vignette|Civils serbes forcés de se convertir au catholicisme par le régime d'Ustasa se tenant devant un cimetière dans une église de Glina en Croatie, à la suite d'un massacre (1941) Une conversion forcée est l'adoption d'une religion différente, réalisée sous contrainte ou de manière subtile. L'obligation à une religion et l'interdiction de toute religion sont de même ordre. Il s'agit d'une forme de persécution religieuse.

Une conversion forcée peut concerner une personne ou un groupe, voire un peuple entier. La contrainte peut être exercée par une personne, un groupe politique ou religieux, ou encore un État.

Les personnes converties de force (à une religion ou une autre religion) embrassent pleinement leurs nouvelles convictions, ou au contraire poursuivent secrètement la pratique de leurs rites prétendument abandonnés et conservent leur foi intacte, tout en se conduisant comme de véritables convertis.

Conversion forcée dans le judaïsme La religion juive n'étant pas prosélyte, l'historiographie ne relève que quelques rares cas de conversion forcée au judaïsme à travers l'Histoire. Le relevé ci-dessous n'est pas exhaustif.

En Idumée Pour se conformer aux instructions du Deutéronome, les Iduméens de l'Antiquité sont convertis de force, ce qui figure la première mention d'une conversion forcée au judaïsme. Ces conversions au judaïsme ont lieu sous les Hasmonéens au , sous la menace de l'exil ou de la mort, selon la source (Flavius JosèpheAntiquités judaïques, 13.257–258, Judah Aristobulus , StrabonStrabon, Geographica XVI 2:34 ou Ptolémée l'HistorienPtolémée l'Historien, Histoire d'Hérode, cité in .).

La majorité des historiens parlent de « conversions forcées », d'autres les disent « volontaires » ou « graduelles », ou selon les villes conquises. Le théologien Harold W. Attridge considère , selon JosèpheAntiquités judaïques, 13.15.4 Harold W. Attridge, Gōhei Hata (éd.), Eusebius, Christianity and Judaism, Wayne State University Press, 1992, . L'historien Maurice Sartre considère que pour les Hasmonéens, la offrait Maurice Sartre. The Middle East Under Rome. Harvard University Press, 2005, . Le professeur écrit que William Horbury, The Cambridge History of Judaism 2 Part Set: Volume 3, The Early Roman Period, Cambridge University Press, 1999, .

À Himyar En 2009, la BBC défend l'affirmation selon laquelle, en , la tribu juive yéménite de Himyar, dirigée par le roi Yüsuf Dhü Nuwas (un converti considéré par les Juifs comme un renégat ou comme un usurpateur par l'archéologue ), Arabia Felix, traduit par Rebecca Thompson (London: Stacey International, 2002), ., voulait se venger de la persécution de ses coreligionnaires dans les territoires chrétiens et avait offert aux résidents chrétiens d'un village (aujourd'hui en Arabie saoudite) le choix entre la conversion au judaïsme ou la mort. avaient ensuite été tués ; ils sont appelés dès lors martyrs de Najran. Des inscriptions documentées par Yusuf lui-même montrent la grande fierté qu'il a exprimée après avoir massacré ces chrétiens à Zafar et à NajranJacques Ryckmans, « La persécution des chrétiens himyarites au sixième siècle », Nederlands Historisch-Archaeologisch Inst. in het Nabije Oosten, 1956, . L'histoire de ce massacre est racontée 200 ans plus tard dans la sourate Al-Buruj du Coran ainsi que dans différents hadîths.

Conversion forcée dans le catholicisme Enlèvement d'enfants et position des papes vignette|L'Enlèvement d'Edgardo Mortara par Moritz-Daniel Oppenheim (1862) Les enlèvements d'enfants non chrétiens trouvent leur source dans les décisions du quatrième concile de Tolède (633), dont le corpus de droit canonique reconnaissait à l'Église le droit . Voir infra.

Le théologien Thomas d'Aquin considérait au que les baptêmes d'enfants juifs n'ayant pas encore l'âge de raison et contre les souhaits de leurs parents sont « contraires aux ressources naturelles de la justice » (Summa Theologiae II-II, 10, 12).

Les papes s'opposèrent souvent sur les interprétations de cette question : au , interdit le baptême des enfants de moins de douze ans sans le consentement des parents ; désapprouva le baptême par traîtrise d'enfants juifs mais considéra qu'il demeurait valide en tous les cas ; au , le prélat fixa la limite d'âge à ; en 1740, considéra que l'enfant baptisé pouvait être laissé aux parents si ceux-ci s'engageaient à le rendre quand il aurait atteint l'âge convenable de sept ans (et non plus douze) et à condition de ne rien lui enseigner contre la foi catholique ; en 1764, déclara nul un tel baptême et menaça de châtiments celui qui tenterait de baptiser par traîtrise à un enfant juif qui devait être ramené chez des siensRiccardo Calimani, L'Errance juive, Denoël, 1996 ; les pages 333-342 (disponibles sur le site debriefing.org) concernent l'affaire Mortara..

Néanmoins, les baptêmes subreptices ou forcés continuèrent et restait valable l'édit de 1682, rendu contre les protestants et les Juifs, ordonnant d'élever leurs enfants illégitimes dans la religion catholique.

; cette rumeur fut encore invoquée en guise de justification au « Mortara Case » in Encyclopaedia Judaica, t. 12. Jérusalem, 1972. ; Mourret, (…) , note, 2 ; Gemma Volli, Il casa Mortara nel primo centenario, Rome, 1960, 42 p., 1 3 ill., ..

Durant les siècles de l'Inquisition

Génétique Selon l'étude génétique de 2008 de l'université de Leicester en Angleterre et publiée dans l’American Journal of Human Genetics, « 10,6% des habitants actuels de la péninsule Ibérique ont des ancêtres maures et 19,8% des ancêtres juifs sépharades », ce qui atteste d'un niveau important de conversions au christianisme. Cependant, la carte des origines maures d’après le chromosome Y ne reflète pas celle de la colonisation musulmane ni du retrait de la population arabe. Elle serait donc bien la trace de l’intégration -forcée- liée à la politique de christianisation des rois catholiques et de la redoutable Inquisition ».

À l'égard des Juifs

vignette|Décret de l'Alhambra après lequel les Juifs d'Espagne durent se convertir ou quitter leur pays (1492). À la suite de la Reconquista en Espagne, à la fin du , les Juifs et les musulmans se virent dans l'obligation de se convertir au catholicisme sous peine d'être jetés au bûcher : « le baptême ou la mort », disait-on. Parmi les conversos juifs, nombreux furent ceux qui continuèrent à pratiquer leur religion en secret. Surnommés péjorativement les « marranes » (ce qui signifie « porcs »), ils furent persécutés par l'Inquisition.

Le dominicain Vincent Ferrier dont la devise était Fratricide et contrition : une brève histoire de l'antisémitisme chrétien, est connu pour avoir pu convertir sans utiliser la force des dizaines milliers de JuifsPour l'historien Salomon Mitrani-Samarian, et il aurait selon ses apologistes converti . Revue des études juives , lire en ligneUn rabbin de l'époque affirmait en s'en désolant, que Vincent Ferrier avait converti, au total, « plus de ». Christian kings and Jewish conversion in the medieval Crown of Aragon, lire en ligne et des milliers de MauresLes chrétiens comptent également qu'il convertit . Histoire universelle, op. cit., qui échappaient ainsi aux fourches de l'Inquisition, aux . Dans ses sermons des années 1410, il aborde la conversion forcée de manière subtile : « l’idée suggérée est qu’on peut être amené à faire le bien des juifs à leur corps défendant ; ils peuvent manifester leur refus de se faire baptiser, mais ils ne savent pas ce qui est bon pour eux et de ce fait, les baptiser de force ne serait pas vraiment un mal. La documentation atteste que les propos de Vincent Ferrier étaient pris par certains au pied de la lettre ». Ferrier est également à l'origine de la conversion de la grande synagogue de Tolède en église Santa Maria la BlancaMichel Despland, « La religion en Occident: Grandes ou petites vérités? », dans Critère, 32, automne 1981, reproduit sur Encyclopédie de l'Agora. Consulté le 24 août 2007. .Samuel Toledano, « Toledo : Capitale de Sepharad », 1989, Rencontres, 1990, .

Au moment de l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, nombre d'entre eux préférèrent se convertir plutôt que quitter leur patrie natale et errer sur les routes incertaines « dans la détresse et la confusion »Andres Bernaldez, Memorias del Reinado de los Reyes Catolicos, rééd. Madrid, M. Gomez-Moreno et J. de M. Carriazo, 1952. L'histoire se répéta avec leur expulsion du royaume de Portugal en 1497 et encore à d'autres moments de l'Histoire, qui ignoraient la tolérance religieuse. vignette|Tract sur le massacre des Juifs et la conversion de nouveaux chrétiens à Lisbonne en 1506. En , le massacre de Lisbonne eut lieu au Portugal, où durant trois jours, des milliers de Juifs récemment convertis de force au catholicisme, soit « nouveaux chrétiens » ou conversos, furent traqués, torturés, violés et assassinés par la foule, sous la conduite des Dominicains. Le bilan de ce massacre est d'environ . Les Dominicains coupables sont chassés de leur ordre, condamnés à mort et exécutés.

Dans la diaspora juive qui a donc connu d'innombrables conversions à la religion dominante des États où les Juifs habitaient et où ils se réfugiaient, principalement le catholicisme (mais également l'islam), souvent quand le seul choix était le baptême pour échapper à une vie de persécutions, à l'expulsion ou à la mort, on appellera : les Juifs convertis, des « nouveaux chrétiens » ou des conversos ; les Juifs convertis de force, des anoussim ; les Juifs convertis de force mais pratiquant secrètement le judaïsme dans le monde sépharade (issus de la péninsule ibérique), des marranes ; ailleurs, des crypto-juifs.

À l'égard des musulmans

gauche|vignette|Plaque commémorative de l'expulsion des Maures, 1609 Après la Reconquista, les musulmans installés sur la péninsule Ibérique depuis la conquête ommeyyade de l'Hispanie au , sont également victimes d'une série d'édits interdisant l'islam en terres d'Espagne, au début du . Des conversions forcées se déroulent à des moments différents dans chacun des royaumes espagnols : de 1500 à 1502 en Castille, de 1515 à 1516 en Navarre, puis de 1523 à 1526 en Aragon.

vignette|L'Expulsió al Port de Vinaros. : L'expulsion des Maures vers le port de Vinaros par Pere Oromig y Francisco Peralta, 1613

Les premières conversions de musulmans espagnols, sur fond de rébellion, ont lieu sous une contrainte violente, à l'instigation du cardinal Cisneros, archevêque de Tolède, arrivé à Grenade en 1499, malgré le traité de Grenade qui garantit la liberté de culte aux musulmans. Selon sa missive au pape, il n'y aurait plus que des chrétiens dans la ville en janvier 1500. Parmi les musulmans de Navarre, certains restent sur place et prospèrent mais la majorité s'enfuit en Afrique du Nord, en 1516. Les musulmans de la couronne d'Aragon s'échappent en France pour gagner également l'Afrique du Nord musulmane, en 1526, tandis que d'autres sont massacrés quand ils se rebellentHarvey 2005, op. cit., ..

Comme avec les Juifs, les mosquées sont démolies, les prénoms et noms de famille sont changés, et la religion musulmane n'est plus pratiquée que dans le secret (crypto-islamisme)Catlos 2014, op. cit., ..

Les descendants des musulmans convertis de force qui continuent secrètement pratiquer à l'islam s'appellent les Morisques.

À l'égard des protestants vignette|Roman Catholic cruelties sur les protestants « par les papistes », 1825