Maurice Bernard, né à Montpellier le et mort à Paris le , est un ingénieur français, polytechnicien et ingénieur général des télécommunications.
Enseignant-chercheur, scientifique, il a été directeur du Centre national d'études des télécommunications de 1978 à 1981, directeur de l'Enseignement de la Recherche de l'École polytechnique de 1983 à 1990, ou encore du Laboratoire des musées de France de 1990 à 1994.
Biographie
Formation
Maurice Gilbert Anatole Bernard naît à Montpellier (Hérault) le ; il est le second fils d'Antonin Maurice Bernard (1896-1983), polytechnicien (promotion 1919 Spéciale) et d'Yvonne Adrienne Meilleroux (1901-1979).
Après une scolarité primaire au petit lycée Gautier d'Alger, il commence en 1938 ses études secondaires en classe de sixième au lycée Bugeaud. Mais l'année suivante, en cinquième, son état de santé qui s'altère vient perturber sa scolarité : le climat humide d'Alger ne lui réussit pas. Ses parents, qui ont appris que s'est repliée dans un château situé près de Saint-Gérand-le-Puy une école privée de grande qualité créée vers 1925 par Maria Jolas à Neuilly-sur-Seine, décident de l'y inscrire dès le . Il y rencontre comme condisciples les filles de la directrice, Betsy en classe de quatrième et la cadette Christina dans sa classe de cinquième.
En , cette école est interrompue, puis dispersée en juin, les élèves rentrant dans leurs familles. Après la débâcle et l'Armistice, Maurice Bernard retourne à Alger poursuivre ses études au lycée Bugeaud ; après le baccalauréat en 1945, il entre au lycée Saint-Louis à Paris en classes préparatoires. Il est reçu en 1948 à l'École polytechniqueFiche matricule de Maurice Bernard à l'École polytechnique et en sort deux ans plus tard ingénieur des télécommunications ; il achève ensuite sa formation comme élève ingénieur à l'École nationale supérieure des télécommunications de 1951 à 1953. Il soutient le sa thèse de doctorat d'État ès-sciences sur l'étude des phénomènes de recombinaison et de génération dans les jonctions de germanium p-nÉtude des phénomènes de recombinaison et de génération dans les jonctions de germanium p-n. Thèse doctorat d’Etat, Paris, mai 1958.
Carrière professionnelle 1953-1975 : ingénieur des télécommunications au Centre national d'études des télécommunications En arrivant au Centre national d'études des télécommunications (CNET) en , Maurice Bernard est rapidement convaincu de la nécessité d’y créer un laboratoire pour étudier les propriétés physiques et électroniques des semi-conducteurs : après avoir développé plusieurs méthodes de mesure, il est amené à donner à ce laboratoire une orientation plus fondamentale et en particulier à étudier de manière approfondie les mécanismes de recombinaison des électrons et des trous et les caractéristiques électriques des jonctions semi-conductrices p n.
1969-1975 : chargé des laboratoires du CNET à Bagneux En 1969 Louis-Joseph Libois, directeur du CNET, le charge de regrouper à Bagneux les équipes qui travaillent sur la physique électronique et les composants.
1975-1978 : chargé de la sous-direction recherche et développement à la direction des affaires industrielles et internationales de la Direction générale des télécommunications La réorganisation de la Direction générale des Télécommunications et du CNET, décidée par le gouvernement le , amène Maurice Bernard à accepter, début 1975, des responsabilités d’une nature toute nouvelle.
Au sein de la direction des affaires industrielles nouvellement créée et dirigée par Jean Pierre Souviron, il est chargé de la sous-direction recherche et développement. Entouré d'une petite équipe d'ingénieurs, il a la charge de l'orientation technique et du suivi des études menées au CNET et dans les laboratoires industriels. Son action vise en particulier à assurer que l’ensemble du programme de recherche et de développement est aussi cohérent que possible avec les objectifs de la direction générale des télécommunications. Pour cela il forme une petite équipe aux compétences variées et durant cette période, il est impliqué dans de nombreux projets de la direction générale des télécommunications.
La microélectronique silicium et les circuits intégrés est, en 1976 et 1977, I’objet de réflexions approfondies à la direction des affaires industrielles et Internationales et, accessoirement, dans d’autres administrations concernées. Maurice Bernard contribue à l'élaboration et au lancement du plan circuits intégrés de 1977 et assiste Jean Pierre Souviron pour proposer au Gouvernement de créer un nouveau centre du CNET, à Meylan près de Grenoble, afin d'améliorer la compétitivité de l'industrie française des circuits intégrés. Trente ans après, les compétences ainsi initiées au centre Norbert Ségard du CNET, en parallèle avec l’action du Laboratoire d'électronique et de technologie de l'information (LETI) du CEA, sont la base d’un des rares succès européens dans un domaine que les États-Unis, le Japon, la Chine et la Corée aujourd’hui dominent complètement. La société STMicroelectronics, aujourd’hui florissante, en témoigne. Les télécommunications par fibres optiques apparaissent de jour en jour plus prometteuse et Maurice Bernard organise avec la collaboration d'A. Kwong Cheong et celle de divers experts du CNET Lannion, une consultation internationale en 1978 pour un système de transmission à 34 mégabits sur fibres optiques qui doit relier en 1980 les deux centraux parisiens ‘’Tuileries’’ et ‘’Philippe Auguste’’ : ce sera une première en Europe le .
1978-1981 : directeur du Centre national d'études des télécommunications Le Maurice Bernard est nommé par le gouvernement directeur du Centre national d'études des télécommunications.
Durant plus de trois ans, il entreprend avec l'appui constant de Gérard Théry, directeur général des télécommunications, et de Jean Syrota, directeur des affaires industrielles et internationales qui a pris la suite de Jean Pierre Souviron, les transformations qui ont pour objectif de faire du CNET, avant 1985, l'un des plus grands centres de recherche au monde dans son domaine.
Au cours de la première année, il met en place des structures décentralisées qui doivent donner aux équipes des six centres du CNET une plus grande autonomie et une plus grande efficacité. Un système de suivi de l'activité des équipes de recherche, d'analyse de leurs projets, de préparation des programmes annuels est conçu, mis en place et validé de 1978 à 1979. Deux directions fonctionnelles sont créées : la direction de l’information, de la coopération et des échanges techniques (DICET), chargée d'accélérer vigoureusement la circulation interne et externe de l'information, et la direction de la gestion et de l'assistance technique (DIGAT), chargée de coordonner !e soutien technique des équipes du CNET au développement industriel et aux services d'exploitation.
Une action prioritaire est lancée en matière de recrutement afin d'attirer au CNET des chercheurs du meilleur niveau. Au cours de l'année 1981, le CNET recrutera près d'une centaine de chercheurs et d'ingénieurs de premier plan, dont une proportion importante de personnels déjà expérimentés, soit environ trois ou quatre fois plus que quelques années auparavant.
Il fait évoluer les esprits vers une plus grande ouverture des individus et des équipes sur l'environnement français et étranger, une reconnaissance plus systématique des résultats des travaux individuels, une meilleure connaissance et une meilleure compréhension du travail d'équipe et du rôle hiérarchique, une appréciation plus claire du rôle des échanges techniques internes et externes afin, notamment, d'accélérer le transfert des connaissances vers les entreprises. Il développe les échanges entre les équipes du CNET et celles du CNRS et de l'Université, ainsi que les échanges internationaux, en particulier, avec les universités américaines les plus importantes.
Le , le gouvernement nomme un nouveau directeur du CNET.
1983-1990 : directeur de l'enseignement et de la recherche à l'École polytechnique Comme président du département de physique de 1975 à 1977 puis de 1983 à 1990, en tant que directeur de l'enseignement et de la recherche à l'École polytechnique, Maurice Bernard est amené à s'intéresser à la direction et au ‘’management‘’ de l'enseignement, notamment de l’enseignement supérieur scientifique : recrutement d'enseignants, évaluation des élèves et des professeurs, liaison avec les laboratoires de recherche, etc.
À cette époque l’enseignement de l'École polytechnique évolue profondément avec un tronc commun et l’introduction d’enseignements de majeures et de mineures. À la suite de l’audit qu’Emmanuel Grison, son prédécesseur comme directeur, il y poursuit la rénovation de la chimie (concours d’entrée, enseignement, recherche) et y institue le premier département enseignement-recherche, doté d’un comité scientifique international.
C’est durant son mandat de directeur de l’enseignement et de la recherche que sont nommés professeurs à l’École polytechnique Sylvain Blanquet, Jean-Michel Bony, Jean-Pierre Bourguignon, Alain Finkielkraut, Patrick Huerre, Pierre Laszlo, François Mathey, Jacques Neveu, Pierre-Arnaud Raviart. Maurice Bernard s’efforce aussi que l’engagement à l'École polytechnique des enseignants s'enracine davantage sur place, à Palaiseau, grâce à une activité plein-temps dans la recherche et dans l’enseignement ‘’graduate‘’ (au-delà des deux années de l'École).
Avec l'appui du directeur général et du conseil d'administration, il est appelé à développer plusieurs projets nouveaux : diminuer le monolithisme de l'enseignement en le diversifiant par le jeu d'enseignements ‘’majeurs’’ et ‘’mineurs’’, améliorer l'insertion de l'X dans le paysage de l'enseignement supérieur français en créant à Palaiseau, de préférence en partenariat avec des universités parisiennes, des DEA scientifiques sous sceau commun, et ainsi accroître le nombre de thèses décernées chaque année par l’École, encourager les élèves à pratiquer deux langues étrangères et, pour certains d'entre eux, à faire leur mini-thèse d’option dans un laboratoire étranger, créer une association des amis de la bibliothèque de l'Ecole polytechnique (la SABIX) afin de sauvegarder le fonds de livres anciens et d’accroître le patrimoine de l'École. En 1985, avec Bernard Ésambert, nouveau président du conseil d'administration, il envisage la possibilité de lancer une fondation pour aider l'École dans ses efforts d'adaptation et de rénovation. Grâce aux efforts des industriels français, et notamment de Raymond Haïm Lévy, cette fondation voit très vite le jour et joue un rôle croissant en faveur de l’École. En 1987, il propose que l'École engage une action de formation permanente dans ses domaines d'excellence scientifique, d’où la création du Collège de Polytechnique confié à Christine NoraUne expérience concrète : le Collège de Polytechnique. .
Maurice Bernard quitte l'École le .
1990-1994 : directeur du Laboratoire de recherche des musées de France Maurice Bernard est mis le à la disposition du ministre de la culture Jack Lang qui le demande au ministre des PTT pour diriger le laboratoire de recherche des musées de France (LRMF). Il s’efforce, dans un contexte prestigieux mais dépourvu de ressources techniques, de poursuivre et, si possible, d'amplifier l'œuvre de pionnier de Magdeleine Hours en mettant la science toujours davantage au service de l'art. C'est dans cet esprit que, le , il souhaite célébrer le anniversaire du LRMF en organisant au grand auditorium du Louvre une journée scientifique de haute tenue ; avant de quitter le laboratoire du Louvre, il fonde la revue Technè, revue semestrielle scientifique interdisciplinaire dont l'objectif est de mettre la science au service de l'art et des civilisations, en prolongement des cahiers du laboratoire lancés par Madeleine Hours et abandonnés depuis longtemps.
Enseignement École polytechnique