Hayat Tahrir al-Cham ou HTC (en ), parfois appelé Organisation de libération du Levant en français et souvent désigné par le sigle HTSLe sigle HTS est couramment employé dans les sources francophones. (abréviation de l'anglais ), était un groupe rebelle islamiste de la guerre civile syrienne. Il est dirigé par Abou Jaber, puis par Abou Mohammed al-Joulani.

Hayat Tahrir al-Cham est fondé en 2017 par la fusion du Front Fatah al-Cham et de plusieurs autres groupes rebelles syriens. Rival de l'Armée nationale syrienne soutenue par la Turquie, Hayat Tahrir al-Cham devient en 2019 la faction rebelle dominante dans le gouvernorat d'Idlib. Il forme également une administration civile : le Gouvernement de salut syrien.

En -, HTC prend la tête d'une coalition de rebelles et lance une offensive, qui aboutit à la chute du régime de Bachar al-Assad en seulement douze jours. Le groupe prend alors le pouvoir. Le , à l'occasion de la , le porte-parole de la coalition et commandant des troupes d'assaut de HTC, Hassan Abdel Ghani, annonce la dissolution de , dont sa propre formation et que celles-ci feraient désormais partie des « institutions de l'État » dont l'Armée syrienne.

En juillet et , les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada révoquent respectivement leur désignation de Hayat Tahrir al-Cham comme organisation terroriste étrangère.

Historique Hayat Tahrir al-Cham est formé le par la fusion de six groupes rebelles islamistes syriens : le Front Fatah al-Cham, le Harakat Nour al-Din al-Zenki, le Front Ansar Dine, le Liwa al-Haq, Jaych al-Sunna et Jaych al-Ahrar.. Cette fusion est opérée alors que de violents combats ont été déclenchés entre groupes rebelles dans le gouvernorat d'Idlib et l'ouest du gouvernorat d'Alep.. Hayat Tahrir al-Cham est alors en conflit avec les Ahrar al-Cham et les groupes de l'Armée syrienne libre..

Dans les semaines qui suivent sa formation, le Hayat Tahrir al-Cham bénéficie encore de nombreux ralliements. Un grand nombre de membres des Ahrar al-Cham font défection pour rejoindre ce nouveau mouvement.. Le , Ansar al-Cham rallie à son tour le groupe...

Pendant toute l'année 2016, le Front Fatah al-Cham, ex-Front al-Nosra, cherche à se dissoudre dans la rébellion syrienne. En , il fait une offre de fusion aux Ahrar al-Cham. Abou Mohammed al-Joulani propose alors de changer le nom de son groupe mais exclut de rompre avec Al-Qaïda. Cependant, les Ahrar al-Cham ne tiennent pas à se lier avec Al-Qaïda et rejettent l'offre...

Le , le Front al-Nosra annonce finalement qu'il rompt avec Al-Qaïda et qu'il prend le nom de Front Fatah al-Cham. Cette rupture se fait avec l'accord du chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri. Abou Mohammed al-Joulani apparaît pour la première fois à visage découvert dans un enregistrement diffusé par la chaîne Al Jazeera, il affirme que la décision s'est faite pour et pour pour viser le groupe classé par les États-Unis.. Avec cette séparation, le Front al-Nosra veut se rapprocher des autres groupes de la rébellion et se présenter comme un mouvement strictement syrien..

La décision du Front al-Nosra de rompre avec Al-Qaïda est saluée par les Ahrar al-Cham. et le , des négociations s'ouvrent de nouveau entre les deux groupes en vue d'une fusion.. Cependant le projet bloque. La question divise les Ahrar al-Cham, entre d'un côté les partisans du jeu politique, favorables à des négociations et qui souhaitent garder le soutien des pays du Golfe et de la Turquie, et de l'autre ceux, plus proches des thèses d’Al-Qaïda, qui privilégient l'insurrection armée. Au cours de ces négociations, le Front Fatah al-Cham comme les Ahrar al-Cham font l'objet de défections de la part de leurs éléments les plus radicaux. Le , le conseil religieux des Ahrar al-Cham annonce apporter son soutien à l'intervention militaire turque, ce qui provoque quelques tensions avec le Front Fatah al-Cham, hostile à cette intervention..

Mais en , alors que des négociations de paix s'ouvrent à Astana, la situation se dégrade dans le gouvernorat d'Idlib. Le Front Fatah al-Cham est exclu des pourparlers et subit une intensification des frappes aériennes de la coalition. Il crie alors au complot et accuse les autres groupes rebelles de complicité avec les Américains et d'avoir conclu un accord contre lui. Plusieurs groupes de l'Armée syrienne libre sont attaqués par les djihadistes, et décident alors de fusionner au sein des Ahrar al-Cham pour obtenir leur protection..

Trois jours plus tard, le Front Fatah al-Cham fusionne à son tour avec quatre autres groupes, formant ainsi Hayat Tahrir al-Cham. Selon le chercheur Romain Caillet, la formation de Hayat Tahrir al-Cham Cependant malgré cette fusion, le régime syrien, la Russie et l'Iran continuent de désigner Hayat Tahrir al-Cham sous le nom de Front al-Nosra..

Cependant, si initialement les anciens membres du Front al-Nosra forment le noyau du Hayat Tahrir al-Cham, de nombreux Ahrar al-Cham font défection pour rejoindre le mouvement, au point, selon Romain Caillet, de devenir majoritaires au sein de l'organisation. Plusieurs anciens membres du Front al-Nosra font défection du Hayat Tahrir al-Cham et Abou Mohammed al-Maqdisi, un des principaux théoriciens du salafisme djihadiste, reproche à l'organisation de chercher à rompre avec Al-Qaïda..

Le , le chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, appelle ses partisans à ne pas privilégier le contrôle et l'administration des territoires, mais à se concentrer sur la guérilla. Selon le chercheur Tore Refslund Hamming, fondateur du laboratoire d'idées MENA Analysis :

Dans un message audio publié en , Zawahiri vilipende Hayat Tahrir al-Cham pour avoir rompu avec al-Qaïda.. Début 2018, le journaliste Wassim Nasr, spécialiste du djihadisme, considère que Hayat Tahrir al-Cham ne peut plus être considéré comme étant affilié à Al-Qaïda.

En , de nouveaux combats éclatent dans le gouvernorat d'Idlib entre le Hayat Tahrir al-Cham et les Ahrar al-Cham.. Plusieurs bataillons des Ahrar al-Cham font défection et préfèrent rejoindre Tahrir al-Cham.. En revanche, le Harakat Nour al-Din al-Zenki annonce le qu'il se retire du Hayat Tahrir al-Cham et redevient indépendant.. Il est imité par Jaych al-Ahrar le ., puis par le Front Ansar Dine le ..

À partir de fin 2017, l'émir d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, commence à critiquer violemment Hayat Tahrir al-Cham et son chef, Abou Mohammed al-Joulani, après l'arrestation et le bref emprisonnement de plusieurs cadres d’Al-Qaïda. Al-Qaïda soupçonne également Hayat Tahrir al-Cham de développer un programme nationaliste, ce que ce dernier dément.. Bon nombre de djihadistes préfèrent rester loyaux à Al-Qaïda et quittent Hayat Tahrir al-Cham..

Plusieurs petites formations pro-Al-Qaïda émergent ainsi, comme Jaych al-Malahim et Jaych al-Badiya qui font défection d'Hayat Tahrir al-Cham fin 2017, suivis par Jaych al-Sahel début 2018. En mars, ces trois groupes fusionnent avec Saraya Kabul, Djound al-Charia et Jound al-Aqsa et rallient Tanzim Hurras ad-Din qui prête officiellement serment d'allégeance à Al-Qaïda le .

Le , à la suite de l'offensive rebelle de 2024 en Syrie et de la nomination d'Ahmed al-Charaa comme président de la République, le groupe annonce se dissoudre au sein du ministère syrien de la Défense..

Idéologie Abou Jaber a professé sa croyance dans le « djihad populaire », une approche « du bas vers le haut », dans laquelle les djihadistes gagneraient les cœurs et les esprits du peuple, avant de se lancer dans l'établissement d'un gouvernement islamique, après avoir reçu suffisamment de soutien populaire, ce qui est l'opposé du « djihad d'élite » de haut en bas de l'EIIL par une avant-garde. , du , a affirmé en , que, malgré les déclarations publiques des dirigeants et des partisans de Tahrir al-Sham, à l'époque, le groupe était principalement aligné sur Al-Qaïda.

En 2018, Caroline Hayek, journaliste de L'Orient-Le Jour constate que Hayat Tahrir al-Cham fait des concessions dans les territoires sous son contrôle et n'impose pas une application stricte de la charia :

En 2023, le journaliste Wassim Nasr écrit que Selon lui :

À Idlib, HTC cherche à se démarquer des djihadistes en autorisant l'utilisation de symboles nationaux comme le drapeau de la révolution syrienne, qui est massivement déployé dans la ville. Il tente de gagner le soutien de la population en interdisant la présence d'hommes armés dans les zones urbaines et en effectuant de nombreux rapprochements avec des représentants de la société civile et des notabilités claniques. Les partisans d'Al-Qaïda et de l'État islamique sont traqués et emprisonnés. Cependant, la restrictions de la liberté d’expression, des arrestations arbitraires, l'absence de démocratie ou la rancœur suscitée par l'abandon du djihad global, provoquent de petites manifestations ponctuelles qui dénoncent .

Le journaliste Wassim Nasr note qu'à Idlib, Les habitants chrétiens jouissent d'une liberté de culte encadrée, avec des messes quotidiennes et l'autorisation de restaurer certaines églises, mais interdiction de faire sonner les carillons ou d'ériger des croix sur les édifices.

Organisation Structure Le groupe se compose de cinq brigades, de forces spéciales, et d'une unité d'élite : les bandeaux rouges..

Commandement Hayat Tahrir al-Cham est initialement dirigé par Hachem al-Cheikh, dit Abou Jaber, ancien commandant en chef des Ahrar al-Cham ayant fait défection en .. Abou Mohammed al-Joulani, l'ancien chef du Front Fatah al-Cham, aurait été placé à la tête de la branche militaire du mouvement..

Cependant, Abou Jaber démissionne le , Abou Mohammed al-Joulani prenant alors, seul, la tête du groupe.. ..

Abou Maria al-Qahtani, l'homme fort des services de sécurité d'HTC (Amniyat), est considéré par certains observateurs comme le numéro 2 du groupeWassim Nasr, Syrie. Dans le réduit d’Idlib, territoire rebelle et islamiste, Orient XXI, 20 juin 2023.. Il trouve la mort le , à , près d'Idlib, dans un attentat-suicide imputé à l'État islamique par HTCUn chef jihadiste historique du dernier bastion rebelle de Syrie tué dans un attentat, France 24, 5 avril 2024..

Parmi les autres responsables figurent Abdel Rahim Atoun, Abou Ahmad Zakour, , ancien mufti du Front al-Nosra, proche d'Abou Mohammed al-Maqdisi, mais qui fait défection en .

L'Égyptien Abou Ayman al-Masri, un important commandant d'Hayat Tahrir al-Cham, est tué le à al-Houta, dans l'ouest du gouvernorat d'Alep, par des hommes du Harakat Nour al-Din al-Zenki.. Le Saoudien Abou Mohammed Jazrawi, un autre haut commandant du groupe, est assassiné début ..

Parmi les autres chefs importants figurent les Égyptiens Abou Yakzan al-Masri et Abou al-Fatah al-Farghali.. En désaccord avec la direction de HTC, Abou al-Fatah al-Farghali quitte le Conseil de la charia du groupe à l'été 2022.

Effectifs vignette|Combattants de Hayat Tahrir al-Cham dans le village de Mouchaïrfa, au nord-est de Hama, lors d'une offensive de Hama, le 31 octobre 2017. La plupart des combattants du groupe sont syriens. En , l'universitaire Fabrice Balanche estime qu'Hayat Tahrir al-Cham compte environ , dont les deux tiers sont actifs dans le gouvernorat d'Idlib ; il est alors le groupe rebelle syrien le plus important en nombre de combattants et le groupe dominant dans le gouvernorat d'Idlib.. En , l'Observatoire syrien des droits de l'homme donne la même estimation..

Combattants étrangers Selon Charles Lister, analyste au , .