La prison de Saidnaya (en arabe : , ) est un lieu de détention situé à Saidnaya, à au nord de Damas, en Syrie. Au cours de la guerre civile syrienne, des milliers d'opposants au régime de Bachar el-Assad y trouvent la mort, sous la torture ou exécutés par pendaison. La prison où seraient morts environ 30 000 détenus entre 2011 et 2018, essentiellement des prisonniers politiques, est alors qualifiée d'« abattoir humain » ou de « camp d'extermination ». Elle est libérée par les rebelles le .
Administration La prison de Saidnaya, subordonnée au ministère de la Défense, est gérée par la police militaire sous tutelle directe de la division du renseignement militaire, branche des services de renseignement syriens.
En 2022, un rapport de l'Association des détenus et des disparus de la prison de Saidnaya (ADMSP), publie un rapport détaillant les chaînes de commandement de la prison, liant directement ses responsables aux branches 227 et 293 des services de renseignement syriens, du ministère de la défense, à la Cour de justice militaire et diverses institutions du régime syrien.
Le général Mohammed Kanjo Hassan, chef de la justice militaire, prononce plusieurs milliers de condamnations à mort à SaidnayaEn Syrie, un dirigeant du pouvoir déchu arrêté après des combats meurtriers, France 24 avec AFP, 27 décembre 2024.. Après la chute du régime, il est arrêté le lors d'une opération à Khirbet al-Mazah, près de Tartous.
Les lieux La prison est située à Saidnaya, à au nord de Damas, en Syrie. Construite par Hafez Al-Assad en 1987Saydnaya prison: Syria's 'human slaughterhouse', AFP, 7 février 2017., elle est divisée en deux bâtiments ; dans le premier, blanc et en forme de L, se trouvent les soldats détenus pour manque de loyauté envers le régime ; le second, rouge et en forme d'étoile à trois branches, est réservé aux civils opposants au régimeSyrie : Amnesty dénonce les crimes de masse commis dans une prison du régime, Le Figaro, 7 février 2017.. Pour contrer les attaques et empêcher les évasions, les murs d’enceinte sont dotés de miradors, de mines antichar, de mines antipersonnel, et d'un canon 2S1 Gvozdika et une douzaine de véhicules blindés patrouillent le complexe.
La prison comprend deux batiments de détention distincts. Le bâtiment rouge, principal, est réservé aux civils, principalement des manifestants et opposants au régime. Le bâtiment blanc, le plus récent, était destiné aux militaires suspectés de déloyauté mais a aussi été utilisé pour enfermer des civils, et pour torturer ou exécuter les prisonniers.
Elle prévue pour détenir , mais au cours de la guerre civile syrienne, jusqu'à y ont été détenues simultanémentNicolas Falez, Syrie: Amnesty International dénonce un «abattoir humain», RFI, 7 février 2017..
Une enquête menée par Amnesty international et Forensic Architecture vise en 2016 à représenter et modéliser l'intérieur de la prison, d'après des recoupements de témoignages et images satellites : elle aboutit à une visite virtuelle des lieux, auxquels les ONG n'ont jamais eu accès.
En 2017, les États-Unis, après comparaisons de photographies satellites du lieu indiquant la modification d'un bâtiment du complexe militaire, accusent le régime syrien d'avoir probablement construit un incinérateur qui serait une « tentative de cacher l'étendue des meurtres de masse perpétrés à Saidnaya ».
D'anciens détenus témoignent également de l'existence, dès 2013, de deux cellules remplies de sel, surnommées les saloirs, servant de morgues improvisées, en l'absence de chambre froide, « pour répondre au rythme des tueries perpétrées ». Des détenus sont parfois enfermés dans ces pièces, où se trouvent également des cadavres.
Tortures et conditions de détention Si la torture est pratiquée dans de nombreuses prisons du régime syrien, celle de Saidnaya est considérée comme la pire de toutes. Selon Amnesty International : Dès leur arrivée à Saidnaya, avant même d'être enfermés, les prisonniers sont battus par les gardiens à coups de barres de fer, de plastique ou de câbles électriques au cours d'une « fête de bienvenue ».
Après leur arrivée à Saidnaya, les détenus passent leurs premiers mois dans des cellules d'isolement, situées dans les sous-sols et larges de sur , sur deux mètres ou encore deux mètres sur Syrie: les horreurs de la prison de Saidnaya, L'Express, 18 août 2016.. La prison en compte 48. Elles sont le plus souvent plongées dans l'obscurité, la lumière du jour n'y filtre que quelques heures par jour à travers des trous étroits. Souvent jusqu'à une quinzaine de personnes y sont enfermées en même temps. L'hiver, les prisonniers sont laissés sans couverture en dépit du froid. Après plusieurs mois dans ces cellules souterraines, les détenus sont ensuite transférés vers des cellules en surface. Ces dernières sont plus grandes — environ carrés — mais les prisonniers s'y entassent par dizaines, les salles n'ont pas de fenêtres, mis à part un judas grillagé donnant sur le couloir, et les détenus sont maintenus dans l'obscurité la majeure partie du tempsSyrie : tortures et supplices dans le bagne de Bachar, L'Obs, 10 novembre 2013..
Les prisonniers sont regroupés à plusieurs dans les cellules. Ils ont interdiction de parler, de faire du bruit ou de regarder les gardiens. La nourriture, quand elle est distribuée, est souvent répandue à même le sol dans les cellules. Les tortures, les passages à tabac, la faim, la soif et les maladies tuent quotidiennementPrison de Saidnaya : ils témoignent, Amnesty International, 7 février 2017. Chaque matin, vers , des cadavres sont ramassés dans les cellules par les gardiens.
Selon Amnesty, les actes de tortures sont . Parmi les violences régulières figurent des décharges électriques, des brûlures à l'eau bouillante, l'arrachage des ongles des pieds ou des mains et les viols. Souvent, des détenus sont violés avec des matraques par des gardiens ou sont contraints de violer d'autres détenusPrès de détenus ont été tués dans une prison syrienne en cinq ans, selon Amnesty, Le Monde avec AFP et AP, 7 février 2017..
Le , l'OSDH affirme qu'au moins sont mortes sous la torture ou en raison des mauvais traitements selon des renseignements obtenus auprès de sources du régime. Ce nombre concerne l'ensemble des lieux de détention du régime syrien, mais le plus grand nombre de décès a été répertorié dans la prison de Saidnaya, près de Damas, et dans les centres de détention des services de renseignements de l'armée de l'air et de la sécurité de l'État. À cette date, l'OSDH affirme avoir établi une liste des noms de , dont , et indique qu'environ sont passées par les prisons du régime depuis le début du soulèvement en 2011Syrie: au moins dans les prisons du régime, AFP, 21 mai 2016..
Selon un bilan de la Human Rights Data Analysis Group (HRDAG), repris par Amnesty International, au moins sont mortes dans les centres de détention du régime syrien entre et . Mais le bilan réel est estimé comme étant très probablement bien plus élevé. Selon Amnesty International, environ meurent chaque mois dans les prisons syriennesL’enfer des prisons syriennes, Amnesty International, 18 août 2016.Brûlures, viols, électrocutions : Amnesty dénonce la cruauté du régime syrien dans les prisons, France 24 avec AFP, 18 août 2016..
En , le rapport de l'ADMSP divulgue les conclusions de leurs recherches, fondées notamment sur le témoignage d'une trentaine d'anciens employés ayant fait défection, estime qu'environ 30 000 détenus (essentiellement des prisonniers politiques), y ont trouvé la mort entre 2011 et 2018, ainsi que 500 détenus exécutés entre 2018 et 2021.
Pendaisons et exécutions extra-judiciaires Dans un rapport publié le , Amnesty International estime qu'environ à opposants au régime syrien ont été pendus dans la prison de Saidnaya entre et Syrie : l'horrible prison de Saidnaya, Amnesty International, 7 février 2017.. Mais l'auteure du rapport, Nicolette Waldman, déclare : Syrie. Pendaisons de masse à la prison de Saidnaya, Courrier international, The Guardian, 7 février 2017.. L’Association des détenus et disparus de Saydnaya estimait en 2022 que plus de détenus ont été exécutés entre 2011 et 2018.
Les pendaisons se déroulent une à deux fois par semaine, le plus souvent le lundi et le mercredi, au milieu de la nuit. En début d'après-midi, les geôliers appellent ceux dont les noms figurent sur leur liste. Ils leur font d'abord croire qu'ils vont être transférés dans une prison civile, à Adra ou Alep, où les conditions de détention sont beaucoup plus acceptables, mais au lieu de cela ils sont conduits dans une cellule d'une quinzaine de mètres carrés, située au sous-sol de la prison. Les détenus y restent jusqu'au milieu de la nuit ou au matin et sont entretemps passés à tabac par les gardiens. Les prisonniers sont ensuite emmenés dans un autre bâtiment de Saidnaya. Les détenus sont d'abord présentés à un « tribunal militaire opérationnel ». La procédure est très sommaire, elle ne dure qu'une ou deux minutes, les détenus ont les yeux bandés, ils n'ont pas droit à un avocat et le tribunal s'appuie sur des « aveux » extorqués sous la torture ou des déclarations préalablement remplies. Les condamnés à mort ne sont pas informés de la sentence, ils ne l'apprennent que quelques minutes avant leur exécution. Ces derniers signent leur avis de décès avec leur empreinte digitale, on leur demande d'exprimer leurs derniers souhaits, puis ils sont exécutés dans les minutes qui suivent. Selon le rapport d'Amnesty International : . La salle d'exécution, située au sous-sol du « bâtiment blanc », a été agrandie en et est divisée en deux pièces, jusqu'à dix personnes peuvent être pendues en même temps dans l'une des pièces, vingt dans l'autreLuc Mathieu, La prison de Saidnaya, centre d'extermination du régime syrien, Libération, 7 février 2017.. Les condamnés sont exécutés par groupes de 20 à 50, ils sont amenés sur une plateforme surélevée à un mètre du sol. Dans la première pièce, l'exécution se fait à l'aide d'une trappe ; dans la seconde, les condamnés sont poussés dans le vide par un gardien. Selon un ancien juge interrogé par Amnesty International et ayant assisté aux pendaisons : ou bien . Les corps sont ensuite envoyés à l'hôpital militaire de Tishreen, à Damas. Après avoir été répertoriés, ils sont placés dans des cercueils en bois, ou bien simplement enveloppés dans des sacs en plastique ou encore laissés tels quels. Ils sont ensuite enterrés discrètement dans des fosses communes sur des terrains appartenant à l'armée. Selon des témoignages recueillis par Amnesty International, parmi les lieux d'inhumation figureraient le village de Najha, entre Damas et Soueïda, et la petite ville de Qatana. Le , les États-Unis affirment qu'un crématorium a été construit à Saidnaya pour brûler les corps des détenusSelon les États-Unis, la Syrie cache des "meurtres de masse" avec un crématorium, L'Express avec AFP, 15 mai 2017.Gilles Paris, Washington accuse Assad d’avoir brûlé les corps de prisonniers pour cacher des exécutions de masse, Le Monde, 15 mai 2017.. Après la chute du régime, une fosse commune est découverte à Al-Qutayfah, qui recèle les ossements de plus de .
Selon Amnesty International : Nicolette Waldman déclare :
Témoignages d'anciens détenus