Le grand orgue de l'église Saint-Dominique de Paris, construit en 1904 par les établissements MerklinLa manufacture Merklin de cette époque n'est en fait plus dirigée par Joseph Merklin (à la retraite depuis le 12 novembre 1898) mais par Joseph Gutschenritter et Philippe Decock, ses derniers associés, à qui il a accordé l'utilisation commerciale du nom "Merklin". Cette époque de la manufacture est couramment désignée par le nom "Merklin-Gutschenritter" pour le salon du comte Christian Bertier de Sauvigny, fut installé en 1944 dans l'église Saint-Dominique de Paris dans le , en remplacement d’un premier instrument acquis en 1926, provenant de la salle des Concerts Touche.

L’orgue possède actuellement 41 jeux (dont 32 jeux réels), répartis sur trois claviers de 56 notes et un pédalier de 32 notes. La transmission, initialement pneumatique puis électrifiée en 1962, a été remplacée entre 2019 et 2021 par un système numérique. L’instrument dispose de deux boîtes expressives et d’un combinateur.

Le buffet, en noyer, de style Louis XIV, n’est pas sans rappeler celui de l’orgue de l’église Saint-Sulpice de Paris. En effet, des colonnes cannelées à chapiteaux corinthiens encadrent chaque plate face. Ces dernières sont ornées de guirlandes en bois sculpté. Au centre faces s’incurvent en hémicycle laissant place à la console retournée. Le soubassement est composé de panneaux fortement moulurés. Le haut du buffet est composé d’une balustrade à balustres entier reposant sur une corniche à modillons épousant le plan en hémicycle du buffet. 

Historique

L'orgue de salon Le comte Christian de Bertier de Sauvigny est né le . Issu d’une ancienne famille d’origine bourguignonne, il étudia l’orgue auprès de M. Wakanthaler, organiste de la cathédrale de Dijon, puis à Paris auprès d’Eugène Gigout et d'Henri Dallier. Il fut l’organiste adjoint des églises de Saint-Eustache et de La Madeleine, puis titulaire de l'orgue de l'église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts dans le , de 1909 à sa mort en 1939. En 1904, le comte Bertier fait construire un orgue par la maison Merklin pour son hôtel particulier situé au 14 rue Legendre dans le (14 rue Georges-Berger depuis 1912). L'orgue, placé dans le spacieux atelier d’artiste d'une hauteur de , situé au de l'hôtel, est inauguré le jeudi par Eugène Gigout, organiste de l'église Saint-Augustin de Paris, et par Henri Dallier, organiste de l'église Saint-Eustache. Au programme de cette inauguration, des œuvres de Bach, Saint-Saens, Dubois, Boëllmann, Gigout et Dallier. L’instrument est moderne pour l'époque, il est doté du système de transmission pneumatique tubulaire inventé par Merklin. Il possède alors , répartis sur trois claviers de , dont , et un pédalier de . De nombreux concerts d’orgue eurent lieu chez le comte Bertier. D’après Les archives bibliographiques contemporaines, années 1906-1917, le comte organisait chaque année, chez lui, gauche|vignette|L'orgue de salon.|259x259px Au début des années 1920, le comte Bertier et son épouse quittèrent l'hôtel de la rue Legendre pour s’installer dans un hôtel particulier plus spacieux au 7 de la rue de Poitiers. Cependant, l’orgue Merklin ne semble trouver sa place dans aucune des pièces de cet hôtel. D’après les plans de ce dernier, la hauteur sous plafond des pièces de réception est de alors que la hauteur de l’orgue s’élève à . Le , le comte Bertier déposa un permis de construire, il s’agit de la construction d’une annexe, dans la cour de son hôtel, entre le bâtiment principal et des dépendances. Les plans de l’architecte détaillent la construction d’une « galerie » contenant un orgue. La façade du buffet de l'orgue fut légèrement remaniée et adaptée aux dimensions de la nouvelle salle et la composition fut augmentée de 3 nouveaux jeux : un clairon de 4', un nasard et une flûte douce 4'. Au niveau des accouplements, de nouvelles octaves graves et aiguës furent ajoutées. Ces transformations ont été effectuées par Joseph et Gaston Gutschenritter (père et fils), succession J. Merklin & Cie.

À cette nouvelle adresse, de nombreux concerts eurent également lieu. Une soirée y fut organisée le , en l'honneur de la promotion de l'organiste Louis Vierne à la Légion d’honneur. Lors de cette soirée André Marchal, André Fleury et Maurice Duruflé ont joué des œuvres du célèbre organiste de Notre-Dame de Paris, en la présence du maître. Marcel Dupré, André Fleury et Maurice Duruflé ont donné plusieurs récitals dans la nouvelle salle d'orgue du comte Bertier. Gaston Litaize y donna un concert en en présence du célèbre organiste de l'église Saint-Sulpice Charles-Marie Widor.

L'orgue d'église vignette|upright|Église Saint-Dominique de Paris.|gauche vignette|Console de l’orgue de l’église Saint-Dominique de Paris, dans son état issu de la restauration de 1962. En 1926, la paroisse Saint Dominique acquiert un premier orgue provenant de la salle des Concerts Touche (boulevard de Strasbourg, 10e arrondissement), instrument de 19 jeux sur deux claviers et pédalier construit par la maison Mutin-Cavaillé-Coll. Installé par Gaston Gutschenritter, cet orgue aux sonorités fines se révèle toutefois insuffisant pour le volume de l’église, notamment en raison de l’ampleur de sa coupole. Dès la fin des années 1930, son remplacement est envisagé, projet retardé par la Seconde Guerre mondiale.

À la suite du décès du comte Christian Bertier de Sauvigny, le 29 août 1939, puis de celui de son épouse en avril 1944, leurs héritiers font don à la paroisse de l’orgue de salon construit en 1904 par la maison Merklin. L’instrument est installé dans l’église en 1944 par Jules Isambart, facteur d’orgues, et Jean Perroux, harmoniste, anciens collaborateurs de la maison Aristide Cavaillé-Coll.

L’harmonisation est entièrement reprise par Jean Perroux afin d’adapter l’instrument aux caractéristiques acoustiques de l’édifice. L’orgue est inauguré le 21 octobre 1945 par Marcel Dupré, assisté de Louise Tallon, alors titulaire de l’instrument.

Le , l'organiste titulaire de Notre-Dame de Paris, Pierre Cochereau, inaugure l'orgue à la suite d'une restauration importante effectuée par la Société des anciens établissements Gaston Gutschenritter. Lors de cette restauration l'instrument fut électrifié et augmenté. La majorité des tuyaux d'origine a été conservée cependant, les pleins-jeux ont été recomposés, une clarinette, une voix humaine, un octavin, un salicional et une gambe de Merklin ont été sacrifiés pour être remplacés par un cromorne, une quinte 2' 2/3, une doublette, une quarte 2', une tierce et une nouvelle fourniture au positif.vignette|290x290px|Cartouche « J. Merklin & Cie, Paris », sur l’ancienne console de l’orgue.

Le meuble de la console fut conservé mais déplacé sur le côté droit de la tribune permettant à l'organiste d'entendre l'orgue avec plus de recul et d'avoir une meilleure visibilité sur le chœur de l'église. Un bloc de claviers neuf fut installé et les tirants de jeux furent remplacés par des dominos. Des combinaisons fixes et des accouplements en 16' et en 4' furent ajoutés.

En 2003, le facteur d’orgues Marc Hedelin procède à une restauration de l’instrument. Les travaux portent notamment sur le dépoussiérage général, la remise en état des sommiers électro-pneumatiques et des soufflets, ainsi que sur la restauration de certains éléments altérés lors des transformations de 1962, en particulier les rallonges harmoniques de la flûte de 8' du Grand-Orgue, alors coupées. À cette occasion, la console est replacée à son emplacement d’origine, au centre du buffet.

Entre 2019 et 2021, une importante campagne de restauration est menée par le facteur d’orgues Bernard Dargassies et ses associés. Les travaux comprennent notamment la restauration des gosiers et des tuyaux de façade, le remplacement de la transmission électrique des années 1960 par un système numérique, ainsi que le déplacement de la console sur le côté de la tribune, accompagné du remplacement des commandes de jeux de type « langues de chat » par des tirants en bois munis de porcelaines. L’intervention inclut également l’ajout d’un combinateur électronique et d’une coupure pédale, ainsi que le dépoussiérage de la tuyauterie et des faux sommiers.

Sur le plan sonore, la restauration s’accompagne de modifications de la composition et de l’harmonisation visant à redonner à l’instrument une esthétique plus symphonique, tout en améliorant les apports néoclassiques introduits dans les années 1960. Cela se traduit notamment par la restitution de jeux harmoniques, la recomposition des mixtures, le renforcement des mutations, ainsi que par l’ajout de nouveaux jeux, dont un larigot harmonique, une clarinette et une trompette en chamade disposée en toiture du buffet.

Titulaires

Les organistes titulaires de cet instrument furent successivement : Louise Tallon (élève de Marcel Dupré), A. Royer (Prix de composition du Conservatoire de Paris).

L'actuel titulaire est Julien Lucquiaud, nommé en .

Compositions successives de l'orgue

Merklin & Cie, 1904 {| border="0" cellspacing="0" cellpadding="10" style="border-collapse:collapse;" | style="vertical-align:top" | clavier, Grand orgueBourdon16'Montre8′Salicional8'Bourdon8'En boite expressive :Prestant4'FournitureIIIBasson8'/16'Trompette harmonique8' Récit / GO en 8Positif / GO en 8Annulateur GO en 8'''Appel Anches GO|} | style="vertical-align:top" | clavier, Positif expressifQuintaton16'Gemshorn8′Flûte harmonique8'Bourdon8'Flûte octaviante4'Clarinette8'Voix humaine8′ {| border="0"

|Récit / Positif en 8Appel Anches PositifTremblant Positif|} | style="vertical-align:top" | clavier, Récit expressifGambe8′Voix céleste8′Flûte traversière8′Cor de nuit8′Octavin2′FournitureIIITrompette harmonique8′Basson-Hautbois8′ Octave grave Récit Appel Anches Récit

Tremblant Récit | style="vertical-align:top" | PédaleSoubasse forte16′Soubasse douce16′Quinte12'Flûte8′Bourdon8′ Tirasse GO, Positif et Récit, Orage |} Joseph et Gaston Gutschenritter (père et fils), 1924 Jeu neuf * {| border="0" cellspacing="0" cellpadding="10" style="border-collapse:collapse;" | style="vertical-align:top" | clavier, Grand orgueBourdon16'Montre8′Salicional8'Bourdon8'En boite expressive :Prestant4'FournitureIIIBasson16'Trompette harmonique8'Clairon harmonique 4' * {| border="0"

|Récit / GO en 8' et 16Positif / GO en 8GO/GO en 4'''Annulateur GO en 8

Appel Anches GO | style="vertical-align:top" | clavier, Positif expressifQuintaton16'Gemshorn8′Flûte harmonique8'Bourdon8'Flûte octaviante4'Nasard 2/3′*Clarinette8'Voix humaine8′ {| border="0"

|Récit / Positif en 8'''Positif sur Positif en 16'Appel Anches Positif|} | style="vertical-align:top" | clavier, Récit expressifGambe8′Voix céleste8′Flûte traversière8′Cor de nuit8′Flûte douce 4'*Octavin2′FournitureIIITrompette harmonique8′Basson-Hautbois8′ Récit / Récit en 16' et en 4''' Appel Anches RécitTremolo Récit|} | style="vertical-align:top" | PédaleSoubasse forte16′Soubasse douce16′Quinte12'Flûte8′Bourdon8′ {| border="0" |- |Tirasse GO, Positif et Récit, Tirasse Récit en 4Forte général

Société des Anciens établissements G. Gutschenritter, 1962 Jeu neuf *

Jeu nouveau confectionné dans un jeu d'origine **

Jeu déplacés *** {| border="0" cellspacing="0" cellpadding="10" style="border-collapse:collapse;" | style="vertical-align:top" | clavier, Grand orgueBourdon16'Montre8′Bourdon8'Doublette2'**En boite expressive :Flûte harmonique8'***Prestant4'FournitureIV**Trompette harmonique8'Clairon harmonique4' {| border="0"

|Récit / GO en 8', 16' et 4Positif / GO en 8' et en 4GO/GO en 4'''Annulateur GO en 8Appel Mixtures GOAppel Anches GO|} | style="vertical-align:top" | clavier, Positif expressifPrincipal8′**Bourdon8'Flûte ouverte4'**Quinte2/3′**Quarte2'**Tierce1/5′*FournitureIV*Cromorne8′** {| border="0"

|Récit / Positif en 8Appel Mixtures Positif|} | style="vertical-align:top" |