vignette|Poules pondeuses en bio dans une ferme à Bailleul-Neuville en Normandie. Une poule pondeuse est une poule domestique (femelle) élevée dans le but de pondre des œufs utilisés principalement dans l'alimentation humaine (œufs coquille et ovoproduits). L'élevage de poules pondeuses peut s'effectuer de façon familiale ou fermière, semi-industrielle ou industrielle ; ces deux dernières assurent l'essentiel de la production, la structure de l'élevage est globalement très concentrée. Les races de poules pondeuses sont nombreuses et variées mais l'essentiel de la ponte est assuré par des variétés hybrides synthétiques. La gestion de cet élevage demande des installations et connaissances adaptées afin d'optimiser l'alimentation et le lieu de vie de la poule.

Les élevages de sélection et de multiplication (parentaux et grands-parentaux des hybrides commerciaux) ne sont pas répertoriés comme des élevage de pondeuses bien que des œufs y soient produits.

Gestion

Itinéraires d'élevage La vie d'une poule pondeuse se divise généralement en trois phases :

la phase de croissance et d'élevage, durant laquelle la poulette atteint le stade de croissance requis pour pondre des œufs, soit 16 à 21 semaines pour les souches commerciales ; la phase de ponte proprement dite, le pic de ponte étant atteint vers 25 semaines ; la poule pond alors environ 300 œufs en un an ; la réforme, qui survient au bout d'un an de ponte lorsque la productivité de la poule diminue, autour de 78 semaines pour les élevages commerciaux. La réforme est généralement immédiatement suivie de l'abattage mais dans quelques cas les pondeuses peuvent continuer leur carrière en mode slow.

Il existe différents modes d'élevage de poules pondeuses. Les élevages ultra-intensifs utilisent des batteries de cages avec une forte concentration d'animaux et peu de respect de leur bien-être mais cette situation est en évolution. Un vide sanitaire d'au moins deux semaines est requis entre chaque lot d'élevage en ponte.

Les élevages amateurs peuvent adopter d'autres systèmes plus naturels.

Les pondeuses commerciales naissent d'œufs qui sont couvés et éclosent dans des Incubateurs (machines de couvaison artificielle). Elles proviennent d'élevages de multiplication, grands-parentaux puis parentaux, où se réalise l'hybridation à partir de lignées pures stabilisées (pédigrées) créées à l'origine à partir de races de pondeuses ; le maintien et l'amélioration de ces lignées dépend d'un petit nombre d'entreprises de génétique multinationales comme , (Aviagen, Hy-Line International), Hendrix Genetics … Ces entreprises contrôlent directement les élevages à haut niveau de biosécurité arrière-grands-parentaux (GGP) et grands-parentaux (GP). Les individus constituant un lot industriel de pondeuses sont donc tous semblables (pour les fondamentaux voir génétique des populations).

Les œufs embryonnés sont collectés dans les élevages parentaux sous contrat par des entreprises de multiplication avicole appelées couvoirs qui assurent la couvaison artificielle des œufs (incubation de 21 jours jusqu'à l'éclosion), les soins aux œufs et aux poussins d'un jour ainsi que l'élimination des mâles. Les femelles d'un jour sont ensuite réparties dans les élevages de poulettes, dits poussinières, jusqu'à l'âge de la ponte et ensuite dans les élevages commerciaux de ponte en fonction des contrats de l'accouveur (cet itinéraire est identique à celui des volailles de chair).

Coûts d'élevage L'essentiel du coût de production des œufs réside dans l'alimentation des pondeuses. L'indice de consommation en production d'œufs, de 2 à 2,5, est cependant l'un des plus bas qui soit en production animale terrestre ; une voie possible d'amélioration des résultats consisterait à allonger marginalement la durée de la période de ponte.

D'autres charges sont liées au bâtiment : amortissement, entretien, chauffage éventuel, ventilation, éclairage artificiel (programme lumineux favorisant la ponte). Voir Aviculture#Types de bâtiments. vignette|Pondeuses hybrides ISA brown ; le facteur columbia (argenté) lié au chromosome Z des mères de cette variété induit une différence de coloration du plumage entre les poussins femelles (ZW) et mâles (ZZ).

Races, hybrides et sexage

vignette|Comparaison de deux poulets hybrides, nés visuellement identiques, à 29 jours. À gauche hybride de ponte, à droite hybride de chair. Certains élevages amateurs utilisent des races traditionnelles (liste de races de poules) mais la presque-totalité des œufs du commerce et des élevages de basse-cour proviennent d'animaux hybrides F1 issus du croisement de lignées sélectionnées pour la ponte (poule rousse principalement) et sexés à la naissance (élimination des mâles) ; le sexage peut être facilité par une différence de coloration du plumage à la naissance chez certaines poules rousses ; cela n'est pas possible avec les poules blanches, les gènes induisant la couleur blanche chez les pondeuses étant généralement dominants (Système ZW de détermination sexuelle chez les oiseaux).

L'abattage des poussins de la filière pondeuse est interdit en Allemagne depuis le , en France depuis le (mais reste autorisé pour la filière casserie), au Luxembourg (bien qu'il n'y fût pas pratiqué). Seul l'abattage par gazage est autorisé en Suisse et en Autriche. Il reste pratiqué ailleurs avec cependant de nombreux projets d'interdiction. L'abattage est remplacé par le sexage dans l'œuf.

Le petit format des hybrides de ponte permet de réduire leurs besoins alimentaires et d'utiliser moins de mâles dans les élevages concernés (parentaux, production d'œufs embryonnés). En France une pondeuse sur dix est blanche (souches avec ascendance Leghorn et Sussex), ses œufs ont une coquille solide et sont plutôt destinés au marché de la casserie (ovoproduits).

Dans de rares cas, il peut y avoir présence de coqs dans l'élevage, ainsi dans les élevages familiaux à double fin (œufs de consommation et poulets) et dans les élevages industriels produisant des œufs embryonnés pour la production de vaccins dans l'industrie pharmaceutique. On compte alors schématiquement un coq pour dix poules pondeuses.

Alimentation Pour les principes de base, voir Alimentation animale#Monogastriques d'élevage (porc et volailles).

Les apports alimentaires des poules pondeuses sont optimisés en fonction du stade physiologique, de l'objectif de performance de ponte, et des conditions environnementales. Un élevage biologique impose ainsi une alimentation entièrement composée de végétaux, minéraux et vitamines dont 95 % d'aliments issus de l'agriculture biologique..

Calcium, phosphore et magnésium, indispensables à la formation de la coquille Nys, Y., M. T. Hincke, J. L. Arias, J. M. Garcia-Ruiz et S. E. Solomon, Avian eggshell mineralization, Poultry and Avian Biology Reviews, , , 1999, , sont l'objet d'une attention particulière dans l'alimentation des poules pondeuses ; une alimentation séquentielle avec des dosages adaptés serait préférable en fonction du stade productif des poulettes et des poules ainsi qu'une dissociation des types d'aliments au cours de la journée ; la présentation et la granulométrie du minéral a aussi son importanceBouvarel et Nys, INRA Productions Animales, 2010, 23 (2), 167-182.. vignette|Élevage en batteries au Tamil Nadu, 2010. La chaîne d'alimentation, l'abreuvement, les systèmes de récupération des œufs et des fientes sont bien séparés, intégrés aux batteries et automatisés. De plus dans le sud de l'Inde, le bâtiment ne nécessite pas de chauffage et guère d'isolation. Les élevages commerciaux sont très généralement directement approvisionnés par des usines d'aliments volailles. Les aliments sont distribués dans les élevages commerciaux par des chaînes d'alimentation automatisées.

Prophylaxie En production d'œufs l'administration d'antibiotiques n'est pas autorisée, en effet les délais obligatoires après administration d'antibiotiques ne pourraient être respectés, la ponte étant journalière.

La prophylaxie repose d'une part sur les mesures d'isolation des élevages et d'autre part sur des programmes de vaccination.

Les élevages sont soumis à un plan de biosécurité visant à empêcher la pénétration et la propagation des pathogènes : documentation et traçabilité des interventions, vide sanitaire avec programme de désinfection, sens de circulation, pédiluve, rotoluve et sas de désinfection, hygiène et changement d'habits et de chaussures des intervenants, isolation du bâtiment.

La prophylaxie active repose sur des programmes complexes de vaccination. Ceux-ci concernent :

les animaux parentaux qui transmettent une partie de leur immunité, les œufs embryonnés pendant l'incubation pour les maladies de Gumboro et de Marek, les pondeuses elles-mêmes lorsqu'elles sont poussins ou poulettes. Un programme de vaccination de pondeuses concerne (exemple à titre indicatif) : la maladie de Marek, la bronchite infectieuse aviaire, la maladie de Gumboro, la maladie de Newcastle (pseudopeste), la variole aviaire et l'encéphalomyélite aviaire ; les vaccinations sont réalisées au couvoir et plus généralement dans l'élevage de façon collective par dilution dans l'eau de boisson ou par nébulisation ou bien de façon individuelle par injection ou par déposition oculaire ou intranasale. Il n'y a donc ni hormones ni antibiotiques administrés lors de la production d'œufs.

Voir aussi Grippe aviaire.

Dans un élevage de plusieurs milliers d'individus, on constate toujours des morts, parfois quotidiennement à certaines époques. Ces morts doivent être ramassés chaque jour et si besoin congelés en attendant d'être collectés par une entreprise d'équarissage.

En cas d'épizootie, l'élimination des animaux malades ou morts est fondamentale, les transferts entre élevages et les sorties en parcours ou parcs extérieurs peuvent être interdites pour les élevages concernés.

Couvaison et découvaison Dans les élevages familiaux et amateurs et chez les souches de poules non-sélectionnées sur leur inaptitude à couver, les poules pondeuses peuvent entrer en période de couvaison sur des œufs non fécondés une à deux fois par an. Ce phénomène naturel entraîne une perte de poids et de forces, ainsi que de l'agressivité chez la poule, qui cherche à défendre son nid contre les intrus. Il est alors nécessaire de la forcer à « découver ». Plusieurs méthodes existent, mais certains conseils pseudo-scientifiques (usage d'aspirine, trempage dans l'eau froide) sont néfastes.

Types d'élevages et réglementations La réglementation quant à l'espace minimal obligatoire par poule pondeuse a évolué en Europe, en particulier depuis les années 1970. En 1986, une surface minimale de par poule était requise en France. En 1983, la Communauté économique européenne a demandé un minimum de dans tous ses États membres. Dans l'Union européenne, elle impose un marquage sur chaque œuf : un chiffre (0, 1, 2 ou 3) correspondant au mode d'élevage, un code ISO indiquant l'État membre, un code localisant l'élevage (3 lettres pour le site d'élevage suivies de 2 chiffres pour le bâtiment)..

Modes d'élevage commerciaux vignette|Élevage de semi-plein air, Royaume-Uni, 2007. Le mode d'élevage peut être en cage (signalé par un code 3 dans la réglementation européenne), au sol (signalé par un 2), en plein air (1) ou biologique (0). La réglementation varie selon le mode d'élevage :

élevage en cage, le nombre maximal imposé de poules par mètre carré est 13 ; vignette|Élevage au sol avec 3 niveaux de perchoirs-pondoirs. Israël, 2010.élevage au sol : jusqu'à 9 poules/m2 ; les poules sont élevées en claustration et peuvent être réparties sur plusieurs niveaux (jusqu'à 4 niveaux). ; ce système est parfois appelé « volière » pour le différencier de l'élevage en cages ; élevage de plein air : jusqu'à 9 poules/m2 plus /poule de parcours ;

vignette|Élevage avec parcours (yarding), Wisconsin, 2023.