Les forges Mondière sont une ancienne usine spécialisée dans le forgeage par estampage des lames de couteaux, située dans la vallée des Usines à Thiers, dans le département français du Puy-de-Dôme en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Après avoir été au un rouet puis une papeterie et une scierie, le bâtiment accueille une société de coutellerie prenant place également dans l'usine du May toute proche et dans des ateliers annexes. Subissant de plein fouet la concurrence asiatique et le déménagement successif des entreprises de la vallée vers la plaine près des sorties d'autoroute, l'usine ferme définitivement du jour au lendemain en figeant le temps dans ses ateliers intérieurs avec elle. Cet arrêt brutal a lieu quelques années après la fermeture de l'usine du Creux de l'enfer située à proximité. Le site est racheté par la mairie de Thiers la même année dans l'optique de le réhabiliter afin d'agrandir le musée de la coutellerie, mais le projet est finalement abandonné au profit notamment de l'usine du May et de la vallée des Rouets.
Placée au cœur de la vallée des Usines, à un endroit où les gorges de la Durolle sont les plus étroites, l'usine est l'objet de plusieurs projets de réhabilitations dont plusieurs usines ont déjà fait l'objet comme celle du Creux de l'enfer en centre d'art contemporain ou celle du May en centre d'expositions temporaires et de conférences.
L'usine est inscrite au titre des monuments historiques depuis , en même temps que l'usine du May.
Localisation L'édifice est situé dans le département français du Puy-de-Dôme, en région Auvergne-Rhône-Alpes, sur la commune de Thiers. Placé au cœur de la vallée des Usines, il est construit dans le lit mineur de la Durolle... En outre, l'usine jouxte une ancienne annexe des forges Delaire en amont de la rivière et l'usine du May en aval...
Plan général Plan général du « cœur » de la vallée des Usinesalt=Plan d'une partie de la vallée des Usines.|400x400pxAnciens ateliers/usinesAutre1 : usine d'EntrayguesA : jardins dessous Saint-Jean2 : usine du Creux de l'enferB : la Durolle3 : usine du MayC : avenue Joseph-Claussat4 : forges MondièreD : passerelle d'accès au Creux de l'enfer5 : anciens ateliers de coutellerie
Histoire Origines de la coutellerie dans la vallée
La force hydraulique de la Durolle est utilisée à Thiers dès le Moyen Âge pour mouvoir les moulins à farine, les foulons des tanneurs, les maillets des papetiers, et avec le développement de la coutellerie, les martinets des fondeurs et les meules des émouleurs.. Dès le , un quart de la population thiernoise exerce le métier de coutelier.. Les objets produits dans la vallée sont exportés dans plusieurs pays au : en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Turquie et « aux Indes »Legrand d'Aussy remarque dans son livre Voyage en Auvergne, en 1788, que les industriels thiernois luttent efficacement contre les industriels anglais jusque dans les Indes..
Origines de l'usine Premier rouet vignette|Des émouleurs de Thiers au début du .|alt=Vieille carte postale montrant des émouleurs travaillant leurs lames de couteaux en position couchée.
D'après les travaux de Grégoire de Tours, le martyr Saint Genès est décapité sur un rocher dans la vallée de la Durolle, nommé le « rocher de l'enfer »... Une première fabrique venue s'installer à son pied est recensée. Il s'agit alors d'un rouet à émoudre qui est déjà en place en .. Ce rouet, qui devient plus tard l'usine du May est accompagné par la construction d'un autre rouet sur l'emplacement de l'actuelle usine des forges Mondière...
Papeterie L'usine devient une papeterie à la fin du et c'est au qu'elle connaît son apogée.. Les statistiques industrielles établies au par la mairie de Thiers permettent d'avoir une idée assez complète de la papeterie à cette époque. Une vingtaine d'établissements sur la commune emploient au total environ . Les productions de l'usine des Forges Mondière sont essentiellement des papiers pour l'écriture, principalement à destination des bureaux des différents ministères de l'époque..
Limitée par l'étroitesse des gorges de la Durolle, l'usine est alors de petite taille et doit fréquemment s'associer avec d'autres papeteries de la vallée pour répondre aux commandes les plus importantes. Par ce biais, les papetiers thiernois sont des fournisseurs privilégiés de l'État, qui exige alors que certains papiers soient fabriqués à la cuve, c'est-à-dire presque entièrement à la main. Cette condition devient un frein à la modernisation de leur activité. De plus, la taille relativement faible des usines et le rendement limité des roues à aubes empêchent l'installation de machines. Thiers perd rapidement son efficacité dans le domaine concurrentiel et l'entièreté de ses marchés. La papeterie à l'emplacement des forges Mondière ferme définitivement ses portes au milieu du .
Scierie puis coutellerie À la suite de la fermeture de la papeterie dans les années 1880, une coutellerie s'installe à nouveau dans les locaux avant d'être rapidement rejointe par une scierie . En , l'usine devient entièrement une forge où sont produits des couteaux. La spécialité de l'usine est le forgeage des lames par estampage. Le processus de fabrication de couteaux se déroule en trois phases : les barres d'acier sont tronçonnées grâce à des presses à estamper mécaniques, les crampons obtenus sont écrasés à chaud entre deux matrices équipant un marteau-pilon, enfin la lame obtenue est marquée avec un poinçon sur une presse. Chaque opération nécessite une grande précision, tant de la part de l'outillage monté sur les machines que des ouvriers.
Se souciant de la qualité de ses productions, l'usine des forges Mondière acquiert rapidement une réputation dépassant l'Auvergne puisqu'elle avait alors des clients de renommée tels que Christofle, Colliot ou Caput.
Nom de l'usine Le nom de l'usine prend son origine dans le nom de famille d'un des anciens propriétaires qui était alors le directeur de l'usine. Celui-ci fait construire juste à côté de l'usine une annexe en où sont ajoutés son logement de fonction et les bureaux de l'usine.
Fermeture définitive vignette|La Durolle photographiée en été alors que son débit est faible, devant l'usine du May.|alt=Photographie de la rivière Durolle prise devant l'usine du May. La photographie met en évidence le fait que son débit est relativement faible en été : les rochers sont très visibles.
Problèmes liés aux débits de la Durolle Contrairement à l'usine du Creux de l'enfer qui ferme définitivement en , les forges Mondière ferment leurs portes à la fin du , en . En effet, les problèmes concernant les eaux de la Durolle sont de plus en plus nombreux au début du . En premier lieu, le débit de la rivière en été reste très bas et très irrégulier, provoquant un chômage relatif. Les usines utilisant la force motrice de la rivière ne peuvent travailler sans un débit d'eau suffisant. En hiver, le phénomène s'inverse, la Durolle d'hiver devient un torrent en crue avec une force considérable. La ville de Thiers est l'une des villes les plus vulnérables du département du Puy-de-Dôme face aux crues et la vallée des Usines est le quartier de la ville le plus touché lors de ces événements..
Utilisation de l'électricité Pour ne plus dépendre des caprices de la Durolle, les usines utilisent la force motrice électrique dès . La Durolle permet d'obtenir une puissance d'environ par jour en moyenne en contre pour l'énergie d'origine électrique. Ainsi, l'usine du May passe par l'électrification et l'indépendance de l'usine face à la Durolle lui permet de devenir une .
Fermeture brutale À partir de la deuxième moitié du , l'usine et ses ateliers se modernisent encore une fois et, désormais, la Durolle n'est plus utilisée comme source d'énergie, l'électricité l'ayant remplacée. Lors de la fermeture de l'entreprise, les employés sont prévenus la veille. Le lendemain, ils ont juste le temps d'aller chercher leurs affaires avant de quitter pour la dernière fois l'usine. Lorsque cette dernière ferme, elle devient inutile laissant le bâtiment, qui à l'époque occupe une surface d'un peu plus de .
Symposium national de sculpture monumentale métallique
En , un symposium national de sculpture monumentale métallique est organisé par la Ville de Thiers.. Il permet à plusieurs artistes régionaux et internationaux de collaborer avec des artisans locaux autour de la réalisation de leurs œuvres. George Trakas, artiste canadien, fait découvrir l'histoire de la vallée des Usines dans ses œuvres et met en place le et un ensemble de passerelles, qui surplombent toujours la cascade et le torrent de la Durolle...
État actuel vignette|redresse|Pilier en bois fortement dégradé à l'intérieur de la bâtisse.|alt=Photographie mettant en évidence le fait que certaines partie de la structure sont en mauvais état de conservation.
Dès la fermeture de l'usine, en , la mairie de Thiers achète le site avec l'idée de continuer de mettre en valeur l'histoire de la vallée des Usines.. En effet, la municipalité de l'époque pense que la vallée des Usines possède un fort potentiel touristique et culturel. Plusieurs idées de réhabilitation et de mise en valeur sont alors proposées mais aucune est mise en place. Alors que l'usine du Creux de l'enfer et l'Usine du May, toutes deux situées plus en aval par rapport à la Durolle, sont réhabilitées : la première accueille un centre d'art contemporain dès . et la deuxième devient un espace culturel destiné à accueillir des expositions culturelles, les forges Mondière ne sont pas ouvertes au public...
En , l'usine est inscrite au titre des monuments historiques.. Les forges en totalité y compris les aménagements intérieurs avec les machines de fabrication et les turbines hydrauliques sont ainsi inscrits par arrêté du ..
En fin d'année , une partie du toit de l'annexe à l'usine qui abritait les bureaux et le logement du directeur s'effondre. La ville de Thiers, après plusieurs mois de travail pour la mettre , s'engage dans une destruction totale de la toiture en prévision de son remplacement.. Le coût total des travaux s'élève à .
En , la structure des forges Mondière est en situation de péril imminent.. Des charpentes sont fortement dégradées par endroits. La municipalité fait alors sécuriser la bâtisse à l'aide d'étais en attendant des travaux futurs..
Projets de mise en valeur touristique Dès , la ville de Thiers lance des études afin de réhabiliter les forges Mondière et d'en faire une antenne du musée de la coutellerie orienté plus particulièrement sur l'industrie du .
Contexte historique À l'aube du , l'économie thiernoise orientée vers une mono-industrie coutelière connaît de profondes mutations.. D'abord économiques, caractérisées par une reconversion et une diversification des activités à partir des activités traditionnelles telles que la mécanique, la forge ou encore le travail du plastique, puis spatiales : les activités abandonnent la vallée des usines et le centre ancien pour la plaine ; abandon rendu possible par les énergies nouvelles (électricité par exemple) et devenu nécessaire par le manque de place et les difficultés d'accès à ces quartiers anciens. Une action énergique est donc conduite dans un premier temps en faveur de la cité médiévale afin d'inverser les tendances de destructuration et de déclin de la ville-haute en créant notamment le musée de la coutellerie dans la rue du même nom en . La vallée, quant à elle reste à l'écart de cette action jusqu'au milieu des années où la municipalité de Thiers engage des réflexions pour redonner vie à un patrimoine industriel peu mis en valeur.
vignette|L'usine du May réhabilitée en vue depuis l'entrée principale des forges Mondière.|alt=Photographie de l'usine située à proximité directe des Forges Mondière. Cette usine est plus grande, plus spacieuse.
Objectifs