thumb|upright=1.15|Carte du droit à l'avortement sur demande en Europe, selon l'information disponible en 2022.
Légal sur simple demande avant:L'avortement est autorisé par la loi en Russie et pris en charge sur fonds publics : sur demande de la femme, jusqu'à la semaine de grossesse ; de la à la semaine de grossesse en cas de viol ; pendant toute la durée de la grossesse sur indication médicale.
La RSFSR a été le premier État au monde à légaliser l'interruption de grossesse, en 1920.. De 1936 à 1955, l'avortement a été interdit en URSS, sauf pour des raisons médicales, ce qui a provoqué de nombreux avortements clandestins.
Depuis 1990, le nombre des avortements a diminué de façon continue, et s'est rapproché de niveaux constatés en Europe occidentale. L'avortement cède la place comme méthode de régulation des naissances à l'utilisation des méthodes contraceptives modernes, surtout chez les jeunes. La tendance à la baisse du nombre d'avortements coïncide avec une hausse du taux de natalité, mais les chercheurs considèrent qu'il n'y a pas de lien direct entre le niveau de la fécondité et le nombre d'avortements.
Un débat oppose les mouvements hostiles à l'avortement, et ceux qui protègent ce droit. Au vu de sondages, une large majorité de la population est contre une interdiction et considère qu'il doit rester à la charge de l'assurance maladie obligatoire.
Législation en vigueur L'avortement est inclus dans la liste des soins médicaux pris en charge par l'assurance maladie obligatoire. Jusqu'à la semaine de grossesse incluse, la demande de la femme est la seule condition de l'avortement. De la à la et dans les et semaines de la grossesse, l'avortement est effectué au plus tôt 48 heures après que la femme s'est adressée à un établissement de santé. De la à la semaine de grossesse, il effectué au plus tôt 7 jours après cette date. Il peut être procédé un avortement de à la semaine de grossesse en cas de nécessité sociale, cette notion étant actuellement réduite par la réglementation au seul cas où la grossesse résulte d'un viol. Sur indication médicale, l'avortement peut être effectué à n'importe quel stade de la grossesse.
Les médecins ont le droit de refuser de procéder à un avortement en raison de convictions personnelles, sauf si l'avortement est nécessaire pour des raisons médicales ou si le remplacement du médecin est impossible.
Si une femme adulte a été reconnue incapable juridiquement, son avortement peut être décidé par le juge, sur saisine de son représentant légal.
Le fait d'avoir procédé à un avortement en dehors de ce cadre juridique est depuis 2013 considéré comme une infraction administrative punie d'amende.
Pratique L'avortement en Russie est effectué dans les établissements de santé publics ou privés.
Les trois principales méthodes pratiquées sont : la voie chirurgicale, par dilatation et curetage, après anesthésie. C'est la méthode la plus utilisée dans les établissements publics ; les mini-avortements, par aspiration ; la voie médicamenteuse (pilules abortives), la plus utilisée dans les établissements privés. Dans les hôpitaux publics, la méthode chirurgicale est en général gratuite, mais la femme doit payer pour l'anesthésiant. Les mini-avortements et les pilules abortives sont payantes. Dans les établissements privés, le coût des actes est à la charge de la femme.
Historique
Russie tsariste L’avortement était interdit en Russie sous le régime tsariste. La peine capitale a été supprimée par Pierre le Grand mais il reste puni de la perte des droits civiques, de l’exil et des travaux forcés, rarement prononcés. La position réelle de l’Église orthodoxe est mal connue, mais il semble qu’elle ait montré une plus grande tolérance sur ces questions que l’Église catholique. Malgré leur illégalité, les avortements sont pratiqués, notamment par les sages-femmes (en russe babki, littéralement « vieille femme ») en milieu rural.
Les avortements provoqués augmentent à la fin du et le début du . L'augmentation est attestée par celle des condamnations, et surtout par les médecins, confrontés aux complications, aussi bien en milieu urbain (en 1914, dans les cliniques de Saint-Pétersbourg jusqu’aux trois quarts des maladies liées à la grossesse sont les complications d’un avortement) que rural. Les communications se multiplient dans les revues médicales et un débat s’installe dans les sociétés médicales, dont la société Pirogov. Il conclut généralement à la nécessité d’une dépénalisation.
Révolutions de 1917 et débuts du régime soviétique vignette|Affiche de 1925 : «Les avortements réalisés par des personnes non qualifiées peuvent mutiler la femme, mais aussi la conduire à la mort».|220x220px vignette|Alexandra Kollontaï, Commissaire du peuple à la santé (novembre 1917 - mars 1918) et responsable à partir de 1920 du Jenotdel. Les révolutions de 1917 ont pour conséquence une dépénalisation de fait, et la RSFSR est le premier État au monde à autoriser l’avortement en 1920. Le décret de 1920 est tantôt présenté comme faisant partie d’une série de mesures contre l’institution familiale, soutien de l’édifice bourgeois, ou, parfois ex-post, comme une avancée des droits des femmes, inspirée de la vision d’Alexandra Kollontaï. L’exposé des motifs du décret réaffirme cependant que l’État soviétique lutte contre l’avortement, et que ce n’est que parce que la répression est inefficace qu’il est autorisé, pour protéger la santé des femmes. L’objectif de favoriser le travail féminin est également affiché. L’avortement, bien que la demande de la femme suffise, est priorisé autour de certaines situations (mère célibataire, femme dans le besoin…) et ne peut avoir lieu qu’à l’hôpital. Mais en l’absence de moyens de nombreux avortements sont pratiqués dans des conditions désastreuses en dehors d’un milieu médical.
Des mesures limitatives sont prises par un décret du , renforçant la prise en compte de déterminants sociaux hiérarchisés les uns par rapport aux autres (gratuité aux chômeuses seules, puis aux femmes seules travaillant et ayant déjà un enfant, femmes travaillant dans l’industrie…). Des commissions sont chargées de délivrer des autorisations spéciales, après présentation par la femme de divers documents (certificats de grossesse, de maladie, de revenus et de situation familiale).
Période stalinienne L'avortement est interdit par un décret du . Cette mesure est prise en réaction à l’augmentation apparente du nombre des interruptions de grossesse, maintenant connu grâce au suivi statistique mis en place en 1924. Elle se fonde également sur des préoccupations natalistes (le décret de 1936 comporte un volet et est accompagné d’un développement des moyens d’assistance à la maternité), et traduit une volonté idéologique de réhabiliter la famille en tant que cellule de base de la nouvelle société soviétique, qui s’accentuera au sortir de la seconde guerre mondiale.
L’interdiction débouche sur une reprise de la natalité et une baisse du nombre des avortements, mais cet effet est de courte durée. Leur nombre, qui fait toujours l’objet d’un décompte, correspondant aux avortements pour motifs médicaux et à ceux qui, initiés en dehors d'une institution médicale, sont en fait des avortements clandestins suivis de complications, s’élève à 568 000 en 1937, en 1939 et en 1940.
La répression empêche les médecins de s’exprimer sur les conséquences sanitaires de cette situation, que l’évolution de la mortalité féminine et des infanticides atteste cependant : en 1940, la mortalité maternelle dans la population urbaine atteint ainsi 329 pour naissances et les décès dus à l'avortement représentent 51 % des décès maternels. Au début des années 1950, cette proportion a dépassé 70 %.
Fin du régime soviétique Après la mort de Staline, la loi du autorise à nouveau l’avortement, et conduit à une baisse immédiate de la mortalité maternelle, divisée par 2 et demi entre 1955 et 1961. Le nombre d'avortements continue d'augmenter jusqu'au milieu des années 1960, où il atteint son maximum historique — 5,6 millions par an. Il restera à un niveau élevé dans les années 1970 et 1980, de l’ordre de 4,5 millions.
Le texte de 1955 insiste de façon inédite sur le projet « d’octroyer à la femme la possibilité de décider la question de la maternité elle-même ». Il autorise l’avortement sur simple demande de la femme jusqu’à 12 semaines (28 semaines pour raisons médicales), et garantit la gratuité sous certaines conditions. Mais l’avortement, qui se pratique en général par la voie chirurgicale, et jusqu’aux années 1960 sans anesthésie, est aussi associé à la douleur physique et à l’humiliation.
Peu d’études sont disponibles, mais il semble que c’est le plus souvent la troisième grossesse qui est interrompue, rarement la première, repousser dans le temps la naissance du premier enfant n’étant pas avantageux, l’espacement des naissances ensuite nécessaire.
À la fin du régime soviétique, l'avortement est le principal sinon le seul moyen de réguler la fécondité, avec un nombre élevé des avortements par femme, entre trois et quatre en moyenne.
Depuis la pérestroïka vignette|Évolution du nombre d'avortements en Russie de 1957 à 2019 Avec la Perestroïka, la Russie entre dans une période de transformation sociale et d’instabilité qui s’accompagne également de profondes modifications du recours à l’avortement.
Les modifications juridiques vont tantôt dans le sens d’un durcissement de la réglementation, tantôt de l’introduction de dispositions en vigueur dans les pays occidentaux dotés d’une législation libérale : les mini-avortements, méthode connue ailleurs dans le monde sous le nom de méthode de Karman, font l’objet d’une directive du ministère de la santé en 1987, et sont légalisés en 1988; la gratuité et les trois jours de congé dont bénéficie la femme sont successivement supprimés puis rétablis ; la liste des indications sociales, sur la base desquelles l’avortement était autorisé de la semaine à la semaine de grossesse, est réduite par étapes, en 1996, 2003 et en 2012, jusqu’à ne plus comporter que le viol. Y figuraient avant des situations comme la privation ou la restriction des droits parentaux, l’emprisonnement de la femme, le handicap du père ou sa mort pendant la grossesse, ou encore le célibat ou la pauvreté ; sont introduits, dans le dispositif adopté en 2011, des délais de réflexion avant la réalisation de l’avortement ; la publicité pour l’avortement est encadrée en 2009, puis interdite en 2013. Ces changements réglementaires sont mineurs par rapport à l'ampleur des évolutions constatées. Le nombre des avortements baisse fortement et atteint en 2015. Il était supérieur à 4 millions en 1990, et est passé en dessous du million entre 2013 () et 2014 (). Cette baisse laisse penser que la Russie passerait d'un modèle de l'avortement à celui de la planification familiale. Comme le montre l'indicateur du nombre d'avortements rapporté au nombre des naissances, en vingt ans la Russie se rapproche nettement, comme d'autres pays d'Europe de l'Est, mais avec certain retard, des niveaux constatés en Europe occidentale :Évolution entre 1990 et 2015 du nombre d’avortements pour 1000 naissancesen Russie et dans d'autres pays d'Europe et d'Asie centrale
Source OMS Europe - Tirets noirs : fédération de Russie
Statistiques
Sources La série statistique du nombre des avortements est publiée par le service fédéral des statistiques (Rosstat), sur la base des données du ministère fédéral de la santé. Ces données proviennent de l'ensemble des établissements de santé, publics ou privés.
Elle ne se limite pas aux interruptions volontaires et aux interruptions médicales de grossesses, mais inclut l'ensemble des avortements, y compris les avortements spontanés. Ce biais, d'au moins 10 %, a pour effet de surestimer le chiffre russe dans les comparaisons internationales.