James Woodforde, né le à Ansford en Angleterre, et mort le à Weston Longville (Norfolk), est un pasteur anglais célèbre pour le journal qu'il a quotidiennement tenu pendant près de , de 1759 jusqu'à sa mort.

Enfance et éducation James Woodforde est né le au presbytère d'Ansford, dans le Somerset, un comté de l'ouest de l'Angleterre. Sa vie de pasteur de l'Église d'Angleterre pourrait sembler monotone et sans grand intérêt s'il n'avait tenu, pendant près de , un journal où il notait le quotidien de la vie rurale dans l'Angleterre du .

Arrière-arrière-petit-fils de Robert Woodforde de Northampton, un autre diariste anglais du , James est le sixième enfant du révérend Samuel Woodforde, recteur d'Ansford et vicaire de Castle Cary, une localité voisine. Sa mère Jane Collins avait auparavant donné naissance à deux autres garçons (dont l'un mourra en bas âge) ainsi qu'à trois filles ; suivra un frère cadet, benjamin de la famille. James est le seul de la fratrie à fréquenter une public school (Winchester College) avant de faire des études universitaires à New College (Oxford), à l'époque un important établissement de formation pastorale. Le journal de James Woodforde débute le , date de son entrée dans ce collègeHughes (éd.), ..

Woodforde est ordonné diacre en 1763, quelques jours avant d'obtenir son baccalauréat ès arts (BA), grade qui correspond plus ou moins à une licence ès lettres actuelle. Il obtient sa maîtrise ès arts (MA) en 1767 et devient « bachelier ès théologie » (BD, c'est-à-dire Bachelor of Divinity) en 1775. Il semble avoir été un étudiant sérieux mais sans éclat. Il réside à New College à deux reprises : au cours de sa scolarité (1759-1763), puis en tant que fellow (1773-1776). De ce qu'il brosse de la vie universitaire à Oxford, on retient surtout de nombreuses libations (au porto et à la bière brune) qui rythment aussi bien le quotidien estudiantin que celui du corps enseignant.

Carrière Son baccalauréat ès arts en poche, Woodforde quitte l'université en 1763 et retourne dans le Somerset où il officie comme vicaire pendant dix ans, d'abord quelques mois à Thurloxton, puis un an à Babcary, deux localités du Somerset proches d'Ansford. Il est ordonné prêtre à Wells en 1764Beresford (éd.), .. Dès lors et jusqu'en 1773, il remplace son père vieillissant à Ansford et à Castle Cary. Cette période de sa vie foisonne des noms de son abondante parenté et des nombreux amis de la famille. Il y mentionne aussi les démêlés qu'il a avec ses deux frères : l'aîné Heighes, un avocat souvent à court d'argent, et le cadet John (« Jack »). Ce dernier, par un temps employé chez un quincaillier, est surtout porté sur la bouteille ; il ramène à l'annexe du presbytère partagée avec James des compagnons peu fréquentables, quand il ne se blesse en tombant de cheval, ivre mort à l'issue de soirées trop arrosées. vignette|gauche|L'Église de Tous-les-Saints de Weston Longville en 2001. À la mort de son père en 1771, James ne peut se faire attribuer les deux paroisses dont celui-ci avait le bénéfice : il comprend trop tard qu'il lui aurait fallu s'attirer les bonnes grâces de la châtelaine locale. Son oncle Thomas, régisseur de celle-ci, est plus habile : il parvient à supplanter James par son fils Francis, devenant ainsi le « pire ennemi » du diariste. Trop timide, celui-ci échoue également dans la cour qu'il fait à Betsy White, la nièce de son oncle White, le seul véritable amour de sa vie. Il retourne alors dans son collège d'Oxford où il devient principal adjoint. Il est aussi durant un an l'un des deux « pro-procteurs » de l'universitéBeresford (éd.), ., chargés d'aider les deux « procteurs » à maintenir la discipline. Procteurs et pro-procteurs ont fort à faire pour interdire aux étudiants, passée une certaine heure, les débits de boisson et les salles de billard de la ville. En Hughes (éd.), ., New College lui octroie le bénéfice de la paroisse de Weston Longville, dans le Norfolk, un comté situé au nord-est de Londres. Ce bénéfice est l'un des mieux rémunérés de ceux gérés par le collège, avec Approximativement . de rente. Il établit sa résidence à Weston en .

Malgré ce qu'il dut ressentir comme un arrachement à son Somerset natal où il abandonne famille et amis, il s'installe vite dans une confortable vie de célibataire. Il décrit Norwich, la capitale du Norfolk distante d'une quinzaine de kilomètres, comme « de loin la plus belle Ville d'AngleterreHughes (éd.), . » et aime faire à plusieurs reprises quelques escapades sur le bord de mer où il apprécie la « charmante PlageHughes (éd.), . » de Yarmouth. Il héberge d'abord son neveu Bill qui s'engage dans la marine après avoir engrossé l'une de ses servantes, puis fait venir à Weston sa nièce Nancy qui va lui tenir compagnie jusqu'à sa mort.

Dans le Norfolk, sa vie sociale est un peu moins foisonnante que dans le Somerset, mais il apprécie la compagnie du clergé local. Ses collègues avaient coutume, dans ce qu'ils appelaient le « Rotation Club », de faire régulièrement de bons repas chez chacun d'eux tour à tourDe nombreuses références à ce « Rotation Club » à partir du 13 janvier 1777.. C'est l'occasion pour lui de noter scrupuleusement les nombreux plats, surtout de viande, qui y sont consommés. On reste stupéfait devant des menus pour une dizaine de personnes comprenant brochet de trois pieds de long, plusieurs poulets, gigot, pièce de bœuf, etc.

Les années passent, rythmées par les invitations à manger chez les uns et chez les autres, par les manifestations culturelles (essentiellement musicales) qu'il s'octroie à Norwich, et par ses relations amicales avec John Custance, châtelain local et gentilhomme de la Chambre du roi. Accompagné de sa nièce Nancy qui trouve la vie dans le Norfolk particulièrement morose, Woodforde fait aussi presque chaque été le long trajet qui le ramène dans son Somerset natal, où il se fait héberger plusieurs mois par sa sœur Jane et son beau-frère Pounsett. Il transite habituellement par Londres où il en profite pour faire un peu de tourisme et de shopping. Il est ainsi témoin, en 1795, de scènes de révolte sur le passage du carrosse royal (le roi George III se fait huer et insulter, et une balle est même tirée, mais sans faire de victimesHughes (éd.), ). Faisant suite aux Émeutes de Birmingham de 1791 et inspirés des événements révolutionnaires qui se déroulent en France, ces mouvements de foule l'effraient au plus haut point. Sur la fin de sa vie, Woodforde se plaint de plus en plus fréquemment d'immobilisations liées à la goutte et à l'hydropisie. Il meurt dans son presbytère de Weston le .

Le Journal d'un pasteur de campagne James Woodforde a tenu quotidiennement son journal du , marquant son arrivée à New College (Oxford), pratiquement jusqu'à sa mort, puisque la dernière entrée date du et qu'il meurt moins de trois mois après, le de l'année suivante. Tenir un journal était, chez les Woodforde, une habitude assez répandue. Le trisaïeul de James, Robert Woodforde de Northampton (1606-1654), en tenait un au siècle précédent. Sa nièce Nancy ainsi que les trois filles de son neveu Bill en tinrent par la suite.

Probablement sur les recommandations de son père, Woodforde utilise son journal pour noter ses moindres dépenses, y compris les aumônes de quelques penceApproximativement un ou deux euros. qu'il fait aux pauvres de la paroisse. Il note aussi occasionnellement quelques observations météorologiques, mais surtout les naissances, les mariages et les décès, ses allées et venues, les maladies et les fêtes. Le Journal relate non seulement ses relations avec le châtelain local, mais aussi avec ses propres domestiques, avec les fermiers des environs, avec le menuisier et l'aubergiste, etc. Le Journal est ainsi une source inestimable d'informations pour l'historien, tandis que le commun des lecteurs se laisse transporter dans la ruralité de l'Angleterre du .

Le style, au début télégraphique et se rapprochant de celui d'un livre de comptes, est simple, direct, informel et même familier. Les extraits suivants permettent de s'en faire une idée :

Le manuscrit complet (72 carnets et 100 feuillets) se trouve déposé à la Bibliothèque bodléienne d'Oxford. Il a surtout été publié sous la forme d'extraits, allant d'unHughes (éd.) à cinqBeresford (éd.) volumes, dont il ne semble exister aucune traduction en français. Une édition intégrale en 17 volumes a été publiée par la Parson Woodforde Society . Virginia Woolf était l'une des très nombreuses personnalités du monde anglo-saxon à soutenir l'originalité et l'intérêt du Journal d'un pasteur de campagne.

Arbre généalogique simplifié de la famille Woodforde

Cet arbre simplifié est destiné à aider le lecteur du Journal. Il a été principalement établi à partir des Brief Biographies qui se trouvent à la fin des extraits du Journal sélectionnés par D. HughesHughes (éd.), ..

Un des neveux de James Woodforde, Samuel Woodforde, a été un artiste-peintre suffisamment reconnu pour faire partie de la Royal Academy.

Notes et références

Sources

Beresford, J. (éd.), The Diary of a Country Parson, 5 vol., Oxford University Press, 1924-1931, republié en 1968. Hughes, D. (éd.), The Diary of a Country Parson, The Revd James Woodforde, Folio Society, Londres, 1992, republié en 2015. Winstanley, R.L., Revd P. Jameson & H. Edwards (éd.), The Diary of a Country Parson, édition intégrale en 17 vol., Parson Woodforde Society. [Le volume 9 est épuisé.]

Liens externes

Parson Woodforde Society - Société se consacrant à l'étude de la vie de Woodforde.

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