vignette|droite|Empire achéménide
La satrapie de Carie (en grec ancien Καρία / Karía) désigne le gouvernement perse sur la région de Carie, située au sud ouest de l'Asie mineure, au sud du Méandre et dans la vallée de l’Harpasos entre la Lycie et la Grande Phrygie.
Présentation Géographie de la région
vignette|286x286px|Le relief de la Satrapie de Carie La Carie fut une région du sud-ouest de l'Asie mineure, qui peut parfois avoir des frontières plus ou moins étendues selon les sources. Zone frontalière à l’Ionie, la Lycie et la Pisidie, bordée par la mer Égée à l’ouest. Aujourd’hui la région est nommée Bodrum, dans le sud-ouest de la Turquie.
Il existe une réelle modification dans la configuration géographique de la Carie depuis l’Antiquité, c’est pourquoi il est compliqué de dresser une topographie exacte des cités grecques et de la région en général.
La région borde la Méditerranée et la mer Égée, divisée entre une partie maritime qui s’étend de la « Pérée rhodienne jusqu’au cap Posidium » puis une partie intérieure bornée par « l’extrémité du Taurus jusqu’au cours du Méandre ». Une région qui mesurerait environ soit près de .
Une région qui se constitue notamment de montagnes ou encore de collines laisse alors peu de place aux plateaux. Comme l’évoque Strabon dans sa géographie ce paysage montagneux est traversé par des rivières et des fleuves principalement le Méandre. Il se pourrait que le Marsyas ou encore l’Harpasus aurait été ses affluents. Dans le sud-est, couraient également le Xanthos et l'Indus. Un relief qui rend la zone difficile d’accès, confinant alors les cités dans les estuaires. Aucune grande ville ne prit son essor dans les îles de la côte Carienne notamment à cause de ce décor orographique, qui voit l’émergence de petits villages souvent isolés Cos. Les principales villes sont pour la plupart implanté à la frontière lydienne où à l’intérieur des terres dans de hautes plaines karstiques, exception faite à Halicarnasse ou encore Cnide.
Principales villes Halicarnasse : Capitale de la Carie depuis le règne de Mausole (376-353) plus facile à défendre que Mylasa l’ancienne capitale de la Carie. Son nom d’origine était « Zephyria », c’est aussi le lieu mythique de la région : le tombeau de Mausole. L’une des sept merveilles du Monde qui abritait le satrape perse achéménide mort en 353 avant notre ère Mausole. Elle sera le lieu du long siège d'Halicarnasse qui aboutit à la conquête de la Carie par Alexandre.
Cos ou Kos (« Astypalée ») : île de la mer Égée appartenant à l’archipel du Dodécanèse. Elle tomba sous le contrôle de Mausole le roi de Carie et le resta même après la conquête d’Alexandre III. Mylasa (Milas) : la première capitale de la Satrapie de Carie, conquise par Alexandre en 334 avant notre ère, la cité va perdre son statut au profit d’Halicarnasse. Décrite dans la Géographie de Strabon : Stratonicée de Carie : cité célèbre pour ces sanctuaires de Zeus à Panamaravestiges ont été découverts, au printemps 1886, par G. Cousin et G. Deschamps et d’Hécate à Lagina , mais aussi pour ses origines controversées : ancienne colonie macédonienne. Cette cité aurait été fondée sur l’ancien site d’Idrias. Alabanda : (ou Antioche des Chrysaoriens ou hê Alabanda ou ta Alabanda ou Alabandeus ou Alabandensis ou Alabandenus, en grec : 'Aλάβανδα), possède deux temples, l’un consacré à Zeus Chrysaorien et le second à pollen Isotomos. Ancienne cité antique de Carie qui était plutôt riche et commerçante, construite auprès de deux collines, avec un marbre noir qui fit sa renommée. Cnide: cité antique de Carie, qui aurait possédé deux ports, située en face de l’île de Kos, connu dans l'Antiquité grâce à une grande école de médecine. Deux personnages ont marqué la cité, il s'agit d’Eudoxe de Cnide un grand astronome et géomètre mais aussi Sostrate de Cnide, l’architecte du phare d’Alexandrie. Aphrodisias (En grec : 'Aφροδισιάς): Ancienne cité de Carie, au cœur des terres de la Satrapie. La cité doit sa renommée à la statue du culte de l’Aphrodite d’Aphrodisias, Les traces archéologiques de la cité antique sont nombreuses, à l’image du Bouleutorion, des fortifications ou encore du temple d’Aphrodite.
Fleuves, lac et montagne Méandre : fleuve d’Asie mineure qui se déverse dans la mer Égée qui délimite la Lydie de la Carie. Marsyas: affluent du Méandre nommé « catarractès » légendaire par son origine mythologique évoquée dans la Géographie de StrabonLivre XII, 577. Harpasus : affluent du Méandre célèbre pour la bataille entre les Attalides et les Séleucides aux environs de 229 avant notre ère. Le lac de Bafa : À la frontière entre la Lydie et la Carie, ce lac était auparavant un golfe de la mer Égée mais les dépôts de débris issus du Méandre ont formé le lac actuelGéographie de Strabo Livre XIV-chapitre 1. Le mont Latmos () : (en grec ancien Λάτμος, en latin Latmus) chaine de montagne de Carie qui forma pendant l’Antiquité le golfe de Latmos. Décrit et mise en rapport avec la ville d’Héraclée du Latmos. Connu pour le mythe des amours du berger Endymion et de la déesse Séléné.
Activités agricoles Des céréales, du vin et de l'huile y étaient produits tandis que le bétail grandissait dans des fermes. Cette région était une zone de commerce très importante, favorisée par la connexion des fleuves notamment du Méandre.
Ethnographie
Les origines de la Carie sont controversées : selon la tradition grecque, les Cariens seraient des Lélèges venus des îles de l'Égée avant l'arrivée des Ioniens. Dans sa Géographie, Strabon écrit que Cariens et Lélèges sont deux peuples ayant habité aux mêmes endroits et ayant pris part aux mêmes expéditions ; tous deux auraient été ensuite chassés par les IoniensStrabon, VII, 7, 2.. Quoi qu'il en soit, les Cariens vivaient en petites communautés ayant des autorités locales ou dépendant de leurs sanctuaires. En 546 av.J.-C la Carie passe sous la domination Perse et est intégrée à la Satrapie de Sardes. Les Cariens restent sous la domination perse jusqu'en 479 avant notre ère lorsque les Perses sont battus sur mer à la bataille du cap Mycale. Les côtes cariennes, Milet, Cnide et Halicarnasse rejoignent ensuite la Ligue de Délos. En 391 av. J.-C., le Roi perse Artaxerxès II Mnémon (404-359) délègue le gouvernement de la Carie au satrape Hécatomnos, en grec 'Eκάτoμνως (Hécatomnus ou Hékatomnus de Mylasa ou Hekátomnôs) qui règne de 391 à 377. Ce dernier est à l'origine d'une dynastie éponyme, des Hécatomnides qui régnèrent sur la Carie jusqu'à sa conquête par Alexandre en 334 av. J.C.
Histoire Conquête d'Alexandre vignette|Alexandre le Grand Au printemps 334, Alexandre obtient la soumission de toute la Grèce à la suite des victoires dans les Balkans et contre thébains. Sparte et Athènes, qui longtemps résistèrent finirent quand même par se rendre aux Macédoniens. Alexandre alors grand maître de toute la Grèce se prépara à la conquête de l'Asie Mineure, en s’entourant d’excellents généraux comme Antigonos, Antipatros, Lysimaque, Perdiccas, Ptolémée I et Séleucos I.
Après la victoire du Granique, au printemps , qui l'oppose pour la première fois aux troupes perses, il se dirige vers Milet en , et la délivre en . Après avoir conquis la Mysie, et la Lydie, son armée se dirigea vers la Carie, et la ville d'Halicarnasse (capitale de la Carie) dont le Roi Pixodaros (340-334) s’était rangé du côté des Perses. Alexandre joua sur les rivalités internes dans la cité et nomma Ada (343-340 et 334-326), la sœur de Pixodaros, que celui-ci avait renversée, comme Satrape de Carie. Celle-ci adopta alors Alexandre comme son fils et en fit son héritier.
Le siège d'Halicarnasse
Après son adoption, il restait au Roi macédonien à s’emparer de la ville qui était entourée de tous côtés de murailles puissantes, excepté au sud face la mer. Halicarnasse possédait également trois forteresses, dont une sur un îlet. Le Roi après la prise de Milet, avait congédié la majeure partie de sa flotte et ne pouvait donc s’emparer que de la partie de la ville accessible par la terre, car la flotte Perse, numériquement supérieure, était ancrée dans le port. Les deux autres forteresses restaient donc aux mains des mercenaires Grecs du Roi Perse Darius III.
La ville devenait dangereuse pour Alexandre car, s'il ne parvenait pas à la prendre, son armée serait alors coupée de l'Hellade et il serait alors facile aux Perses de provoquer des révoltes en Grèce. Avançant sur Halicarnasse et prévoyant un siège de longue durée, Alexandre installa son camp à moins de . des remparts de la ville à l'extrémité nord-est de la muraille, en face de la Porte Mylasa et fit débuter les travaux. Après quelques escarmouches, quelques jours plus tard, Memnon tenta une sortie. Seuls quelques engins de siège purent être détruits avant qu'une vigoureuse contre-attaque menée par les Macédoniens ne parvint à les repousser faisant de très nombreuses victimes chez les Perses qui s'enfuirent paniqués. Les Macédoniens commencèrent à achever les survivants. Les soldats restés dans la ville, épouvantés, fermèrent précipitamment les portes de la cité laissant les derniers survivants se faire massacrer par les troupes de Ptolémée (en Grec : Πτολεμαῖος), officier d'Alexandre qui commandait une unité d'HypaspistesNe pas confondre avec Ptolémée I le futur Roi d'Égypte, 305-282..
Les Macédoniens enhardis par le succès voulurent forcer les portes de la cité, mais, leur chef fit sonner la retraite, voulant encore épargner la ville. En effet, les assiégés avaient perdu plus de hommes et les Macédoniens pouvaient espérer que les Halicarnassiens renonceraient. Le surlendemain, les assiégeants virent des flammes s'élever près des murailles. Alexandre apprit que Memnon et Orontopatès (ou Rhoontopates) avaient décidé de sacrifier la ville et de ne garder que les forteresses Salmakis (ou Salmacis) et Zéphyrion où Orontopatès essaya de trouver refuge avec les plus expérimentés de ses guerriers restants, alors que Memnon se réfugia sur l'île de Cos. Alexandre donna alors l'ordre de prendre la place. Les Macédoniens, entrèrent dans la cité, mais les habitants restés chez eux furent épargnés, alors que tous ceux pris propageant l'incendie furent exécutés. À l'automne 334, après plusieurs mois de siège, bien que les deux forteresses portuaires étaient encore aux mains des Perses, Alexandre poursuivit sa marche à l'est de l'Asie Mineure. Le Roi laissa sur place mercenaires et 200 cavaliers sous le commandement de Ptolémée, avec ordre de prendre toutes les places fortes encore tenues par les Perses. Puis il remit la région sous le commandement de la Princesse Ada.
Administration
Au , la région relevait toujours de l’autorité de Sardes. De manière habituelle, la date durant laquelle elle fut érigée en Satrapie serait 392 avant notre ère, jusqu’à lors la Carie était partie intégrante de la région de Lydie. Les premiers satrapes Cariens auraient été : Hécatomnos, Mausole, Idrieus et Pixodaros à qui Diodore D’Agyrion rajoute Orontès et Autophradatès. Les sources qui montrent que la dynastie des Hécatomnides portait le titre de Satrape au sont cariennes. Or l’historien S. Hornblower affirmait que selon une source de Labraunda, il est probable que les « hécatomnides » soient considérés comme des « tyrans » à cette époque.
Sous l'empire achéménide, un satrape est chargé dans sa province de lever l'impôt mais aussi de représenter la justice. Ils étaient responsables de la sécurité intérieure et devaient enrôler et entretenir leur propre armée. Cette indépendance pouvait entraîner des abus et Darius II a donc instauré un système de contrôle par la surveillance mais les satrapes ont finalement été indépendants grâce à l'affaiblissement de l'autorité royale.