La (en occitan : carrièra de Santa Anna) est une voie de Toulouse, chef-lieu de la région Occitanie, dans le Midi de la France.
La rue suit approximativement le tracé du passage qui traversait, depuis le Moyen Âge, le quartier des chanoines de la cathédrale Saint-Étienne. Il longeait alors, du sud au nord, les maisons de ces chanoines, l'église Saint-Jacques, les bâtiments qui entouraient le cloître de Saint-Étienne – le plus grand du Midi de la France –, le chevet de la cathédrale et la prévôté du chapitre. Entre 1799, date de la destruction du cloître, et 1862, date de la démolition de la prévôté, tout ce quartier disparaît. Entre 1925 et 1926, la démolition de l'îlot des Cloches, qui a fait place au square du Cardinal-Jules-Saliège, au nord de la rue Sainte-Anne, a fini de le faire disparaître. Seule la cour qui borde la chapelle Sainte-Anne, l'hôtel de Lamothe-Trilhe et sa remise témoignent encore de ce passé. La rue est aujourd'hui bordée d'immeubles construits principalement au ou aux siècles suivants.
Situation et accès Description La rue Sainte-Anne est une voie publique. Elle se situe dans le quartier Saint-Étienne.
Elle naît perpendiculairement à la rue Saint-Jacques, au carrefour de la place du même nom. Longue de 291 mètres, elle est orientée au nord. La première partie de la rue, longue de 228 mètres, rencontre la rue Bertrand-de-l'Isle, dans l'axe du chevet de la cathédrale Saint-Étienne. La rue oblique ensuite au nord-est, longeant le square du Cardinal-Jules-Saliège que traverse l'allée du Colonel-Arnaud-Beltrame-et-du-Père-Jacques-Hamel. Enfin, après avoir reçu la rue Riguepels, la rue Sainte-Anne se termine au croisement de la rue de Metz. Elle est prolongée au nord par la rue du Rempart-Saint-Étienne.
La chaussée compte une voie de circulation automobile en sens unique, de la rue Riguepels vers la rue Saint-Jacques. Elle appartient à une zone de rencontre et la vitesse y est limitée à 20 km/h. Il n'existe pas de bande, ni de piste cyclable, quoiqu'elle soit à double-sens cyclable.
Voies rencontrées La rue Sainte-Anne rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :
Rue Saint-Jacques (g) Place Saint-Jacques (d) Rue Bertrand-de-l'Isle (d) Allée du Colonel-Arnaud-Beltrame-et-du-Père-Jacques-Hamel - accès piéton (g) Rue Riguepels (g) Rue de Metz
Odonymie vignette|gauche|Plaques de rue en français et en occitan. L'église Sainte-Anne tient son nom de la chapelle Sainte-Anne, construite à l'emplacement de l'ancienne église Saint-Jacques, qui avait dû être démolie en 1812 pour permettre le percement de la rue Sainte-Anne l'année suivante. La chapelle Sainte-Anne est aujourd'hui intégrée aux bâtiments de la préfecture de Haute-GaronneChalande 1926, .Salies 1989, vol. 2, ..
Au Moyen Âge, il n'existait qu'une impasse, partant de la rue Saint-Jacques, qui desservait le sud du quartier canonial de la cathédrale Saint-Étienne. Elle longeait d'ailleurs l'église Saint-Jacques et le cloître Saint-Étienne. C'est pourquoi elle porta plusieurs noms, toujours en rapport avec ce voisinage : rue de la Cour-Saint-Étienne (début du ), rue des Chanoines-de-Saint-Étienne (fin du ), ou plus simplement rue de la Chanoinie (milieu du )Salies 1989, vol. 1, .. Au , elle devint finalement la rue du Cloître-Saint-ÉtienneSalies 1989, vol. 1, .. En 1794, pendant la Révolution française, son nom fut changé en rue la Palme, mais il ne subsista pas, et en 1813 les travaux permettaient d'ouvrir la nouvelle rue Sainte-AnneSalies 1989, vol. 2, ..
Histoire Antiquité Si l'orientation nord-sud de l'actuelle rue Sainte-Anne correspond approximativement à une des voies romaines de la Toulouse antique, celle-ci passe plus à l'ouest, sous le sol du bâtiment de la préfecture (actuelle rue Saint-Jacques- rue Sainte-Anne). Elle se trouve par ailleurs à proximité du rempart qui entoure la ville depuis le et passe au milieu du moulon entre les rues Sainte-Anne et Alexandre-BidaCazes 1998, .. Cette voie monumentale est tracée et aménagée dans le quart du . Large d'environ , elle permet de desservir un quartier aménagé et occupé dès le , qui bénéficie d'équipements en particulier de l'eau du coteau de Guilheméry, apportée par un aqueducCazes 1998, ..
Un grand temple a été identifié en bordure de la voie romaine, approximativement sur le sol de la chapelle Sainte-Anne (actuel ) et jusqu'au milieu de la cour de l'immeuble du . Des fragments de colonnes de marbres de couleur et des blocs de marbre blanc ont été découverts en 1811, lors de la démolition de l'église Saint-Jacques, et un fragment a été découvert lors de fouilles en 1992 au . Les colonnes supportaient des chapiteaux corinthiens. Un autel de calcaire, trouvé en 1862 près du chevet de la cathédrale Saint-Étienne, sous un immeuble de la rue Sainte-Anne (actuel ) est à rapprocher de ce temple romain Cazes 1998, ..
Il est ensuite probable que le temple romain ait été réutilisé comme sanctuaire chrétien. À la même époque, le tracé de la voie romaine commence à s'effacer, à cause des constructions et des maisons qui empiètent sur son solCazes 1998, .. Le groupe épiscopal, autour d'une église cathédrale, semble s'être développé vers la fin du . Il est peut-être complété par une autre église, à l'emplacement de l'actuelle chapelle Sainte-Anne : il est donc possible qu'il ait existé un groupe cathédral double, constitué autour de deux églises, séparées par un espace libre (actuelle cour Sainte-Anne), où se trouverait alors un baptistère, comme le suggère la découverte d'un mur circulaire, orné de mosaïques à fond d'or en 1991Cazes 1998, ..
Moyen Âge Au cours du , l'espace occupé se contracte, peut-être après la désorganisation qu'apporte le départ des Wisigoths. Le quartier s'organise autour du groupe cathédral, qui devient le point central : au nord se trouve une première église, dédiée au protomartyr Étienne, au sud une seconde église, dédiée à l'apôtre Jacques. Cette dédicace à l'apôtre Jacques est connue au milieu du , à l'époque du roi carolingien Charles le Chauve. La tradition attribue d'ailleurs la fondation de l'église à la générosité de Charlemagne, de retour d'un légendaire pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle en 815, mais un lien entre la dédicace de l'église, attestée au , et le développement du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, à partir du , ne peut pas être établiCazes 1998, ..
Au milieu du Moyen Âge, le quartier canonial a pris sa forme définitive entre le rempart de la ville à l'est, les rues de la Porte-Saint-Étienne et Riguepels au nord, le palais épiscopal à l'ouest et la rue Saint-Jacques au sud : cet espace, désigné comme le « cloître de Saint-Étienne », reste stable jusqu'à la fin du . Au sud, une petite rue qui part de la rue Saint-Jacques permet de desservir le quartier des chanoines, d'où son nom de rue de la Chanoinie ou de la Chanoinerie (canongerita en occitan). Elle est fermée, du côté de la rue Saint-Jacques, par une porte qui ferme le cloître de Saint-Étienne la porte doit être fermée tous les soirs par les verguiers. La rue est orientée au nord et elle est bordée à l'est par des maisons appartenant à des chanoines, adossées au rempart de la ville, et à l'ouest par les dépendances de l'archevêché. La rue oblique ensuite à droite (sur le sol de l'actuel ), contourne l'église Saint-Jacques et débouche à l'angle sud-est du cloître Saint-ÉtienneChalande 1926, .Cazes 1998, ..
Le cloître lui-même (actuelle cour Sainte-Anne) est construit en deux séquences dans la première moitié du , entre 1100 et 1105, probablement à l'initiative de l'évêque Isarn, puis entre 1120 et 1140. Vaste quadrilatère irrégulier de (nord-sud) sur (est-ouest), il est alors le plus grand cloître du Midi de la France, plus que celui de Moissac par exemple ( sur ). Les galeries sont rythmées par les colonnes qui supportent des chapiteaux romans, dus pour certains à l'atelier de Moissac, pour d'autres à l'atelier du sculpteur toulousain Gilabertus, pour d'autres encore au même atelier que celui du portail occidental de l'église Saint-Sernin. À l'angle nord-ouest du cloître se trouve la fontaine, alimentée par les eaux de GuilheméryCazes 1998, , 98 et 119-120..
À l'est du cloître, entre la galerie est et le rempart de la ville, se trouvent les bâtiments de la vie commune des chanoines (emplacement des à 24 bis rue Sainte-Anne), également construits dans la première moitié du Cazes 1998, .. Au sud, bordé par la rue de la Chanoinie, se trouve le bâtiment dit de la Chancellerie, car il accueille, à partir du , la chancellerie de l'université. On y trouvait peut-être, au , l'école cathédraleCazes 1998, et 134.. À l'ouest, bordé par la galerie est du cloître, se trouve la salle capitulaire. Elle est, comme les galeries du cloître, décorée par Gilabertus de Toulouse : l'emplacement de ces sculptures est inconnu, mais il est probable qu'elles se trouvaient sur le portail qui donnait accès au cloîtreCazes 1998, .. En arrière de la salle capitulaire se trouve une haute tour de , la tour des ArchivesCazes 1998, ..
À l'angle nord-est du cloître naît une rue qui longe la cathédrale Saint-Étienne au nord, le réfectoire et la cuisine au sud. Le réfectoire est une grande salle de de long et de large, et de de haut, dont le plafond est voûté. Il est fréquenté par les chanoines, mais dès la fin du , son accès est interdit à leurs familiers et ils l'abandonnent au profit de leurs propres maisonsCazes 1998, .. La rue oblique ensuite au nord en contournant le chevet de la cathédrale. Elle borde les bâtiments de la boulangerie (emplacement de l'actuel ), occupée par le boulanger, artisan choisi par les chanoinesCazes 1998, .. La rue reçoit ensuite à l'ouest une ruelle, plus tard dénommée rue des Cloches, qui longe le côté nord de la cathédrale. La rue forme ensuite une petite place allongée, bordée à l'est par les bâtiments de la prévôté. Elle s'ouvre sur la rue de la Porte-Saint-Étienne (actuelle partie est de la rue Riguepels) et la porte Saint-Étienne par une porte, placée sous la garde des verguiers.
Progressivement, l'église Saint-Jacques perd de son importance et les fonctions liturgiques sont regroupées dans l'église Saint-Étienne. Après 1245, elle est utilisée par l'université, puisque les licenciés et les docteurs y prennent leurs degrés. C'est également dans cette église que sont miraculeusement trouvées, à la fin du , des reliques de l'apôtre JacquesChalande 1926, .Cazes 1998, et 86..
Période moderne Au début du , l'église Saint-Jacques est utilisée pour abriter des confréries religieuses. La confrérie Sainte-Anne passe un accord avec le chapitre de Saint-Étienne en 1491 afin de s'installer provisoirement dans les bâtiments du cloître. En 1500, elle s'installe dans la maison d'un chanoine, de la rue de la Chanoinie, avant d'aménager entre 1517 et 1534 une vaste chapelle le long du bas-côté sud de l'église. La confrérie, en pleine expansion, passe de 72 à en 1542, et fait aménager une sacristie la même année. Les confrères participent d'ailleurs à l'entretien général de l'édifice. La confrérie Saint-Jacques est, quant à elle, établie en 1513, pour venir en aide aux pèlerins de Saint-Jacques. Les confrères occupent le chœur de l'église, transformé en chapelle à partir de 1516Cazes 1998, ..
Au milieu du , la fontaine du cloître est également déplacée sur la place Saint-ÉtienneCazes 1998, ..