L'attentat de la grande mosquée de Québec est une tuerie survenue au Centre culturel islamique de Québec, au Canada, le . Quelques minutes après le drame, un homme armé, de nationalité canadienne au nom d'Alexandre Bissonnette, a pris contact avec les policiers et a reconnu avoir ouvert le feu sur les fidèles présents.
Contexte Le Centre culturel islamique de Québec avait déjà fait l'objet d'actions islamophobes dans les mois précédents. En , une tête de porc est déposée devant cette mosquée en plein ramadan. Quelques semaines plus tard, une lettre islamophobe est distribuée dans son voisinage. Le Centre culturel s'équipe ensuite de caméras de surveillance, et fait l'objet d'une surveillance régulière par la police..
Le directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV), Herman Okomba-Deparice, a par ailleurs indiqué avoir reçu des signalements dans les mois qui ont précédé l'attaque, attestant de la montée de l'extrême droite à Québec..
Déroulement Dans la soirée du , vers , heure de la prière, un homme armé ouvre le feu sur les quelques dizaines de fidèles du Centre culturel islamique du Québec. Après avoir pris lui-même contact avec les forces policières, le suspect Alexandre Bissonnette est rapidement mis en arrestation, non loin du pont de l'Île-d'Orléans..
Enquête
Une demi-heure après la tuerie, Alexandre Bissonnette, un étudiant canadien de 27 ans, appelle la police pour se dénoncer et demande à se rendre. Le , il comparaît au Palais de justice de Québec où il est inculpé de onze chefs d'accusation, soit six pour meurtre avec préméditation et cinq pour tentative de meurtre... La police précise qu’il pourrait encore être accusé d’« acte terroriste » et d’« atteinte à la sécurité nationale ». Un autre suspect, également arrêté le 29 au soir près des lieux du drame, est relâché le lendemain, la police déclarant qu'« il est maintenant considéré comme témoin » à la suite de l'enquête.
Les éléments réunis par l'enquête indiquent qu'Alexandre Bissonnette n'avait pas de casier judiciaire, qu'il était inscrit à l’université Laval en sciences politiques, et qu'il résidait en appartement dans l'arrondissement de Sainte-Foy. Selon certaines sources anonymes, Bissonnette affichait des idées d’extrême droite à l’université comme sur les réseaux sociaux, sur lesquels il tenait avec virulence des propos xénophobes et hostiles aux immigrés. Cependant, aucune preuve, pour appuyer ces sources anonymes, n'a été produite lors des représentations sur la sentence de Bissonnette.
Bissonnette est décrit par certaines sources comme un nationaliste et un « introverti impopulaire », admirateur de Marine Le Pen et de Donald Trump, connu pour ses propos xénophobes et antiféministes.. Toutefois, l'enquête exhaustive menée par plusieurs corps policiers canadiens n'a pas permis d'identifier de preuves indiquant que Bissonnette était un antiféministe.
Durant les représentations sur sa sentence, les psychiatres experts qui ont examiné Bissonnette ont conclu qu'il avait été l'objet d'intimidation verbale et physique intenses durant ses années à l'école primaire et secondaire. Selon les experts, l'intimidation extrême subie par Bissonnette a eu des effets sur sa personnalité. L'intimidation subie par Bissonnette a été confirmée par une ancienne enseignante, qui a également témoigné devant la cour.
La police a retrouvé une arme de poing et deux fusils ressemblant à des AK-47 sur le siège arrière de sa voiture.
Bilan et conséquences Victimes Le bilan est de six morts et huit blessés, dont six graves. Les personnes tuées sont toutes des hommes dont le plus jeune avait et le plus âgé, .. Le président du Centre Culturel Islamique de Québec, Mohammed Yangui, ne fait pas partie du nombre. La tragédie a fait .. Trente-neuf personnes se trouvant dans la mosquée sont sorties indemnes de l'attaque.
Nationalités Nom Âge Profession / / Ibrahima Barry 39 ans informaticien / Mamadou Tanou Barry 42 ans technicien comptable / Khaled Belkacemi 60 ans professeur à l'Université Laval / Abdelkrim Hassane 41 ans informaticien / Azzedine Soufiane 57 ans commerçant / Aboubaker Thabti 44 ans cadre intermédiaire
Les victimes sont des immigrés originaires d'Afrique francophone. Ils vivaient tous au Québec depuis plusieurs années (jusqu'à 30 ans pour le canado-marocain Azzeddine Soufiane) et avaient une double ou triple nationalité, dont la nationalité française pour le Guinéen d'origine Ibrahima Barry..
Conséquences Ralph Goodale, ministre fédéral de la Sécurité publique, indique que le niveau d'alerte terroriste ne changera pas après l'attaque, qui est en effet une initiative personnelle isolée et non l'acte d'une organisation. Cependant, la peur de la communauté musulmane au Québec grandit comme le souligne Boufeldja Bewabdallah, cofondateur du centre culturel musulman.
Procès À l'ouverture de son procès le , Alexandre Bissonnette plaide non coupable avant de faire volte-face quelques heures plus tard et de plaider coupable de tous les chefs d’accusation, soit six meurtres avec préméditation et six tentatives de meurtre. Par cette reconnaissance de culpabilité, Bissonnette encourt une peine d'emprisonnement à perpétuité, dont 25 ans incompressibles.
Le , le juge François Huot, membre de la Cour supérieure du Québec, le condamne à une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans, soit pas avant le . Cette peine est l'une des plus sévères prononcées au Canada depuis 1976, année de l'abolition de la peine de mort..
Le , les avocats d'Alexandre Bissonnette portent la peine de prison en appel devant la Cour d'appel du Québec. Les avocats estiment que le juge François Huot a commis des erreurs de droit en lien avec l’application de l’article 745.51 du Code criminel, qui permet les peines consécutives dans le cas de meurtres multiples.
Le , la période de sûreté imposée à Bissonnette est réduite à 25 ans par la Cour d'appel. Il pourra ainsi avoir la possibilité de demander une libération conditionnelle à partir du .
Le , le DPCP porte cette décision en appel devant la Cour suprême du Canada. Le , la Cour suprême rejette l'appel du DPCP et juge l'article 745.51 invalide et inconstitutionnel. La Cour suprême explique dans sa décision que l'article 745.51 viole l’article 12 de la Charte canadienne des droits et libertés d’une manière qui ne peut se justifier dans le cadre d’une société libre et démocratique.
Impact sur les premiers répondants La fusillade a eu des conséquences secondaires apparues après l'événement. Andréanne Leblanc, 31 ans, a été retrouvée morte en , vêtue de son uniforme d'ambulancière-paramédicale. Elle était en service cette nuit de janvier lorsqu'elle a reçu l'appel urgent de se rendre à la mosquée du quartier de Sainte-Foy.
Des citoyens de la ville de Québec et des collègues ambulanciers la considèrent comme la septième victime de cette fusillade. Son suicide a mis en lumière le manque de ressources en santé mentale pour les premiers répondants. Ils sont souvent blessés mentalement avec le syndrome de stress post-traumatique, ou les mêmes symptômes, parfois des années après des interventions traumatiques similaires ou répétées.
Le cas de Leblanc est considéré comme un catalyseur qui a amené le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, et la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, à publier en Soutenir le personnel de la Sécurité publique du Canada : Un plan d'action sur les traumatismes liés au stress post-traumatique. L'annonce a entraîné un nouveau financement de de dollars.
Hommages aux victimes Funérailles Les funérailles de trois victimes (Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane et Boubaker Thabti) ont lieu le jeudi dans l'aréna Maurice-Richard., la patinoire du parc olympique de Montréal d'ordinaire dédiée au hockey sur glace et qui pour l’occasion a été recouverte d'une grande moquette grise. Environ personnes prennent place pour assister à la cérémonie..
Les cercueils sont exposés sur un catafalque au centre de la patinoire, recouverts des drapeaux algérien ou tunisien en fonction de la nationalité d'origine des défunts. À leur tête sont disposés quatre drapeaux symbolisant le Canada, la province de Québec, la ville de Montréal et celle de Québec.
La cérémonie se déroule selon le rite musulman et débute par la récitation de versets du Coran en arabe par un cheikh égyptien, en présence du Premier ministre et de responsables politiques dont Denis Coderre (maire de Montréal), Philippe Couillard (Premier ministre du Québec), Régis Labeaume (maire de Québec) ou encore Thomas Mulcair (chef du NPD). Ces derniers prononcent ensuite une série de discours où ils mettent en avant le besoin d'unité des Canadiens quelle que soit leur confession. Le Premier ministre Couillard déclare que les victimes, qui étaient , ne seront pas oubliées. Après les interventions de Régis Labeaume et de Denis Coderre, le Premier ministre Trudeau conclut en rendant hommage à tous ceux qui, au Canada, ont exprimé leur solidarité envers la communauté musulmane et leur unité .
Les assistants peuvent ensuite se recueillir auprès des cercueils et offrir leurs condoléances aux familles et rejettent la demande de la famille d'une des victimes d'ajouter le drapeau berbère en cas de présence du drapeau algériemilles des victimes. Les corps sont ensuite rapatriés dans le pays d'origine des victimes.
Les funérailles des trois autres victimes (Mamadou Tanou Barry, Ibrahima Barry et Azzeddine Soufiane) ont lieu le lendemain au centre des congrès de Québec devant, de nouveau, environ personnes. La cérémonie est similaire à celle de la veille, avec les trois cercueils exposés au centre de la salle et recouverts chacun d'une couronne de fleurs blanches.
Polémiques La première cérémonie à Montréal est critiquée par des membres des familles des défunts algériens, puisqu'ils affirment ne pas avoir été associés à son organisation. En outre, bien que les deux victimes étaient de culture berbère, aucun mot en kabyle ne fut prononcé, seuls le français, l'anglais et l'arabe étant employés...
La présence des drapeaux algériens sur les cercueils suscite également des réactions :
n.
Cette situation fait dire au journal Le Matin d'Algérie que la cérémonie a été .
La dépouille mortuaire de la victime tunisienne est également recouverte du seul drapeau tunisien pendant les funérailles, mais, une fois celle-ci arrivée dans son pays d'origine, le drapeau canadien est ajouté par les autorités locales en hommage à sa double nationalité. Les autorités marocaines et guinéennes, quant à elles, font le choix de laisser les cercueils sans drapeau.
Rassemblements Le , des rassemblements sont organisés dans plusieurs villes au Canada, dont Montréal, à Parc-Extension, Québec, Ottawa, en soutien à la communauté musulmane..
À Québec, dès le soir de l’attentat, les différentes initiatives citoyennes pour l’organisation d’une vigile ont été unifiées. Le lendemain, malgré le froid, ce sont plus de qui se sont recueillies pour exprimer leur solidarité avec les proches des victimes. En plus des organisateurs de la vigile, des représentants d’associations tunisiennes, amazighes, guinéennes et du CCIQ ont pris la parole, ainsi que les premiers ministres du Canada, Justin Trudeau et du Québec, Philippe Couillard, ainsi que le maire de la ville, Régis Labeaume. Étaient aussi présents Manon Massé, Jean-François Lisée et Thomas Mulcair.....