Jean-Jacques Lequeu, né le à Rouen et mort le à Paris, est un architecte et dessinateur français.

Son œuvre est regardée par les historiens modernes comme énigmatique, et en tous les cas, très singulière.

Biographie Formation Fils de Jean Jacques François Lequeu, maître menuisier originaire de Rouen, et de Marie Thérèse Le Gentil, Jean-Jacques Lequeu est né le dans la paroisse Saint-NicolasRegistre de catholicité de la paroisse Saint-Nicolas [R.P. 510, 1752-1771], Bibliothèque municipale de Rouen.. Son père est également un excellent dessinateur, dont on possède quelques exemples (« Motifs pour cheminées », 1749, BNF)« Notice biographique établie par François Morvan », Jean Jacques Lequeu. Dessinateur en architecture, Philippe Duboÿ, éd., Paris, Gallimard, 2018, ..

Il est formé à l'art du dessin dans l'école gratuite fondée par Jean-Baptiste Descamps, où il entre vers 1770. Il y remporte un premier prix en 1772, puis un accessit d'après nature en 1773. L'année suivante, il accède à la classe supérieure consacrée à l'architecture. Cette classe est assurée conjointement avec l'architecte Jean-Baptiste Le Brument, ancien élève de Descamps. Lequeu reporte ensuite deux prix de l'académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen en 1776 et , entre autres pour un projet de Monument à la gloire de Louis XVI« Correspondance et mémoires du . Concours de l'École de Dessin », Bibliothèque municipale de Rouen, Archives de l'académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen., puis une bourse qui lui permet de partir à Paris. Il se dit « architecte de l'académie royale des sciences, belles-lettres et arts de RouenAutoportrait de 1786, sur Gallica. ».

Parallèlement, Lequeu travaille comme dessinateur dans l'agence de Le Brument jusqu'en 1778, sur des bâtiments rouennais, entre autres sur l'église de la Madeleine, chef-d'œuvre de Le Brument.

Une première carrière parisienne avant la Révolution vignette|redresse|Porte de sortie du parc des plaisirs, de la chasse du prince, Paris, BnF. Un « projet fantasque » de Lequeu. Descamps écrit à l'oncle de Lequeu, l'abbé Le Gentil, pour trouver une aide financière à son jeune élève, désireux de partir pour Paris. Le Brument recommande Lequeu à Jacques-Germain Soufflot, dont il avait été l'élève. Lequeu est donc reçu, le , comme élève de Jacques-Germain Soufflot, et inscrit à l'Académie royale d'architecture. Il est également employé comme surnuméraire au bureau des bâtiments de l’église Sainte-Geneviève, dont les travaux sont gérés par l’agence de Jacques-Germain Soufflot.

Soufflot meurt en . Lequeu va peu à peu perdre ses soutiens, dont la pension octroyée par son oncle. Il disparaît des registres de l'Académie en 1781, en dépit de nombreuses recommandations délivrées par Descamps auprès d'un réseau d'artistes connus sur la place de Paris et originaires de Rouen. Il ne poursuit pas ses études et continue alors sa carrière au service de François Soufflot le Romain, le cousin de Soufflot, qui avait été remplacé au poste de superviseur sur le chantier de Sainte-Geneviève par Maximilien Brébion. Pour François Soufflot, qui reste inspecteur-dessinateur du futur Panthéon, Lequeu va exécuter de nombreux travaux. Il ne quitte Paris que pour quelques rares voyages à Rouen. Un « voyage en Italie », en compagnie d'un autre filleul de son oncle, le comte de Bouville, est plusieurs fois mentionné par Lequeu, mais on en trouve aucune trace ; Lequeu prétend également avoir été le professeur en dessin du comte.

Avant la Révolution française, il travaille donc essentiellement pour François Soufflot : on compte des dessins pour l'école vétérinaire de Charenton, la restauration et l'agrandissement du château de Montgermont, près Fontainebleau, des travaux sur l'église de Saint-Martin-des-Champs, sur le collège des Bernardins. Il est particulièrement actif sur la plupart des esquisses du futur hôtel de Montholon (1785) en s'inspirant de Samson-Nicolas Lenoir, car Nicolas de Montholon, le commanditaire, était le premier président su parlement de Rouen. Il dessine aussi un pavillon chinois pour le secrétaire d’État Henri Bertin pour son domaine situé à ChatouChristopher Drew Armstrong, « Lequeu, Jean-Jacques », Encyclopædia Universalis, t. III, Thesaurus.. Vers la fin des années 1780, il semble s'être disputé avec Soufflot le Romain. Vers cette même époque, il commence à composer une suite de planches intitulée Dessin[s] qui représente[nt] avec des figures, par quelle[s] teintes, et comment on doit laver les plans, élévations et profils des corps opaques, qui deviendra son œuvre principale, L'Architecture civile. Il s'attelle à un autre manuscrit, la Nouvelle méthode de dessin pour tracer la tête de l'homme au moyen de la géométrie descriptive.

Mais Brébion, puis François Soufflot, meurent à leur tour (on perd leur trace après 1791), et Lequeu perd tout espoir de retrouver un emploi sur le chantier du Panthéon, alors que les troubles agitent la capitale. En , il avait été reçu par l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen comme adjoint-associé, mais Lequeu ambitionnait un poste d'enseignant auprès de Descamps ; il ne l'eut point. En mai-, il presse le comte d'Angiviller, directeur des Bâtiments du roi, pour un poste, accompagnant ses lettres de différents mémoires et sans doute de dessins ; en vain. En 1789, Lequeu rédige un Précis méthodique pour apprendre à graver le lavis à l'eau-forte, espérant trouver dans la gravure, de nouveaux débouchés.

Un modeste employé de bureau vignette|redresse|Et nous aussi nous serons mères, car…! (1794), Paris, BnF.

La disparition de la commande aristocratique qu'entraîne la Révolution prive Lequeu de la carrière qu'il imaginait, mais en même temps, lui ouvre de nouvelles perspectives, étant donné l'abolition des privilèges. En 1790, il est employé comme chef d'un atelier public du faubourg Saint-Antoine. Il dessine notamment les gradins de la fête du Pacte fédératif du . Les ateliers étant supprimés, il entre en 1793, comme dessinateur au bureau du Cadastre, rattaché au ministère de l’Intérieur, nouvellement créé.. Cette année-là, Lequeu sauve de la profanation la sépulture de son maître, Soufflot. C'est sous la Révolution qu'il produit ses étranges portraits, dont le plus connu est celui de la religieuse dévoilant ses seins et légendé ainsi : . Le , il est reçu membre de la Société républicaine des arts, au Museum, salle du Lacoon.

Il va travailler, d'abord sous les ordres de l'ingénieur Gaspard de Prony., au bureau des bâtiments civils du ministère de l’Intérieur jusqu'à sa retraite, en 1815, et s'occuper de travaux publics liés à la ville de Paris. Il commence comme employé aux plans et cartes et son traitement annuel sera d'un peu moins de francs, ce dont Lequeu se plaindra. Prony lui délivre un certificat de bonne conduite pour avoir travaillé au bureau de l'École polytechnique de à , où il est attaché à l'enseignement du dessin, fournissant des compositions de mécanique. En 1804, il change d'affectation, et devient dessinateur pour le bureau des archives du ministère de l'Intérieur. En 1808, on le retrouve au secrétariat général de l'Intérieur, etc., il est transféré de service en service sans jamais être augmenté ou promu, et il est finalement mis à la retraite anticipée, à 58 ans, pour motifs de restrictions budgétaires, le , avec comme traitement annuel, 668 francs.

En , il donne près de 800 dessins, et des manuscrits à la Bibliothèque royale : le fonds en a été quelque peu recomposé, la logique en a été bousculée par les conservateurs de l'époque.

Il meurt, célibataire, à Paris, au 33 rue Saint-Sauveur, le . Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise dans une concession à perpétuité non localisée..

Son testament signalait 234 ouvrages d'architecture, et surtout, sept ou huit mélodrames de sa composition, qui n'ont pas été retrouvés.

Une redécouverte tardive Bien qu’il ait participé à la construction de quelques édifices et que quelques-uns de ses dessins aient été reproduits dans les recueils gravés de Jean-Charles KrafftJean Charles Krafft, Plans, coupes et élévations des diverses productions de l’art de la charpente exécutées tant en France que dans les pays étrangers, Paris, Levrault, -1805 ; Recueil d’architecture civile, contenant les plans, coupes et élévations des châteaux, maisons de campagne, et habitations rurales situées aux environs de Paris et dans les départements voisins, Paris, Bance, ., son nom est passé aux oubliettes de l’histoire pendant près d’un siècle. Peu de choses sont connues de sa vieLaurent Baridon, Jean-Philippe Garric et Martial Guédron, « Anachronisme et interprétation : l’historiographie de Jean Jacques Lequeu », Perspective [En ligne], 1 | 2018, , mis en ligne le 31 décembre 2018, consulté le 7 juillet 2020..

On suppose que les dessins de Lequeu passèrent inaperçus du vivant de leur auteur, bien qu'il ait été signalé par le Allgemeines Künstlerlexikon (1821), comme « architecte parisienJohann Rudolf Füssli, Johann Heinrich Füssli, Allgemeines Künstlerlexicon, oder: Kurze Nachricht von dem Leben und den Werken der Mahler, Bildhauer, Baumeister, Kupferstecher, Kunstgiesser, Stahlschneider [et]c. [et]c. Nebst angehängten Verzeichnissen der Lehrmeister und Schüler; auch der Bildnisse, der in diesem Lexicon enthaltenen Künstler, 6. vol., Zürich, Orell, 1806-1821, . ». L'historiographie de Lequeu est relativement récente et a donné lieu, ces cinquante dernières années, à d'intenses recherches et réflexions.