Liza Khokhlakova (en russe : ) est un personnage du roman Les Frères Karamazov de l'écrivain russe Fiodor Dostoïevski. C'est une jeune fille souffrant de paraplégie des jambes depuis l'âge de 14 ans. Sa mère, Catherina Khokhlakova, est propriétaire foncier.
Elle apparaît pour la première fois dans le roman aux chapitres III et IV du livre deuxième intitulés : « Les femmes croyantes » et « Une dame de peu de foi », lors de la visite au monastère du Starets Zosime avec sa mère. Depuis sa prime enfance elle connaît Alexeï Karamazov, lui a écrit une lettre lui avouant son amour pour lui, le considérant comme son fiancé. Mais, au fur et à mesure du développement de l'action du roman, elle tombe amoureuse d'Ivan Karamazov.
Dans le roman Liza apparaît seulement dans des épisodes liés au personnage d'Alexeï Karamazov, afin sans-doute de rendre son personnage plus clair et plus compréhensible. L'héroïne est ingénue et quelque peu naïve, mais elle peut aussi être dure et tenace, et son enthousiasme touche parfois à l'exaltation. Les sentiments de Lisa pour Alexeï, selon Dostoïevski, devraient varier de l'amitié à l'amour. En même temps la complexité, le mystère et les contradictions internes propres à Ivan attirent aussi la jeune fille. La conversation d'Alexeï et Lisa au chapitre III du livre onzième : « Un diablotin », est considérée par la critique comme le moment le plus important, destiné à révéler le portrait de l'âme d' Alexeï. Mais de cette conversation nait aussi chez Lisa et se développe en elle une plus grande clarté et une détermination intérieure plus affirmée.
Le prototype du personnage de Lisa est Valentina, la fille de Lioudmila Khokhriakova, tandis que cette dernière deviendra le prototype de Catherina Osipovna Khokhlakova.
Première apparition dans le roman Dialogue de Liza avec le Starets Zosime
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Lisa Khokhlakova apparaît pour la première fois au chapitre IV , intitulé « La dame de peu de foi », du livre deuxième du roman où elle et sa mère, Catherina Khoklakova, ont une conversation au monastère avec le Starets Zosime et Alexeï Karamazov. Liza a connu Alexeï depuis sa plus tendre enfance. Au moment où elle apparaît dans le roman elle est âgée de quatorze ans et souffre d'une paralysie des jambes.« Elle avait un petit visage exquis, un peu amaigri par la maladie, mais très gai». « Une légère expression d'espièglerie éclairait ses beaux yeux sombres aux longs cils », écrit Dostoïevski. Le starets Zosime annonce à Liza qu'il enverra Alexeï vers elle . Cela révèle la complexité de la relation entre les deux jeunes gens. Dès son arrivée à Skotoprigonievsk Alexeï garde présente en lui la pensée de Liza. Dostoïevski montre à plusieurs reprises ses sentiments avec une grande émotivité. Raison pour laquelle, en dépit de la confiance de son entourage, le lecteur doute encore que ce soit le Starets Zosime qui ait guéri la jeune fille Dostoïevski, Op.cit. Livre deuxième, Chapitre IV , La dame de peu de foi . Dans les mêmes scènes on voit se développer un conflit d'intérêts du fait que l'attachement d' Alekseï pour Lise s'oppose à ses objectifs spirituels d'entrée dans le monastère. Lisa, quant à elle, même au monastère, se permet de rire ouvertement de l'habit monastique de Alexeï et ce rire et les regards insistant de Lisa vers lui font rougir le jeune moine. Le petit jeu des deux jeunes gens n'échappe pas au Starets Zosime. En réponse aux critiques de Zosime, Liza critique l'attitude d'Alexeï qui ne vient plus chez elle, comme s'il avait peur. Le startets se décide alors d'envoyer Alexeï vers elle.
Origine du nom thumb|Pomport (Dordogne-France) vitrail tête de Saint Alexis
Les critiques attirent l'attention sur le fait que le choix du nom de famille de l'héroïne, Lisa, n'est pas fortuit. Moïse Altman observe que le nom de famille Kholkhlakov n'est qu'une transposition du nom de la mère prototype légèrement modifié : Valentina Khokhriakova. Selon la philologue Valentina Vetlovskaïa, l'héroïne apparaît dans le roman comme la future fiancée du jeune fils Karamazov Alexeï. Malgré le fait que le nom de la fiancée du saint Alexis de Rome, qui est associé dans le roman à celui du fils Karamazov, ne soit pas mentionné dans les versets russes sur la vie du saint, dans certaines variantes c'est du nom d'Élisabeth ou de Catherine dont il est fait mention. Le nom d'Élisabeth (dont Liza est un diminutif) apparaît pour la première fois dans le roman au chapitre III du livre deuxième intitulé : « La foi des femmes du peuple », quand une des femmes répond au starets qui demande quel est un enfant : : « Une fillette, ma lumière, elle s'appelle Élisabeth ». .
La version de l'origine du nom de l'héroïne est répétée au chapitre IV du même livre intitulé « La Dame de peu de foi », lors de la conversation entre Lisa et sa mère, la propriétaire Khokhlakova, ainsi que celle entre Alexeï Karamazov et son père spirituel, le Starets Zosime. V. T. Vertlovskaïa remarque que dans cet épisode un lien est clairement établi entre Aliocha et Alexis de Rome et entre Lise et Elisabeth, la fiancée et épouse du saint. Quant à la promesse du starets d'envoyer Alexeï vers Liza , elle demande un accord préalable des parents. Mais cela confirme l'hypothèse qu'Alexeï a décidé de se marier avec Lise après sa sortie du monastère comme il dit explicitement dans la scène « Chez les Khokhlakov » .
Image Liza est un personnage assez étrange. Dans le roman elle apparaît seulement par épisode et dans ceux liés à Alexeï Karamazov, dans le but de rendre l'image de celui-ci plus claire et plus compréhensible. Lors d'une scène, Alexeï dit directement à Liza: « Vous savez, Liza, mon starets a dit une fois : pour les gens il faut absolument marcher , comme pour les enfants et comme pour les malades dans les hôpitaux…» Malgré le fait que cette réplique n'est pas destinée directement à Liza, à un certain degré elle s'adresse à elle précisément, elle qui est l'objet symbolique de l'amour du fils cadet Karamazov et qui est incapable de marcher. En réunissant en elle les traits d'une enfant et ceux d'une malade, Lisa se présente comme l'un des personnages les plus complexes dans l'entourage d'Alexeï. Malgré tout, malgré les difficultés, l'amour d'Alexeï pour elle demeure. Le portrait psychologique de l'héroïne mélange la simplicité et la méchanceté (qui apparaît en particulier dans ses rires de moquerie de fille); elle présente aussi une particulière ouverture d'esprit et un désir de se livrer totalement ses sentiments. Enfant d'un charme délicieux elle est aussi une enfant d'une grande détermination. La jeune fille se rend compte qu'elle est parfois à la merci de mauvaises pensées. Dans sa voix commencent alors à résonner des sons nouveaux qui vont des cris d'enthousiasme aux grincements de dents. Ces modifications de la voix provoquent des troubles et de la confusion mentale chez Lisa. La preuve de l'existence de la double nature de l'héroïne ressort du mépris qu'elle ressent parfois pour son entourage, en même temps que sa dépendance à son égard.
Chez Lisa, comme chez les autres personnages des « Frères Karamazov », c'est la lutte sans fin entre le bien et le mal. Mais Liza peut aussi prendre le mal pour le bien, elle peut en même temps rêver d'aider les plus malheureux et leur souhaiter des tourments ; un rêve de compote d'ananas peut lui rappeler l'image du garçon qui s'est fait couper les doigts par son père.. Beaucoup de traits psychologique de la jeune fille proviennent de son jeune âge, mais sa dialectique de l'amour peut être rapprochée de celle d'un autre personnage féminin du roman, Catherine Ivanovna Verkhovtseva. Ainsi dans la scène « Chez les Khokhlakov » Dostoïevski Op. cit Livre quatrième chapitre IV elle fait des caprices et exige d'Alexeï qu'il lui rende sa lettre d'amour. Mais Alexeï n'a pas la lettre sur lui. Catherine Ivanovna Verkhovtseva, quant à elle, ne parvient pas à se décider entre son amour pour Ivan Karamazov et son attachement à la fierté de Dmitri Karamazov, ce dont s'indigne fortement Alexeï .
Malgré son aveu dans sa lettre de son amour pour Alexeï, Lisa ressent des sentiments complexes à son égard. Lisa convainc les deux frères de lui dire qu'elle ne voit pas la différence entre le bien et le mal et que les démons ont pris possession d'elle. La réaction d'Ivan est ironique et méprisante. Alexeï, lui, la considère comme pécheresse, mais il ne va pas vers elle pour l'accuser et il refuse de la mépriser pour son attitude intellectuellement perverse.
Relation avec Alexeï
Liza connaît Alexeï depuis sa prime enfance. Selon le critique littéraire Akim Volynski, Dostoïevski avait pensé représenter les rapports entre Liza et Alexeï à la limite entre l'amitié et l'amour, et dans le chef de l'héroïne seulement dans un projet d'amitié. Aliocha se voit toutefois déjà au monastère, en soutane, et comprend que cette perspective n'est pas compatible avec l'amour. Dans sa liaison avec Alexeï, Liza lui révèle d'abord l'aspect spirituel de celle-ci. Dans sa lettre, lors de leur première rencontre au monastère, elle écrit : « Cher Aliocha, je vous aime, je vous aime déjà depuis l'enfance, depuis Moscou, alors que vous étiez encore tout autre, je vous aime pour la vie entière. Mon cœur s'est lié à vous pour que, quand nous serons vieux, nous finissions nos vies ensemble ». La lettre de Liza encourage Alexeï et il fantasme déjà sur un mariage prochain avec une épouse qui serait parfaite. Mais ces rêves à propos de la possibilité du bonheur lui paraissent ensuite chimériques et il se laisse entrainer à la déception. Dans les conversations qui suivent leurs relations tournent plutôt à l'amitié.
Liza, à la différence d'Alexeï, ne peut pas l'imaginer dans un rôle de mari. En réponse à ses intentions sérieuses de se marier elle rit. Puis elle s'adresse à sa mère et parle de lui comme d'un petit garçon en émettant des doutes sur son intention de se marier, simplement parce qu'il a rêvé que cela lui était nécessaire. En même temps, Liza respecte de plus en plus son Aliocha, tant et si bien que cela empêche l'amour d'évoluer. Elle discute avec lui de la possibilité d'une vie commune et lui promet même de partager ses croyances dans une complète harmonie. Lors de leur dernière rencontre, la jeune fille lui explique que leurs caractères en s'adaptent pas du tout pour le mariage. Dans cette scène l'héroîne apparaît aussi dans un état de confusion mentale du fait qu'elle poursuit en même temps une autre but qui est de remettre une lettre destinée à Ivan Karamazov par l'entremise d'Aliocha.
Dans ses relations avec Alexeï, apparaît le besoin de Liza de causer des souffrances aux autres. Sa relation tourmentée avec les autres, ressort à de pareils moments de situations conflictuelles dans ses rapports avec Alexeï alors que des allusions sont déjà évoquées de sa relation avec Ivan. Son sadisme devient intérieur et se retourne contre elle en masochisme, après le départ d'Alexeï. Les critiques remarquent que, de cette manière, Dostoïevski veut souligner que Liza se trouve sous l'emprise absolue des forces du mal, comme une personne qui a été jugée sans droit de grâce ni appel : « Parce que je n'aime personne. Vous entendez personne! ». Selon le Starets Zosime, les gens qui sont incapables de donner de l'amour sont condamnés aux supplices de l'enfer.
Relation avec Ivan thumb|right|180px|Le critique littéraire Akim Volynski