Les élections parlementaires italiennes de () se tiennent les dimanche et lundi , afin d'élire les et les de la VI législature de la Chambre des députés et du Sénat de la République.

Anticipé d'un an par rapport au terme normal de la législature, ce scrutin fait suite au refus du Sénat d'accorder sa confiance au gouvernement minoritaire de Giulio Andreotti en . Le président Giovanni Leone prononce alors la dissolution du Parlement, pour la première fois depuis la proclamation de la République.

Ces élections interviennent à l'issue d'une législature particulièrement chaotique, qui a vu six cabinets et quatre présidents du Conseil se succéder en trois ans et demi. Cela n'a pas empêché les parlementaires d'approuver en deux législations progressistes, la loi sur le divorce et la loi sur le statut des travailleurs. Cette même année voit la tenue des premières élections régionales dans les , dont la DC sort vainqueur en s'imposant dans 12 d'entre elles, tandis que le Parti communiste italien (PCI) l'emporte dans ses bastions du nord-ouest.

Les élections anticipées de voient une nouvelle fois la DC s'imposer avec près de 40 % des voix, devançant le PCI de dans les deux chambres. Désormais séparé du Parti social-démocrate italien (PSDI), le Parti socialiste italien (PSI) échoue à retrouver son niveau des années , quand il flirtait avec les 15 %.

Le chef de l'État charge ensuite Andreotti de former un nouvel exécutif au début du mois de . Associé avec le PSDI et le Parti libéral italien (PLI), il bénéficie du soutien sans participation du Parti républicain italien (PRI) et remporte la confiance des chambres au cours du mois de . Il est ainsi le second et dernier président du Conseil reconduit à la suite des élections parlementaires.

Contexte Les résultats de 1968 : la chute des socialistes Aux élections parlementaires de , la Démocratie chrétienne (DC) confirme sa position de premier parti d'Italie. Elle rassemble 39,1 % des voix à la Chambre des députés, où elle l'emporte dans sur 32, et 38,3 % au Sénat de la République, s'imposant dans sur 20.

Son plus proche concurrent est le Parti communiste italien (PCI), première force de l'opposition parlementaire depuis la proclamation de la République. Réunissant 26,9 % des suffrages exprimés à la Chambre, et 30 % au Sénat en coalition avec le Parti socialiste italien d'unité prolétarienne (PSIUP), il vire en tête dans ses fiefs d'Émilie-Romagne, Ombrie et Toscane, ainsi qu'en Ligurie pour le Sénat. Avec 14,5 % à la chambre basse et 15,2 % à la chambre haute, le Parti socialiste unifié (PSU, alliance du PSI et du PSDI) confirme sa troisième place mais échoue à disputer au PCI sa position de leader de la gauche italienne en perdant un quart de sa représentation.

Le Parti libéral italien (PLI) est lui aussi en repli, quoique moins important, puisque avec 5,8 % des exprimés à la Chambre des députés et 6,8 % au Sénat de la République, il reste devant le Mouvement social italien (MSI), qui perd également quelques parlementaires après avoir rassemblé 4,5 % des voix à la Chambre et 4,6 % au Sénat.

La courte expérience minoritaire de Leone 110px|vignette|gauche|Giovanni Leone, premier président du Conseil de la V législature. À l'ouverture de la V législature le , le député socialiste de Gênes Sandro Pertini est élu président de la Chambre des députés par favorables et blancs. C'est alors la première fois que la présidence de la chambre basse revient à un socialiste. Le même jour, le sénateur démocrate chrétien de Toscane Amintore Fanfani est désigné président du Sénat de la République par pour et blancs.

Le président de la République Giuseppe Saragat confie cinq jours plus tard un mandat de formation du gouvernement à Mariano Rumor, secrétaire de la DC et ancien ministre. Il y renonce au bout de deux jours, et le chef de l'État attend le pour choisir l'ancien président du Conseil Giovanni Leone comme nouveau mandataire présidentiel. Celui-ci parvient à dégager les conditions pour gouverner en s'assurant de l'abstention du PSI-PSDI et du Parti républicain italien (PRI). Son cabinet minoritaire est assermenté cinq jours après et obtient la confiance des chambres le .

Dès le , Leone remet sa démission après que la DC, le Parti socialiste italien (PSI) et le PRI se sont dits prêts à discuter d'un élargissement de la majorité parlementaire.

Les trois gouvernements Rumor en 18 mois 110px|vignette|Mariano Rumor forme trois gouvernements dont deux coalition entre et .

Avant de confier une quelconque mission de formation, le président Saragat appelle son ami Sandro Pertini à mener un mandat exploratoire pour s'assurer de la possibilité de constituer un nouvel exécutif. La conclusion positive de ces entretiens conduit le chef de l'État à demander à Mariano Rumor de constituer le prochain cabinet. Constituant une coalition entre la DC, le PSI et le PRI, lui et son premier gouvernement sont assermentés le . Les chambres accordent leur confiance dans les dix jours qui suivent.

Sa majorité s'écroule dès le , lorsque les ministres socialistes démissionnent en raison de la scission d'une partie des groupes parlementaires du PSI en vue de constituer le Parti socialiste unitaire (PSU). Actant la dislocation de sa coalition, Rumor démissionne le . Une semaine plus tard, Giuseppe Saragat le confirme dans ses fonctions.

Il présente un cabinet minoritaire monocolore le , en attendant de voir s'il est possible de reconstituer une alliance de centre gauche. Il remporte la confiance des chambres dans les jours qui suivent grâce au soutien du PSI, du PSU, et à l'abstention du PRI.

Le , la ville de Milan est frappée par l'attentat de la piazza Fontana, qui cause et . Attribuée à l'extrême gauche, l'attaque est également présumée être le fait de l'extrême droite, éventuellement manipulée par les services secrets occidentaux et/ou des factions conservatrices des forces armées en vue de l'établissement d'un régime autoritaire semblable à la dictature des colonelsAucune responsabilité n'a jamais été officiellement établie au sujet de cet attentat ni aucun coupable identifié. Plusieurs théories tournant autour de la stratégie de la tension ont ainsi émergé..

La deuxième démission de Mariano Rumor intervient deux mois plus tard, le , en conséquence des divergences au sein de sa majorité concernant la loi sur le divorce, en cours de discussion au Parlement. Alors que la DC y est fortement opposée, les autres partis s'y montrent favorables.

Chargé de constituer son troisième exécutif consécutif le , Rumor renonce à son mandat le . Le président de la République fait donc appel au ministre des Affaires étrangères Aldo Moro, figure de l'aile gauche de la Démocratie chrétienne, le suivant. Il rend sa mission au bout de huit jours sur un constat d'échec, aussi le Giuseppe Saragat donne mandat exploratoire au président du Sénat de la République Amintore Fanfani qui abandonne au bout d'une semaine. Ce mandat est transmis à Rumor le et celui-ci parvient à rassembler une majorité de centre gauche avec le Parti socialiste, le Parti socialiste unitaire et le Parti républicain.

Le gouvernement Rumor , assermenté le , reçoit la confiance du Parlement dans la première moitié du mois d'.

Moins de deux mois plus tard se tiennent les et les premières élections régionales dans les à statut ordinaire. La DC et le Parti communiste italien continuent de dominer le paysage politique avec respectivement 37,8 % et 27,9 % des voix. Le PSI confirme sa troisième place avec 10,4 %, devant le PSU qui pointe à 7 %. Les deux forces socialistes cumulent ainsi 17,4 %, trois points de mieux qu'aux élections parlementaires. Le PCI l'emporte dans ses bastions habituels, ratant de peu la majorité absolue en Émilie-Romagne. Les démocrates chrétiens s'imposent ainsi dans .

Arguant des polémiques entre les partis du centre gauche, Mariano Rumor annonce le la démission du cabinet, une décision soutenue par le PSU et le PRI, mais critiquée par le PSI et l'aile gauche de la DC.

Emilio Colombo, une période de stabilité 110px|vignette|Pendant , Emilio Colombo mène une stable majorité de centre gauche. Faisant face à sa quatrième crise ministérielle en , le président de la République Giuseppe Saragat charge le l'ancien ministre de l'Industrie Giulio Andreotti de reconstituer une majorité de centre gauche. Il renonce à sa mission au bout de et elle se trouve confiée au ministre du Trésor Emilio Colombo. Ce dernier parvient à reformer une alliance entre la DC, le Parti socialiste italien, le Parti socialiste unitaire et le Parti républicain italien.

Assermenté le , le gouvernement Colombo remporte successivement l'investiture de la Chambre des députés puis celle du Sénat de la République en une semaine.

Le , après une adoption contre l'avis de la DC et du Mouvement social italien, la loi sur le divorce entre en vigueur. Dès le lendemain est constitué un comité cherchant à convoquer un référendum abrogatif à l'encontre de ce texte. Une tentative de coup d'État néofasciste mené par Junio Valerio Borghese a lieu à Rome une semaine plus tard mais échoue. Le public n'en sera informé que trois mois plus tard.

Tandis que le PSU redevient le Parti social-démocrate (PSDI) le , le PRI se retire de la coalition gouvernementale le et indique qu'il passe à une posture de soutien sans participation. L'exécutif se soumet aussitôt à un vote de confiance dans chaque chambre, qu'il remporte nettement.

Puisque que le mandat du président Saragat arrive à terme, le président de la Chambre des députés Sandro Pertini convoque le collège électoral au palais Montecitorio le pour la tenue de l'élection présidentielle. Les démocrates chrétiens choisissent d'appuyer le président du Sénat Amintore Fanfani, tandis que la gauche se rassemble autour du secrétaire du PSI Francesco De Martino. Les deux s'affrontent jusqu'au à l'avantage de De Martino, puis de nouveau au . À l'occasion du , la DC opte pour Giovanni Leone tandis que la gauche propose le sénateur à vie Pietro Nenni. Leone rate la majorité requise d'une seule voix, mais la franchit lors du . Conclue le , cette élection est le plus long scrutin présidentiel de l'histoire italienne.

Moins d'une semaine après, la majorité se disloque avec la décision le du Parti républicain de retirer son appui extérieur au gouvernement. Le président du Conseil remet ainsi sa démission le , après que le secrétaire du PRI Ugo La Malfa lui a indiqué que la décision de son parti était irrévocable.

Andreotti et la première dissolution républicaine vignette|110px|gauche|L'échec de Giulio Andreotti à obtenir la confiance du Sénat mène à des élections anticipées. En fonction depuis à peine huit jours, le président Leone fait donc face à sa première crise politique. Après deux semaines de consultation, il demande le à Emilio Colombo de reconstituer un cabinet. Ce dernier, constatant la forte division interne à la DC, renonce à sa mission le .

Le chef de l'État appelle alors le président du groupe parlementaire de la Démocratie chrétienne à la Chambre des députés Giulio Andreotti. Il tente d'abord de convaincre le PSI et le PRI de soutenir un exécutif minoritaire rassemblant la DC, le PSDI et bénéficiant également de l'appui extérieur du Parti libéral italien. Face au refus des socialistes et des républicains, le mandataire présidentiel se replie sur la mise en place d'un gouvernement monocolore, qui est assermenté par Giovanni Leone le .

Il présent son programme aux deux chambres le , mais le lendemain le Sénat refuse de lui accorder sa confiance par contre et pour. Seuls la DC, le PLI ainsi que le Parti populaire du Sud Tyrol (SVP) et deux sénateurs à vie lui apportent leur soutien. En conséquence, Andreotti remet sa démission et le chef de l'État le charge de la gestion des affaires courantes.