L'abbaye Saint-Julien, de son nom complet abbaye Sainte Marie Mère de Dieu et Saint-Julien, note en bas de page., se trouvait à Auxerre (comté d'Auxerre), dans l'actuel département français de l'Yonne en région Bourgogne-Franche-Comté.
Fondation
Le premier établissement Saint-Julien La corruption du latin Julianus a parfois donné Geranus ; d'où les noms de certains villages en Saint-Géran, tirant leur nom de saint Julien de Brioude et non de l'évêque d'Auxerre (910-914) nommé Géran. Voir . date d'avant 572, puisqu'il est mentionné dans la règle liturgique établie par Aunaire (évêque d'Auxerre 572-605) et que ce dernier a commencé son épiscopat à Auxerre cette année-là.. Noter que 150 ans avant Aunaire, saint Germain (évêque d'Auxerre 418-448), de retour d'un voyage à Arles., passe par Brioude où est inhumé saint Julien. Les habitants sont en peine de ne pas savoir la date à laquelle honorer ce saint (anniversaire de sa mort). Germain prie cette nuit-là, et la date de la mort de saint Julien lui est révélée, étant le cinquième jour des calendes de septembre.. Il est possible que cet épisode ait donné naissance au culte de saint Julien à Auxerre. Ce premier Saint-Julien est un établissement pour hommes : en 621 l'abbé en est Nigivald, mentionné à l'occasion d'un legs que saint Didier (évêque 603-621) fait par testament à Saint-Julien.. À l'époque le monastère est encore dans les murs de la ville, « enfermé dans une petite étendue de terrain ».
Saint Pallade, évêque (622-653), le transfère hors des murs de la ville. Cette deuxième fondation, dont l'acte est signé la année du règne de Dagobert (roi des Francs 629–638 ou 639), daterait donc de 635 ; les années 634. et 644Cornat (abbé), Notice sur les archevêques de Sens et les évêques d'Auxerre, Ch. Duchemin, Sens, 1855, p. 71.. sont aussi mentionnées. Pallade fait construire au sud de la ville d'importants bâtiments et une enceinte de murs (contrairement à l'habitude de son temps qui était de faire une enceinte de fossés) pour le nouvel établissement. Il dédie le prieuré à sainte Marie mère de Dieu et saint Julien de Brioude ; mais seul le nom de Saint-Julien sera couramment retenu. Il place à sa tête Angéside, diacre du chapitre d'Auxerre..
Le nouveau monastère Saint-Julien est composé de trois églises ; l'une est dédiée à la sainte Vierge, une deuxième à saint André, et une troisième à saint Julien de Brioude en continuation du nom du premier monastère bâti dans la ville. Il y a aussi deux oratoires, l'un dédié à saint Ferréol de Vienne et l'autre à saint Martin de Tours.. Selon Lebeuf, Pallade y installe des femmes (qui doivent être vierges ou veuves). D'autres sources indiquent que l'établissement était double et composé de moines et de religieuses ; l'établissement pour femmes était le plus important, celui pour hommes étant chargé des messes et autres fondations ecclésiastiques des règles de Pallade. (voir plus bas section « Règles »).
Situation
Selon certaines sources l'emplacement des bâtiments de Pallade est sur une petite éminence près du ru de Vallan, et plus précisément dans le quadrilatère entre la rue Louis-Richard (D239), rue des Vauboulons, rue des Sénons et rue Gérot. (voir plan de 1848 ci-contre). Mais un autre plan de l'abbaye et de son clos. Le ru de Vallan y est appelé « Ruisseau sortant du parc des Bénédictines pour se rendre dans le Soubié (le sous-bief) ». établi en 1716 montre des bâtiments différents de ceux du plan de 1848, également situés près du ru de Vallan mais en bord de l'Yonne au niveau de l'île du Batardeau, près de la confluence du ru de Vallan avec l'Yonne. Cette île, plus grande alors que de nos jours, sépare l'Yonne en deux bras dont le bras sud (côté rive gauche) est nommé au « bié » (bief) et « soubié (sous-bief)Le « sous-bief » est la partie du cours d'eau en aval de l'ouvrage / barrage / écluse établi au niveau du monastère. du Batardeau ». Le côté nord de la cour du monastère ouvrait directement sur ce bras de l'Yonne, emprunté depuis par le canal du Nivernais. Ce faubourg s'appelle depuis le faubourg puis quartier Saint-Martin-lès-Saint-Julien, ou le grand Saint-Martin, note (1) en bas de page., sans doute pour le distinguer du faubourg de Saint-Martin-les-Saint-Marien. Sa position rend l'établissement vulnérable aux attaques – et celles-ci seront nombreuses au fil des siècles. Il est possible que ces plans représentent, l'un l'établissement pour hommes, l'autre l'établissement pour femmes : les chanoines qui remplacent les moines après la récupération de l'établissement des mains des laïcs en 940, « demeuraient dans un cloître particulier ».
Quoi qu'il en soit, le terrain est vaste, fertile et arrosé par la bonne eau d'une branche du ru de Vallan. Noter que cet endroit fournit les eaux les plus pures dans les alentours d'Auxerre ; ailleurs, celles-ci sont de qualité médiocre. Sur la colline où les chrétiens s'installent lorsqu'ils deviennent plus nombreux, les seules sources d'eau étaient l'étang de Saint-Vigile et la fontaine Saint-Germain. C'est leur ville qui recevra les fortifications, et non lAutricum de la plaine..
Occupation précédente du lieu
À environ au sud du centre d'Auxerre actuel existait une ville gauloise que l'abbé Lebeuf nomme Vellaunodunum ou Vallaon. La petite élévation sur laquelle elle se trouvait, et quelques pièces d'eau alentour, contribuaient à sa défense. Abandonnée avant l'arrivée des Romains à cause de l'incommodité de sa situation, elle a laissé sa trace dans le nom du ru de Vallan. Les Romains s'y installèrent, bâtissant Autricum.Au signifie « prairie » ; Autricum est « la ville de la prairie ». Le nom « Vallaon » est resté à la plaine d'Autricum pour la distinguer de celle de Baulche. Voir . qui a laissé plusieurs vestiges d'édifices trouvés dans la plaine de Saint-Julien et de Saint-Martin. À l'époque où l'évêque Pallade (622-653) y transfère Saint-Julien, Autricum n'est pas totalement abandonné.
Un fragment de voie antique a été trouvé au dans le secteur de l'abbaye.. La route antique entre Autun et Sens passait là, qui allait devenir la branche principale de la Via Agrippa de l'Océan.. Ce chemin forme une levée qui commence immédiatement au-dessus de la vallée où est la prairie d'Autricum, là où se trouve le faubourg Saint-Martin et principalement dans le lieu qui forme l'enclos de l'abbaye Saint-Julien.
Règles
La première règle connue est celle de saint Aunaire (évêque 572-605), selon laquelle les douze églises principales de la paroisse doivent célébrer les litanies chacune à leur tour aux calendes (au premier jour) de chaque mois ; les calendes de juillet sont assignées à l'église de Saint-Julien (c'est-à-dire à l'église Saint-Martin)..
Selon la règle que Pallade (622-653) donne à sa fondation, en sus de la messe conventuelle quotidienne pour la communauté, une messe doit être célébrée chaque jour dans chacune des trois églises du monastère : celle de sainte Marie, celle de saint André et celle de saint Julien. Les moines doivent aussi nourrir douze pauvres chaque jour. Tous les jeudis l'ensemble des moines doit aller en procession à l'église Saint-Étienne pour y célébrer la messe ; ces jours-là les moines doivent nourrir trente pauvres. Le jeudi de la semaine sainte ils doivent nourrir et habiller soixante pauvres. Pallade charge le diacre Andegise de veiller à la régularité d'observation de ces directives.
Enfin il y a aussi la règle de Tétrice (évêque 691-706), selon laquelle l'église Saint-Martin de l'abbaye Saint-Julien doit servir la cathédrale pendant la quatrième semaine de janvier, et le monastère Saint-Julien lui-même a la même charge pendant la deuxième semaine de novembre..
À la procession de Saint-Julien le jour de la fête patronale, l'abbesse doit fournir les gâteaux. ; au cette offrande est convertie en argent. Ces processions cessent en 1727..
Procession de Saint-Julien par les chanoines à la mort de l'abbesse..
Période d'aliénations et cessions
Sous Charles Martel (690-741) l'abbaye est, comme beaucoup d'autres établissements religieux, aliénée et passe dans les mains de seigneurs laïcs qui prennent le titre d'abbés (séculiers). C'est l'époque pendant laquelle les abbayes et monastères deviennent des biens patrimoniaux héréditaires y compris pour les filles, et qui dure jusqu'après Charlemagne – on en voit encore des exemples au . Pour Auxerre, cette période commence vers l'an 735 sous l'évêque Aidulphe (733-748) : la plupart des biens des établissements religieux sont distribués en partage à six seigneurs bavarois et chacune des abbayes, y compris Saint-Julien, donnée à un séculier ; il ne reste plus que manses ou fermes à l'évêque..
Vers 866, l'abbé de Saint-Julien est le comte d'Auxerre Hugues, dit Hugues l'Abbé († 886) pour le nombre d'abbayes dont il tire des revenus. Il expose à Louis le Pieux (roi 814-840) que Charlemagne lui-même, ainsi que ses prédécesseurs, avaient ordonné que l'entrée de Saint-Julien soit interdite à tout évêque ou archidiacre, sauf pour prier ou prêcher, et demande à Louis de renouveler cette ordonnance - ce que le roi fait. D'un autre côté, il présente à Charles le Chauve, successeur de Louis le Pieux, les confirmations par Grégoire II des donations de Pallade et lui énonce les donations que lui-même et des princes et rois ont faites au monastère ; et obtient de Charles une nouvelle confirmation de ces donations, avec défense à tous abbés ou recteurs d'y porter atteinte..
Le retour aux abbés religieux date d'Héribert, évêque 971-995. Fils du duc de Bourgogne Hugues le Grand, il est habitué au faste, mais pas au détriment de son patrimoine. De plus, il est le frère d'Henri, duc de Bourgogne, note 2 en bas de page (prolongée sur la page 224). ; ce dernier, qui aime voir l'ordre régner dans les établissements religieux, demande à saint Mayeul, abbé de Cluny et ami personnel de leur frère Hugues Capet, de faire restaurer la discipline et le respect de la règle à l'abbaye Saint-Germain..
Le vénérable Wibaud, évêque 879-887, a à cœur de faire célébrer l'office avec faste dans la cathédrale et fait de nombreuses démarches pour que Saint-Julien soit soumise et rattachée au service de Saint-Étienne. Il y parvient finalement, « par le moyen des présents qu'il fait au roi », dit LebeufIl est difficile de savoir à quel roi, ou quels rois, Wibaud a fait ces cadeaux. Il est évêque du 5 avril 879 au 12 mai 887. Carloman II est co-roi avec Louis III, du 11 avril 879 à 882 pour Louis III et 884 pour Carloman II. Charles le Gros est roi de 885 à 887 († 13 janvier 888). Et Eudes de France est sacré roi le 29 février 888.. Mais il meurt avant que soit expédiée la charte royale ratifiant cette union des deux établissements..
L'évêque Guy (933-961) réussit à faire annexer Saint-Julien à la cathédrale Saint-Étienne par une charte de Louis d'Outremer (roi des Francs 936-954) grâce à l'appui de Hugues le Grand. Mais comme par la suite Saint-Julien n'a pas eu de clergé pendant longtemps, au () cette soumission ne se voit plus..
Vie de l'abbaye Deux fois de suite, en 887 et 889, les Normands brûlent les faubourgs d'Auxerre et donc également le monastère Saint-Julien.. Entre 1135 et 1146Lebeuf ne donne pas de date pour la charte établie par saint Bernard entre Hugues de Mâcon et Guillaume II. Cette date ne peut pas être antérieure à l'installation de Hugues de Mâcon comme évêque d'Auxerre en 1137 ; et elle est donnée par Lebeuf comme postérieure à une charte de 1146 mentionnant Guillaume II. Voir ., Hugues de Mâcon (év. 1137-1151) et Guillaume II acceptent l'arbitrage de saint Bernard. pour de nombreux points conflictuels. L'un de ces points litigieux porte sur les mesures (de marchandises) employées par le pourvoyeur de l'évêque et ceux du comte. À cette occasion, il est décidé que les mesures de Saint-Julien et de Saint-Germain doivent s'ajuster sur celles du comte d'Auxerre..