Les Taktika, ou Tactica (grec : ), sont un traité militaire écrit par ou pour l'empereur byzantin Léon VI le Sage c. 895-908. et plus tard édité par son fils, Constantin VII.. S'appuyant sur des auteurs antérieurs tels qu'Élien le Tacticien c. , Onosandre c. et le Strategikon de l'empereur Maurice c. , c'est l'un des principaux travaux sur la tactique militaire byzantine, écrit à la veille de byzantine. Le titre grec original est τῶν ἐν πολέμοις τακτικῶν σύντομος παράδοσις (« Courte instruction de la tactique de la guerre »). Le Taktika porte sur un large éventail de sujets, tels que les formations d'infanterie et de cavalerie, les exercices, le siège et la guerre navale. Il est écrit dans une langue de forme législative et comprend ()., un épilogue et supplémentaires principalement consacrés aux tactiques anciennes qui proviennent du Sylloge Tacticorum (grec: Συλλογή Τακτικών), un manuel militaire datant probablement du milieu du Alexander P. Kazhdan, « Sylloge Tacticorum », the Oxford Dictionary of Byzantium.

Texte Le texte du Taktika est transmis dans plusieurs manuscrits, dont le plus ancien remonte à une génération de Léon lui-même. Léon mentionne dans le Taktika que le christianisme pourrait adopter la doctrine islamique d'une « guerre sainte » pour ses applications militaires..

Une édition largement inspirée d'un manuscrit florentin du est parue en 2010 avec sa traduction en anglais..

Contexte militaire de la rédaction Ce manuel a été rédigé entre les années 886 et 912, soit avant la grande période de reconquête qu’a vécu l’Empire byzantin durant le sous les successeurs de . Malgré la rédaction de ce manuel militaire très important pour ses successeurs, son règne a connu peu de conflits importants. Le premier est la guerre face à l’Empire bulgare du tsar entre 894 et 896-897, conflit provoqué par un différend commercial et gagné par les Bulgares à la suite de la bataille de bataille de Bulgarophygon. Le second conflit, c’est la suite de la conquête musulmane de la Sicile, conquête qui dure depuis l’an 827 (soit depuis 59 ans avant l’avènement de sur le trône) et qui se terminera en 902 avec la chute de TaormineGeorg Ostrogorsky, Histoire de l'État byzantin, éditions Payot, .. L’empereur a lancé peu de campagnes militaires offensives durant son règne. À la suite du sac de 904 du port de Thessalonique par Léon de Tripoli, l'empereur envoie une expédition de reconquête de la Crête en 911 qui se solde par un échecBréhier 1969, . De nombreux raids frontaliers ont également lieu à la frontière d’Anatolie entre l’Empire byzantin et les Arabes depuis 824, car la frontière est fortifiée et par les deux entités.

Contenu

Préface L’empereur annonce ce dont il est question dans cet ouvrage : ne pas oublier les tactiques militaires anciennes et enseigner les modernes. Selon lui, elles semblent être négligées voire oubliées par ses généraux ; il énonce aussi que l’usage de tactique et de connaissance militaire vaut mieux que de reposer sur le nombre de ses troupes : « […] ce n’est pas avec une multitude d’hommes que la guerre se termine heureusement […], mais par la science de les ranger, de les faire mouvoir et de les ménagerJoly de Maizeroy, 1859, Préface. »

Préparations pour la guerre

Chapitre I - Sur la tactique et sur le général Ce premier chapitre explique d’abord l’interprétation de la tactique, elle est décrite comme « la science des mouvements qui se font à la guerre […] l’art de ranger les troupes et de disposer les différentes armes ». Dans un second temps est évoquée la séparation du personnel militaire en deux catégories : « les gens destinés pour combattre » (troupes à pied et troupes à cheval) et « ceux qui sont à la suite » (tous les serviteurs, médecins et autres personnels militaires non combattants). Troisièmement sont définies les fonctions et les responsabilités d’un général : « […] il est chargé de l’administration civile et militaire de la province où il commande, d’assembler les troupes dispersées, d’en former le corps d’armée et d’y maintenir la discipline […]. » Cette description de responsabilité évoque le système administratif des Thèmes (grec : θεματα : Themata)Joly de Maizeroy, 1859, Institutions 1.

Chapitre II - Les qualités requises pour un général Ce chapitre énonce de nombreuses qualités ou aspects qu’un bon général ou stratège (grec : στραταγός, strategos) devrait posséder. En voici la liste des plus importantesJoly de Maizeroy, 1859, Institutions 2 : Il ne doit pas gouverner par cupidité, mais plutôt par dévouement envers sa tâche : « […] qu’il méprisera l’argent quand il ne laissera point corrompre, qu’il gouvernera […] sans autres buts que l’honneur de les faire réussir. » Il ne doit pas être trop jeune ni trop vieux car « […] la jeunesse est inconstante et sans lumière et […] la vieillesse […] manque de force pour agir […] ». Il doit être aimé de ses hommes : « Un général affectionné des troupes les gouvernera facilement […] ne se refuseront à aucun péril. » Il doit être un orateur charismatique : « La voix d’un général vaut mieux que le son de la trompette ; elle remue l’âme avec plus de force […]. » Il ne doit pas être nommé selon sa fortune mais plutôt pour ses compétences peu importe ses richesses. Il doit être un chrétien fidèle et pieux : « […] sans sa divine assistance rien ne vous réussira […]; que sans elle vous ne vaincrez point les plus faibles ennemis, parce que la Providence régit tout […] ».

Chapitre III - Comment doit-on tenir conseil ou La nécessité de faire des plans Il est question dans ce chapitre du processus par lequel une décision ou un plan qu’il soit administratif ou militaire devrait passer. Il faut d’abord former un conseil de personnes jugées pertinentes à une délibération du plan envisagé par le général. Ce conseil sert à débattre de la pertinence du plan, du comment il devrait être appliqué et du pourquoi il devrait être exécuté. Les participants à la délibération devront toujours avoir une vision publique et non personnelle lors du conseil. Il est aussi conseillé que les participants aux débats soient discrets afin de ne rien révéler, il est aussi dit qu’une action proposée lors d’un conseil doit être possible et utile sinon elle sera jugée comme imprudente. Finalement, il est dit qu’il est possible de tenir conseil seul (si cela se voit être la seule option), mais il faut que le général ne soit pas entravé par ses émotions et inquiétudesJoly de Maizeroy, 1859, Institutions 3.

Chapitre IV - Sur la Division de l'armée et la nomination des Officiers Ce chapitre traite d’abord du recrutement des troupes, quel type de personnes doit être enrôlé ou pas, puis de comment l’armée doit organiser ses troupes et quelle est la hiérarchie à adopter (voir Thème). Il est donc aussi question de tous les rangs ou fonctions possiblement utilisés dans une armée ; en voici les plus importantsJoly de Maizeroy, 1859, Institutions 4 : Général (Στρατεγοσ, Strategos) Lieutenant-Général (ὑποστρατεγοσ, Hypostrategos) Drongaire (Δρουνγαριοσ, Droungarios) Comte (Κόμης, Komes) Centurion (Κενταρχοσ, Kentarchos) Dizainier (Δεκαρχοσ, ) Soldat

De très nombreuses autres fonctions sont énumérées, comme le porte-enseigne (Βανδοφορε, Bandophore), le chef de file (πρωτοστάτης, Protostates), les espions (Σκουλακάτορες, Skoulkatores), les docteurs (Σκριβονεσ, Skribones) et bien d’autres George T. Dennis (), Washington, D.C., Dumbarton Oaks, 2010, iv.. Finalement, il est aussi question de l’organisation des hommes dans les différentes formations de déplacement et des connaissances requises pour les centurions et les dizainiers.

Chapitre V - Sur les préparatifs des armes Dans ce chapitre, on énonce que les armes doivent toujours être dans un état convenable à l’usage immédiat. Il est aussi énuméré de quels types d’armes, d’armures et d’équipements les différentes troupes armées doivent être équipées. Il est aussi considéré de prendre compte de l’usage de chariots dans le transport de vivres, d’armes, de personnel ou d’autres matériaux. L’usage potentiel de différentes armes de siège (s’il doit y en avoir un) est aussi évoqué, ainsi que l’usage de petites embarcations de bois pour traverser les cours d’eau ou de navire de transport/de guerre si l’utilisation de ces vaisseaux est nécessaire dans la situation rencontréeJoly de Maizeroy, 1859, Institutions 5.

Chapitre VI - Sur l'équipement de cavalerie et d'infanterie Le chapitre aborde tout ce qui a rapport aux armures et à l’attirail d’équipements que les archers, les cavaliers et les fantassins doivent porter (détaillant surtout les deux derniers). Catégorisant aussi dans un même temps les différents corps d’armées : Les cavaliers : les cataphractes (καταφρακτοι, katafraktoi, une cavalerie avec de lourdes armures) et les non-cataphractes (κουρσορσεσ, koursorses, regroupant des cavalerie de jet et des cavaliers lanciers) Les fantassins : les porte-boucliers (Σκουτατοι, Skoutatoi, dérivés des hoplites grecs) et les psilistes (Πσιλοι, Psiloi, armés d’arc et peu protégés)

Hormis les énumérations d’équipements, on retrouve quelques conseils divers : « Plus le soldat est armé et vêtu proprement, plus cela relève son courage et intimide l’ennemi. » Utiliser l’hiver ou les temps de repos pour savoir quels équipements ou bêtes sont manquants ou nécessaires. Il conclut le chapitre en faisant écho aux anciens types d’infanterie que sont les peltastes et les phalanges macédoniennesJoly de Maizeroy, 1859, Institutions 6.

Chapitre VII - Sur l'entrainement de l'infanterie et de la cavalerie Cette partie aborde des différents entraînements et tâches que les soldats doivent faire lorsqu’ils sont au repos (hiver, campement, etc.). Ces exercices doivent accoutumer les soldats aux dangers qui les attendent, les tenir prêts et les garder motivés. Les entraînements effectués sont nombreux et différents selon la classe du soldat (hoplite, archer, cavalier, etc.), ils peuvent être effectués seuls ou en groupe, ils peuvent parfois être une compétition entre deux équipes ou la pratique des formations et des commandes vocales ou simplement des tâches de nettoyage et d’entretien. Tous ces exercices cherchent à nouer des liens de camaraderie entre les soldats et leur officier et les empêcher de devenir oisifs lors de leur campement. Le chapitre décrit très précisément les exercices, les formations et les « simulations » de bataille qui peuvent être enseignés et pratiqués durant ces périodes de repos. On y trouve aussi une liste de commandements vocaux à apprendre aux soldats et officiersJoly de Maizeroy, 1859, Institutions 7.

Chapitre VIII - Sur les délits et punitions militaires On évoque dans cette partie les peines qui peuvent être appliquées aux soldats et aux personnes de rang supérieurs à ceux-ci. Ces punitions varient grandement selon l’acte répréhensible allant de la peine de mort, la punition, le châtiment corporel, dédommagement ou la mise en amendeJoly de Maizeroy, 1859, Institutions 8.

Chapitre IX - Sur la marche de l'armée