Le musée d'Art de Gérone est un musée public créé en 1976 par le rassemblement des collections du musée provincial des beaux-arts avec celles du musée diocésain de Gérone.. Situé dans de l'ancien palais épiscopal, il présente des pièces archéologiques et des œuvres artistiques d'origine locale couvrant une période s'étalant du au .
Le musée L’intérieur du palais abrite la plus importante collection d'art de l'évêché et de la province de Gérone, avec des pièces allant de l'époque romane jusqu'à l'aube du . Parmi les œuvres se distinguent la pierre d'autel de Sant Pere de Rodes (), le (), des panneaux du retable de Saint-Félix de Gérone (), le retable de Segueró () et la sculpture Contra l'invasor (Contre l'envahisseur) (). Le bâtiment conserve plusieurs espaces présentant leur fonction d'origine, tels la prison épiscopale ou le jardin majestueux.
Deux espaces situés dans le quartier Mercadal, à l'intérieur du bâtiment de Santa Caterina, complètent les installations du Musée d'Art : l'ancienne pharmacie d'hôpital et la chapelle (devenue aujourd'hui l'Auditorium Josep Irla du Gouvernement de Catalogne), où est exposé le tableau El gran dia de Girona (Le Grand Jour de Gérone - dépôt MNAC), de Ramón Martí Alsina, le plus grand tableau de la peinture catalane ().
Organisation des collections présentées
Préroman - roman. Salles 1 - 4 vignette|Entrée par le palais épiscopal. La première salle présente à l'entrée un fragment de pierre paléochrétienne du , trouvé à Empúries, et qui constitue un exemple de l'art austère des premiers siècles du christianisme. Est présent l'ensemble liturgique de Sant Pere de Roda, le et celui de Sant Joan les Fonts ainsi qu'un fragment de peinture a tempera de la . Une place significative est réservée à l'expression décorative et architecturale, à travers une collection de chapiteaux aux diverses provenances et iconographies. Le fonds de sculptures en bois polychrome est constitué de représentations mariales et de saints. Il comporte aussi la Biga de Cruïlles (), un exemple quasi unique de baldaquin du qui a conservé toute sa polychromie. Le parcours au long de la période romane se termine par les peintures à fresque de l'abside de Sant Esteve de Pedrinyà. On y trouve aussi , sculpture du ornant un chapiteau et constituant l'un des symboles de la Gérone actuelle.
Gothique. salles 5 - 8 Les salles 5 et 6 abritent des sculptures du maître Bartomeu, qui marquent la transition du roman vers le gothique. L'ensemble constitué par le Calvari (Calvaire), datant du et provenant de la cathédrale de Gérone, et le tympan de l'Hospital de Clergues de Gérone, tous deux restaurés , illustrent cette transition. Au une sculpture plus délicate fait sa place, nettement influencée par l'art gothique international. Les œuvres du maître Aloi ou de en sont des exemples. La salle 7 présente l'un des derniers échantillons conservés en Europe de matériaux utilisés pour le métier de vitrailliste : les établis qui ont servi à réaliser les vitraux de la zone de l'abside de la cathédrale de Gérone. Le Salon du Trône, en salle 8, rassemble quelques retables du : le Sant Miquel de Cruïlles de Lluís Borrassà, le Mare de Déu de la Llet de Sant Esteve de Canapost, celui de Sant Miquel de Castelló d’Empúries ainsi que le Retaule de Sant Pere de Púbol. Ils sont l'œuvre de peintres qui ont travaillé en terre géronaise aux alentours des s. vignette|Cour de la Maison Falló.
Renaissance. Salles 9 - 12 La peinture géronaise du est en grande partie représentée par des artistes étrangers qui intégraient des éléments de la Renaissance au gothique flamand. Une illustration en est le retaule de Sant Feliu de Girona, commencé en 1504 et terminé en 1520. Des peintres tels que Perris de Fontaines (France) et (Allemagne), qui participèrent à son élaboration, apportèrent de nouvelles formes de représentation propres aux courants les plus avancés du moment. Les estampes et gravures contribuèrent à la diffusion de nouveaux modèles de représentation, bientôt reflétés dans la peinture catalane. L'influence de ces nouvelles formes a forgé le style de , un peintre géronais parmi les plus importants de son époque, dont plusieurs retables sont exposés.
Baroque. Salles 14 et 15 vignette|Ancienne pharmacie. La salle 14 présente des collections des , avec un échantillon de peinture, sculpture et objets liturgiques de style baroque, dont une sculpture représentant saint Roch de Sant Feliu de Guíxols (). En salle 15 sont exposées les collections de céramique et verre (). L'exposition est constituée par des ensembles de récipients de pharmacie et de plats en céramique bleue, et par une sélection d'objets en verre soufflé.
. Salles 16 - 18 Les œuvres exposées dans ces salles sont considérées par le Musée comme les plus significatives des représentants du réalisme et du romantisme qui ont travaillé en terre géronaise. Ramon Martí Alsina, avec l'un de ses nombreux croquis pour El Gran dia de Girona (Le Grand jour de Gérone) ; Modest Urgell, Pons Martí, Graner ou Pigem. L’école réaliste d'Olot, qui débute au grâce à Joaquim Vayreda, est également présente. Une place est aussi réservée aux courants du modernisme avec des œuvres de Santiago Rusiñol, qui réalisa de nombreux séjours dans la ville de Gérone. Quelques autres artistes sont représentés, comme le peintre barcelonais Roman Ribera. Le parcours se termine par des œuvres de Prudenci Bertrana et Josep Aguilera, parmi lesquelles on distingue Cap de dona (Tête de femme), de , et L’Onyar a Girona (La rivière Onyar à Girona), de Mela Muttermilch, appartenant aux premières décennies du .
Œuvres et objets remarquables Pierre d'autel portable de Sant Pere de Rodes. La pierre d'autel de Sant Pere de Rodes est un exemple d'autel portable du haut Moyen Âge en Catalogne. Elle fait partie intégrante d'une collection de pièces médiévales regroupées en 1810 et qui s'exposent actuellement dans la salle 1 du musée : un coffret hispano-arabe, une staurothèque et un vase aux saintes huiles. Cet objet liturgique répond aux exigences de mobilité d'évêques, abbés ou autres figures religieuses, lors des pèlerinages médiévaux. Fragment de pierre tombale paléochrétienne. Fragment de pierre tombale funéraire découvert dans les ruines d’Empúries (Haut-Ampourdan). Empúries est le premier port de la côte catalane où débarquèrent les colons grecs (600 av. J.-C.) et, quatre siècles plus tard, les Romains. Cette pierre tombale est un exemple de l’art des premiers siècles du christianisme. La pierre comporte l’inscription « In Xto. Maxime ave vale ». Màxim est le nom du défunt, et « ave vale » est un salut. L’inscription « in Xto » (« En Christ ») fait référence au caractère chrétien de l’enterrement, l'un des premiers à Empúries. Le nom du Christ est accompagné des lettres alpha et oméga. Chapiteau, . Les angles de ce chapiteau abritent deux statues féminines attaquées par des serpents, et deux statues d'hommes, probablement deux ecclésiastiques, avec une crosse dans les mains. Il s’agit d’une représentation, très habituelle dans l'art roman, de la punition de la luxure, avec une femme nue attaquée et mordue par des serpents. Il n'est cependant pas fréquent que ce type de représentation soit accompagnée de figures religieuses. C'est une scène didactique, utilisée pour donner une leçon au peuple en mettant en scène le bien et le mal. Il y a également un message sous-entendu avertissant le clergé de ne pas tomber dans le péché. Vierge des Agulles, XII-XIIIe siècle.Sculpture sur bois polychrome provenant du sanctuaire de la Vierge des Agulles ou des Agudes. Son nom reflète une tradition de la région : il était coutume pour les femmes pieuses de cette image de remplacer les aiguilles de leurs vêtements par celles de la Vierge Marie. Cela reflète la grande dévotion que ces images ont suscité dans le culte populaire. Cette dévotion perdura au fil des siècles au point qu'il était habituel, en particulier durant l’époque baroque, de réaliser des vêtements pour ces Vierges, en suivant la mode du moment. vignette|La poutre du monastère de Cruilles Poutre de Cruïlles, XII-XIIIe siècle. Poutre romane provenant du monastère bénédictin de Sant Miquel de Cruïlles (Bas-Ampourdan). Elle a été découverte lors de la restauration du retable de Sant Miquel de Cruïlles, exposé dans la salle numéro 8 du musée. Elle avait été réutilisée en tant que poutre traverse pour unir la prédelle aux tables. À l'origine, cette poutre faisait néanmoins partie du dais de l’autel principal de l’église du monastère. Sa face centrale est ornée d'une procession de prêtres, présidée par l’évêque, qui sont représentés de profil et la bouche entrouverte car ils chantaient. Bol de Besalú, IX-Xe siècle. Ce bol, datant du , qui contenait des pièces d’or, a été découvert en 1936 par Joan Subias dans l’abside de l’église Saint-Vincent de Besalú, avec d’autres reliquaires. La pièce est en bon état de conservation, et sa technique d’exécution et son iconographie sont magnifiques. Sculpté dans du cristal de roche, le bol comporte une décoration en relief de deux oiseaux très stylisés, face à face et flanqués de motifs géométriques. Une étude récente affirme que le bol provient des territoires d’al-Andalus, ou Maghreb, et rejette les thèses précédentes qui le situaient en Asie Mineure, en Égypte ou en Iran. Abside de Pedrinyà. L'abside de Pedrinyà est l'un des plus remarquables exemples de peinture murale conservés dans le musée. Datant des s, il est composé de trois registres. La voûte est présidée par le Christ en majesté entouré par les symboles des quatre Évangélistes. Sous la voûte les scènes du mystère de l'Incarnation se succèdent : l'Annonciation de Marie, la Visitation, la Naissance et l'Annonce aux bergers. La lionne de Gérone, . Cette sculpture a été découverte appuyée contre une ancienne pension de la rue dels Calderers, voie d’entrée dans la ville des voyageurs provenant de France. Durant plusieurs années, les étrangers qui entraient dans la ville étaient avertis : « Vous ne pouvez pas être de Gérone si vous n’embrassez pas le postérieur de la lionne ». C’est pourquoi, à partir des années 1980, ce baiser devint habituel parmi les voyageurs qui visitaient la ville. En 1986, une copie de cette sculpture fut réalisée et placée devant l’église de Sant Feliu. Celle qui s’y trouve actuellement est de 1995. Martyrologe d’Usuard, .vignette|MartyrologeLivre manuscrit relatant les martyrs des saints en fonction du calendrier chrétien. Le texte, qui date de 1254, est une copie d’un martyrologe du du moine Usuard. Les 705 miniatures qui l'illustrent ont été réalisées par quatre artistes, de noms inconnus, aux environs de 1450. Ce martyrologe provient des ateliers royaux de Venceslas de Bohême (actuellement la République tchèque). Ensuite, il est passé entre les mains du roi Pere Antoni d’Aragon, qui en fit don à la bibliothèque du monastère de Poblet. En 1836, il fut déposé au couvent des Bernardes de Gérone. Calvaire, , attribué au maître Bartomeu. Les figures du Christ, de la Vierge, de saint Jean et des deux voleurs couronnaient le seuil d’une porte reliant le cloître de la cathédrale de Gérone au cimetière des prêtres. Ces sculptures représentent la transition de la période romane à la période gothique. La sculpture du Christ comporte des éléments davantage gothiques, les autres statues étant de style roman, surtout pour ce qui est de la manière de réaliser les corps, tandis que les vêtements constituent un pas vers le gothique. Certains érudits ont attribué l’ensemble au maître Bartomeu, formé au cloître roman de la cathédrale de Gérone et l'un des précurseurs du gothique en Catalogne.