L’invasion mongole de l'Europe au (1236-1242) désigne un ensemble de campagnes militaires menées par l'Empire mongol, pour envahir et conquérir des parties de l'Europe grâce à son armée. Elle est la suite de l'invasion mongole de la Rus' de Kiev (1223-1240) et comprend entre autres celles de la Pologne (1240-1288) et de la Hongrie (1241-1286). Elles sont provoquées par le soutien que les princes russes ont apporté aux seigneurs Coumans (aussi appelés Kipchak), un peuple de la steppe cible des mongols qui voulaient unifier tous les peuples nomades sous leur contrôle. Après avoir perdu leurs territoires, ceux-ci se sont réfugiés chez les russes puis les hongrois, amenant leurs poursuivants mongols jusque dans ces territoires.

Elle provoque la destruction des principautés slaves et des grandes villes, comme Kiev et VladimirMichel Heller : Histoire de la Russie et de son Empire, 2015, Éd. Tempus Perrin, . Les invasions mongoles touchent également l'Europe centrale, notamment la Bohême-Moravie, la Pologne (bataille de Legnica, 1241), la Moldavie, la Valachie, la Transylvanie, la Hongrie (bataille de Mohi, 1241) et la Bulgarie.

Les opérations sont dirigées par le général Subötaï et commandées par Batu et Khadan, deux petits-fils de Gengis Khan. À la suite des invasions, un grand nombre des territoires conquis sont soumis d'abord à l'Empire Mongol puis à la Horde d'or. Ces invasions sont dirigées par les mongols mais d'autres peuples cavaliers de diverses origines, notamment turcophones, y ont participé. Leurs raids figurent parmi les conflits les plus violents de cette période, car à l'invasion succède le pillage systématique, l'incendie des localités et l'esclavage des populations capturées. Au moins 20 à 40 % de la population meurt, massacrée ou à la suite des épidémies. Roger des Pouilles, un moine italien et chroniqueur qui se trouvait en Hongrie au moment de l'invasion, a souligné non seulement les de l’occupation, mais aussi que les Mongols à humilier les femmes. Les princes européens jusque-là divisés et belliqueux entre eux, se rendent compte de la nécessité de coopérer face à l'invasion mongole et suspendent les conflits locaux dans plusieurs parties de l'Europe centrale, pour reprendre une fois la menace écartée.

Invasion et conquête de la Rus' de Kiev

Le Khan Ögedeï donne l'ordre à Batu de conquérir la Rus' de Kiev en 1235. La force principale, dirigée par le fils de Djötchi et ses cousins, Güyük et Möngke, arrive à Riazan en . La ville refuse de se rendre et est saccagée par les Mongols, qui réservent le même sort à Souzdal. Pour contrer cette invasion, une coalition formée de nombreux princes de la Rus' affronte les Mongols le , lors de la . C'est un échec sanglant pour les Rus' et le Grand Prince Youri est tué lors des combats. Après cette défaite, des grandes villes telles que Vladimir, Torjok et Kozelsk sont prises et pillées par les Mongols.

Après les villes, les Mongols tournent leur attention vers les peuples de la steppe pontique : ils écrasent les Coumans et les Alains, puis pillent la Crimée, qui devient ensuite l'un des khanats tatars. Batu arrive en Ukraine actuelle en 1239 et met à sac les villes de Pereïaslav et Tchernihiv. La plupart des princes de la Rus' de Kiev s'enfuient quand il devient évident que toute résistance est inutile. Les Mongols prennent et incendient Kiev le , avant de ravager Galitch et Volodymyr-Volynskyï. Batu envoie un petit détachement en Pologne pour tester les Polonais, avant de marcher personnellement sur l’Europe centrale. Si le petit détachement est vaincu par les Polonais, le gros des troupes écrase l'armée polonaise avant de repartir.

Lorsque débute cette invasion, les Mongols utilisent déjà la poudre noire inventée par les Chinois, et ils l'utilisent avec succès lors des combats pendant l’invasion de l’Europe..

Invasion de l'Europe centrale L’attaque contre l’Europe est planifiée et exécutée par Subötaï, qui atteint peut-être le sommet de sa gloire et de sa renommée avec ces victoires. Après avoir ravagé les principautés de la Rus', il envoie des espions en Pologne et en Hongrie et même en Autriche orientale, en prévision d’une attaque au cœur de l’Europe. Grâce aux rapports de ses espions, il a une image claire des royaumes européens et se prépare à les attaquer. En théorie, cette attaque est commandée par Batu, le fils de Djötchi, et deux autres princes de la famille de ce dernier. Mais sur le terrain, c'est Subötaï qui est, de fait, le stratège et le commandant des opérations. À ce titre, il est présent dans les deux campagnes du Nord et du Sud contre les principautés de la Rus' de Kiev. Il commande la colonne centrale qui attaque la Hongrie. Alors que l'armée du Nord de Kadan remporte la bataille de Legnica et que celle de Güyük triomphe en Transylvanie, Subötaï les attend dans la plaine hongroise. L’armée nouvellement réunifiée se rend sur les rives du fleuve Sajo, où elle inflige une défaite décisive au roi Béla IV de Hongrie à la bataille de Mohi. Encore une fois, c'est Subötaï qui a orchestré l’opération, qui s’avère être une de ses plus grandes victoires.

Première invasion de la Pologne

Les Mongols envahissent l’Europe centrale avec trois armées. Le , lors de la bataille de Legnica, une de ces armées bat à plate couture une armée dirigée par Henri II le Pieux, duc de Silésie et composée des troupes des grandes familles nobles polonaises et des membres de différents ordres militaires chrétiensHildinger, Erik. Mongol Invasions: Battle of Liegnitz. First published as: "The Mongol Invasion of Europe" in Military History, (juin 1997)..

Après le saccage de KievThe Destruction of Kiev, Batu envoie un petit groupe de soldats en Pologne. Là, ils détruisent Lublin et battent une armée polonaise inférieure en nombre. Par contre, un autre groupe de soldats mongols, qui ne fait pas partie de la force principale, est mis en difficulté par des défenseurs locaux près de la frontière entre la Pologne et la Galicie.

Les Mongols arrivent ensuite à Polaniec, où ils établissent leur camp. C'est là qu'ils sont attaqués par le voïvode qui gouverne la région, accompagné des derniers chevaliers cracoviens encore en vie. Ces assaillants sont peu nombreux, mais déterminés à vaincre l’envahisseur ou mourir. Au début, l'effet de surprise avantage les Polonais et ils réussissent à tuer de nombreux soldats mongols. Mais les chevaliers polonais, confiants après leur victoire initiale, se détournent du champ de bataille pour se livrer au pillage. Quand les envahisseurs réalisent la faiblesse numérique de leurs ennemis, ils se regroupent, contre-attaquent, traversent les rangs polonais et remportent la victoire. Au cours des combats, de nombreux prisonniers de guerre polonais réussissent à s’échapper et à se cacher dans les bois voisins.

Invasion de la Bohême et de la Moravie

Après la défaite de la coalition polonaise à Legnica, les Mongols continuent de piller les royaumes voisins de la Pologne, en particulier la Silésie et la Moravie. Arrivé trop tard pour participer à la bataille de Legnica, le roi Venceslas de Bohême repart immédiatement pour protéger son royaume, après avoir découvert les ravages causés en Pologne par les Mongols. Sur le chemin du retour, il rassemble des renforts venant de Thuringe et de Saxe. Une fois arrivé dans son royaume, il poste ses troupes dans les régions montagneuses de Bohême, là où les Mongols ne sont pas en mesure d’utiliser efficacement leur cavaleriede Hartog, Leo. Genghis Khan: Conqueror of the World. Tauris Parke Paperbacks (January 17, 2004). . .

À ce stade des opérations, les forces mongoles sont divisées en deux armées : La première est commandée par Batu et Subötaï qui ont l’intention d’envahir le Royaume de Hongrie ; La seconde est commandée par Baidar et Kadan qui marchent sur la Silésie et la Moravie en ravageant tout ce qui se trouve sur leur chemin. Quand la seconde armée arrive en Bohême, les défenses du Royaume découragent Baidar et Kadan qui, au lieu d’attaquer, se replient sur la ville d'OthmachauHildinger, Eric. Warriors Of The Steppe: Military History Of Central Asia, 500 Bc To 1700 Ad. Da Capo Press; 3rd printing edition (July 21, 1997). . . Une petite troupe de soldats mongols attaque bien la ville de Kłodzko, mais la cavalerie de Venceslas réussit à les repousser August 29, 2016Zimmermann, Wilhelm. A Popular History of Germany from the Earliest Period to the Present Day . Nabu Press (February 24, 2010). . . Les Mongols tentent ensuite de prendre la ville d’Olomouc, mais Venceslas réussit à obtenir l’aide du duc d’Autriche et, ensemble, ils repoussent l’invasion mongoleMaurice, Charles Edmund. The Story of Bohemia from the Earliest Times to the Fall of National Independence in 1620: With a Short Summary of Later Events - Primary Source Edition. Nabu Press (March 18, 2014). . Berend, Nora, Central Europe in the High Middle Ages: Bohemia, Hungary and Poland, c.900-c.1300 . Cambridge University Press (February 17, 2014). . . La Bohême de Venceslas est l'un des rares royaumes d'Europe de l'Est et d'Europe centrale à n'avoir jamais été conquis ou ravagé, alors que la plupart des royaumes autour d’elle, comme la Pologne et de la Moravie, sont pillés. Le succès du roi est tel que les chroniqueurs envoient des messages à l’empereur sur sa Christianity, Europe, and (Utraquist) Bohemia. Après ces tentatives infructueuses, Baidar et Kadan continuent de lancer des raids en Moravie avant d’aller enfin vers le sud pour rejoindre Batu et Subötaï en Hongrie.

Invasion du royaume de Hongrie

Les Hongrois sont mis au courant de l'existence de la menace mongole en 1229, quand le roi André II de Hongrie accorde l’asile à des Boyards russes et moldaves qui se sont enfuis face à l'avancée des Mongols. Certains Magyars, qui étaient restés à l'est des Carpates lors de la Honfoglalás de 895, vivaient encore sur les rives de la Volga supérieureCertains considèrent que les descendants de ce groupe sont les Bachkirs, qui vivent dans cette même région. Cependant, ce peuple parle une langue turque, et non pas finno-ougrienne comme le hongrois. En 1237, un moine dominicain nommé Julianus, part en expédition pour les ramener et est renvoyé auprès du roi Béla IV de Hongrie avec une lettre de Batu. Dans cette lettre, il appelle le roi de Hongrie à une reddition sans condition à l'Empire mongol, sous peine de subir une destruction complète. Béla ne répond pas et deux autres messages arrivent en Hongrie. Le premier, en 1239, est envoyé par les Coumans, un peuple nomade vaincu par les Mongols. Ils demandent l'asile en Hongrie, qui leur est accordé. Le second est envoyé en par les princes polonais vaincus.

Ce n'est qu'à ce moment-là que le roi Béla invite ses magnats à rejoindre son armée pour défendre le pays. Il demande aussi de l'aide de la papauté et aux dirigeants européens occidentaux. L'aide étrangère arrive sous la forme d’un petit détachement de cavalerie sous la direction du duc Frédéric II d'Autriche. Ces renforts sont bien trop maigres pour changer l’issue de la campagne et la majorité des magnats hongrois ne réalisent pas l’urgence de la situation. Certains espèrent même qu’une défaite de l’armée royale forcerait Béla à interrompre ses efforts de centralisation et ainsi renforcer leur propre pouvoir.

Bien que le danger mongol soit réel et imminent, la Hongrie n’est pas prête à y faire face. Dans l’esprit d’un peuple qui a vécu à l’abri des invasions des peuples nomades lors des derniers siècles, une invasion semble impossible. À cela, il faut rajouter que la Hongrie n’était plus une grande puissance militaire. Seuls les nobles sont formés au combat comme cavaliers lourds et cela fait longtemps que les Hongrois ont oublié l'art du combat avec la cavalerie légère, qui était la tactique favorite de leurs ancêtres. Face à eux, les Mongols maîtrisent parfaitement ce type de combat.