Les sourds au cinéma consiste à montrer au cinéma des situations où les personnes sourdes soit présentes et non dissimulées soit, au contraire, peintes de façon subtile ou sous-jacente utilisent la langue des signes ou non.

Historique

Le professeur Hector Marichelle de l'Institut national de jeunes sourds de Paris demande, dans les années 1890, au physiologiste Étienne-Jules Marey qui a inventé le chronophotographe et à son assistant, le photographe Georges Demenÿ, créateur du phonoscope, une projection labiale pour l'intérêt pour la « rééducation » des enfants « sourds-muets » : ce dernier lui-même se « chronophotographié » dans deux gros plans très brefs, prononçant « Vive la France ! » et « Je vous aime ! ». Toujours ce dernier, ruiné, il vend ses droits sur sa machine à Léon Gaumont qui commence ainsi sa carrière de producteur de cinéma…

Les Sourds dans le septième art

Joseph-Marie de Gérando raconte, dans son livre L’Éducation des sourds-muets de naissance publié en 1827, que gauche|vignette|Miriam Garlo, récompensée lors la 40e cérémonie des Goya à Barcelone (2026)., et c'est alors qu'on peut imaginer, à tort ou à raison, que, depuis la naissance du cinéma muet en , les producteurs et les réalisateurs n'hésitaient pas à montrer aux écrans des êtres victimes d'anomalies, de malformations et d'autres maladies rares, ces « monstres de foire » comme l'on nommait autrefois alors que ce n'étaient que des handicapés mal acceptés à cette époque..

En France Dans le film documentaire Le Pays des sourds de Nicolas Philibert (1993), l'artiste sourd turc francisé Levent Beskardes raconte sa jeunesse dans son pays natal : sa mère l'emmenait souvent au cinéma, et il voyait les comédiens .

En Espagne Le film Sorda de la cinéaste Eva Libertad (2025), remporte plusieurs récompenses et nominations, notamment lors de la 40e cérémonie des Goya à Barcelone en 2026, dont le prix Goya du meilleur espoir féminin pour Miriam Garlo, première actrice sourde à remporter ce prix.

Aux États-Unis Quand l'industrie audiovisuelle décide, en 1927, de passer des films muets aux films parlants, les acteurs et les techniciens sourds ne trouvent plus d'emploi.

Les premières langues des signes au cinéma vignette|droite|Granville Redmond et Charlie Chaplin, dans les années 1910.

Il est difficile de percevoir les premières langues des signes au grand écran avant le .

Selon les archives historiques dans la communauté des Sourds aux États-Unis, Charlie Chaplin a rencontré Granville Redmond, un artiste peintre sourd américain, à Los Angeles dans les années 1910, et aurait perfectionné pantomime et épellation grâce ses expressions en langue des signes américaine, mais n'a jamais mentionné son nom : .. Ce dernier a tout de même joué des rôles mineurs dans sept films signés Charlie Chaplin entre 1918 et 1929, à commencer par Une vie de chien (, 1918).. Dans aucun film Granville Redmond ne s'est exprimé en langue des signes.

Dès les années 1940, la langue des signes est sans doute, plus ou moins, visible dans Johnny Belinda de Jean Negulesco (1948), Miracle en Alabama d'Arthur Penn (, 1962) et Le cœur est un chasseur solitaire de Robert Ellis Miller (, 1968).

La polémique des « faux Sourds »,

La plupart des sourds ne cachent pas leur mécontentement, notamment les comédiens : les entendants prennent les rôles de personnages sourds comme l'actrice Emmanuelle Devos dans Sur mes lèvres de Jacques Audiard (2001) ou Karin Viard et François Damiens dans le rôle de parents sourds dans La Famille Bélier d'Éric Lartigau (2014) — même si Luca Gelberg et Bruno Gomila sont réellement sourds mais ne sont que des acteurs secondaires. Pour eux, c'est une image égale au « », le fait de faire jouer par des acteurs blancs le rôle de personnages de couleurs tels que l'acteur suédois Warner Oland connu pour son interprétation du détective américain d'origine chinoise Charlie Chan entre (1931-1938) ou encore l'acteur américain Marlon Brando dans le rôle de l'interprète japonais Sakini dans La Petite Maison de thé () de Daniel Mann (1968). Ce fut le même cas avec Jane Wyman en Belinda McDonald « sourde-muette » pour Johnny Belinda de Jean Negulesco (1948), Alan Arkin en John Singer « sourd-muet » pour Le cœur est un chasseur solitaire () de Robert Ellis Miller (1968), etc.

Comme le souligne Guy Jouannet dans son ouvrage L'Écran sourd, .

Revenons à La Famille Bélier, la polémique s'éclate dans la communauté sourde en hiver 2014 en commençant par la journaliste sourde anglaise Rebecca Atkinson, dans un article du journal The Guardian du , le considère comme étant donné que et que les acteurs, dans le film, . Elle l'accuse également de ne .

Quant à la journaliste sourde Marylène Charrière sur Websourd, elle admet que et, en revanche, la traductrice Julia Pelhate de la même société ajoute : .

Les acteurs sourds

Maurice Humbert est, dit-on, le premier acteur sourd français, dans les années 1930, à jouer le rôle secondaire d'un prisonnier « sourd-muet » en langue des signes dans Chéri-Bibi de Léon Mathot (1938), dans lequel il enseigne l’alphabet dactylologique aux autres détenus pour un projet d’évasion. Malheureusement, il est inconnu de nos jours sauf que, selon l'Internet Movie Database, il a également interprété un rôle dans le court-métrage Le Huitième Art et la Manière de Maurice Régamey (1952) aux côtés de Louis de Funès alors méconnu à cette époque.

Peter Wechsberg, plus connu sous le nom Peter Wolf, en tant que réalisateur et scénariste sourd, fait sortir son premier long-métrage entièrement muet mais uniquement en langue des signes Deafula — jeu de mots sur la prononciation anglaise de « » et « Dracula » désignant « Dracula sourd », en 1975 aux États-Unis, avec des acteurs sourds.

Mondialement, en 1986 sort Les Enfants du silence () de Randa Haines, d'après la pièce éponyme de Mark Medoff (1979), dont les personnages principaux sont interprétés par William Hurt en professeur James Leeds et la nouvelle venue Marlee Matlin, elle-même sourde, en Sarah Norman. Cette dernière, reçoit d'ailleurs l'Oscar de la meilleure actrice en pleine cérémonie du au Dorothy Chandler Pavilion du County Music Center à Los Angeles : une première pour une comédienne sourde.

Les acteurs sourds

Canada

États-Unis

Espagne Miriam Garlo

France

Filmographie Années 1920 1929 : () de Na Un-gyu (Corée)

Années 1930 1938 : Chéri-Bibi de Léon Mathot (France)

Années 1940 1947 : La Griffe du passé () de Jacques Tourneur (États-Unis) 1948 : Johnny Belinda de Jean Negulesco (États-Unis)

Années 1950 1952 : La Merveilleuse Histoire de Mandy () d’Alexander Mackendrick (Royaume-Uni) 1954 : de Nancy Hamilton (États-Unis) 1957 : L'Homme aux mille visages () de Joseph Pevney (États-Unis) 1959 : Le Désosseur de cadavres () de William Castle (États-Unis)

Années 1960 1962 : Miracle en Alabama () d'Arthur Penn (États-Unis) 1964 : () de Shin Sang-ok (Corée du Sud) 1968 : Le cœur est un chasseur solitaire () Robert Ellis Miller (États-Unis)

Années 1970 1970 : L'Enfant sauvage de François Truffaut (France) 1971 : Au pays du silence et de l'obscurité () de Werner Herzog (Allemagne de l'Ouest) 1972 : Koshish () de Gulzar (Inde) 1974 : Ankur () de Shyam Benegal (Inde) 1975 : de Peter Wolf (États-Unis) Nashville de Robert Altman (États-Unis) 1978 : Koko, le gorille qui parle de Barbet Schroeder (France)

Années 1980 1986 : Les Enfants du silence () de Randa Haines (États-Unis) 1987 : La Brute de Claude Guillemot (France) Project X de Jonathan Kaplan (États-Unis)

Années 1990 1991 : () de Takeshi Kitano (Japon) Talons aiguilles () de Pedro Almodóvar (Espagne/France) 1993 : de Robert Greenwald (États-Unis) La Leçon de piano () de Jane Campion (Nouvelle-Zélande, Australie/France) Le Pays des sourds de Nicolas Philibert (France) 1994 : Le Bateau de mariage de Jean-Pierre Améris (France) Miracle sur la rue () de Les Mayfield (États-Unis) Quatre mariages et un enterrement () de Mike Newell (Royaume-Uni) La Rivière sauvage () de Curtis Hanson (États-Unis) Témoin muet () d'Anthony Waller (États-Unis/Allemagne/Russie/Royaume-Uni) 1995 : Congo de Frank Marshall (États-Unis) Professeur Holland () de Stephen Herek (États-Unis) 1996 : Au-delà du silence () de Caroline Link (Allemagne) Ridicule de Patrice Leconte (France) 1997 : En compagnie des hommes () de Neil LaBute (États-Unis) 1998 : () de Valeri Todorovski (Russie) 1999 : () de Yutaka Osawa et Akihiro Yonaiyama (Japon)

Années 2000 2000 : Code inconnu de Michael Haneke (France/Autriche/Roumanie) Plus fort que le silence () de Sun Zhou (Chine) de Fred Garson (France/Royaume-Uni) de Josh Aronson (États-Unis) 2001 : Amour secret () de Christoph Schaub (Allemagne) Escrocs () de Sam Weisman (États-Unis) Sur mes lèvres de Jacques Audiard (France) de Harry Bromley Davenport (États-Unis) () de John Whitesell (États-Unis) de Gary Nadeau (États-Unis) 2002 : Jiburo () de Lee Jeong-hyang (Corée du Sud) () de Park Chan-wook (Corée du Sud) 2003 : () de Pavel Medvedev (Russie) 2004 : de Matthew Leutwyler (États-Unis) de Shona Auerbach (Écosse) Frankie Wilde () de Michael Dowse (Royaume-Uni/Canada) Les Mots bleus d'Alain Corneau (France) d'Elia Schneider (Venezuela) 2005 : d'Eric Khoo (Singapour) () de Sanjay Leela Bhansali (Inde) () de Sergueï Loban (Russie) Esprit de famille () de Thomas Bezucha (États-Unis) Iqbal () de Nagesh Kukunoor (Inde) de Rodrigo García (États-Unis) () de Kwon Jong-kwan (Corée du Sud) de Jamie Babbit (États-Unis) 2006 : Babel d'Alejandro González Iñárritu (États-Unis/Mexique/France) de Manabu Asou (Japon) 2007 : de Paul Thomas Anderson (États-Unis) 2008 : de Mark Wood (États-Unis) d'Ann Calamia (États-Unis) ( d'Arnel Mardoquio (Philippines) 2009 : Esther () de Jaume Collet-Serra (États-Unis/Canada/Allemagne/France) () de Fen-Fen Cheng (Taïwan) () de Ilksen Basarir (Turquie) de Hilari Scarl (États-Unis)

Années 2010 2010 : L'amour c'est mieux à deux de Dominique Farrugia et Arnaud Lemort (France) de Matt Thompson (États-Unis) 2011 : 170 Hz de Joost van Ginkel (Pays-Bas) de Judy Lieff (États-Unis) () de Kang Woo-seok (Corée du Sud) d’Ann Marie Bryan (États-Unis) de Chantal Deguire (Canada) de José Antonio Cordero (Mexique) Querelles (Soog) de Morteza Farshbaf (Iran) () de Hwang Dong-hyeok (Corée du Sud) de Jeff Nichols (États-Unis) d'Oren Kaplan (États-Unis) Une vie sans paroles () d'Adam Isenberg (Nicaragua) 2012 : Avec nos yeux de Marion Aldighieri (France) Barfi! () d'Anurag Basu (Inde) Crimes en sourdine de Joël Chalude (France) Julai () de Trivikram Srinivas (Inde) de Paul W. S. Anderson (États-Unis/Canada/France/Allemagne) de Robert Hoskin (Australie) 2013 : Enfants de sourds de Marie-Ève Nadeau (France) de Jarrod Saunders (Afrique du Sud) d'Eric Brach (Cuba) de Roger Vass Jr. (États-Unis) 2014 : Avis de mistral de Rose Bosch (France) La Famille Bélier d'Éric Lartigau (France) Marie Heurtin de Jean-Pierre Améris (France) La Planète des singes : L'Affrontement () de Matt Reeves (États-Unis) () de Myroslav Slaboshpytskiy (Ukraine/Pays-Bas) 2015 : Bajrangi Bhaijaan () de Kabir Khan (Inde) J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd de Laetitia Carton (France) Par amour () de Giuseppe M. Gaudino (Italie-France) La Vérité de Julien Bourges (France) 2016 : de Ryan Commerson (États-Unis) Cessez-le-feu d'Emmanuel Courcol (France/Belgique) Pas un bruit () de Mike Flanagan (États-Unis) de Mar Targarona (Espagne) de Deborah LaVine, avec l’acteur sourd Troy Kotsur (États-Unis) 2017 : de Davo Hardy (Australie) de David Bellarosa (États-Unis) Le Musée des merveilles () de Todd Haynes (États-Unis) d’Emilio Insolera (Italie/Japon) d’Edgar Wright, avec l’acteur sourd CJ Jones (États-Unis) de Chris Overton (court métrage, Royaume-Uni) d’Ian Samuels, avec l’acteur sourd Cochise Zornoza (États-Unis) 2018 :