Le Spéléo secours Isère (SSSI ou « 3SI ») anciennement dénommée Société Spéléo secours Isère, est une association française, d'intérêt général, régie par la loi du , dont le siège se trouve à Grenoble, dans les locaux de la préfecture de l’Isère. Elle a pour objet : de contribuer à la réalisation des sauvetages en milieu souterrain conformément au plan de secours en spéléologie du département de l’Isère, par des sauveteurs bénévoles, un conseiller technique départemental et des conseillers techniques adjoints ; de participer à l’élaboration dudit plan de secours ; de prêter son concours pour les interventions extérieures au département de l’Isère à la demande de la préfecture ; de répondre à toutes les sollicitations des pouvoirs publics dans le domaine de ses compétences. Sous l'autorité du préfet, directeur des opérations de secours (DOS) et d'un officier sapeur-pompier, commandant des opérations de secours (COS), elle est régulièrement amenée à participer à des missions de service public dans son domaine de compétence, dans le département de l'Isère, voire sur l'ensemble du territoire français. En cas de secours, le conseiller technique du préfet, membre de l'association, est responsable des opérations souterraines. Ces dernières nécessitent l'emploi de moyens humains parfois importants et de diverses origines (membres de la 3SI, Adrasec 38, PGHM, CRS Alpes, GRIMP, SAMU 38, détachement hélicoptère de la sécurité civile).

En 2016, la 3SI est intervenue sur trois opérations de secours en grottes naturelles pour porter assistance à trois personnes. Pour ce faire trente-quatre bénévoles de la SSSI ont été réquisitionnés.

Dans le cadre de la loi de modernisation de la sécurité civile d', la SSSI est agréée Sécurité civile par la Fédération française de spéléologie (FFS) via sa commission secours, le Spéléo secours français (SSF).

Histoire Le secours spéléologique avant la création de la 3SI vignette|alt= Homme descendant sur une corde|Puits Ruiz, premier puits du gouffre Berger.

Le secours spéléologique est une préoccupation très ancienne chez les pratiquants de cette disciplineRapport sur l'organisation de secours Rhône Alpes, 10/09/1964, Fédération française de spéléologie. La question de l'organisation des sauvetages se pose alors que depuis les à 50 (années de grandes explorations du gouffre Berger, dent de Crolles) atteignent de grandes profondeurs et développent des kilomètres de réseaux. En 1952, l’accident mortel de Marcel LoubensParis Match du 23 au 30 août 1953Paris Match du 21 au 28 août 1954 à la Pierre Saint-Martin, met en évidence l’inefficacité des moyens de l’époque. Le corps n'est extrait du gouffre que le . En Isère, l’exploration du réseau du gouffre Berger s’accompagne dès le début d’un accident (chute de Félix Ruiz de Arcaute en 1953). En 1962, Bernard Moulin décède dans la dent de CrollesDauphiné libéré, édition du 17/08/1962 « Le Trou du Glaz sera le tombeau du spéléologue lyonnais Bernard Moulin »Dauphiné libéré, édition du 14/08/1962 « Un jeune spéléologue lyonnais de tue au Trou du Glaz ». Entre 1965 et 1969, douze interventions de secours, dont une hélas pour dégager et remonter un plongeur coincé mort noyéDauphiné libéré, édition du 27/01/1969 « Un jeune spéléologue se noie près de Grenoble en franchissant un siphon dans le trou du Bret »Dauphiné libéré, édition du 28/01/1969 « Deux plongeurs parisiens et un grenoblois tenteront de dégager, aujourd'hui, le corps du jeune spéléo de La Tronche, toujours bloqué »Dauphiné libéré, édition du 29/01/1969 « Le corps d’André Méozzi a été dégagé du siphon qui le retenait », sont organisées par des bénévoles, peu formés, mal équipés et peu encadrés. De 1953 à 1970 quelques opérations de sauvetage se déroulèrent en Isère dont : en 1953, au gouffre Berger, chute de Félix Ruiz de Arcaute dans les puits d'entrée ; en , un groupe de spéléologues toulonnais est bloqué par une crue à la grotte de Gournier ; le , un groupe de quatorze personnes est bloqué par une crue aux Cuves de SassenageDauphiné libéré, édition du 29 novembre 1965 ; en 1966, a lieu l'accident de Jacqueline Bocquet, victime d'une chute, au gouffre Berger ; le , deux accidents se produisent au gouffre Berger : si un des blessés sort par ses propres moyens, l'autre qui est atteint à la colonne vertébrale après une chute dans le puits Aldo sera évacué de -250 par cinquante sauveteurs en vingt-quatre heuresDauphiné libéré du 07/08/1968Le Figaro, édition du 07/08/1968, « Drame au gouffre Berger où le record de profondeur venait d'être battu »France Soir, édition du 07/08/1968, « Plus d'une journée d'effort pour hisser le spéléologue blessé à 250 mètres sous terre » ; le , un spéléologue belge, chute dans le gouffre Berger. Son évacuation dure quatre-vingt heuresDauphiné libéré édition du 19/08/1968 « Sauvetage du gouffre Berger, un magnifique exemple de solidarité »Paris Jour, édition du 19/08/1968 « Prisonnier du gouffre à sous terre ». Les opérations s'organisent autour de quelques personnes, connues pour leurs compétences techniques. Fernand Petzl, Albert Oyhancabal, Jean Lavigne et les frères BertrandCompte-rendu de Daniel Bertrand en 1968 du club ASV de Villard-de-Lans, sont souvent sollicitées.

La création Fernand Petzl s’active beaucoup entre 1969 et 1970 pour mettre sur pied une structure opérationnelle. Il se tourne vers les grands alpinistes du moment, entre autres Pierre Chevalier avec qui il mène des explorations dans la dent de Crolles. Appuyé et conseillé par le professeur Félix Germain, président du Club alpin français (CAF) Isère et fondateur de la Société dauphinoise de secours en montagne, il prit contact avec la préfecture de l'Isère. Soutenu par les spéléologues isérois et les autorités, il put rédiger un plan de secours départemental calqué sur celui du secours en montagne. Les statuts de la société Spéléo secours Isère furent enregistrés en préfecture de Grenoble le . Dès le départ, l’équipe dirigeante de l’association, dont fait partie Albert Oyhançabal, futur conseiller technique départemental, sait s’appuyer sur la complémentarité des différents acteurs du secours existants sur le département. Spéléologues bénévoles, gendarmes, CRS, pompiers, SAMU, Croix-Rouge, tous sont mis à contribution avec un seul objectif : aller au plus vite porter secours. L’Isère n’est peut-être pas le premier département à se structurer pour les besoins du secours spéléologique mais c’est certainement celui qui s'est le plus appuyé sur la coopération entre les différents acteurs. Une grosse opération de sauvetage est engagée le , au gouffre Kriska en Chartreuse, pour sortir un spéléologue victime d'une chute de dans un puits. Il est sérieusement blessé : fracture du bassin et entorse. La 3SI intervient aussi hors de l'Isère, dans des départements insuffisamment ou non encore structurés : Hautes-Alpes et Pyrénées-AtlantiquesDauphiné libéré, édition du 24/07/1971 « Les Grenoblois assurent au Gouffre de la Pierre-Saint-Martin le remontée du cadavre d'un spéléologue espagnol » notamment.

Fernand Petzl, conseiller technique du préfet (1972-1980) 150px|vignette|right|Fernand Petzl dans son atelier en 1977. Épaulé par Albert Oyhançabal et Jérôme Dubois, Fernand Petzl structure les équipes de sauveteurs, organise des stages de formation. Il devient conseiller technique du préfet de l'Isère le . En huit ans, il doit gérer des opérations d'ampleur. Entre 1976 et 1979 la 3SI intervient à neuf reprises dont quatre à l’extérieur du département au profit de quatorze personnes. Le Dauphiné libéré, éditions du 12 septembre 1975Dauphiné libéré, édition du 21 septembre 1975 « Des équipes de secours se relayent pour remonter les corps des deux spéléologues », survient un accident mortel au gouffre Berger. Deux jeunes spéléologues de Sanary-sur-Mer (Var décèdent à cause d'une crue. Le Dauphiné libéré, édition du 7 novembre 1976, un autre accident causé par une crue survient à la grotte de Gournier. Il provoque le décès de trois spéléologues dans la rivièreDauphiné libéré, édition du 09/11/1976 « Un spéléologue lyonnais trouve la mort dans les grottes de Choranche »Dauphiné libéré, édition du 10/11/1976 « Les spéléologues de Choranche : 2 morts »Dauphiné libéré, édition du 11/11/1976 « Quatre membres des expéditions de secours, sont à leur tour, en difficulté au Gournier »Dauphiné libéré, édition du 12/11/1976 « Quatre sauveteurs bloqués dans la grotte du Gournier à Choranche, sortis sains et saufs »Dauphiné libéré, édition du 16/11/1976 « Le corps du troisième spéléologue disparu dans la grotte de Gournier a été retrouvé ». Le , au gouffre Berger, un spéléologue isérois est découvert noyé dans la galerie de la BoueDauphiné libéré, édition du 28/06/1977. Le Dauphiné libéré, édition du 12 au 13 décembre 1979, le scialet de la Fromagère est le théâtre d'un accident à l'issue tragique, deux spéléologues meurent noyés par une crue.

En Haute-Savoie, à la grotte de la Diau, en et au gouffre des Trois Mousquetaires en , deux spéléologues sont décédés avant l'arrivée des sauveteurs. Sur la même période, d’autres opérations bénéficient d’une issue heureuse notamment au trou du Garde (en Savoie) et au trou de l’Alpe.

Pendant ce temps, de jeunes médecins isérois, membres de la 3SI : France Guillaume (devenue depuis France Rocourt) et Olivier Kergomard, contribuent de faire avancer la prévention des accidents et la médicalisation des secours spéléologiquesGuillaume F. Kergomard O. Modifications biologiques au cours de l’effort en spéléologie. Thèse de doctorat en médecine. Grenoble. 1977..

En 1980, Albert Oyhançabal remplace Fernand Petzl et devient conseiller technique du préfet.

Albert Oyhançabal, conseiller technique du préfet (1980-1998) Spéléologue d'exploration avant tout, Albert Oyhançabal, a rapidement compris qu'il faudrait un jour ou l'autre élargir les galeries pour faire passer le brancard. Il forme donc des sauveteurs isérois aux techniques de désobstruction à l'explosif. La suite lui donne raison. En , un spéléologue isérois est victime d'une chute de pierres dans un puits du gouffre Jibé dans la face est de la dent de Crolles en Chartreuse. Coincés sur une margelle d'un puits d'une hauteur de , protégés par un plancher de bois posé par les secouristes, l'équipe médicale et le blessé doivent attendre l'élargissement d'une galerie étroite sur , au dessus de leurs têtes, avant d'envisager un retour en surface. L'opération au gouffre Jibé marque le début de l’utilisation des explosifs à grande échelle en secoursDauphiné libéré, édition du 13 juillet 1982 « Des artificiers devront dynamiter deux passages étroits »Dauphiné libéré, édition du 14 juillet 1982 « Le sauvetage de la dent de Crolles »Dauphiné libéré, édition du 14 juillet 1982 « Le spéléologue sera peut-être dégagé aujourd’hui ».

Au cours de l'année 1982, le spéléo secours isérois est sollicité à de nombreuses reprises en Isère et en renfort dans d’autres départements comme au mois de mai à la grotte de la Diau en Haute-Savoie où trois spéléos sont restés coincés six jours par les crues de fontes nivales.

Le début de l’année 1986 est marqué par un drame survenu à la grotte Favot : un néophyte en spéléologie est victime d’une chute fatale dans le puits de situé au terminus de cette cavité. Au mois de juillet de l’année suivante, se déroule un secours à l’issue heureuse durant lequel Jean-Louis Rocourt, sauveteur isérois, sauve un spéléologue coincé dans le laminoir (galerie de de hauteur) de la traversée du trou de l’Aygue, dans le Vercors, en utilisant un masque de plongée et un tuba car le passage est à moitié rempli d'eau.