Le Parti colonial est issu du Comité de l'Afrique française fondé en 1890. Il ne désigne pas un parti politique, mais un mouvement d'opinion, qui regroupe différents groupes à tendance colonialiste, et qui tend à se focaliser principalement sur l'Afrique. Il émerge dans le contexte du partage de l'Afrique entre les grandes puissances européennes. À la suite de la Première Guerre mondiale, une fois le contexte d'expansion coloniale révolu, il perd de son importance.

Il s'inscrit dans le contexte de la perte de l'Alsace et de la Lorraine, au cours de la , qui induit le projet gambettiste de compenser cette défaite en récupérant des territoires en Afrique. C'est notamment la thèse soutenue par des historiens comme Henri Brunschwig ou Charles-Robert Ageron. Des historiens, comme Marc Lagana, insistent plus sur l'aspect économique, en raison de l’omniprésence du projet d'exploitation des ressources africaines.

Il se constitue de différents groupes, qui apparaissent dans l'ordre qui suit : le Comité de l'Afrique française ; un groupe politique à l'Assemblée nationale, puis au Sénat ; l'Union coloniale française.

Les principaux acteurs du Parti colonial sont Auguste Louis Albéric d'Arenberg et Eugène Étienne. Bien qu'originellement politiquement opposés, le premier étant royaliste, le second républicain, ils convergent l'un vers l'autre, car tous deux sont soucieux de détenir un rôle de premier plan au sein des sphères de pouvoir de la à travers le colonialisme.

Historique La nébuleuse appelée Parti colonial a été créé par Eugène Étienne, républicain, et Auguste Louis Albéric d'Arenberg, député royaliste, en 1892. Il ne s'agit pas d'un parti politique mais d'un groupe d'influence extrêmement hétérogène composé de députés (près de 120 dès les élections de 1893) provenant de tous bords (extrême droite nationaliste, royalistes, républicains opportunistes et radicaux), mais aussi de scientifiques, de savants, de géographes.

Il a permis à Étienne, après avoir été évincé du sous-secrétariat d'État aux Colonies, de maintenir un certain pouvoir sur ces questions qui étaient primordiales pour lui. Lors de sa création, 48 députés l'intègrent, 113 à la suite des élections de 1893 et 200 en 1902.

Théophile Delcassé, ministre des Affaires étrangères de 1898 à 1905 souligne l'importance de ce groupe ainsi que le rôle majeur d'Étienne qui, malgré sa présence dans quelques cabinets, agit surtout par influences et réseaux : « Étienne a dans ses mains le sort du cabinet », écrivit Delcassé en 1903, son groupe constitue l’appoint qui est indispensable à celui-ci pour vivre. C'est Étienne qui fut à l'origine de la colonisation de Madagascar, de l'Entente cordiale et du protectorat sur le Maroc.

Le Parti colonial s'appuie sur une presse qui tente de diffuser dans l'opinion le soutien au colonialisme. En 1928-1929, la presse coloniale voit ses tirages augmenter, deux ans avant une grande Exposition coloniale internationale qui a lieu à Paris du au , à la porte Dorée et sur le site du bois de Vincennes. La Dépêche coloniale et maritime atteint son apogée en 1929 avec 20000 exemplaires diffusés"Les colonies devant l'opinion publique française (1919-1939)" par Charles-Robert Ageron, dans la revue Outre-Mers en 1990 contre 13 000 en 1913"Le « parti » colonial" par Charles-Robert Ageron en 2005, soit un doublement de son tirage en une quinzaine d'années. Elle se situe alors peu après d'autres publications coloniales spécialisées comme l'Effort colonial, qui tire à 25 000, et La Dépêche africaine, qui est à 30 000.

Certains leaders coloniaux comme Pierre Perreau-Pradier, vice-président de la commission de l'Algérie, des colonies et des protectorats, , estimèrent à partir de 1928 que « le miracle s'était réalisé : l'opinion était gagnée ». Personnage important du Parti colonial, il déclara en 1928 que .

D'autres, comme le directeur de la Ligue maritime et coloniale, sont restés plus sceptiques en déclarant en : « placé à un poste favorable pour ausculter le pouls de l'opinion, qu'il me soit permis de ne pas partager tant d'optimisme » et déplorait en particulier les résistances des professeurs et instituteurs à la propagande coloniale : « Le milieu qui a charge de former la mentalité c'est-à-dire le corps enseignant, est celui qui y est demeuré jusqu'à présent le plus étranger, à de rares exceptions près. », critiquait-il.

Les acteurs

Eugène Napoléon Etienne Figure républicaine du colonialisme, Eugène Napoléon Étienne naît en 1844 en Afrique du Nord, près d'Oran dans un univers militaire qui l’imprégnera fortement dans sa vie future. Après son lycée à Alger, il intègre une classe préparatoire aux grandes écoles à Marseille. Il souhaite intégrer Saint-Cyr, ce qu'il consent à ne pas faire pour son épouse. Néanmoins l'ambiance militaire dans laquelle il évolue, et son rêve échoué de Saint-Cyr, l'influenceront dans son projet de conquête coloniale et dans son attitude de soutien aux militaires.

C'est dans la cité phocéenne qu'il rencontre Maurice Rouvier grâce auquel il rencontrera Léon Gambetta. Ce dernier soutient l'expansion coloniale française, afin de faire regagner à la France, le prestige perdu, à la suite de l'annexion de l'Alsace-Lorraine. Eugène Étienne soutient ensuite la candidature de Gambetta à la première circonscription de la Seine, qui l'emporte sur Ferdinand de Lesseps. Eugène Étienne reste par la suite dans le sillage de Gambetta, ce qui lui permettra d'intégrer le conseil d'administration du réseau ferré de l'état en 1881. Parallèlement, il intègre la franc-maçonnerie en 1876, qui lui permet de bénéficier d'un réel réseau d'influence. Il finira en 1902 par intégrer la loge de Tlemcen.

Sous l'étiquette Union républicaine, il est élu député d'Oran en 1881, mandat qu'il conservera pendant plus de 40 ans. On lui confie entre autres le rapport sur le budget de l'Algérie. Enfin, en 1887, lorsque son ami Maurice Rouvier devient chef du gouvernement, il obtient le poste de secrétaire d'état à la Marine et aux colonies. Il a alors la possibilité de mettre en œuvre son projet de relier le Soudan, l'Afrique du Nord et le golfe de Guinée.

Auguste Louis Albéric d'Arenberg Né en 1837, Auguste Louis Albéric d'Arenberg est quant à lui issu de la noblesse, son père ayant obtenu le titre de duc et pair de France après s'être rallier à en 1827. Son entrée en politique est donc rendue difficile dans le contexte d'affirmation de la République. Il s’appuie donc avant tout sur son ancrage local dans le Cher et se fait élire conseiller général du canton de Saint-Martin-d'Auxigny. Mais ce canton rural se trouve à l'écart des circuits économiques du pays.

En 1877, patronné par le général Mac-Mahon, il abandonne l'étiquette monarchiste, ce qui lui permet d'être élu député contre la gauche Républicaine, à la première circonscription de Bourges. Il perd son siège en 1881 et est battu en 1885 face aux Républicains. La politique de ralliement du pape , qui déconseille au clergé une opposition systématique à la République, lui permet de s'identifier pleinement à Gambetta, dont il admire le projet colonial. Ainsi il est réélu au sein de sa circonscription en 1889.

À la chambre, il prend alors parti sur de nombreuses questions coloniales, comme la liberté de navigation sur le Niger ou s'insurge contre l'agression de missionnaires en Ouganda. Il s'exprime ainsi sur de nombreuses questions chers au Parti colonial, telles que le prestige de la France ou encore la course à l'expansion coloniale face à l'Angleterre.

Autres protagonistes Eugène Étienne et d'Arenberg ne sont pas les seuls protagonistes du Parti colonial. On peut d'abord mentionné le réseau familial d'Arenberg avec lesquels il fonde la société de géographie du Cher. Il est en effet lié aux Greffulhe par son mariage. Il est aussi très proche des Vogué.

Jules-Hippolyte Percher et Paul Crampel apparaissent comme deux personnages clés dans la création du comité de l'Afrique française. Le premier était journaliste au Journal des débats et publiciste pour l'agence Dalziel. Il sera par la suite, connu sous le surnom Harry Alis le principal propagandiste du Parti colonial. C'est en contact du second qu'il devient un adepte du colonialisme. Celui-ci était alors connu pour ces expéditions au Nord-Congo. Il est aussi l'initiateur du « plan Crampel » , qui voulait relier la Méditerranée au golfe de Guinée, ce qui correspond au projet d'Eugène Étienne.

Enfin, Jules Charles-Roux et Emile Mercet apparaissent tous deux comme centraux, puisqu'ils seront président de l'Union coloniale française, Emile Mercet succédant à Charles-Roux en 1903. Au sein de cet organisme, Charles Noufflard joue un rôle clé dans la propagande à la jeunesse.

Le comité de l'Afrique française Genèse Le comité de l'Afrique française est créé le . Il trouve ses racines dans le système des sociétés de géographie, notamment la troisième à être créée par d'Arenberg, la société de géographie du Cher. En effet, celle-ci fait valoir son influence à travers l'écriture, la diplomatie ou encore les couloirs de l'assemblée. Il faut aussi la présence de secrétaires d'autres sociétés de géographie au sein du comité, tels que Robert Gauthiot ou le Baron Hulot.

Elle apparaît à cette date en raison d'une conjoncture particulière. En effet, le traité Heligoland-Zanzibar, partageant l'Afrique Orientale vient d'être signé le , entre l'Allemagne et l'Angleterre. De plus, la France apparaît relativement passive dans l'expansion coloniale, ce qui est en opposition avec le zèle patriotique des colonialistes. Or nous sommes dans un contexte de course à l’expansionnisme.

Ainsi, le discours d'Eugène Étienne à l'assemblée sur la création d'une perpendiculaire allant de la Tunisie au Congo en passant par le Tchad, soutenu par Paul Crampel et Jules-Hippolyte Percher, encourage d'Arenberg à présider un comité colonialiste. Il gardera la présidence du comité jusqu'en 1912.

Objectifs Dès la création du comité, la perspective d'expansion est clairement déterminée. En effet, ses membres estiment qu'en raison de son absence du partage oriental de l'Afrique, la France aurait le droit a une plus grande part dans l'Afrique Occidentale. Ainsi, est instauré la « plan Crampel », par lequel Crampel est chargé d'atteindre le Lac Tchad et ainsi relier le Sahara au Congo.

Les crédits nécessaires à ses expéditions sont avancés par les membres du comités et les milieux colonialistes. Ainsi, l'expédition Mizon est financée par le syndicat français du Haut Benito et de l'Afrique Centrale. Entre 1891 et 1906, 460.000 francs sur les 1.425.000 francs de souscription sont consacrés à financer 30 expéditions en Afrique, le plus gros du budget allant à la propagande. Organisation A sa création, le comité compte 29 membres, dont 10 parlementaires , 7 militaires et 3 professeurs. En 1901, il en compte 45, dont 13 parlementaires, 9 militaires, 4 professeurs et 6 hauts fonctionnaires. On note parmi ses membres, une minorité des représentants des intérêts économiques.

Le recrutement des membres se fait à la suite de conférences organisées par le comité. Ce recrutement permet donc de bénéficier des souscriptions d'adhérents. Chaque adhérent recevait le bulletin du comité. En 1891, le comité reçoit 158.000 francs de souscriptions, dont 29.000 francs de souscriptions spéciale pour le « plan Crampel ». 16 souscripteurs donnent alors une adhésion de plus de 1000 francs, notamment les Rothschild qui offrent 10.000 francs d'adhésions. On note aussi des dons de diverses chambres de commerce et de sociétés de géographie, situés entre 100 et 500 francs. En 1894 le montant reçu grâce aux adhésions s’élève à 346.000 francs.