(en italien ), né le à Turin et mort le à Monza, de la maison de Savoie, est roi d'Italie du jusqu'à son assassinat. Il est le fils de et d'Adélaïde de Habsbourg-Lorraine.

Son règne a vu l'Italie tenter une expansion coloniale dans la Corne de l'Afrique, gagnant avec succès l'Érythrée et la Somalie malgré la perte de l'Abyssinie à la bataille d'Adoua en 1896. En 1882, il approuve la Triplice avec l'Empire allemand et l'Autriche-Hongrie.

Profondément détesté par les anarchistes et la gauche, il fut durement combattu pour son conservatisme rigide (qui devint amer dans les dernières années du règne). Son implication indirecte dans le scandale de la Banca RomanaSergio Romano, La storia sul comodino: personaggi, viaggi, memorie, Greco & Greco Editori, Milano, p. 87., l'approbation des répressions des soulèvements populaires de 1898 et l'honneur accordé au général Fiorenzo Bava Beccaris pour l'étouffement sanglant des manifestations de mai de la même année à Milan, constituent des actions et conduites politiques qui lui ont coûté au moins trois attentats en 22 ansBenedetto Croce, Storia D'Italia dal 1871 al 1915, Bibliopolis, Napoli, 2004. jusqu'à celui de Monza, le , de l'anarchiste Gaetano Bresci, qui lui sera fatal.

Certains se souviennent positivement du monarque pour son attitude face à des catastrophes telles que l'épidémie de choléra à Naples en 1884, faisant personnellement de son mieux pour aider (c'est pourquoi il était surnommé « Re Buono »« Bon Roi »), et pour la promulgation du dit Code Zanardelli, qui a apporté quelques innovations au code pénal, comme l'abolition de la peine de mort.

Il reçut le surnom de « Re Mitraglia »« Roi Mitraille » des anarchistesNapoleone Colajanni, L'Italia nel 1898, Galzerano, 1998, p. 7. Il fut également destinataire d'une des Wahnbriefe (lettres pour la folie) de Friedrich Nietzsche. Le style humbertien, style artistique et architectural, tire son nom d'.

Biographie

Enfance et jeunesse vignette|Humbert, enfant, avec sa mère Adélaïde d'Autriche.|gauche vignette|Humbert, prince héritier.|gauche Fils du futur roi Victor-Emmanuel II et de l'archiduchesse Adélaïde de Habsbourg-Lorraine, Humbert nait à Turin, alors capitale du royaume de Piémont-Sardaigne, le , jour du anniversaire de son père. Il est baptisé avec les noms d'Umberto Rainerio Carlo Emanuele Giovanni Maria Ferdinando Eugenio : le premier en l'honneur du fondateur de la dynastie savoyarde, Humbert, comte de Savoie, le dernier en mémoire du plus illustre représentant de la branche cadette de la maison de Savoie-Carignan, à laquelle il appartient aussi.

Ses parrains et marraines sont ses grands-parents paternels, Charles-Albert, roi de Sardaigne et son épouse Marie-Thérèse de Habsbourg-Toscane, prenant la place de leur gendre, à savoir Rainier d'Autriche, vice-roi du Lombardie-Vénétie et Élisabeth de Savoie-Carignan, sœur de Charles-Albert. Humbert reçoit immédiatement le titre de prince de Piémont, qui est toujours attribué au premier-né de la maison régnante. Sa naissance est grandement célébrée par le peuple piémontais, ainsi que par la famille royale, qui peut ainsi voir la descendance masculine assurée. Il passe toute son enfance, avec son frère cadet Amédée, au château de Moncalieri où il reçoit une formation essentiellement militaire, ayant le général Giuseppe Rossi comme tuteur et quelques autres militaires parmi ses professeurs ; cette discipline sévère forme son caractère, le transformant cependant à l'âge adulte en une personne sèche aux idées limitées, même si d'autres le considèrent comme « loyal, ouvert, gentil » et cordialCarlo Casalegno, La regina Margherita, Einaudi, Torino, 1956, pag. 27 ; Giovanni Artieri, Cronaca del Regno d'Italia, vol. I, Mondadori, Milano, 1977, pag. 145 et suivantes ; Edmondo De Amicis, Cuore, La Sorgente, Milano, 1974, ss.. Très attaché à sa mère, Humbert subit un profond traumatisme lorsqu'elle meurt prématurément, le .

Son éducation est confiée, entre autres, à Massimo d'Azeglio et Pascal-Stanislas Mancini.. En tant que prince héritier, Humbert se méfie de son père, qui ne lui donne aucune formation en politique ou en gouvernement constitutionnel ; il est élevé sans affection ni amour. Au lieu de cela, il apprend à être obéissant et loyal, doit se tenir au garde-à-vous chaque fois que son père entre dans la pièce, et lorsqu'il lui parle, il doit d'abord se mettre à genoux pour lui baiser la main. Le fait qu'Humbert doive baiser la main de son père avant de lui parler en public et en privé jusqu'à la mort de celui-ci, a beaucoup contribué à la tension entre les deux..

Embarqué dans une carrière militaire en , il débute avec le grade de capitaine dans l'armée de terre sarde. Plus tard, il participe à la campagne d'Italie (1859), se distinguant lors de la bataille de Solférino et de la bataille de San Martino en 1859. En 1859, soutenu militairement par la France contre l'Autriche et après avoir annexé les différents états Italiens (duché de Parme et Plaisance, duché de Modène et Reggio, grand-duché de Toscane, royaume des Deux-Siciles et une partie des États pontificaux), son père est proclamé roi d'Italie et établit sa capitale à Florence (guerre du Risorgimento). Les princes souverains condamnés à l'exil se réfugient en Autriche. La même année, consacrant l'alliance du royaume de Sardaigne avec le Second Empire français, sa sœur, la princesse Marie-Clotilde de Savoie épouse le prince Napoléon-Jérôme Bonaparte. Des cinq frères cadets du prince de Piémont, les trois plus jeunes mourront en bas âge ; le prince Othon, atteint d'une maladie génétique, mourra à l'âge de 20 ans.

Devenu héritier du trône d'Italie après la naissance du royaume d'Italie (1861-1946) le , Humbert devient major général en 1863 et lieutenant général en 1864 ; il ne manque pas de compléter sa formation par de nombreux voyages à l'étranger, comme lorsqu'en 1863 il accompagne à Lisbonne sa sœur Maria Pia de Savoie, filleule du pape Pie IX, qui épouse Louis , roi de Portugal,, tandis que l'année suivante, il visite quelques cours européennes amies de l'Italie ; en 1865, il est en visite à Londres alors que des émeutes éclatent à Turin pour protester contre le transfert de la capitale à Florence.

En 1866, il est également à Paris, envoyé par son père pour une conversation privée avec l' empereur Napoléon III au sujet du conflit imminent qui va éclater avec l'Autriche. Toujours en 1866, il participe avec son frère Amédée à la troisième guerre d'indépendance italienne. Arrivé au front des opérations en Vénétie, Humbert prend le commandement de la XVIe Division d'infanterie et participe avec vaillance à l' affrontement de Villafranca di Verona le , qui suit la défaite italienne lors de la bataille de Custoza (1866). Il est l'un des commandants militaires italiens, parmi ceux qui sont entrés en action, dont l'unité n'est pas été forcée de battre en retraite par les Autrichiens, réussissant plutôt à repousser les attaques nombreuses et violentes des Uhlans Impériaux et Royaux autrichiens et remportant, pour cela, la médaille d'or de la valeur militaire.

En 1866, les tractations diplomatiques faisant suite à la guerre austro-prussienne accordent la Vénétie à la France de Napoléon III, protecteur des États pontificaux, qui la rétrocède immédiatement à son allié Italien. En 1870, la défaite de la France face au royaume de Prusse provoque la chute du Second Empire. Délié de ses engagements envers Napoléon III, le roi d'Italie annexe le reste des États pontificaux. Le pape Pie IX, s'estimant prisonnier du souverain Italien, se cloître dans le palais du Vatican. Vainqueur, le roi d'Italie n'en est pas moins considéré par ses pairs comme un usurpateur et un sacrilège et son antique maison comme une dynastie parvenue. Le prince de Piémont atteint l'âge d'homme mais les cours d'Europe répugnent à donner une de leurs filles en mariage à l'héritier d'un trône honni.

Mariage vignette|Mariage à Turin le 22 avril 1868.|gauche vignette|Marguerite et Humbert lors de leur séjour napolitain. En raison du bouleversement que les Savoie ont causé à un certain nombre d'autres maisons royales (toutes les maisons italiennes et celles qui leur sont étroitement liées, comme la maison de Bourbon (Espagne) et la maison capétienne de Bourbon de France), seule une minorité de familles royales dans les années 1860 sont disposés à établir des relations avec la famille royale italienne nouvellement fondée. Il s'avère difficile de trouver une épouse royale pour l'un ou l'autre des fils du roi Victor Emmanuel II (son fils cadet Amédée épouse finalement un sujet piémontais, la princesse Maria Vittoria dal Pozzo). Leur conflit avec la papauté n'aide pas ces questions. Peu d'épouses royales catholiques éligibles sont facilement disponibles pour le jeune Humbert.

Dans ces années, Humbert a eu une relation sentimentale avec la duchesse Eugenie Attandolo Bolognini Litta, dont le lien est ensuite été renforcé par la naissance de son fils AlfonsoRITRATTO DELLA DUCHESSA EUGENIA LITTA VISCONTI ARESE BOLOGNINI ATTENDOLO lombardiabeniculturali.it (décédé en bas âge) et qui durera toute sa vie. Cependant, Humbert sait qu'il doit se soumettre à un mariage de convenance, voulu par son père pour des raisons d'État. En effet, immédiatement après la fin de la troisième guerre d'indépendance, qui a conduit à l'unification de la Vénétie au royaume d'Italie, Victor-Emmanuel II songe à faire la paix avec la maison de Habsbourg par un mariage politique, après l'alliance temporaire avec la Prusse de Otto von Bismarck.

Au départ, Humbert doit épouser l'archiduchesse Mathilde de Teschen, descendante d'une branche cadette de la maison impériale autrichienne, mais elle décède tragiquement, brûlée par le feu de sa robe (elle tentait de cacher une cigarette à son père), à l'âge de 18 ans. Cette possibilité écartée, le Premier ministre de l'époque, Louis-Frédéric Ménabréa, propose pour épouse la cousine germaine d'Humbert âgée de 17 ans, Marguerite, princesse de Savoie, fille de Ferdinand de Savoie, duc de Gênes, frère du roi, et d'Élisabeth de Saxe. À contrecœur au début, le roi d'Italie finalement accepte.

Humbert et Marguerite se marient à Turin le ; c'est le « mariage du siècle » de l'époque, et pour cette occasion le roi crée le corps des cuirassiers royaux, qui doivent servir d'escorte à la procession royale, et l'ordre de la Couronne d'Italie, pour tous ceux qui se sont distingués au service de la nation. La destination de la lune de miel est quelques villes italiennes, pour mieux faire connaître les futurs monarques italiens à la population puis, après un séjour à la Villa Royale de Monza, les jeunes mariés partent en voyage officiel à Munich et Bruxelles, où ils sont chaleureusement accueillis.

De retour en Italie, le couple royal s'installe à Naples où, la princesse étant enceinte, il est décidé de donner naissance à l'héritier du trône. Le choix de la ville napolitaine n'est pas fortuit, mais bien conçu à des fins de propagande, pour mieux faire remarquer la maison de Savoie aux populations méridionales, encore en partie nostalgiques de la maison de Bourbon-Siciles. L'heureux événement a lieu le : le nouveau-né, nommé Victor-Emmanuel, comme son grand-père, est nommé prince de Naples.