Le Parti communiste égyptien est un parti politique d'Égypte fondé en 1921 sous le nom de Parti socialiste égyptien.

Il devient Parti communiste en 1923 et s'attache à propager le marxisme dans la société égyptienne et développer les luttes sociales en organisant la classe ouvrière et les paysans.

Victimes de la répression, les militants communistes vont scinder leur parti en plusieurs groupes distincts et tenter de se réunir à plusieurs reprises, jusqu'à recréer un Parti communiste en 1958, puis décider de dissoudre celui-ci en 1965.

Création

Le parti socialiste égyptien est fondé en 1921, à la suite du soulèvement nationaliste dirigé par le parti Wafd contre l'occupant britannique. Le parti est composé notamment d’intellectuels cosmopolites (musulmans, chrétiens, juifs, immigrants récents). Il développe alors des bases solides parmi les syndicalistes égyptiens et étrangers d’Alexandrie.

Premières années C’est en 1923 que le Parti devient Parti communiste d'Égypte et adhère à l'Internationale communiste. L’un des dirigeants les plus influents dans le monde syndical, Joseph Rosenthal, est exclu pour « déviations droitières »..

Les problématiques sociales et la situation égyptienne ne permettent pas une implantation forte du mouvement communiste : 96 % de la population est paysanne, et seulement 3 % des Égyptiens travaillent dans des usines, notamment de textile à la faveur de la culture du coton. Le pays est très pauvre, les troubles frumentaires sont courants, les épidémies ravagent les campagnes, la malaria, la bilharziose et le trachome font des ravages. L’espérance de vie est de 27 ans. Les enfants qui travaillent ont entre 6 et 13 ans, sous les coups de fouet des contremaîtres européens.

Dans ces premières années, une grève générale lancée à Alexandrie par la Confédération générale du travail, en février-, deux mois après l’installation du premier gouvernement du Wafd, et est durement réprimée. Les leaders égyptiens du mouvement, mais aussi les mutamassirin (minorités égyptianisées considérées péjorativement comme ceux qui prétendent être égyptiens mais qui ne le sont pas vraiment), et une grande proportion de travailleurs étrangers (notamment français) qui militent dans le syndicat et le parti, sont déférés devant les tribunaux et condamnés. Le Parti communiste, décapité, est interdit en 1925, et ses militants isolé ne jouent plus qu'un rôle mineur dans l'histoire égyptienne.

Les communistes dans la clandestinité La grande dépression capitaliste des années 1930 d’une part, la montée du fascisme d’autre part, les volontés égyptiennes d’indépendance nationale permettent le développement de l’idée que le modèle que représente l’Union soviétique peut devenir une alternative viable : notamment en ce qui concerne le mouvement de décolonisation et d’indépendance.

Parallèlement, les émeutes arabes en Palestine de 1929, et la grande révolte arabe de 1936-1939 vont accroître l’arabisme et l’islamisme dans les discours politiques égyptiens dominants.

Dans les années 1930, Léon Castro, sioniste de gauche, organise alors des salons débats « Les Essayistes », et les jeunes des communautés francophones, italiennes, arméniennes, juives et grecques se politisent au sein de la gauche anti-fasciste. Cela est permis par la critique du libéralisme égyptien, alliance hétérogène entre la monarchie du roi Farouq, le parti Wafd qui gagnait les élections, et le pouvoir britannique colonial jusqu’en 1936. Ce libéralisme perdit encore de sa légitimité à l’entrée en guerre lorsque les britanniques, inquiets de l’avancée de l’armée nazie de Rommel, encerclèrent le palais royal, arrêtèrent les officiers voyant dans l’avancée allemande des perspectives de libération nationale, et installèrent au gouvernement Moustafa al-Nahhas du Wafd.

Le marxisme se développe alors essentiellement dans les milieux juifs et mutamassirin, car d’un côté, ces populations égyptiennes ou étrangères ne peuvent se reconnaître dans le projet nationaliste arabe du Wafd ou du groupe Jeune-Égypte (fasciste), et de l’autre, elles sont exclues du projet politique islamiste des Frères musulmans. Le marxisme est alors considéré comme un choix alternatif et original par rapport aux luttes et oppositions entre le Wafd et les Frères musulmans.

L’Aube nouvelle Dans les années 1930 le communiste grec Sakellaris Yanakakis fonda avec Paul Jacot Descombes, un Suisse né au Caire, et quelques « Essayistes » le groupe Ittihâd Ansâr al-Salâm (la Ligue pacifiste), affiliée au Rassemblement universel pour la paix. Des militants communistes participèrent à la création du Comité de lutte contre l’antisémitisme pour mener des campagnes contre le nazisme et organiser le boycott des produits allemands. En 1934, fut fondée la Ligue des partisans de la paix qui lança plusieurs campagnes pour condamner l'invasion de Éthiopie par l'Italie fasciste et soutenir la lutte des républicains espagnols.

Paul Jacot Descombes chargea alors trois membres du groupe de se détacher des débats qui traversaient les européens et mutamassirin pour aller organiser la classe ouvrière. Il s’agissait de trois Juifs issus des classes moyennes francophones, mais parlant l’arabe dialectal : Ahmad Sâdiq Sa‘d (Isadore Salvatore Saltiel), Raymond Douiek et Youssef Darwiche. Ils réussirent à s’implanter chez les ouvriers du textile de Shubra El-Kheima, banlieue nord du Caire.

Avec Ahmad Rushdi Sâlih, le , ils lancèrent ensemble al-Fagr al-Gadîd (L’Aube nouvelle), un journal marxiste-nationaliste de gauche destiné aux intellectuels.

Le , anticipant la fin de la loi martiale, ils fondent le Lajnat al-‘Ummal li’l-Tahrir al-Qawmi (Comité ouvrier de libération nationale), animés par les dirigeants syndicaux recrutés par Darwiche : Taha Sa‘d ‘Uthman et Mahmud al-‘Askari. Le manifeste de création ne fut signé exclusivement et volontairement que par des ouvriers. Les syndicalistes proches de l’Aube nouvelle lancent en 1942 un journal hebdomadaire basé à Shubra El-Kheima, al-Yara‘ (Le Crayon), et le Comité ouvrier de libération nationale lance al-Damîr (La Conscience) en 1945-1946.

Deux caractéristiques se détachent de ce groupe : la lutte anti-impérialiste et nationaliste, qui rend proche L’Aube nouvelle de l’aile gauche du Wafd, l’Avant Garde wafdiste. Cela a pour conséquence le report de la formation d’un véritable parti communiste ; la direction ouvrière et le recrutement d’ouvriers.

Le Comité envoya comme délégué égyptien le syndicaliste Mohammad Youssef al-Mudarrik au Congrès de fondation de la Fédération syndicale mondiale, en 1945. Une autre organisation marxiste (HAMETU) y envoya un candidat concurrent, Da’ud Nahum, employé juif des grands magasins, représentant les syndicats dans son orbite d’influence.

En , l’Aube nouvelle fonde al-Tali‘a al-Sha‘biyya lil-Taharrur (L’Avant-garde populaire de libération). Plus tard, le nom du groupe fut changé pour Tali‘at al-‘Ummal (l’Avant-Garde ouvrière). Peu nombreux, ses militants conservent tout de même une influence auprès de l’intelligentsia égyptienne et permet de diffuser dans les différentes autres organisations politiques les thèmes de la réforme sociale et les idées marxistes.

L’Union démocratique (1939) et l'HAMETU (1943-1947) Henri Curiel, fils d’un banquier juif venu d’Izmir, francophone et naturalisé en 1935, et Marcel Israël, juif arabisé de nationalité italienne, fondent al-Ittihad al-Dimuqrati (l’Union Démocratique) en 1939. Le mouvement s’appuie sur la lutte anti-fasciste et la promotion de la cause des Alliées durant la Seconde Guerre mondiale. Marcel Israël quitte très vite le mouvement dont la composition est jugée trop étrangère, et va fonder Tahrir al-Sha‘b (Libération du peuple), organisation clairement marxiste et tournée vers les Égyptiens. De son côté, Henri Curiel édite des œuvres marxistes grâce à sa librairie al-Midan, développe une école de cadres dans la ferme familiale et lance le journal Hurriyyat al-Shu‘ub (Liberté des peuples). Cela lui permet de crée al-Haraka al-Misriyya lil-Taharrur al-Watani – HAMETU (Mouvement égyptien de libération nationale) en 1943. Le mouvement participe aux grandes manifestations de l’hiver 1945-1946 qui aboutirent à l’évacuation des troupes britanniques des villes. L’HAMETU se fixe comme principaux objectifs la lutte pour l’indépendance et contre l’impérialiste, ainsi que l’éducation politique de la classe ouvrière. Elle revendique 5 600 membres en 1947.

L’Iskra Enfin, un troisième groupe autour du journal l’Iskra, animé par , autre Juif francophone issu de l’Union Démocratique, rassemble des intellectuels, mutamassirin, des étudiants et des progressistes égyptiens dans la région du Caire. Ce groupe fonde une école Dar al-abahth al-'ilmiya (دار الأبحاث العلمية, la Maison des études scientifiques) qui rassemble quelque 900 militants parmi lesquels , premier musulman à atteindre des responsabilités politiques importantes dans l'organisation communiste, Muhammad ‘Abd al-Ma‘bud al-Gibali, Anouar Abdel Malek, Sharif Hatata, Michel Kamil, Mohamed Sid-Ahmed, Latifa al-Zayyat, Aimée Setton, Soraya Adham et Inji Aflatun. Cependant, le recrutement privilégié dans les hautes classes de la société, notamment via le Lycée français du Caire, fait que 40 % de ses membres sont étrangersBeinin, Joel. Was the Red Flag Flying There?: Marxist Politics and the Arab-Israeli Conflict in Egypt and Israel, 1948-1965. Berkeley: University of California Press, 1990. p. 104-105Krämer, Gudrun. The Jews in Modern Egypt, 1914-1952. London: I.B. Tauris, 1989. p. 178. L'Iskra est une organisation d'avant-garde qui « soulignait la nécessité de mobiliser une réserve révolutionnaire marxiste consciente et des intellectuels afin d'établir une base solide à partir de laquelle l'activité populaire pourrait suivre »"The Egyptian Left and the Roots of Neutralism in the Pre-Nasserite Era," Rami Ginat, British Journal of Middle Eastern Studies, Vol. 30, No. 1, (May, 2003), pp. 5-24, https://www.jstor.org/stable/3593243. Soraya Adham restera dix mois en prisonLeila Ahmed, Women and Gender in Islam: Historical Roots of a Modern Debate, Yale University Press, 1992, p. 196 à la suite de son arrestation en .

Tentatives d'unifications et divisions dans le mouvement communiste (1947-1955)

La grève générale de février 1946 Le mouvement de l’hiver 1945-1946 fit la démonstration d’un consensus dans la gauche marxiste égyptienne autour de l’enjeu anti-impérialiste et de libération nationale. En effet, les groupes syndicaux de l’Aube nouvelle lancèrent les premières grèves à Shubra El-Kheima, vite appuyées par les étudiants, l’HAMETU et l’Iskra : ils organisèrent via le Comité national des ouvriers et étudiants (CNOE) une grève générale le , soutenue par l’Avant-Garde Wafd.

Le , le Premier ministre Isma‘il Sidqi riposte en promulguant une loi réprimant le mouvement syndical et les organisations de gauche. Henri Curiel et de nombreux autres leaders syndicaux et politiques sont arrêtés et emprisonnés. Les luttes fractionnelles qui suivirent l’échec de la grève finirent de briser l’unité de l’éphémère CNOE.

L’HADITU C’est par la création le du journal hebdomadaire en langue arabe, (en arabe : الجماهير signifie « Les Masses »), édité par , de l’Iskra, que l’union des mouvements marxistes put naîtreAnthony Gorman, Historians, State, and Politics in Twentieth Century Egypt: Contesting the Nation, Londres : Routledge, 2003, . La fin des fractions se fit en deux temps : tout d’abord Marcel Israël permit la fusion de son mouvement avec l’Iskra. La nouvelle organisation fut connue comme al-Tali‘a al-Muttahida (Avant-garde Unie) ; ensuite le mois suivant, en , elle fusionna avec l’HAMETU pour fonder une nouvelle organisation : al-Haraka al-Dimuqratiyya li’l-Tahrir al-Watani (en arabe : , abréviation ) (Mouvement démocratique de libération nationale).