Le musée Saint-Raymond, musée d'Archéologie de Toulouse, ou plus simplement musée Saint-Raymond, anciennement musée des Antiques, est le musée archéologique de Toulouse ouvert en 1892. Il est installé dans les murs de l'ancien collège universitaire Saint-Raymond datant du Site du musée : Un musée dans un monument historique. qui voisine avec la basilique Saint-Sernin. Il conserve et présente des collections archéologiques de la protohistoire au haut Moyen Âge, essentiellement des périodes Celtes, romaine et paléochrétienne.
Histoire du bâtiment
À l'origine se trouvait à cet emplacement une nécropole chrétienne remontant au qui s'étendait de part et d'autre de la voie romaine autour de la tombe de Saturnin, premier évêque de Toulouse., à proximité de la basilique Saint-Sernin..
Dans les années 1075-1080, à la place du bâtiment actuel, un hôpital réservé aux pauvres et aux pèlerins faisant le chemin de Saint-Jacques de Compostelle par la via Tolosane est fondé par Raymond Gayrard et financé par les comtes de Toulouse. À son décès, autour de 1120, Raymond Gayrard est inhumé dans la chapelle Saint-Jean attenante à l'hôpital qui prit le nom de chapelle Saint-Raymond en 1122.
Sur décision de l'abbé de Saint-Sernin, le lieu devient au , au moment où est créée l'Université, le collège Saint-Raymond, réservé aux étudiants pauvres de l'université de Toulouse. Il conservera cette fonction jusqu'à la Révolution française.
À la suite d'un violent incendie à la fin du , Martin de Saint-André, évêque de Carcassonne, le fait reconstruire au même emplacement.. Le bâtiment actuel, daté de 1523, est l'œuvre du maçon Louis Privat, qui réalisera quelques années plus tard l'hôtel de Jean de Bernuy. Il a été financé en partie par Martin de Saint-André, prieur du collège, et son père, Pierre de Saint-André. Au rez-de chaussée, le tinel, qui comportait une grande cheminée, servait de salle de réception et de réfectoire, et l'étage était consacré aux chambres des étudiants.
À la Révolution, le collège se trouva abandonné à la suite de la suppression de ces institutions. La Ville de Toulouse l'achète en 1836 pour le destiner à des fonctions diverses, telles que celles d'écuries et de caserne. En 1852-1853, lors du réaménagement de la place Saint-Sernin, seul l'édifice qui abrite le musée, pourtant alors très dégradé, échappe aux démolitions grâce à l'intervention d'Alexandre Du Mège, Prosper Mérimée et Eugène Viollet-le-Duc. Entre 1868 et 1871, il est restauré par Eugène Viollet-le-Duc. qui supprime les traces de la chapelle démolie et construit une quatrième tourelle d'angle, ajoute deux murs de refend à l'intérieur et de nombreuses cheminées crénelées qui accentuent l'aspect médiéval de l'ensemble. Il construit également une maison néogothique dans l'ancienne cour du collège, devenue jardin. Le bâtiment sert alors de presbytère à la basilique Saint-Sernin jusqu'au , date à laquelle la ville souhaite récupérer le monument pour y installer la Bourse du travail ou les Académies et Sociétés savantes et finit par opter pour l'installation d'un musée.
Avec le collège de Foix et le collège de Périgord, il est l'un des rares témoignages toujours existants de l'architecture universitaire toulousaine de la fin du Moyen Âge.
Histoire du musée
Le lieu devient « musée d'art décoratif ancien et exotique » par arrêté municipal daté du et il est inauguré le . par le maire Camille Ournac en présence de Jean Jaurès, conseiller municipal. Il est alors réservé aux « petites Antiquités », c'est-à-dire aux œuvres de petites dimensions (objets ethnographiques, objets d'art, mobilier, monnaies et médailles et objets archéologiques), toutes périodes confondues. Il sert ainsi à décharger le musée des Augustins alors en travaux et dans l'impossibilité de les exposer.
Le bâtiment est adapté à ses nouvelles fonctions par l'architecte Arthur Romestin, et des escaliers, cloisons et placards sont abattus afin de créer des espaces d'exposition plus vastes. De nombreuses fenêtres sont percées afin de mieux éclairer les salles.
Extraits des discours d'inauguration le . :
Le musée est profondément réorganisé par Émile CartailhacLe Muséum de Toulouse et l'invention de la Préhistoire, 2010 . qui en prend la direction en 1912. Dans les années 1920, on fait percer par l'architecte Arthur Romestin trois grandes fenêtres afin d'éclairer davantage la salle d'exposition. Cette modification vaut au musée un déclassement par la commission des Monuments historiques en 1925 ; il faudra attendre cinquante ans pour qu'il retrouve son statut. Henri Ramet le nomme en 1935 le « musée de Cluny de Toulouse ».. En 1939 est créée la Société des Amis du Musée Saint-Raymond et de l'art ancien. Le musée est réaménagé en 1946-1950 par Robert Mesuret et devient, en 1949 sous sa direction, le musée archéologique de Toulouse. Il reçoit ainsi les collections de l'Antiquité et du haut Moyen Âge de la ville. Il retrouve son classement de monument historique par arrêté du .
Dans les années 1978-1982, en raison de la vétusté des lieux, un nouveau projet de réhabilitation de l'ensemble est lancé sous la direction d'Yves Boiret, architecte en chef des monuments historiques. Les travaux débutent en 1981-1982 par la réfection du toit, victime d'infiltrations d'eau, qui retrouve son aspect d'avant la restauration de Viollet-le-Duc. Elle permet l'aménagement d'un deuxième niveau sous combleVoir sur societes-savantes-toulouse.asso.fr... En 1980, afin de libérer l'ensemble des espaces du bâtiment, soit , et de les ouvrir au public, la ville de Toulouse fait l'acquisition de l'immeuble voisin situé au 11 rue des Trois-Renards pour y transférer les bureaux et services techniques et y créer des salles de réunion, de documentation et la bibliothèque de la conservation. Un autre bâtiment est construit entre 1992 et 1994 dans le quartier de Bourrassol pour y accueillir les réserves.
Une nouvelle étude de réaménagement est menée sous la direction de l'architecte en chef des monuments historiques, Bernard Voinchet, en 1992 et un réaménagement complet est décidé par Dominique Baudis, maire de Toulouse, en 1994. Entre 1994 et 1996, des fouilles archéologiques sont entreprises pour mettre au jour la nécropole de Saint-Sernin, située à proximité du tombeau du martyr saint Saturnin, et ses sépultures remontant au . C'est à cette occasion qu'est découvert le four à chaux datant du et aujourd'hui visible in situ. Le musée rouvre ses portes au public le samedi , après plus de quatre années de rénovation au cours desquelles le bâtiment a retrouvé son aspect originel de 1523 et une partie de l'ancienne nécropole paléochrétienne datant du a été mise au jour.
Conservateurs
Transferts et répartition des collections toulousaines
1892 : séparation des œuvres monumentales conservées au musée des Augustins et des petits objets conservés au musée Saint-Raymond. 1931 : la collection ethnographique est transférée au Muséum de Toulouse. 1950 : les collections lapidaires antiques sont transférées du musée des Augustins au musée Saint-Raymond. 1961 : transfert au musée Paul-Dupuy des collections postérieures à la période mérovingienne. 2023 : la momie In Imen et la collection égyptienne, clou du musée Labit (fermé pour cause de travaux), retournent au musée Saint-Raymond..
Collections Constitution des collections
Le fonds d'origine est issu des collections constituées par l'Académie royale des sciences, inscriptions et belles-lettres et par l'Académie royale de peinture, sculpture et architecture, saisies à la Révolution pour donner naissance au Museum provisoire de la République en 1793 installé dans le couvent des Augustins.. Les sculptures, découvertes dans l'ancienne villa romaine de Chiragan au cours des fouilles dirigées entre 1826 et 1830 par Alexandre Du Mège, intègrent le musée des Antiques aménagé dans les galeries du cloître du musée. Alexandre Du Mège en devient le conservateur à partir de 1832.. Le public peut alors découvrir le long de la galerie des Empereurs et de la galerie de La Vénus un ensemble remarquable et unique auquel seul celui du Louvre pouvait alors être comparé.
Fondée en 1831, la Société archéologique du Midi de la France a considérablement participé à l'enrichissement des collections permettant l'acquisition de pièces majeures (torques de Fenouillet, portraits de Béziers…) et offrant ou déposant des dons qu'elle a reçus. En 1893, elle cède contre une rente une collection importante à la ville.
vignette|Jupiter au foudre, acquisition de 2014.
Des collectionneurs ont également permis l'enrichissement du musée avec les dons d'Antoine Bibent (objets de Pompéi) en 1831, du comte de Clarac (vases grecs et étrusques) en 1843, d'Edward Barry (petits bronzes) et le dépôt, en 1862, d'une partie de la collection Campana par l'État. De nombreuses acquisitions ont été réalisées à la fin du et au début du . Le conservateur, Jules Fourcade, fait l'acquisition de nombreuses pièces de ferronnerie toulousaine.
À partir de 1961, sous la direction de Robert Mesuret, après plusieurs mouvements des collections, le musée se spécialise véritablement dans l'archéologie et devient le musée des Antiques de Toulouse. Les fouilles réalisées par le service régional de l'archéologie contribuent fortement à l'accroissement des collections à partir des années 1980-1990.
Des collections de la protohistoire à l'an mille La collection protohistorique
Pour la protohistoire, le musée possède des bracelets, fibules et haches de l'âge du bronze et des torques en or de Fenouillet et de Lasgraïsses pour l'âge du fer et plus précisément de l'époque des Volques Tectosages. Le reste des collections de l'âge du fer provient des sites du CluzelVoir sur persee.fr.., d'Estarac et de Vieille-Toulouse.
De nombreuses civilisations de la Méditerranée sont représentées : pièces chypriotes et étrusques, vases grecs et italiotes du et figurines de terre cuite hellénistiques non visibles dans les salles d'exposition permanente par manque de place.
La collection grecque et étrusque
Elle est essentiellement composée de céramiques, sculptures en terre cuite et monnaies produites entre le et le . Elles sont issues de fouilles menées en Étrurie et en Italie du Sud aux dont le contexte archéologique de la découverte reste souvent inconnu.
En 1831 la ville achète la collection d'antiquités réunie à Naples et à Pompéi par l'architecte toulousain Antoine Bibent. En 1843, elle acquiert, via Alexandre Du Mège, le cabinet d'antiquités du comte de Clarac, conservateur des antiquités du musée du Louvre (plus d'un millier de sculptures, petits bronzes, vases étrusques et grecs) qui représentent environ 30 % des collections grecques du musée. Cet ensemble comprend une partie de la collection du chevalier Edme-Antoine Durand acquise par le comte de Clarac. En 1848 Edward Barry, professeur d'histoire à la Faculté des Lettres de Toulouse et collectionneur, acquiert pour le compte du Musée de Toulouse onze vases étrusques provenant de la collection d'antiquités de Lucien Bonaparte, Prince de Canino. Entre 1874 et 1877, la ville achète plusieurs lots de la collection d'Edward Barry dont un ensemble de figurines en bronze acquises auprès de collectionneurs, ou bien lors de découvertes archéologiques ou encore à l'occasion de voyages. En 1862, l’État envoie en dépôt une partie de la collection de Giovani Pietro Campana, achetée en 1861 sur ordre de Napoléon III, parmi laquelle 47 vases dont la coupe attribuée à Macron.. Quatre vases grecs de la collection de Théodore de Sevin sont achetés en 1989 en vente publique. Il en résulte un ensemble représentatif de l'évolution de la céramique grecque à partir de vases aux formes et aux usages variés provenant de centres de production de la région de Corinthe, d'Attique ou de Grande-Grèce.
Les sculptures proviennent principalement des dépôts du musée du Louvre en 1895 et en 1969.