Cambridge Analytica LTD (ou « CA ») est une société britannique de combinant des outils d'exploration et d'analyse des données. Créée le (selon la Companies House, le registre du commerce britannique), ou en 2013 (selon Nazzareno Tirino) comme une filiale des Strategic Communication Laboratories (Groupe SCL) spécialisée en politique américaine. Créée sous le régime juridique de Private limited Company avec comme adresse Fairfield Shotley Road, Chelmondiston, Ipswich dans le Suffolk (une adresse partagée par une quinzaine de compagnies), elle établit des bureaux à Londres, New York et Washington. La famille du milliardaire conservateur Robert Mercer est son principal financeur. Le nom Cambridge Analytica évoque celui d', une institution fondée en 1975 à Oxford par le , mais a priori sans rapport avec elle.
Cambridge Analytica se retrouve en 2018 au cœur d'un scandale mondial, pour avoir organisé l'« aspiration » des données personnelles de d'utilisateurs de Facebook dans le but de cibler des messages favorables au Brexit au Royaume-Uni et à l'élection de Donald Trump aux États-Unis en 2016. Ce scandale provoque en la mise en faillite et la disparition de Cambridge Analytica dont les algorithmes et dirigeants se retrouvent ensuite chez Emerdata Limited, alors qu'en , l'ancien patron de Cambridge Analytica Alexander Nix est condamné à sept ans d'interdiction de diriger une entreprise pour cause de « comportement dépourvu d'éthique » . En , Meta, propriétaire de Facebook, accepte de payer 725 millions de dollars pour mettre fin au procès lancé en 2018, sans pour autant reconnaître une infraction.
Historique En 2012, Steve Bannon et Robert Mercer, tous deux américains et fortement opposés à l'establishment américain, s'intéressent aux travaux de Patrick Caddell (Patrick Hayward « Pat » Caddell, né le ). Cet ancien sondeur démocrate a identifié dans la société américaine un très fort « courant anti-élites » qui pourrait favoriser l'émergence d'un candidat extérieur aux élites des partis républicain et démocrate.
Bannon et Mercer décident de favoriser l'émergence d'un tel candidat.
Selon Christopher Wylie, Cambridge Analytica a pour origine un projet de Alexander Nix (PDG de SCL Group) que ce dernier a présenté à l'automne 2013, en présence de Wylie (data scientist) à Stephen Bannon et Robert Mercer, lors d'une réunion organisée dans l'appartement de Rebekah Mercer (fille de Robert).
Nix et son équipe savent que Bannon considère que la politique devrait se concevoir et se mener comme une guerre, mais ils découvrent qu'il souhaite aussi donner à ce projet un vernis académique et expérimental.
Pour le satisfaire, ils créent un . Nix, devant Bannon et Mercer, insiste sur le fait que SCL a travaillé pour l'OTAN, l'Armée britannique, le MI6 et que Nix est lui-même Etonien, ce qui contribue à convaincre les deux américains d'investir 15 millions dans le projet.
Ils choisissent alors de nommer cette filiale de SCL Cambridge Analytica. Selon Wylie, Steve Bannon a insisté pour que « Cambridge » fasse partie du nom de la société, afin de l'associer à la science et au prestige de l'Université.
L'entreprise ne doit pas apparaître comme d'origine américaine ; les statuts sont donc déposés à Londres par Alastair MacWillson qui en sera directeur. Nix en est le PDG, et Bannon l'administrateur et vice-président. Rebekah Mercer est également administratrice.
Wylie insistera dans l'un de ses témoignages filmés sur le fait que Cambridge Analytica n'est pas qu'un groupe de scientifiques, de psychologues et d'analystes stratèges utilisateurs du big data. L'entreprise s'est aussi dotée d'une équipe interne de créatifs (photographes, vidéastes, designers…). Cette équipe préparait les contenus et forme de message, ensuite donnés à une « équipe de ciblage » qui choisissait à qui et comment les injecter dans l'internet (dont parfois via des faux sites internet ou blogs créés de toutes pièces aux seules fins de modifier les opinions et comportements des personnes « cibles », au risque de diviser la société, avec des conséquences que l'on ignore étant donné la nouveauté de cette « expérience »).
Toujours selon Wylie, en dépit des affirmations mensongères faites par Alexander Nix à la commission d'enquête (Nix y avait affirmé que Cambridge Analytica n'avait jamais utilisé de données venant de Facebook), cette start-up a bien été créée et pensée, dès le départ, pour utiliser les données de Facebook. En effet, un des premiers investissements de Cambridge Analytica, a été de consacrer 1 million de dollars à acheter les données personnelles collectée sur Facebook par la start-up d'Aleksandr Kogan, données sensibles. Ces données seront à la base des algorithmes construits par l'entreprise, afin dans un premier temps d'influencer les élections de mi-mandat de 2014, à partir de 50 à 60 millions de profils Facebook collectés au début 2014.
Robert Mercer qui est créateur et largement le premier financeur de la filiale exige en retour l'accès aux services de la société. L'entreprise jouera ensuite rapidement un rôle dans bien d'autres référendums et campagnes électorales de personnalités du parti républicain.
En 2014, dans les mois suivant sa création, Cambridge Analytica est déjà impliquée dans ..
En 2015, elle est engagée dans la campagne présidentielle de Ben Carson, puis celle de Ted Cruz.. La campagne de Ted Cruz dépense près de de dollars pour les services de Cambridge Analytica. Après l'échec de la campagne de Cruz, elle travaille à partir de pour la campagne présidentielle de Donald Trump, une fois celui-ci investi par le Parti républicain. Steve Bannon prend officiellement la tête de la campagne de Donald Trump deux mois plus tard.
En 2016, elle travaille également pour la campagne pro-Brexit, ce qui débouche sur un important scandale portant sur l'« aspiration » des données de plusieurs dizaines de millions d'utilisateurs de Facebook à leur insu, et afin de les influencer (via la société-sœur de Cambridge Analytica, créée en même temps qu'elle, mais au Canada : AggregateIQ et la plateforme logicielle qu'elle a créée : Ripon).
Après que ses opérations massives et illégales en faveur de la victoire du « » lors du référendum britannique, puis de l'élection de Donald Trump, ont été dévoilées, la société annonce l'arrêt de toutes ses opérations, qui semblent avoir été reprises par la société Emerdata Limited, basée dans les mêmes bureaux et ayant en majorité les mêmes directeurs.
Lieux d'opérations d'influence Cambridge Analytica a au moins été directement active aux États-Unis, en Inde et au Royaume-Uni. L’entreprise a dans ces pays aidé d’autres entreprises à s’impliquer dans les stratégies d'influence électorale et politique. Selon d'anciens employés, de nombreux gouvernements de pays en développement ont aussi influencé les masses électorales avec l'aide de cette société.. La stratégie la plus courante de groupe SCL/Cambridge Analytica était de signer un contrat gouvernemental avec le parti au pouvoir (souvent un projet présenté comme en faveur de la santé, mais qui était en réalité une couverture pour faire circuler des messages favorisant la réélection d'un ministre ou président).
Selon The Guardian (2017), les enquêtes sur plusieurs affaires ont aussi mis en évidence des indices de liens organiques et d'intérêts politico-industriels et/ou politico-financiers, sous-jacents, entre le Brexit, le parti de Donald Trump, certains groupes de soutiens à Trump et à son administration, la Russie et la Grande-Bretagne.
Fonctionnement Selon l'un des anciens employés, jusque fin 2012, le groupe SCL (maison-mère) n'était que l'une des nombreuses sociétés d'analyse de données et de conseil existant de par le monde, utilisant divers moyens d'influence basés sur la psychologie.
SCL aurait radicalement changé en 2013, en adoptant de véritables méthodes de guerre psychologique, après qu'en janvier, une stagiaire ait rencontré le directeur général du groupe SCL, Alexander Nix, en lui suggérant les prémisses d'une nouvelle stratégie. Elle lui aurait dit : Vous devez vraiment entrer dans les données, en mentionnant une entreprise appartenant à l'une des connaissances de son père : Palantir Technologies.
Palantir est une société d'exploration de données qui avait déjà de nombreux contrats avec des gouvernements dans le monde. Aux États-Unis, Palantir travaille avec la communauté du renseignement des États-Unis, et notamment avec la NSA, la CIA et le FBI., ainsi qu'avec différents acteurs du système de défense américain, comme les US Marines, l'US Air force et les Opérations spéciales. Elle travaillait aussi pour plusieurs services de police du pays comme le NYPD, le LAPD.. Elle a aussi travaillé durant quelques années en France avec la Direction générale de la Sécurité intérieure du pays., tout en se diversifiant dans les secteurs de la finance, de l'assurance, de la santé et des biens de consommation. Palantir appartient à Peter Thiel (milliardaire cofondateur de PayPal, principal investisseur de Facebook, et devenu premier partisan de Trump dans la Silicon Valley).
Selon The Guardian, c'est après cette suggestion d'une ancienne stagiaire que Cambridge Analytica se lie à la Silicon Valley, Google, Facebook et une poignée de parties prenantes qui seront au centre d'un .
thumb|left|Alexander Nix, PDG de Cambridge Analytica, en novembre 2017.
En 2016, selon Alexander Nix, PDG de Cambridge Analytica, . Cambridge Analytica avant d'organiser sa faillite, se présentait comme spécialiste en aide à la communication politique, affirmant innover dans ce domaine.
En 2017, des journalistes d'enquête et des scientifiques spécialistes de la communication par Internet s'aperçoivent alors que l'algorithme de recherche de Google est détourné par des sites extrémistes. Une cartographie de ces sites sur l'Internet et le darknet montre un vaste système d'actualités, de communication et de fake-news « alt-right » (extrême droite américaine), en partie lié à Cambridge Analytica, qualifié par J Albright de . Certains journalistes d'investigation comme Carole Cadwalladr déduisent de leurs enquêtes que Robert Mercer et Steve Bannon (ex-vice-président de Cambridge Analytica, puis assistant clé et stratège en chef de Donald Trump) sont deux personnages clé de ce système œuvrant notamment à contrôler, contourner, discréditer, acheter ou briser les médias traditionnels au profit de diffusions de faits alternatifs, du déni, d'une histoire reconstruite et d'une propagande de droite (qui a notamment porté Donald Trump au pouvoir et conduit à l'Assaut du Capitole par des partisans de Donald Trump).
Les objectifs de Mercer ne sont ni clairs ni publics, mais on sait que cet informaticien, pionnier de l'intelligence artificielle, devenu milliardaire, est aussi copropriétaire de l'un des fonds spéculatifs les plus étonnamment performants de la planète (Renaissance Technologies) au rendement annuel quasi miraculeux de 71,8 %. Il est ensuite apparu qu'il était aussi un proche ami de Nigel Farage, l'ancien leader du Parti du Brexit parti (renommé Reform UK pour persister après le Brexit). Andrew Bruce Wigmore est un activiste politique anglais, ancien diplomate britannique, associé d'Arron Banks et de Nigel Farage. Ces trois personnages, brexiteurs-clé, se sont autoproclamés . Wigmore était directeur de la communication de l'organisation pro-Brexit Leave.EU. Selon Wigmore, Mercer a utilisé et dirigé Cambridge Analytica pour la campagne pro-Brexit Leave .