Le phare du Rocher-aux- Oiseaux est, de 1870 à 2011, une station d'aide à la navigation du golfe du Saint-Laurent située aux rochers aux Oiseaux en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine au Québec (Canada).
Situation terrestre et maritime vignette|gauche|Le rocher et le phare en 2006.|alt=photo en couleur avec le rocher en arrière-plan éloigné au milieu de la mer bleue, vu depuis une terre en premier plan Avec un feu à au dessus du niveau de la mer le phare du Rocher-aux-Oiseaux est établi sur un îlot (rochers aux Oiseaux) de grès comportant un plateau, d"une forme plus ou moins circulaire d'environ de diamètre, entouré de falaises d'environ de hauteur. Il est situé à environ au nord-est de l'archipel des îles de la Madeleine, le long du chenal Laurentien dans la zone centrale du golfe du Saint-Laurent.
Cela le place sur le tracé de la grande route maritime qui passe par le détroit de Cabot. Son feu signalait aux navires l'extrémité des hauts-fonds de l'archipel et le danger isolé que représente son site composé de plusieurs îlots rocheux.
Histoire
Avant le phare Le premier navigateur ayant laissé une trace de ses observations sur ce rocher est Jacques Cartier, qui le baptise île Margaux, à la vue des innombrables Fous de Bassan qui l’entourent lors de son passage à proximité lorsqu’il entre dans le golfe du Saint-Laurent. La première photographie du rocher date de 1864, elle est prise lors de l’expédition polaire menée par William Bradford vers l’Arctique.
vignette|gauche|upright|Première photo connue du Rocher-aux-Oiseaux (1864).|alt=Photo en noir et blanc prise depuis un bateau avec la mer et au centre le rocher La situation de cet îlot isolé, situé sur la route des navires arrivant de l'océan Atlantique pour entrer dans le fleuve Saint-Laurent, est signalée dès les années 1830 par les marins, comme suffisamment dangereux pour nécessiter l'installation d'un phare. La première étude concrète sur ce sujet date de 1861, l'ingénieur John Page propose un projet de construction qu'il évalue à , le . Les autorités estiment ce coût trop important et le projet est mis de côté. Dans les décennies suivantes, des naufrages aux abords des îles et le développement du trafic de marchandises entre l'Europe et le Canada, provoquent des pressions sur les autorités. Celles ci sont renforcées par les observations, notées dans des rapports, du commandant Pierre-Étienne Fortin, qui, devenu député souligne l'importance de s'occuper de la sécurité de cette voie de passage.
La réaction politique prend forme le , avec un débat à la Chambre des communes du Canada. Le , Peter Michelle, ministre de la Marine et des Pêcheries, défend auprès de ses collègues, lors d'un conseil des ministres, le projet de construction d'un phare sur le rocher. Les crédits pour la construction sont votés le .
Premier phare (1870)
Construction et mise en service Le service a déjà de nombreux phares en constructions, mais Peter Michelle, conscient de l'importance de celui-ci, s'active dès le vote positif du afin d'arriver à le mettre en service avant l'hiver. Le site choisi en 1869, est celui du plus grand des îlots qui présente un plateau tabulaire, située en haut d'une falaise d'environ de haut qui en fait le tour. La partie plane du sommet présente une forme plus ou moins circulaire d'un diamètre de moins de et d'une surface de moins de .
Pour commencer le chantier, un homme du nom de Fraser est embauché pour tailler dans la roche un espace dans une faille au sud pour y établir un escalier de bois. Un ponton est installé pour pouvoir accoster dans un endroit où il y a régulièrement du ressac. Puis un treuil est fixé au sommet pour pouvoir hisser les bois et autres fournitures nécessaires à la construction amenées par bateau par temps et état de la mer favorables. Peter Michelle vient visiter le chantier lorsque les charpentes étaient débarquées et hissées, découvrant les difficultés et le danger des débarquements du fait des mouvements de la mer, il prévoit plusieurs évolutions : programmer, pour la période de l'été de l'année suivante, la création d'un deuxième débarcadère, du côté nord afin d'avoir le choix en fonction des conditions de mer et de vent ; installer un pour que les gardiens puissent communiquer avec les navires s'ils ont besoin d'assistance ; et qu'à partir l'année suivante il faut prévoir un stock d'huile et de nourritures suffisants pour des gardiens présents toute l'année.
Le , le feu est allumé pour la première fois, peu de temps avant la mauvaise saison. Prévu pour que la lumière soit aperçue à (environ ), une observation du feu par temps clair confirme qu'il est dans ce cas visible à . Cette lumière dispose d'un (lentille de Fresnel) de deuxième ordre, disposé à (un peu plus de ), au-dessus du niveau de la mer. La lanterne est positionnée au sommet d'une tour en bois, constituée d'une forte charpente fixée solidement au sol rocheux. L'installation comporte également une maison pour les gardiens et un magasin pour stoker l'huile nécessaire à la lampe. Ces deux bâtiments ne sont pas contigus à la tour du phare afin d'éviter le risque de propagation d'un incendie. La tour et les deux bâtiments annexes sont couverts avec des bardeaux en bois peints en blanc, avec un enduit permettant la conservation et limitant la combustion. Les autres caractéristiques du phare données pour les navires sont : un feu blanc fixe, sur une tour hexagonale blanche, haute de () du sol au sommet de la girouette, allumé du au .
Le phare a été construit par l'entreprise Daley, Carter & Doolan, de Miramichi, pour un coût légèrement inférieur à . Cette dépense ne comprend pas la lentille de Fresnel qui est prélevée sur un stock de l'administration de la marine.
Fonctionnement et évolution vignette|Gravure d'après un dessin, publié en 1877.|alt=gravure d'un dessin représentant une vue depuis un bateau avec la mer, le rocher au centre, avec le phare et une maison, un ciel nuageux avec de nombreux oiseaux près de la falaise de l'îlot, et à gauche à l'horizon un voilier avec des voiles carrées Les difficultés de ravitaillement du phare sont rapidement confirmées, au mois d'octobre la goélette England, commandée par G.-V. Story, est à Gaspé pour charger des approvisionnements destinés au phare. Le 17 elle rejoint le rocher, mais un gros temps met le navire en perdition alors qu'il est au mouillage. Il perd plusieurs ancres et un canot, ce qui nécessite, pour sauver le bateau, de jeter à la mer une partie de la cargaison sans avoir pu entrer en contact avec le rocher. Une fois que le navire est en sécurité, le reste des approvisionnements est transféré sur le vapeur du gouvernement Lady Head. Le le Lady Head arrive au rocher mais une forte houle l'empêche de communiquer et il doit rejoindre Amherst pour se mettre à l'abri et débarquer les provisions destinées au rocher. Durant les périodes d'allumage du phare, en 1870 et 1871, il n'a pas eu de nomination de gardiens permanents, la surveillance de la lumière est faite par des gardiens temporaires.
vignette|gauche|Le phare après la pose des câbles en 1872. Dessin publié en 1877.|alt=Dessin du rocher qui est proche avec le phare, comporte les étais, et des petits bâtiments, nombreux oiseaux autour et à l'horizon un bateau à droite et un autre à gauche En 1872, le phare est consolidé avec des étais fixés dans la roche. L'installation d'un système sonore, un canon, a lieu en 1873.
Le un bateau vient ravitailler la station et inspecter les installations gérées par le gardien Peter Walen. Le responsable de cette visite indique dans son rapport que le phare et le canon sont en bon état. Le feu blanc fixe, installé dans une grande lanterne de (environ ) de diamètre, est allumé par une lampe à mèche circulaire qui consomme (environ ) d'huile par saison. Le canon de l'alarme sonore, tiré une fois par heure pendant les périodes de brume ou de tempêtes de neige, consomme environ () de poudre, et en proportion des amorces à friction.
Il y a cinq bâtiments en bois, peints en blanc, avec une toiture peinte en rouge : le phare, la maison du gardien, le hangar à huile, la remise du canon de l'alarme sonore, et un magasin près du débarcadère. Un sixième bâtiment utilisé comme magasin à poudre est construit en brique réfractaire avec une toiture en zinc. Au débarcadère il y a deux quais, chacun équipé d'une grue.
Lors de la visite du , l'agent du contrôle remarque, que du fait de son importance ce phare reste allumé tout l'hiver ce qui justifie l'usure importante de ses lampes et qu'il serait nécessaire de changer l'appareil d'éclairage mais que la lanterne n'a pas assez d'aération pour pouvoir y utiliser de plus gros becs. Il rappelle que le phare et les bâtiments ont été repeints en 1877, et que la charpente de la tour est en bon état. Il signal qu'un brise-lames, pour boucher un trou entre deux rochers face au débarcadère, a été emporté par une tempête et qu'il devrait être reconstruit car le site permet également d'abriter régulièrement des bateaux de pêche. Le ravitaillement est de d'huile.
vignette|Le Newfield, vapeur du gouvernement. Gravure publiée en 1877.|alt=un bateau à vapeur et voile vu de côté, l'étrave est à gauche il a deux mats et une cheminée dont la fumée s'échappe horizontalement vers la droite, il passe devant un rivage avec une colline construite, la mer est clapoteuse et le ciel nuageux. En 1880, un câble sous-marin de radiotélégraphie filaire est posé entre l'île d'Anticosti, le rocher aux Oiseaux et les îles de la Madeleine, aboutissement d'un projet dont l'origine remonte à 1875. Il a pour objet de renforcer la sécurité de la navigation dans le golfe du Saint-Laurent. Mais il n'est pas fiable avec de nombreuses ruptures de la partie sous-marine notamment sur le câble qui relie la station. Son fonctionnement ne donne satisfaction qu'en 1884 et 1885. Lors d'une tempête, le , un rocher écrase le câble au pied de la falaise et coupe la communication, la réparation est effectuée le par F. N. Gisborne, contrôleur du service des télégraphes de l'État, et son adjoint M. Keeley, avec l'aide du bateau à vapeur Niewfield du capitaine Guilford.
Deuxième phare (1887) vignette|Le phare construit en 1887, avant la modification de 1908. Au premier plan une citerne à eau enterrée avec une toiture pour la récupération de l'eau de pluie et équipée d'une pompe à main.|alt=photo noir et blanc avec le phare à gauche des petits bâtiments à droite et la toiture à quatre pans, posée sur le sol, de la citerne à eau En 1887, la tour du phare d'origine est remplacée par une nouvelle, également en bois de base hexagonale, mais moins haute, elle ne mesure plus que (). Lors de ces travaux il a également été construit un hangar pour l'huile et un petit local pour abriter le treuil à vapeur et la chaudière. Des réparations ont été effectuées sur la maison des gardiens et sur les autres bâtiments.
Le câble sous-marin du télégraphe est de nouveau rompu le , le Newfield étant occupé à d'autres tâches, F. N. Gisborne ne peut effectuer la réparation que vers le . Après une nouvelle rupture, le ministère des travaux publics prend la décision de ne pas remettre ce câble en place sur cette liaison, qui est abandonnée, après avoir qu'il ait été de nouveau relevé et réparé en . Cet abandon est dû au manque de fiabilité de cette installation qui a été interrompue, pendant de longues périodes, huit fois en dix ans.
Le , le service des phares, qui effectue une série d'épreuves des signaux de brume des stations, expérimente le canon à poudre présent sur le site. Les tirs ont lieu avec différentes poudres et avec ou sans bourre. Ils sont écoutés depuis le rocher puis du bateau qui se positionne à différentes distances et orientations par rapport au rocher. La majorité des coups sont pas ou à peine audibles. En 1895, le canon à poudre du signal sonore est remplacé par un dispositif qui utilise des cartouches de coton-poudre.