Marie Françoise Bénédicte Lacroix dite Sainte-Croix Lacroix, née en 1807 à ToulouseActe de mariage (avec année et lieu de naissance) à Toulouse le 12 avril 1835, vue 135/210. et morte le à Marsac (Tarn-et-Garonne), fut d’abord membre d'un groupe janséniste convulsionnaire à Toulouse sous le nom de « sœur Françoise », puis après son mariage en 1835 avec Victor de Reversat, elle prit la direction spirituelle d’une petite communauté janséniste établie au château de Marsac (Tarn-et-Garonne).
Biographie
Origines Les origines de Marie Françoise Bénédicte Lacroix ne sont pas clairement établies.
Dans un acte de notoriété établi pour son mariage et enregistré à Toulouse le sept août 1835 pour suppléer à son acte de naissance qu'elle déclare n'avoir pu découvrir malgré ses recherches, Marie Françoise Bénédicte Lacroix, déclare qu'elle est née en 1807 à Toulouse et indique qu'elle ne peut préciser l'époque du mariage légitime de ses parents Noël Lacroix propre et delle Bonne Dallet. Ses déclarations sont confirmées par les témoinsLa future décline ainsi son identité : « La Delle Marie Françoise Bénédicte Ste Croix Lacroix majeure propre habte de Toulouse, qui nous a dit, qu'elle est née dans la ville de Toulouse vers le commencement de l'année mil huit cent sept, sans pouvoir bien préciser l'époque du légitime mariage de Noël Lacroix propre et de delle Bonne Dallet, que n'ayant pu découvrir son acte de naissance, malgré toutes les recherches qu'elle a fait faire [...][nous] demande [...] un acte de notoriété pour suppléer à son acte de naissance et pour servir à son mariage seulement [...]» « … [Les témoins] ont unanimement déclaré et attesté parfaitement connaître la dite demoiselle Ste Croix Lacroix, et qu'il est de notoriété publique, que la dite demoiselle Ste Croix Lacroix est âgée d’environ vingt-huit ans et fille de Noël Lacroix et de dame Bonne Dallet. » Ils confirment en tous points les dires de l'intéressée. (AD 31 - Acte de notoriété , cote 2720W40, page 1 et page 2). Dans son acte de décès en 1863 il est mentionné qu'elle est née probablement en 1807 à Lyon.. Elle se déclarera sous le nom d'emprunt Sainte-Croix Lacroix qui restera son nom officiel jusqu'à sa mort ; ..
La vicomtesse de Malartic écrit que sa tante Félicité de Vignes de Puylaroque qui résidait au château de Marsac lui raconta en 1870 une histoire selon laquelle la duchesse d'Angoulême désirait marier Françoise Lacroix à un gentilhomme de province pour l’éloigner de la cour où « sa naissance, trop illustre, peut-être », devait rester inconnue « si princesse il y avait ».. Véronique Alemany écrit que selon « une rumeur qui circule depuis le siècle dernier dans la famille Marsac », Françoise Lacroix « serait une fille naturelle de Charles X et aurait été amenée à Toulouse par la duchesse d’Angoulême chargée de trouver un mari à la jeune fille de naissance illustre » ; .. Aucune source ne confirme cette origine donnée par une rumeur familiale.
Sur l'origine de Françoise Lacroix, Véronique Alemany dans La dernière Solitaire de Port-Royal écrit qu'elle naquit à Lyon en 1807 ou 1806 dans une famille janséniste et que son père, issu « d’une très bonne et riche famille, exerçait les fonctions de juge à Lyon ». Elle indique que Françoise éprouvait de l’aversion pour la religion, elle avait un fort mauvais esprit et attachait beaucoup d’importance à ses « ajustements ». Malicieuse et menteuse, orgueilleuse et rebelle, elle rendit la vie difficile à ses parents, comme à ses frères et sœurs. Mourant, son père se vit refuser les sacrements, ce qui laisse supposer qu’il aurait appartenu à la Petite Église anticoncordataire. Il fallut l’intervention du maire de Lyon et celle du chanoine de la métropole pour qu’on lui donne les sacrements. Orpheline de son père, Françoise Lacroix fut enlevée à sa mère et mise au couvent puis elle suivit ses frères à Saint-Étienne dans un pensionnat appelé « Maison des Jansénistes ». L’âge approchant où Françoise devait devenir instrument de l’œuvre, elle se révolta. Mais malgré ses résistances elle ne put échapper à ce qu’elle ressentait comme sa vocation : être l’instrument de l’œuvre de Dieu ; ..
La communauté janséniste
« Les enfants de l’Œuvre de la Croix et de Sinaï » 200px|vignette|gauche|Hôtel particulier des Reversat de Marsac, au 42 rue Pharaon à Toulouse 200px|vignette|Château des Reversat de Marsac à Marsac (Tarn-et-Garonne) Au début du , une communauté janséniste « les enfants de l’Œuvre de la Croix et de Sinaï » s’était constituée autour de Madame de Marsac, née de Vignes de PuylaroqueMarie Françoise de Vignes de Puylaroque (1750-1830), veuve de Pierre-Marie Emmanuel de Reversat de Célès de Marsac (1743-1794), conseiller au Parlement de Toulouse, magistrat, seigneur de Marsac, guillotiné. à Toulouse, dans son hôtel particulier 42 rue Pharaon et au château de Marsac ; .. Le noyau de ce cercle se compose de ses deux fils « VictorMarie Victor Firmin de Reversat Marsac (1784-1870) comte de Marsac après le décès de sa mère en 1830, lui succède à la tête de la communauté. et EugèneLouis Eugène de Reversat Marsac (1785-1865). très liés avec Armand de Voisins-LavernièreMarie Jean Pierre Armand de Voisins-Lavernière (1788-1878), lieutenant de cavalerie, chevalier de la Légion d'honneur, blessé à la bataille de Wagram, décédé au château de Marsac. formant un trio soudé par une "franchise fraternelle"» auquel s'ajoute dès 1805 Louis de Lingua de Saint-BlanquatLouis Jacques Antoine Marie Magdeleine de Lingua de Saint-Blanquat (1773-1854) demeurant au château de Lacaze à Capens à partir de 1811., mari de leur sœur AlexandrinePaule Antoinette Alexandrine de Reversat de Célès de Marsac (1783-1837)., et par la suite deux de leurs fils : EugèneEugène Marie Gilles de Lingua de Saint-Blanquat (1810-1883). et MelchiorMelchior Pierre Michel de Lingua de Saint-Blanquat (1818-1883)., particulièrement zélés, même s'ils résident au château de Lacaze à Capens ; .. Ce cercle familial est complété de « relations amicales », de « personnes dévouées au service de la famille » et de sympathisants religieux ou non ; .. La « riche bibliothèque » constituée à Marsac permet de découvrir un regroupement janséniste peu connuAu château de Marsac, comme le signale Philippe Sellier dans sa préface, s’était constituée une riche bibliothèque [de] 1375 livres, 975 papiers volants et 138 documents iconographiques […] d’origine essentiellement provinciale : une mine pour découvrir un jansénisme peu connu, celui de la “petite Église” de Toulouse. ; . La vicomtesse d'Aurelle de Paladines en se retirant à Port-Royal des Champs, y fit venir cette riche bibliothèque et ses papiers volants, déposés actuellement aux Archives du musée national de Port-Royal des Champs. ; ..
Les débuts de « sœur Françoise » à Toulouse 160px|vignette|8, rue des Renforts à Toulouse, siège de la “petite société” de l'Œuvre de la Croix entre 1829 et 1835 Au printemps 1829, Françoise Lacroix devient « sœur Françoise » sous la direction de l’abbé ArnaudL'abbé Arnaud (1762-1848), que les Marsac approuvaient depuis 1815, a été définitivement interdit le mai 1821 par l'archevêque de Toulouse. ; . au sein d’une « petite société »aux activités secrètes étant donné que l'abbé Arnaud qui y exerce est un prêtre interdit. attachée à l’Œuvre de la Croix dans un hôtel particulier situé 8 rue des Renforts à Toulouse. À la tête de ce groupe se trouve Victor de Marsac, assisté d'un ami proche et d'un ministre, l'abbé Arnaud, imbu de son pouvoir absolu de coercition sur Françoise Lacroix, sœur convulsionnaire à leur merci ; .. En , Louis de Saint Blanquat voit « une bénédiction nouvelle et une grâce infiniment précieuse » ; . dans l’accueil de « cette jeune innocente, dévouée à la vérité, présentée dès son enfance […] comme la Vérité incarnée » devant « fortifier cette communauté catholique dissidente et conforter son ministre interdit » ; .. Des rapports adressés à Victor de Marsac indiquent que dès elle est soumise de jour comme de nuit à des séances éprouvantes qui influent sur sa santé physique et mentale ; ..
Scission dans la communauté En 1829, Françoise Lacroix vient, contre son gré, de Saint-Étienne à Toulouse pour devenir la dame de compagnie de Madame de Marsac ; ..
Louis de Saint-Blanquat, beau-fils de Madame de Marsac, exprime rapidement sa réticence vis-à-vis de Françoise Lacroix et lui attribue la responsabilité d’évènements malencontreux arrivés chez les Marsac. Absent de Toulouse entre juin et , quand il revoit sa belle-mère, il est frappé du changement survenu sur son visage : « elle était pâle et défaite et tout annonçait qu’elle avait souffert d’une manière très forte » ; elle lui raconte des « faits précis » qui s’étaient déroulés ; ..». Madame de Marsac meurt quelques mois plus tard le Archives de Toulouse, Décès 1830, vue 29 (acte n° 223).. Selon Louis de Saint-Blanquat Madame de Marsac et son fils Victor auraient été abusés, le vrai responsable de cette supercherie étant l’abbé Arnaud qui dirige Françoise Lacroix. Sa méfiance repose sur les comportements caractériels de Françoise Lacroix et sur les instructions de l’abbé Arnaud qui sait séduire des esprits en quête de sensationnel. Sans doute a-t-il des raisons valables pour déceler chez cet ecclésiastique interdit un homme de préjugés, d'erreurs et de passions et d'en faire part à son beau-frère dans une lettre du ; .. Il met en garde ses proches contre une éventuelle supercherie et leur conseille de ne pas se laisser aveugler et de faire la différence entre le surnaturel et le mensonger ; .. Rien n'y fait, fin , à la mort de sa mère, Victor de Marsac prend la tête de la communauté des « inconditionnels de l'authenticité de la vocation divine de Françoise » ; . ; ..
Sœur Françoise convulsionnaire au sein du clan de Marsac alt=Page d'écriture automatique signée par sœur Françoise |vignette|gauche|Archives du musée national de Port-Royal des champsExtrait d'un dialogue nocturne de la sœur Françoise De 1830 à 1831, Françoise Lacroix continue d'être (de son plein gré ou contre son gré) « le centre attractif » de cette « petite société » « adepte de sensations fortes » qui se réunit dans l’immeuble de la rue des Renforts et qui veut « s’inscrire dans la lignée du courant spirituel de Port-Royal et des comportements jansénistes convulsionnaires de la fin du dont elle illustre les avatars » ; .. Elle sera contrainte à participer chaque jour à des séances éprouvantes de spiritisme faites de visions, d’écriture automatique, d’attitude de pénitence, de soumission et à subir des sévices corporels au cours de ces séances particulières. Sur ces séances pendant trois années, Véronique Alemany écrit : « Comment une jeune femme d’une vingtaine d’années a-t-elle pu supporter autant d’épreuves qui s’apparentent, physiquement et spirituellement à un chemin de croix ? Quoi qu’il en soit la jeune femme fit preuve sur ces deux plans, physique et psychique, d’une assez bonne santé. Malgré le manque de sommeil, une nourriture succincte, les coups violents régulièrement reçus et les convulsions qui secouaient son corps, elle survécut à ces excès subis pendant trois ans et ne mourut que trente ans après. » ; ..
Mariage et fin de vie