de l'enfer dans une ancienne usine de coutellerie, la vallée trouve une vocation culturelle et touristique avec plusieurs usines qui se tournent vers diverses activités de ce type depuis le début du .
En , la municipalité de Thiers annonce que de grands projets de reconversion d'usines à l'abandon sont à l'étude dans la vallée notamment en lien avec la Fondation du patrimoine et la Mission Stéphane Bern.
Toponymie Le terme de « vallée des Usines » est utilisé pour décrire la partie de la vallée de la Durolle où le nombre d'usines est très important. Le nom de la vallée ne devient officiel qu'au milieu du .
Géographie vignette|alt=Plan montrant le parcours de la Durolle contournant l'est puis le sud de Thiers et situant les principales usines sur les rives de la rivière|Plan de la vallée des Usines.
Situation géographique Au nord, la vallée se forme à la hauteur du pont de Seychalles.. Elle s'élargit d'est en ouest sur une longueur de jusqu'à son extrémité orientale, matérialisée par l’îlot Navarron.
La vallée des Usines se situe sur le versant est de la rivière Durolle dans le département du Puy-de-Dôme (région administrative d'Auvergne-Rhône-Alpes)..
Topographie La vallée est creusée au fil des siècles par la Durolle. dans les monts du Forez, situés au nord du Massif centralLa commune de Thiers marque la limite nord-ouest des monts du Forez..
La vallée s'étend de son point de rencontre avec la vallée des Rouets, en aval, jusqu'à la plaine de la Limagne. La partie nord de la vallée est accidentée avec plusieurs sommets dépassant d'altitude.. Plus au centre, vers le centre d'art contemporain du Creux de l'enfer et l'usine du May, les gorges de la Durolle sont plus profondes et tortueuses. C'est là qu'elle est la plus accidentée. La partie sud-ouest de la vallée, après l'usine Ferrier usinage, s'aplanit avant de s'ouvrir sur la Limagne.
Jusqu'au , la vallée des Usines est un lieu de culture de la vigne, pratiquée sur les hauteurs la dominant.. Plusieurs traces de cette culture sont encore présentes ; en 2012, en mémoire de ce passé, des pieds de vignes sont plantés par la municipalité de Thiers dans les jardins de l'ancien hôpital, dans la partie centrale de la vallée..
Le sol de la vallée fait partie de l'ensemble géologique du Massif central. Il est surtout constitué de différents granites parfois recouverts d’arènes et d’éboulis..
vignette|alt=Photo en contre-plongée de la cascade de la Durolle dans sa traversée de Thiers au lieu-dit le Creux de l'enfer |La Durolle près du Creux de l'enfer.
Hydrographie Le territoire de la vallée des Usines est drainé par la Durolle dont le bassin versant est de .. La rivière a été exploitée pour sa force motrice servant notamment à actionner les mécanismes d'aiguisage des lames de couteaux.. La rivière est également un site de pêche aux truites depuis l'amélioration de la qualité de l'eau au début du ..
Démographie La commune de Thiers abrite la majeure partie de la vallée des Usines. Plus en amont, la Durolle traverse les communes de La Monnerie-le-Montel, Celles-sur-Durolle, Les Salles, Cervières, Noirétable et Chabreloche.. Le nombre total d'habitants de ces communes est de au recensement de 2015.
Transports Le principal axe de communication est la , nommée avenue Joseph-Claussat dans sa traversée de Thiers, qui borde la rive gauche du cours d'eau et suit sa courbure du nord au sud-ouest. La majorité des usines se situent le long de celle-ci. La vallée est desservie par le réseau de transports urbains thiernois (TUT).. La gare de Thiers se situe à du pont de Seychalles au nord de la vallée.
Historique
vignette|alt= Photo historique en noir et blanc montrant le dur travail des émouleurs au début du , trois hommes et un jeune garçon travaillent à plat ventre chacun au dessus d'une meule entraînée par l'eau de la rivière, dans leur main la lame qu'ils aiguisent|Des émouleurs de Thiers au début du .
Moyen Âge La force hydraulique de la Durolle est utilisée à Thiers dès le Moyen Âge pour mouvoir les moulins à farine, les foulons des tanneurs, les maillets des papetiers, et avec le développement de la coutellerie, les martinets des fondeurs et les meules des émouleurs... Dès le , un quart de la population thiernoise exerce le métier de coutelier. Les objets produits dans la vallée sont exportés dans plusieurs pays au , en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Turquie et « aux Indes »Legrand d'Aussy remarque dans son livre, Voyage en Auvergne, en 1788, que les industriels thiernois luttent efficacement contre les industriels anglais jusque dans les Indes..
Révolution industrielle À partir de , seule la coutellerie parvient à se maintenir avec l'introduction des machines qui préfigure l'avènement de la grande industrie.. À cette époque, l'industrie coutelière présente une organisation particulière. La main-d'œuvre nécessaire pour fabriquer un couteau est disséminée à travers la ville de Thiers ; il y a une extrême division du travail, les ouvriers sont spécialisés dans un métier, transmis de père en fils, pour lequel ils acquièrent une grande dextérité. Les barres d'acier que les entreprises reçoivent sont d'abord confiées aux « martinaires » qui les amincissent (afin qu'elles puissent être aiguisées) grâce à des martinets mus par la force hydraulique de la rivière. Les forgerons reçoivent ensuite ces barres avec lesquelles ils forgent les pièces de couteau. Ces pièces sont ensuite envoyées aux limeurs, aux perceurs, aux émouleurs puis aux polisseurs qui aiguisent et polissent les lames sur des meules entraînées par la Durolle. Le fabricant effectue lui-même la trempe, puis, après que le cacheur. ait livré les manches, toutes les pièces sont finalement remises aux monteurs qui habitent les faubourgs de Thiers. Cette organisation de la production est donc caractérisée par une dissémination importante des lieux de travail dans la région thiernoise et plus particulièrement dans la vallée.
vignette|alt=Carte postale ancienne colorisée montrant en contre-plongée la partie nord de la vallée en période de basses eaux, au centre un pont roman à 2 arches traverse la rivière, pont et maisons sont construits en pierres de schistes brunes|La partie nord de la vallée des Usines au début du .
À la fin du , la concurrence étrangère amène les industries thiernoises à se moderniser. Cette modernisation passe par l'électrification. Un nouveau type d'usines se crée, où sont intégrées toutes les opérations de la coutellerie. Les usines de papeterie qui n'ont pas voulu recourir à ces techniques modernes de production se voient dans l'obligation de fermer leurs portes ; elles n'étaient plus qu'une vingtaine en .
vignette|alt=Photo de nuit montrant la Durolle en crue avec un très gros débit d'eau brunâtre au niveau d'une petite cascade en pleine ville, avec une usine sur la rive, à gauche du cliché|La Durolle en crue en janvier 2018.
Le tout début du Les problèmes concernant les eaux de la Durolle sont de plus en plus nombreux au début du . En premier lieu, le débit de la rivière en été reste très bas et très irrégulier, provoquant un chômage relatif. En effet, les usines utilisant la force motrice de la rivière ne peuvent travailler sans un débit d'eau suffisant. En hiver, le phénomène s'inverse, la Durolle d'hiver devient un torrent en crue avec une force considérable. La ville de Thiers est l'une des villes les plus vulnérables du département du Puy-de-Dôme face aux crues et la vallée des Usines est le quartier de la ville le plus touché lors de ces événements..
Pour ne plus dépendre des caprices de la Durolle, les usines utilisent la force motrice électrique dès . La Durolle permet d'obtenir une puissance d'environ par jour en moyenne en contre pour l'énergie d'origine électrique.
La puissance moyenne par jour de la force motrice électrique s'établit ainsi :
année puissance en cheval-vapeur170 803 L'indépendance des usines face à la Durolle leur permet de devenir des « usines complètes ». Ainsi, dans la vallée de la Durolle, plus de et sont présents en . Durant cette période, le bassin thiernois est le plus gros bassin français de production de couteaux et d'outils possédant une lame, loin devant ceux de Châtellerault, Nogent-en-Bassigny et Paris et à égalité avec Sheffield au Royaume-Uni. La production, à partir de connaît de nombreuses fluctuations :
vignette|alt=Photo d'une très ancienne trousse de barbier en bois ciré comportant une douzaine de logements en creux et dans ceux-ci encore quelques uns des outils d'origine dont un rasoir, un poinçon, un pointeau. Il manque les ciseaux, le couteau et le second rasoir imaginables grâce aux formes dans le bois. Les lames sont en acier et les manches en corne ou en ivoire|Trousse de barbier exposée au musée de la coutellerie. année production en tonnes19123 108 t 19181 210 t 19202 618 t
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale À la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors de la reconstruction après la guerre, la vallée connaît une multiplication des petites entreprises. Les ouvriers se mettent à leur compte et créent une multitude d'entreprises de taille très modeste. Les grandes usines de la vallée sont donc accompagnées par des microentreprises qui emploient chacune un petit nombre d'ouvriers. Dans ces dernières, la main-d'œuvre reste essentiellement familiale. Les patrons travaillent comme des ouvriers à l'atelier tandis que, généralement, les femmes s'occupent de la comptabilité et du secrétariat.
Dans ces petites entreprises, les relations entre les ouvriers et le patron passent le plus souvent par le tutoiement, symbole d'une bonne relation entre eux.
vignette|alt= Cliché récent de l'ancienne usine du Creux de l'enfer pris depuis la rive opposée. A droite l'avenue, au centre la Durolle avec sa cascade sous un pont moderne, à gauche la façade de l'usine sur 3 niveaux. L'usine est construite pour partie sur des voûtes au dessus de l'eau, l'enduit des murs s'effritent et laisse apparaître les pierres de schistes par endroit, on distingue encore un peu le nom peint en rouge|L'ancienne usine du Creux de l'enfer, transformée en centre d'art contemporain.
Depuis la deuxième moitié du À partir de la deuxième moitié du , les usines de coutellerie se modernisent encore une fois et, désormais, la Durolle n'est plus utilisée comme source d'énergie, l'électricité l'ayant remplacée.. Les entreprises quittent la vallée pour les zones industrielles à partir des années . Aujourd'hui, de nombreuses friches industrielles jonchent la vallée.. Parmi elles, certaines sont reconverties en musée ou en centre d'art contemporain comme l'usine du May ou l'usine du Creux de l'enfer... D'autres sont à l'abandon comme l'usine Ferrier usinage..
En , une coutellerie annonce déménager de ses locaux actuels en dehors du centre-ville de Thiers pour venir dans la Vallée des Usines. En , les travaux de modernisation d'une ancienne usine sont en cours. D'autres projets privés ont lieu notamment dans le domaine de la culture dans l'ancienne usine de la « Croix de fer ».
Protection La vallée des Usines est partiellement protégée par le plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune de Thiers de .. Seule la partie ouest de la vallée est concernée par ce dernier. Elle l'est également par le plan local d'urbanisme de la même ville..