Victor Joseph Prévost, surnommé Le boucher de la Chapelle ou Le bel homme, né à Mormant (Seine-et-Marne) le et mort guillotiné à Paris le , est un ancien boucher de forte stature, devenu successivement cuirassier, cent-garde puis gardien de la paix à la préfecture de police de Paris. Alors qu'il exerce cette activité, il commet au moins deux assassinats qu'il tenta de dissimuler en dépeçant ses victimes. Du fait de sa profession de policier dans le quartier où il a commis ses crimes, de son passé militaire dans un corps d'élite renommé et du traitement qu'il a infligé aux corps de ses victimes, l'affaire a un grand retentissement à l'époque :
Biographie Jeunesse et apprentissage Victor Joseph Prévost nait à Mormant (Seine-et-Marne) le . Son père, Pierre, est postillon et sa mère, née Barbe Griette, sans profession. Il a deux frères aînés : Léon plus âgé de quatre ans et Adolphe de deux ans. Dès sa naissance, il est affligé d'une insatiable voracité, particularité héritée de son père qu'il conservera sa vie durant.
À quatorze ans, ses parents le placent comme apprenti chez un fabricant de treillages de la rue Saint-Jacques à Paris. Dès cet instant déjà, des gamines précoces tournent autour de lui. Il y est très mal traité, couche sur un lit sans matelas et doit fournir le même travail qu'un adulte. Son patron le brutalise et, pour le punir de sa boulimie, imposée par la forte constitution de Victor mais qu'il prend pour de la gourmandise, il diminue sa portion quotidienne de nourriture. Alors qu'affamé, il vole le morceau de pain du contremaître, celui-ci le surprend et le punit en le fouettant avec le fouet réservé au chien de garde. Le soir même, alors qu'il aide son bourreau à poser des grillages au-dessus d'une courette, il le fait basculer à travers un châssis dont les morceaux de verre lui labourent mains et visage. À partir de ce moment, il n'a plus qu'une seule idée en tête : échapper à ce calvaire. thumb|150px|Commis boucher de l'époque Victor est en fait d'un naturel gentil et prévenant. Lorsqu'au jardin du Luxembourg il voit un grand garçon enlever un accordéon à un plus petit, il lui reprend le jouet pour le restituer au gosse. Conscient de sa force, il n'hésite jamais à aider à pousser les voitures à bras que beaucoup ont du mal à faire monter la rude pente de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Un jour où il fait une course pour son patron place Maubert, il voit la voiture d'un laitier renverser un garçon de son âge porteur d'un clayon rempli de viande. Tandis que le laitier s'enfuit, il aide la jeune victime à se relever et, constatant qu'il n'est plus en état de reprendre son service, il charge sans effort sur sa tête la lourde pièce de viande de et va la livrer à son destinataire, un boucher tenant boutique rue Mouffetard. L'incident donne une idée de sa force herculéenne alors qu'il n'est encore qu'adolescent.
Il existe des versions différentes de ce qui se passa ensuite. Pour Ernest Raynaud, il est brusquement pris de passion pour l'univers sanglant qu'il découvre alors : les commis sont en train de découper les bêtes qui viennent d'être abattues et c'est une débauche de chairs découpées et de sang. Il est fasciné et ne peut s'empêcher de participer au carnage : il s'empare d'un couteau et, bien que novice, s'attaque à décortiquer un cuissot de veau. Pour Gustave Macé, les choses se passent plus simplement. La livraison d'un confrère qu'apporte Victor au boucher provient de vaches tuberculeuses interdites à la vente. Si la police était intervenue après l'accident il risquait de gros problèmes. Par ailleurs il est séduit par le gentillesse et la force du jeune homme. Quoi qu'il en soit, le boucher est ravi lorsque le jeune Victor lui demande de l'embaucher. Patrons boucher et grillager se rencontrent le soir même et s'accordent sur un échange d'apprentis.
Dès le lendemain Victor commence son apprentissage de boucher. Dans la boucherie, maîtres et commis sont de gros mangeurs et viande, pain, vin, voire liqueurs sont disponibles à discrétion, ce qui convient parfaitement à son appétit d'ogre. La tâche est rude, les garçons bouchers assurant le transit de lourdes charges entre les Halles de Paris ou les abattoirs privés et les étals des détaillants, parfois sur de longues distances, mais la force ne lui manque pas. Il apprend vite l'abattage des animaux, et devient expert en dépeçage et en désossage. Il aime l'odeur du sang et semble éprouver une réelle jouissance à manipuler la viande. Dans la boutique, on parle le Louchébem et les mœurs sont très libres : la caissière est la maîtresse du patron ventripotent et la domestique celle de l'étalier. Toutes deux ne résistent pas longtemps à l'attirance pour le bel apprenti. Il s'ensuit des jalousies violentes qui provoquent le licenciement de Victor. Peu de temps après, il retrouve du travail dans un établissement de la rue Saint-Honoré en qualité de deuxième garçon d'étal. À peine arrivé, il collectionne à nouveau les succès féminins ce qui lui vaut le surnom de « beau vainqueur » parmi ses collègues. En fait c'est plutôt lui qui succombe aux assauts des bonnes du quartier qu'il ne fait rien pour provoquer.
Cuirassier et cent-garde thumb|150px|Cent-garde en grande tenue La conscription l'enrôle pour un service militaire de six ans le en remplacement de son frère aîné, soutien de famille. Sa grande taille et sa forte carrure le font incorporer dans le régiment de cuirassiers avant de passer le au régiment de cuirassiers de la Garde impériale puis au régiment de cuirassiers de la Garde impériale avec lequel il participe à la campagne d’Italie et en reçoit la médaille commémorative. Le , il est libéré et reçoit un certificat de bonne conduite.
Son retour à la vie civile se passant mal il s'engage volontairement le pour un contrat de sept ans et retourne au régiment de cuirassiers de la Garde impériale. Du fait de son expérience dans la cavalerie, de ses bons états de service et de sa haute stature d'un mètre quatre-vingt quatre (à l'époque, la taille moyenne des hommes était d'environ ), il entre dans les critères de recrutement très strictsAu moment de son recrutement, outre une conduite et une moralité irréprochables, il fallait mesurer au minimum , avoir au moins deux ans d'ancienneté dans la cavalerie et un engagement restant à courir d'au moins trois ans. du prestigieux escadron des cent-gardes qu'il intègre le avec le matricule 418.
Constitué exclusivement de cavaliers expérimentés de grande taille, l'escadron des cent-gardes escortait à cheval l'empereur Napoléon III dans ses apparitions publiques, et assurait sa garde et celle de sa famille dans les palais impériaux. Leur haute taille et leur brillant uniforme leur conféraient un très grand prestige. Une de leurs particularités était de rester en toutes circonstances impeccablement figés, tels des statues, ce qui leur valut le surnom de « cariatides du pouvoir ». Leur immobilité était légendaire : le jeune prince impérial, encore enfant, vida malicieusement une boîte de dragées dans la botte d'un factionnaire en service qui ne broncha pasLouis Alphonse Hyrvoix pense que le cent-garde victime de la plaisanterie était Prévost .. Leur carrure inhabituelle, leur prestance et la beauté de leurs uniformes troublaient les femmes et nombreuses furent celles qui succombèrent au charme des beaux cavaliers : . La réputation des cent-gardes dans ce domaine était matière à plaisanteries : une gravure humoristique de l'époque, publiée par le magasin Le Bon Marché, représente un officier des cent-gardes, de retour dans ses quartiers à l'issue d'un bal à la Cour, occupé à vider ses bottes remplies de billets doux déposés par des admiratrices pendant qu'il était immobile.
Il semble que Prévost se faisait particulièrement remarquer par sa plastique : Louis Alphonse Hyrvoix, ancien directeur de la police des résidences impériales in . .
À l'issue de son engagement, Prévost est libéré le avec, pour la seconde fois, un certificat de bonne conduite.
Carrière et comportement dans la police thumb|Uniformes des gardiens de la paix de Paris entre 1873 et 1894 Dès le il est engagé par la police municipale de Paris sur recommandation de ses chefs et titularisé Sergent de Ville un an plus tard, le . Mais le corps est dissout dès le , au lendemain de la chute du Second Empire. Il est presque immédiatement recréé sous une autre appellation et Prévost est engagé, dès le , en qualité de gardien de la paix. Il est attaché au poste de la rue de l'Évangile située dans le quartier de la Chapelle du arrondissement de Paris.
Si sa conduite a été irréprochable durant ses séjours dans l'armée, il n'en va pas de même lorsqu'il rejoint le corps de la police municipale de Paris. Le , il est réprimandé pour négligence dans son service. Le , il est blâmé pour avoir abandonné l’îlot qu'il devait surveiller et le 15 on lui inflige une retenue sur traitement pour avoir été surpris attablé chez un marchand de vin en uniforme. Toutefois il a été également félicité pour avoir maîtrisé le , au péril de sa vie, un cheval emporté ce qui lui vaut une prime.
Prévost n'a pas le contact facile : Il n'en demeure pas moins très serviable et adore les enfants. En dehors de ses heures de service, il lui arrive de raccompagner chez eux des gamins égarés, leur offrant des friandises achetées en chemin.
Son aspect varie beaucoup selon sa tenue : . Son succès auprès du beau sexe complique la vie de son chef : . On décide alors de l'exiler à la surveillance des chantiers de la gare du Nord où il n'y a que des hommes.
Crimes et châtiment Assassinat d'Alexandre Lenoble thumb|300px|Prévost dispersant les débris de Lenoble Le vers huit heures du soir, madame Thiéry, une habitante du quartier désert à cette heure, aperçoit à l'angle de la rue de la Chapelle et de la rue du Pré-Maudit la haute silhouette d'un homme vêtu d'une blouse de conducteur de bestiaux et coiffé d'une casquette de soie, penché sur le ruisseau qui passe là.. Intriguée, elle le surveille de loin et finit par le voir s'éloigner vers le boulevard Ney. Madame Thiéry s'approche prudemment de l'endroit qu'il a abandonné et y découvre, à moitié coincé dans une bouche d'égout, un paquet contenant de la viande fraîchement coupée. À ce moment survient un gardien de la paix du nom de Hardy, à qui elle montre sa découverte. Ils décident immédiatement d'aller porter le paquet au commissariat, mais prennent au passage l'avis d'un boucher et d'un pharmacien qui s'accordent à reconnaître un fragment de bras humain écorché. Des recherches sont aussitôt entreprises et permettent de retrouver soixante-dix-sept débris supplémentaires, dont trois sont récupérés à un chiffonnier qui s'apprêtait à les vendre pour être consommés... D'autres débris, dont une main et sont retrouvés dans le fossé des fortifications proche de la Poterne des Poissonniers. À la morgue de Paris, où les morceaux du cadavre sont transférés, l'on s'efforce de reconstituer le corps de la victime en assemblant, au fur et à mesure de leur découverte les sinistres restes. En définitive, seule la tête reste manquante, ainsi qu'un morceau qu'on ne retrouvera jamais car un miséreux .