AfriForum est une organisation non gouvernementale sud-africaine de défense des droits civiques de la communauté afrikaner, étendue à d'autres minorités, individus ou groupes sociopolitiques d'Afrique du Sud.

Émanation du syndicat afrikaans Solidariteit et membre du réseau solidarité, AfriForum a été fondée en 2006 pour porter la défense de la culture afrikaner et de ses intérêts en tant que groupe ethnique minoritaire d'Afrique du Sud.

Fonctionnant à la fois comme un lobby et un think tank, AfriForum dispose de ses propres enquêteurs, publie des rapports, organise des campagnes de pétitions et le cas échéant engage des poursuites judiciaires devant les tribunaux sur des sujets touchant spécifiquement la communauté afrikaans (réforme agraire, discrimination positive, attaques contre les fermiers, sujets culturels...) ou sur des sujets plus larges d'intérêts communs (lutte contre la corruption, la criminalité, la violence, sur le droit d'accès à l'eau potable...). L'ONG vise aussi plus largement à mobiliser dans le débat public les groupes ethniques minoritaires d'Afrique du Sud et à développer l'autosuffisance des communautés.

Ses modes d'action et ses motivations sont cependant contestées par ses opposants qui y décèlent une vision réactionnaire et nostalgique de l'apartheid, avec pour conséquence la création d’institutions parallèles à celles de l'Etat permettant notamment le maintien d'une influence qui serait démographiquement disproportionnée des Blancs dans la vie publique sud-africaine.

Présidé par Kallie Kriel, AfriForum compte aux environs de 315 000 membres et dispose d'une aile jeunesse (AfriForum Jeug), active dans les universités.

Historique

La création d'AfriForum en 2006 s'inscrit dans le cadre de l'Afrique du Sud post-apartheid et de la redéfinition de l'identité afrikaner en tant que minorité ethnique au sein d'une société multiraciale et multiculturelle. Si certains Afrikaners se tournent complètement vers la culture anglophone sud-africaine et renient leur origine ethnolinguistiqueHerman Giliomee, The Afrikaners: Biography of a People, Cape Town: Tafelberg, 2012, p 692, d'autres s'attachent à leur identité qu'ils perçoivent comme menacée par les politiques (économiques, culturelles, linguistiques) menées par un gouvernement sud-africain qu'ils estiment hostile à l'afrikaans et qui les traite, selon eux, en citoyens de seconde classe quand il ne nie pas leur africanité. Ainsi, plusieurs activistes tels Dan Roodt entreprennent d'alerter régulièrement leur communauté pour défendre activement leur identité et spécificité afrikaans contre l'avancée de la langue et culture anglaise dans l'éducation, l'édition, l'administration et l'entreprise (Roodt évoque notamment le risque d'un génocide culturel de leur communautéDan Roodt, Die oorlog teen Afrikaans is deel van die volksmoord, Praag.co.za, novembre 2015). L'historien Hermann Giliomee (ancien opposant à l'apartheid) évoque de son côté la frustration et la désillusion sans cesse croissante des Afrikaners qui s'estiment aliénés dans l'Afrique du Sud post-apartheid notamment par les politiques de quotas et de discriminations positives. Giliomee note particulièrement l'impact du traitement réservé à la langue afrikaans, évincée des écoles publiques et des universités et remplacée par l'anglais, y compris dans les autres secteurs publics, devenant de facto la lingua franca d'un pays qui compte 11 langues officielles. Pour Giliomee, la vitalité des Afrikaners en tant que communauté distincte peut leur permettre de relever les défis, de se réinventer et de ne pas disparaitreHerman Giliomee, The Afrikaners: Biography of a People, Cape Town: Tafelberg, 2012, .

C'est dans ce contexte de questionnement identitaire que le syndicat Solidariteit se constitue au début des années 2000 dans le secteur professionnel pour défendre les intérêts des Afrikaners et de la communauté de langue et culture afrikaans. Mais il ne peut mener en son nom un projet qui va bien au-delà d'une activité syndicale. À son initiative est créé AfriForum en 2006 pour étendre son action à la défense des droits civiques et culturels de la communauté afrikaans.

Au début des années 2010, AfriForum rejoint une quinzaine d'organisations, indépendantes ou autonomes, issues ou partenaires de Solidariteit, au sein d'un réseau d'entraide communautaire, le mouvement Solidarité, dans le cadre de la renaissance d'un nouvel activisme afrikaner s'inspirant des différentes institutions d'entraides créées au début du (helpmekaar, reddingsdaadbond, etc.).

AfriForum devint en quelques années la plus importante organisation afrikaner d'Afrique du Sud en nombre de membres (environ 7% de la population afrikaner est affiliéJoanie Thibault-Couture, Le Solidarity Movement et la restructuration de l’activisme afrikaner en Afrique du Sud depuis 1994, université de Montréal, 2017, p. 22.) tandis que le réseau Solidarité comptait pour sa part en 2015Esté Meyer Jansen, Toekomsberaad: Doenplanne wat sal werk., Maroela Media, 2015.

Composition et organisation thumb|Ernst Roets, vice-président d'AfriForum jusqu'en 2023. Comprenant une quinzaine de filiales locales, AfriForum est un mouvement prônant la décentralisation. L'organisation est dotée d’une charte des droits civils établissant des droits fondamentaux pour les minorités (à commencer par la minorité afrikaans) et dont la protection est estimée indispensable, dans le cadre constitutionnel, pour le développement de communautés autosuffisantes en Afrique du SudJoanie Thibault-Couture, « Un peuple se sauve lui-même ». Le Solidarity Movement et la restructuration de l’activisme afrikaner en Afrique du Sud depuis 1994, université de Montreal, 2017, p. 194-203.. Pour AfriForum, protéger les minorités permet de se prémunir d'une éventuelle tyrannie de la majorité et de garantir l'autosuffisance des communautés. L’organisation a ainsi dans ce cadre développé toute une gamme de prestation de services alternatifs visant à se substituer aux institutions étatiques ou municipales défaillantes et à faciliter les actions de groupe ou la production de rapport ou d'études thématiques.

Selon les dirigeants d'AfriForum, ses membres affiliés sont très majoritairement des Afrikaners (90% en 2015).

L'ONG comprend plusieurs départements sectoriels dont un département consacré aux enquêtes et poursuites judiciaires (comprenant 200 avocats) pouvant se porter partie civile et ester en justice. Dirigé depuis 2017 par Gerrie Nel, ancien procureur de l'ÉtatLe procureur qui a jugé Pistorius change de métier, Tribune de Genève, 31 janvier 2017, il a notamment permis à AfriForum d'étendre son action au-delà des préoccupations spécifiques de la communauté afrikaans pour traiter des affaires d'intérêt général comme la lutte contre les violences, contre la criminalité, la corruption, le braconnage, les squats et pour la délivrance des prestations de service (eau, électricité, etc.).

Chaque année, l'ONG publie un rapport.

Ses principaux dirigeants sont Kallie Kriel (CEO), William Waugh et Frik Dreyer.

Le siège social de l'ONG est situé Union Street, quartier de Kloofsig, à Centurion.

Interventions d'AfriForum Réforme agraire AfriForum intervient d'abord sur des sujets concernant la communauté afrikaans comme les projets de réforme agraire, en particulier contre les expropriations sans compensation.

En 2018, dans le cadre de ce débat sur les terres, et sur la constatation partagée de l'existence d’intérêts mutuels, AfriForum conclut des accords de coopération pour la défense de la propriété foncière avec d'une part le roi zoulou, Goodwill Zwelithini kaBhekuzuluSouth Africa's Zulu king, civil rights group to form farming partnership, Reuters, 9 octobre 2018, et d'autre part Patrick Lekota, le chef du Congrès du peuple pour réaliser des campagnes communes contre les projets gouvernementaux d'expropriations des terres sans compensationAfriForum, COPE team up to fight land expropriation without compensation, ENCA, 10 septembre 2018COPE et AfriForum travaillent ensemble sur la terre, Nico van Burik in Landbou.com, 11 septembre 2018Cope defends controversial partnership with AfriForum, Baldwin Ndaba in IOL, 24 décembre 2018.

Au niveau régional, AfriForum a défendu une vingtaine de fermiers blancs expropriés au Zimbabwe et obtenu gain de cause contre le gouvernement du Zimbabwe devant les tribunaux d'Afrique du SudAfriforum wins first round in Zimbabwe case, IOL, 14 janvier 2010AfriForum: Zimbabwean farmers claim billions in damages from SA government, Policy, 10 avril 2019.

Campagnes nationales et internationales sur les attaques de fermes Afriforum mène des actions de lobbying international, en particulier concernant les attaques de fermes, sujet sur lequel l'organisation a concentré, en Afrique du Sud, une partie importante de ses campagnes depuis 2013 au côté de la défense de l'afrikaans et de la lutte contre les politiques de discrimination positive.

Dans son rapport intitulé « The Revival of Racial Classification in Post-Apartheid South Africa » et présenté en 2012 au Forum sur les questions relatives aux minorités des Nations-unies, AfriForum affirme que les Afrikaners et les Blancs sud-africains de manière plus générale, sont et dénonce les déclarations de certains dirigeants de l'ANC tels que ceux de Ronald Lamola affirmant que 'Expropriation without pay not ANC policy', EWN, 6 juin 2012Hate speech charge laid against Lamola, City Press, 9 juillet 2012Joanie Thibault-Couture, « Un peuple se sauve lui-même » Le Solidarity Movement et la restructuration de l’activisme afrikaner en Afrique du Sud depuis 1994, université de Montreal, 2017, p. 183 à 185.. L'année suivante, Afriforum dépose un nouveau rapport au forum des Nations-unies sur le sujet et déplore que le gouvernement sud-africain considère les attaques de fermes comme un type de crime normal et non un crime de type unique, en raison notamment de leur violence et de l’isolation des fermes, qui nécessiterait, selon AfriForum des mesures spécifiques comme dans le cas de la lutte contre le braconnage.

Depuis , AfriForum est enregistré auprès du Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC), en tant qu’ONG dotée d’un statut consultatif spécial, et entend participer aux débats internationaux relatifs aux expropriations sans compensation, aux attaques de ferme, à la corruption et aux droits des minoritésUnited Nations Officially Registers AfriForum as an NGO, SA People, 4 octobre 2020.

Culture et éducation : le paradigme afrikaans vignette|Rassemblement d'AfriForum à Pretoria en 2008 AfriForum s'engage régulièrement dans la défense des toponymes afrikaans, comme durant les années 2005-2015 pour conserver le nom de Pretoria et contre l'adoption de nouveaux noms pour ses rues81% against Pretoria name change, News24, 14 avril 2013. En 2020, il objecte à tout retrait de l'espace public des statues et de diverses œuvres d'art coloniales ou de l'époque d'apartheid commémorant l'histoire sud-africaine, et en particulier celle des Afrikaners, ainsi qu'au projet de les concentrer dans un parc à thème sur le modèle du Memento Park de Budapest.

Dans le secteur éducatif, l'organisation dénonce un processus d’uniformisation linguistique des universités au profit de l'anglais et fait campagne pour promouvoir le droit des minorités ethnolinguistiques du pays à un enseignement dans leur langue maternelleAfrikaans Schools Have A Right To Be Here, Huffingtonpost, 17 janvier 2018 et maintenir l'enseignement en afrikaans dans les universités sud-africaines historiquement de langue afrikaansAfriForum on a world mission to fight for minority rights, IOL, 29 janvier 2020.

Environnement, biodiversité et développement durable