Iana Jdanova ou Yana Zhdanova (en ), née le , est une féministe, activiste sociale ukrainienne et une des figures du groupe Femen. Ce mouvement s’est fait essentiellement connaître par l’organisation des protestations controversées à seins nus contre l’inégalité entre hommes et femmes, la prostitution, l’industrie du sexe, la dictature, l’homophobie et autres problèmes politiques, sociaux et sociétaux.
Jeunesse Jdanova est née à Makiïvka, en Ukraine (à l’époque faisant partie de l’URSS). Après l’école, dans sa ville natale et à Donetsk, elle poursuivit ses études à l'université nationale de la Culture et des Arts à Kiev. Elle obtint sa maîtrise en 2009 et son master en 2010 dans le domaine de l’Histoire de la Culture. De 2009 à 2012 elle a travaillé comme danseuse dans de petits théâtres et clubs à Kiev, tandis que l’art, comme la littérature et l’architecture, constitue un élément précieux de sa vie.
Militantisme En 2008, elle a travaillé comme correspondante du quotidien national ukrainien Life. À cette époque remonte le début de son activité féministe avec Oleksandra Chevtchenko. Sa première protestation publique, avec les Femen, eut lieu le contre l’écrivain ukrainien Oles Bouzina, dont un livre publié en 2009 soutient que la vraie place de la femme est au harem, comme dans le passé..
vignette|gauche|Jdanova entre Oksana Chatchko (à gauche) et Sacha Chevtchenko au palais de justice à Kiev le 28 juillet 2013.
Le , elle a participé, avec Oleksandra Chevtchenko, Oksana Chatchko et Inna Shevchenko, à une manifestation à Kiev avec le slogan « Ukraine is not a brothel » (L’Ukraine n’est pas un bordel), parce qu’elles estimaient qu’un nombre croissant de jeunes Ukrainiennes gagnaient de l’argent au moyen du tourisme sexuel et de la prostitution. Le , elle a protesté à Istanbul, en Turquie, pendant la commémoration de la Journée Internationale de la Femme, avec le slogan "Stop domestic violence" (Arrêtez la violence domestique). Elle a été arrêtée par la police turque et le jour suivant expulsée du pays. En , elle est montée en haut du bâtiment du Procureur général d’Ukraine à Kiev pour protester en faveur d’Oksana Makar, une affaire qui bénéficia d’une intense attention médiatique aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Ukraine : trois jeunes Ukrainiens qui avaient violé, étranglé, mis le feu et laissé pour morte Oksana Makar, 18 ans, ont été libérés par la justice ukrainienne dans l’attente de leur procès .. Le slogan de la protestation était «Oksana still alive» (Oksana vit toujours). En , elle a participé à une action en montant sur le clocher de la cathédrale Sainte-Sophie à Kiev et en sonnant les cloches pour protester contre un projet de loi qui visait l’interdiction de l’avortement. Le slogan était «Give birth, [it is] not for you» (Donner la vie, [ce n’est] pas pour vous). Le premier , elle a protesté devant le stade olympique de Kiev contre l’arrivée du président de Biélorussie Alexandre Loukachenko, avec le slogan «Respect, KGB, UEFA». En , elle a participé à une protestation devant la mosquée de Kiev pour Amina Sboui avec le slogan «Free Amina» (Libérez Amina). Amina Sboui est une jeune Tunisienne emprisonnée dans son pays pour avoir diffusé une photographie d’elle-même seins nus sur internet, et contre qui un imam avait prononcé une fatwa pour une lapidation à mort. Le , Zhdanova a protesté à Kiev pendant la visite d’Alexandre Loukachenko, depuis 1994 président de Biélorussie, considéré par certains journalistes à l’Occident comme «le dernier dictateur en Europe», sur la base de ce que Loukachenko a lui-même qualifié comme un style autoritaire de gouvernement. Le slogan de la protestation des Femen était «Stop Dictator».
thumb|right|Jdanova lors d’une manifestation contre Loukachenko à Kiev le premier juillet 2012.
Le , elle a été arrêtée, avec Sacha Chevtchenko, Oksana Chatchko et le photographe Dmitri Kostioukov, à Kiev avant de commencer leur protestation contre le 1025 anniversaire du christianisme orthodoxe de la Rus’ de Kiev. Les quatre personnes ont été condamnées à une amende et mises en prison pendant une journée. Femen déclara que l’organisation a subi des violences et a été accusée à tort... Les activistes Femen ont décidé de fermer leur bureau à Kiev. Néanmoins, le , la police ukrainienne fit irruption dans les locaux de Femen, présenta un pistolet et une grenade que les policiers déclarèrent avoir trouvé sur place, cachés par le groupe Femen, et arrêtèrent Jdanova, Sacha Chevtchenko et Anna Hutsol.. Elles ont été libérées le ., avec l’obligation qu’elles reviennent au commissariat deux jours plus tard. Pendant ces deux jours de liberté, Iana Jdanova, Sacha Chevtchenko et Oksana Chatchko décidèrent de quitter l’Ukraine et d’aller en France pour demander l’asile en tant que réfugiés politiques.. Elles arrivèrent à Paris le .
Le , Jdanova a protesté sur le podium d’un défilé de mode de Nina Ricci à Paris contre l’industrie de la mode. Les slogans étaient «Model, don't go to brothel» (Mannequin, ne va pas au bordel) et «Fashion dictaterror» (Mode dictaterreur).. Le premier , elle a participé à une protestation devant l’ambassade ukrainienne à Paris en urinant sur une photo de Viktor Ianoukovytch, président d’Ukraine jusqu’en , à cause de sa politique à l’égard des autres partis politiques ukrainiens. Le slogan était «Yanukovych piss off!» (Ianoukovytch dégage !).. Le , elle a protesté devant le Parlement Européen de Bruxelles contre Poutine qui s'y trouvait pour le sommet entre l’Union Européenne et la Russie. Le slogan était «Putin is the killer of democracy» (Poutine est l’assassin de la démocratie). Le , elle a participé à une protestation place du Trocadéro à Paris contre la politique de Ioulia Tymochenko, ex-première ministre d’Ukraine. Le slogan était «Putin's new puppet» (la nouvelle marionnette de Poutine).. Le , elle a protesté au port de Saint-Nazaire, devant un porte-hélicoptère de type Mistral qui allait être livré à la Russie. Le slogan était «Fuck you Putin! No Mistrals for you!» (Va te faire foutre Poutine ! Pas de Mistral pour toi !).. Le , elle est montée sur le toit du cabaret Moulin Rouge à Paris, qui célébrait son anniversaire, pour protester contre l’image du corps de la femme donnée par les cabarets. Le slogan était «Red is the colour of revolution» (Le rouge est la couleur de la révolution)..
Réfugiée politique Le , le gouvernement français accorda à Iana Jdanova l’asile en tant que réfugiée politique.
thumb|left|Jdanova place Olympiyskaïa à Kiev le premier juillet 2012.
En dehors de son militantisme collectivement avec d'autres membres des Femen, elle a également protesté seule au nom des mêmes principes pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Ces manifestations sont les suivantes : le , elle attrapa la coupe du Championnat de football Euro 2012 dans la ville ukrainienne de Lviv, avant d’être arrêtée par les policiers. Le slogan était « Fuck Euro! » (Putain de merde Euro !), et la protestation visait un événement sportif qui allait avoir lieu le mois suivant, terrain propice au tourisme sexuel. Jdanova a passé 5 jours en prison à Kiev pour cette action.. Le , elle a attaqué, à l’aéroport de Boryspil, près de Kiev, le patriarche de Moscou et de toute la Russie, Cyrille, à peine arrivé pour une commémoration religieuse.. Le slogan était «Kill Kirill» (Tuez Cyrille) contre les interventions de l’Église orthodoxe dans la vie politique en Russie et en Ukraine.. Elle a été arrêtée et mise en prison pendant 15 jours. Il a été souligné que . Le , elle a improvisé une chorégraphie, telle une parodie sur la vie privée de Poutine près de l’ambassade russe à Kiev.. Le , elle a protesté à Vilnius, capitale de Lituanie, pendant le sommet sur la coopération entre l’Union européenne et six autres pays, ex-membres de l’Union soviétique. Le président de l’Ukraine Viktor Ianoukovytch était le seul parmi les six chefs d’État qui n’ait pas signé le traité de coopération. Le slogan de la protestation était « Ukraine to EU » (l’Ukraine en UE).. Elle a été arrêtée et mise en prison durant une journée.
Le , elle a décapité la statue de cire de Poutine au musée Grévin à Paris pour protester contre l’arrivée du président de la Russie dans la capitale française le même jour. Le slogan était « Kill Putin » (Tuez Poutine).. Le musée l'a poursuivie en justice. à travers une procédure judiciaire qui allait devenir pour Jdanova un moyen de lutter contre la loi sur l’exhibition sexuelle ..
Le , elle a enlevé la statue du petit Jésus de la crèche de Noël sur la place de la basilique Saint-Pierre, au Vatican, avec le slogan «God is woman» (Dieu est une femme).. Le Vatican avait le choix de la traduire en justice ou de l’envoyer à un tribunal de Rome pour être jugée par la justice italienne, mais il n’a fait ni l’un ni l’autre.. Elle a passé trois jours et deux nuits en prison au Vatican avant d’être expulsée..
Le , elle a protesté à Budapest contre la visite de Poutine en Hongrie. Le slogan était « Putin go home » (Poutine rentre chez-toi)..
La jurisprudence Jdanova et la loi sur l’exhibition sexuelle
L’attaque de Iana Jdanova sur la statue de cire de Poutine au musée Grévin à Paris, le , eut pour conséquence sa condamnation, le , à une amende de . pour destruction. et exhibition sexuelle., ainsi que pour préjudice matériel et pour préjudice moral à payer au musée.. Iana Jdanova a fait appel de ce jugement du tribunal correctionnel de Paris., et l’affaire a été présentée devant la Cour d’Appel de Paris le et le . Le , la Cour d’Appel relaxa Jdanova de l’accusation d’exhibition sexuelle, la condamna à payer pour frais de justice, et confirma les pour préjudice matériel et pour préjudice moral à payer au musée Grévin.. Cependant, le procureur général de la Cour d'Appel, n'étant pas d'accord avec la relaxe pour exhibition sexuelle, fit appel auprès de la Cour de Cassation, la plus haute juridiction en France pour juger si la loi a été bien appliquée. Le 10 Janvier 2018, la Cour de Cassation se prononça en considérant que l'exposition d'une poitrine nue en public constitue de l'exhibition sexuelle, sans pour autant entrer dans le cas de Jdanova.. Un nouvel appel du procureur général a été définitivement rejeté par la Cour de Cassation le ., en statuant que même si exposer une poitrine nue en public est de l'exhibition sexuelle, condamner Jdanova dans ce cas précis serait une ingérence disproportionnée dans son droit de libre expression, étant donné le caractère strictement politique de son acte.. Ce verdict définitif de la Cour de Cassation constitue la jurisprudence Jdanova en France.
thumb|right|Jdanova à la Cour d’Appel de Paris le 27 octobre 2016.
Une cause féministe importante pour Iana Jdanova est l’abolition de la loi sur l’exhibition sexuelle. L’article 222-32 du Code pénal français dispose que Marie Dosé, avocate de Jdanova dans cette affaire, attire l’attention sur le fait que si la poitrine nue d’une femme pendant une manifestation politique est un acte d’exhibition sexuelle, dans ce cas la poitrine nue d’un homme dans des circonstances similaires devrait être considérée de la même manière comme un acte sexuel, selon le principe de l’égalité entre hommes et femmes.. Par ailleurs, la poitrine dénudée pour l’activisme de Jdanova, comme elle l’a précisé, n’est pas de provoquer sexuellement le public mais d’attirer l’attention sur des problèmes politiques, sociaux et sociétaux.. Le verdict du constitue la première décision en France au niveau d’une Cour d’Appel qui relaxe un accusé déjà condamné pour exhibition sexuelle, en l’occurrence Jdanova.