Les élections parlementaires italiennes de () se tiennent les dimanche et lundi , afin d'élire les et les de la VIII législature de la Chambre des députés et du Sénat de la République.
Anticipé de deux ans par rapport au terme normal de la VII législature, ce scrutin est convoqué par le nouveau président Sandro Pertini après que Giulio Andreotti n'a pas obtenu la confiance du Parlement.
Au pouvoir depuis , Andreotti avait mené deux exécutifs minoritaires formés par la Démocratie chrétienne (DC) bénéficiant de l'abstention puis du soutien sans participation du Parti communiste italien (PCI). Inédite depuis , cette coopération est considérée comme le premier pas vers le promu par le président de la DC Aldo Moro et le secrétaire du PCI Enrico Berlinguer.
Les élections se tiennent dans un contexte politique particulier, à peine après l'assassinat de Moro et après la démission du président Giovanni Leone, mis en cause dans une affaire de corruption. Elles voient une nouvelle victoire de la DC tandis que le PCI rechute à 30 % après avoir rassemblé plus d'un tiers des voix en . La principale percée revient au Parti radical (PR), une formation libertarienne et anticléricale.
Plus de deux mois après le scrutin et trois mandats exploratoires infructueux, le chef de l'État assermente le gouvernement minoritaire de l'ancien ministre de l'Intérieur démocrate chrétien Francesco Cossiga.
Contexte Un résultat historique pour le PCI Aux élections parlementaires anticipées des et , la Démocratie chrétienne (DC) au pouvoir depuis confirme son statut de première force politique italienne avec 38,7 % des voix à la Chambre des députés et 38,9 % au Sénat de la République.
Deuxième des formations politiques et première force de l'opposition, le Parti communiste italien (PCI) d'Enrico Berlinguer réalise une percée inédite. En totalisant 34,4 % des suffrages exprimés à la Chambre et 33,8 % au Sénat, il capte pour la première fois plus d'un tiers des votes valables et devient le premier parti après la DC à réaliser un tel score. Il engrange parlementaires, soit un renforcement de 36 % de sa représentation au Parlement. Ce bon résultat lui permet de déborder ses fiefs d'Émilie-Romagne, Ombrie et Toscane pour s'imposer en Ligurie, Lombardie et dans le Piémont.
Le Parti socialiste italien (PSI), allié récurrent des démocrates chrétiens, échoue à repasser au-dessus des 10 % à la chambre basse pour sa première participation électorale en solitaire depuis , réunissant 9,6 % des exprimés et 10,2 % à la chambre haute. S'il est toujours suivi par le Mouvement social italien - Droite nationale (MSI-DN), celui-ci est en recul puisqu'il perd près de 40 % de sa représentation parlementaire avec 6,1 % à la Chambre des députés et 6,6 % au Sénat de la République. Le Parti social-démocrate italien (PSDI) connaît un sort similaire en abandonnant la moitié de ses deux groupes parlementaires du fait d'un résultat de 3,4 % à la Chambre et 3,1 % au Sénat. Il se trouve ainsi talonné par le Parti républicain italien (PRI), qui rassemble 3,1 % à la chambre basse et 2,7 % à la chambre haute.
La non-défiance du PCI envers Andreotti vignette|gauche|110px|Giulio Andreotti dirige le premier gouvernement auquel ne s'oppose pas le PCI depuis . L'échec global des partis centristes conduit la DC à chercher le soutien du PCI, conformément à l'objectif de poursuivi par le président du Conseil sortant Aldo Moro et Berlinguer. Les deux partis s'accordent alors sur la mise en place d'un gouvernement minoritaire mené par le ministre du Budget et ancien président du Conseil Giulio Andreotti, qui bénéficie de l'abstention des communistes et entre en fonction à la fin du mois de . En échange, le PCI obtient l'élection de Pietro Ingrao comme président de la Chambre des députés, ce qui en fait le premier communiste à occuper l'une des quatre charges suprêmes de l'État. Pour la première fois depuis , le Parti communiste quitte l'opposition parlementaire.
De son côté, le PSI s'engage dans un processus de rénovation interne et choisit son vice-secrétaire Bettino Craxi comme nouveau dirigeant en remplacement de Francesco De Martino, représentant de la génération politique précédente. De même, au PSDI, le sénateur à vie et ancien président de la République Giuseppe Saragat cède le secrétariat du parti à Pier Luigi Romita.
Le PCI vote la confiance vignette|110px|Artisan de la collaboration avec le PCI, le président de la DC Aldo Moro est assassiné en . Souhaitant aller plus loin dans leur collaboration, la DC et le PCI négocient en vue de la constitution d'un nouvel exécutif auquel les communistes apporteraient leur soutien lors du vote de confiance. Ainsi Andreotti forme-t-il son quatrième cabinet le . Trois jours plus tard, à une heure du début du vote de confiance à la Chambre des députés, le président du conseil national de la Démocratie chrétienne Aldo Moro est enlevé en plein Rome par les Brigades rouges (BR) tandis que ses cinq agents de sécurité sont tués. Le nouveau gouvernement est alors investi par favorables à la Chambre, puis au Sénat peu après. Après de détention, Moro est assassiné et retrouvé mort dans la capitale italienne.
C'est dans ce contexte pesant que sont organisés les et deux référendums abrogatifs du fait de la mobilisation du Parti radical (PR), portant sur la suppression de la relative à l'ordre public ; et du financement public des partis politiques. Plus de 80 % des électeurs se rendent aux urnes et refusent d'abroger les deux textes, à 76,4 % pour la loi Reale et à 56,4 % pour le financement politique. Opposé à la loi sur l'ordre public lors de son adoption en , le PCI fait finalement campagne pour son maintien.
De Lockheed à la rupture DC/PCI : neuf mois de crise vignette|110px|Ugo La Malfa, premier laïque chargé de former un gouvernement de la République. À peine trois jours plus tard, le président de la République Giovanni Leone démissionne à cinq mois de la fin de son septennat, après que son nom a été cité depuis plusieurs années dans l'affaire Lockheed. Le président du Sénat Amintore Fanfani exerce donc l'intérim de la direction de l'État et Pietro Ingrao convoque le collège électoral pour le . Alors que la DC veut faire élire l'ancien ministre de la Justice Guido Gonella, le PCI porte la candidature de Giorgio Amendola. Après de scrutin infructueux, la classe politique se rassemble sur le député Sandro Pertini. Décoré pour faits de guerre lors de la Première Guerre mondiale, cet ancien résistant au régime de Mussolini et ex-président de la Chambre des députés devient le premier membre du PSI à accéder au palais du Quirinal, 14 ans après son ami Giuseppe Saragat.
Accusant la DC de miner leur accord, le PCI annonce le qu'il se retire de la majorité. Andreotti renonce donc le à diriger le gouvernement. Trois jours après, Pertini lui demande de former une nouvelle équipe. Il échoue à reconquérir le soutien des communistes et renonce à sa mission le . Le chef de l'État confie le lendemain un mandat exploratoire à l'ancien vice-président du Conseil Ugo La Malfa, figure du Parti républicain. C'est alors la première fois depuis la proclamation de la République qu'un laïque est appelé à constituer le gouvernement italien. Il rend son mandat le sur un constat d'échec. Andreotti est rappelé cinq jours plus tard et parvient à convaincre le PSDI et le PRI de s'associer à lui
Alors que le nouveau cabinet est assermenté le , La Malfa est victime d'une hémorragie cérébrale le et meurt deux jours plus tard à . Le , la confiance est refusée par le Sénat à une voix près, aussi le le président de la République dissout le Parlement.
Mode de scrutin
Pour la Chambre des députés La Chambre des députés () est élue au scrutin proportionnel plurinominal pour un mandat de cinq ans.
Le territoire italien est divisé en , et la Vallée d'Aoste, qui n'élit qu'un représentant selon le scrutin uninominal majoritaire à un tour. Il n'y a pas de seuil électoral.
Le jour du vote, chaque électeur choisit dans sa circonscription une liste de candidats, et peut émettre jusqu'à quatre votes de préférence. À l'issue du scrutin, les sièges sont répartis à la proportionnelle d'Impériali et attribués en priorité aux candidats ayant reçu le plus grand nombre de voix préférentielles.
Les sièges qui n'ont pas été attribués et les voix qui n'ont pas été utilisées sont ensuite rassemblés au niveau national et distribués à la proportionnelle de Hare entre les formations politiques qui ont obtenu un député de circonscription ou nationalement. Ces mandats de députés sont ensuite attribués, pour les partis qui en bénéficient, dans les circonscriptions où ils comptent le plus de votes résiduels.
N° Nom Provinces Électeurs Sièges Carte 1 Turin Turin, Novare, Verceil 39 325px 2 Coni Coni, Alexandrie, Asti 15 3 Gênes Gênes, Imperia, La Spezia, Savone 23 4 Milan Milan, Pavie 52 5 Côme Côme, Sondrio, Varèse 20 6 Brescia Brescia, Bergame 23 7 Mantoue Mantoue, Crémone 8 8 Trente Trente, Bolzano 10 9 Vérone Vérone, Padoue, Vicence, Rovigo 29 10 Venise Venise, Trévise 17 11 Udine Udine, Belluno, Gorizia, Pordenone 11 12 Bologne Bologne, Ferrare, Ravenne, Forlì-Cesena 27 13 Parme Parme, Modène, Piacenza, Reggio d'Émilie 19 14 Florence Florence, Pistoia 15 15 Pise Pise, Livourne, Lucques, Massa-Carrara 14 16 Sienne Sienne, Arezzo, Grosseto 9 17 Ancône Ancône, Pesaro et Urbino, Macerata, Ascoli Piceno 17 18 Pérouse Pérouse, Terni, Rieti 10 19 Rome Rome, Viterbe, Latina, Frosinone 54 20 L'Aquila L'Aquila, Pescara, Chieti, Teramo 14 21 Campobasso Campobasso, Isernia 4 22 Naples Naples, Caserte 38 23 Bénévent Bénévent, Avellino, Salerne 18 24 Bari Bari, Foggia 23 25 Lecce Lecce, Brindisi, Tarente 18 26 Potenza Potenza, Matera 7 27 Catanzaro Catanzaro, Cosenza, Reggio de Calabre 23 28 Catane Catane, Messine, Syracuse, Raguse, Enna 27 29 Palerme Palerme, Trapani, Agrigente, Caltanissetta 25 30 Cagliari Cagliari, Sassari, Nuoro, Oristano 17 31 Aoste Vallée d'Aoste 1 32 Trieste Trieste 3
Pour le Sénat de la République Le Sénat de la République () est élu au scrutin proportionnel plurinominal pour un mandat de cinq ans par les Italiens âgés d'au moins .
Le territoire italien est divisé en qui correspondent aux régions, et la Vallée d'Aoste, qui n'élit qu'un parlementaire selon le scrutin uninominal majoritaire à un tour. Conformément à l'article 57 de la Constitution de , chaque région dispose d'au moins sept sénateurs, sauf le Molise qui en a deux. Il n'y a pas de seuil électoral.
Les circonscriptions sont divisées en un certain nombre de collèges électoraux (238 au total). Pour l'emporter dans un collège, un candidat doit réunir un nombre de suffrages équivalent à 65 % des votants au moins. Pour les collèges où ce seuil n'est pas atteint (313 sur 315 en ), les voix de chaque candidat sont regroupées par parti, au niveau régional, et les sièges à pourvoir sont distribués à la proportionnelle d'Hondt. Les mandats sont attribués, pour chaque parti, aux candidats ayant le plus fort quotient individuel (qui correspond au ratio entre les suffrages obtenus et le nombre de votants dans les différents collèges électoraux).
N° Nom/Région Électeurs Sièges Carte 1 Piémont 25 325px 2 Vallée d'Aoste 1 3 Lombardie 48 4 Trentin-Haut-Adige 7 5 Vénétie 23 6 Frioul-Vénétie Julienne 7 7 Ligurie 10 8 Émilie-Romagne 22 9 Toscane 20 10 Ombrie 7 11 Marches 8 12 Latium 27 13 Abruzzes 7 14 Molise 2 15 Campanie 29 16 Pouilles 20 17 Basilicate 7 18 Calabre 11 19 Sicile 26 20 Sardaigne 8
Campagne Principales forces politiques